Catégorie: japon

L’homme et l’ours

Soirée autour du feu avec des amis.
Le poulet découpé en petites bouchées crépite sur la plaque d’acier chauffée par le bambou qui brûle.
Nous sommes dehors sous un large préhaut aménagé à flanc de montagne. autour tout est noir d’encre c’est la nuit et la première habitation est à deux kilomètres.
La bière se boit comme de l’eau, car la journée a été très chaude.
J’étais un peu à la bourre et notre voisin est parti en avance, en faisant monter les enfants dans son petit camion blanc. On s’est ensuite retrouvés dans le préhaut un peu plus tard.
J’ai remarqué,au moment où les enfants montaient, il a dégagé un énorme couteau qui etait posé sur le siège passager.
je lui demande ce que ce couteau fait dans son camion et c’est le point de départ d’une belle histoire.
Il va chercher le couteau. C’est un sacré morceau. un lame de trente centimètres au moins. Il explique. c’est moi qui l’ai fait.
hein ?
Oui, avec une lame de tracteur (vous savez les lames d’acier qui tournent en sens opposés et qui permettent de faire le labour).
Impressionnant. c’est une vraie arme ce couteau. Les femmes alentour sont tout à fait indifférentes à la conversation. on sent que c’est par contre un sujet qui immédiatement a tout l’intérêt des hommes. Le côté noir de la Force, la chasse, la violence, le sang.
La lame de tracteur, qu’il transforme avec son gros poste à soudure et à gros coups de marteau, en un couteau de chasse redoutable.
Les esprits s’animent. il part à l’évier aiguiser la lame. Ca pourrait couper n’importe quoi. Les hommes îvres, se passent le couteau qui voyage de mains en mains. chacun passe ses doigts sur le tranchant pour constater avec un sourire la perfection de l’objet.
Il a chaud et se met torse nu. Un corps sans la moindre once de graisse. Que du muscle.
Puis il explique qu’il prend toujours ce couteau avec lui quand il va travailler dans les montagnes. C’est pour tuer l’ours qui le cas échéant surgirait d’un coin, de la montagne et l’attaquerait. Pour que nous comprenions bien il joint le geste à la parole, et s’accroupit, en pointant avec ses deux mains le couteau, vers le haut, juste au dessus de sa tête. Comme s’il était en prière.
Il dit aussi: pardon, Ours !
L’ours qui se jetterait sur lui s’empalerait la gueule sur le couteau dressé, et il mourrait sans doute sur le champ.
Il explique que pour bien faire on fixerait le couteau au bout d’un gros bâton, pour former une lance qui viendrait s’appuyer sur le sol. c’est ainsi que l’on faisait autrefois, et il cite les noms des voisins et des connaissances qui partent ainsi équipés travailler dans les montagnes.
On en apprend tous les jours. les canettes de bière sont vides, on fait un tour vers le frigo.

Construction d une maison japonaise les yaki itas – finition

Construction d’une maison japonaise – Yaki ita

 

Les murs de terre offrent une certaine isolation. Technique traditionnelle et ecologique.
Cependant, il faut bien entendu protéger les murs des précipitations, sous peine de voir l’eau les emporter.

Les parties les moins exposées c’est à dire celles protégées par le toit seront recouvertes d’enduit. Shikkui. 漆喰 しっくい

Les parties plus basses sont beaucoup plus exposées à la pluie. On agrafe une couverture imperméable (technique moderne), et l’on recouvre le tout de planches de bois, les yaki ita.

焼き板 やきいた
Ce sont des planches dont une face est carbonisée. Celà permet d’atténuer l’appétit des insectes et de protéger le bois de l’eau.

Les yaki itas sont faites sur place.

 

 

 

DSC_0469

 

Le manomètre, à mi-chemin entre Mickey Mouse et Tchernobyl.

 

DSC_0539

 

La préparation des yaki ita.

 

DSC_0580

 

On recouvre les parties basses des façades avec les yaki ita. Elles seront ainsi protégées des intempéries.

Construction d’une maison japonaise – Les murs de terre (3)

On voit, les semaines qui suivent, l’évolution de la terre et les changements qui accompagnent le séchage naturel.

Des craquelures apparaissent. Certains petits morceaux de terre même se défont du mur et tombent à terre.
Il est important, le temps que les murs de terre sèchent complètement, de laisser les fenètres ouvertes et d’assurer un courant d’air afin de laisser l’humidité partir, sous peine d’avoir des moisissures etc. On laisse donc un ventilateur tourner en boucle 24 heures sur 24.
En sèchant la terre se rétracte. On devine des rais de lumière entre la terre et la structure de bois de la maison.
Toutes ces transformations. On voit que la maison respire, et qu’il y fera bon vivre.
DSC_0889

Construction d’une maison japonaise – Les murs de terre (2)

Une fois le treillis de bambou en place

Un camion livre 2 tonnes de terre. Pour le tsuchikabe. Celà peut paraitre un jeu d’enfant mais c’est du domaine du sakanyasan (équivalent du maçon 左官屋さん).
Il faudra ensuite attendre plusieurs semaines pour que le tout sèche et que l’on puisse passer aux étapes suivantes.
Le procédé nécessite du temps, mais par contre quelle économie de moyens. Du bambou, de la terre et des ficelles. La modernité a vraiment tout compliqué.
 DSC_0818
La classe c’est de travailler la clope au bec.
DSC_0821
De l’autre côté de la cloison on appuie avec une grande truelle.
DSC_0824
Après la première couche extérieure.
DSC_0848
la deuxième couche
DSC_0836
Voilà. Ensuite il faut laisser sécher.
On voit bien les lignes élégantes de la construction avec les deux sujikais qui forment les diagonales.

Construction d’une maison japonaise – Les murs de terre (1)

Mur de terre = tsuchikabe. 土壁

La méthode et la technique des ancêtres.
Le marchand de terre de la ville voisine a fermé boutique. Le business disparait, nous aurons été son dernier client. Les gens aujourd’hui ne demandent plus de tsuchikabe et préfèrent les techniques plus modernes. Planches de blois agglo et isolants thermiques en laine de verre ou je ne sais quoi. Partout pareil.
Pour assurer que la construction ne bouge pas et résiste à tout ce qui va lui tomber dessus (séismes, pluies, typhons) on pose les sujikai.
筋交い wiki
Les sujikai sont des pièces de bois, qui en grandes diagonales vont relier les colonnes entre elles. Ils font partie du mur et seront plus tard dissimulés dans le tsuchikabe.
Il faut préparer les grands espaces vides, le menuisier va poser des lattes de bois pour former une structure solide à laquelle le mur de terre va s’attacher.
Puis, on installe un treillis de lattes de bambou. Le bambou ici est importé de Chine. Pour bien faire, si on utilisait du bambou local nous devrions utiliser du bambou coupé en hiver, pour ne pas y avoir d’insectes qui pourraient en compromettre l’integrité et la durabilité.
On pose d’abord les bambous à l’horizontale.
Puis on forme le treillis en ajoutant la partie verticale.
Le tout est noué avec de la corde.
Autrefois, nous rapporte le charpentier, les gens du village venaient aider celui qui s’atelait à ce travail. Les femmes les enfants et les vieux se joignaient au chantier.
DSC_0620
DSC_0624
DSC_0659
DSC_0645

Conversation

Le soir, conversation avec un habitant d’un village. On boit une bière après une journée d’été, chauffée à blanc par le soleil.
Ce qui suit donne une idée du côté encore sauvage de la nature au Japon et de certaines régions que les montagnes boisées protègent du progrès et des destruction qu’il engendre.
B     Tu aimes tout dans la cuisine japonaise ?
A     Oui, disons à part les concombres de mer. Ah Ah
B     C’est quoi qui est bon dans la cuisine francaise ?
A     Mmm.. le fromage, le saucisson, et le lapin a la moutarde !
B     Ah … je connais quelqu’un, (à 20 km) vers le nord, qui en élevait. Il aime la viande de lapin
A     Ah bon … c’est pas courrant ça pourtant au Japon, de manger du lapin…
B     Oui mais au nord, plus haut dans les montagnes ils mangent différemment. Les traditions de chasse sont vivaces.
Ce qui est bon aussi d’ailleurs c est la viande de tanuki. (1)
A     Ah ?
B     La viande de tanuki est très grasse, donc il faut être en grande forme pour en manger. Et aussi la viande de Mujina (2), très grasse, est delicieuse. Ca ressemble à la viande d’ours d’ailleurs.
A     La viande d’ours ?
B     Oui … tu sais, là haut, dans les montagnes …. les gens sont libres. Je dois d’ailleurs avoir un morceau d’ours dans le congelateur à la maison. je te ferai goûter à l’occasion.
A     Ca alors … c’est dingue. Ceci deit je suis plutôt opposé à la chasse. Et je suis un ami des ours.Mais cet aspect sauvage m’intéresse. A propos je t’ai deja montré ma tête de chat … (je vais chercher la tête de chat)
B     Oh oui ! une tête de chat ! Elle est très belle dis donc.
A     Oui. je l’ai trouvée derrière la maison, la où autrefois vivait un renard. A propos, j’aimerais bien avoir une tête d’ours aussi.
B     Ah Ah. Ecoute, je demanderai à mon copain.
(1) Tanuki たぬき 狸
Le chien viverrin (Nyctereutes procyonoides), également connu sous le nom japonais de tanuki, est une espèce de mammifère carnivore qui ressemble à un raton-laveur mais qui appartient à la famille des canidés dont il est le seul représentant à hiberner. C’est la seule espèce actuelle du genre Nyctereutes.
(2) Mujina むじな 貉

Les enfants …

Construction d’une maison japonaise – Jour 2

Le premier jour a été fulgurant, vraiment. Tout avec tant d’émotion. Les gens qui travaillent sur le chantier sont d’une telle bonne humeur. Décontractés. Et professionnels. Ils font un beau métier sous le ciel bleu.  Peur eux le travail ne manque pas.

C’est passionnant de les regarder faire et de voir comment ils bougent. C’est un vrai spectacle;  l’on apprend beaucoup aussi.
Plein de bonnes leçons à retenir, celà nous enrichit.
Le tout mis d’aplomb, les charpentiers vont enfoncer les chevilles et fixer ainsi les différentes poutres et colonnes, les unes en les autres.
A l’ancienne.
Les chevilles ont été préparées à l’avance. Faites à la main chaque pièce est unique.
DSC_0519
Le tout se fait à gros coups de maillets.
DSC_0544
DSC_0527
Donc le tout s’assemble en bois. Jusqu’à ce moment là je crois qu’ils n’ont utilisé qu’une paire de vis.
Bien sûr pour fixer les chevrons de la charpente et finir la toiture,  et poser le plancher, ils utiliseront des clous; des agrafes, des vis, mais on note que pour assembler la structure, tout est fait en bois.
DSC_0528

Construction d’une maison japonaise – Jour 1 (3)

Nous continuons le récit de la première journée des travaux.

Suivant les mêmes procédés on monte la toiture. C’est un moment émouvant.

Il y a deux très belles pièces, deux troncs d’arbres qui vont s’asseoir et lier les sommets des deux façades. Ils supporteront la toiture.

Les voici. Les charpentiers travaillent en hauteur. Avec les gros maillets ils vont forcer les pièces dans les autres.

DSC_0426

Quelle journée. Il faisait chaud, et le ciel était magnifique.

DSC_0432

Voilà des gars avec de vraies cojones.