Les grands senseis (ou maîtres jedi)
Pendant les fêtes de fin d’année nous avons eu la visite de grands amis, venus du nord de la Scandinavie. Nous en avons profité pour aller voir ensemble des voisins vénérables et discuter un peu autour d’une tasse de café, les pieds bien bottés au chaud.
L’occasion de constater une nouvelle fois que nous sommes entourés de grands senseis.
Sensei (先生), c’est celui qui est né (生) avant (先). C’est le professeur, le maître, le mentor. Le sensei c’est un peu le maître jedi de la guerre des étoiles, qui guide le novice (que nous sommes) vers le chemin de la Vérité.
Ci-dessous, les paroles des sensei K et Y recueillies lors de ces conversations de fin d’année.
La parole du sensei K.
全ては練習
subete ha renshu
Tout (dans la vie) est apprentissage
La parole du sensei Y
畑を作るには3年
山を作るには50年
人間を作るには100年
hatake wo tsukuru ni ha 3 nen,
yama wo tsukuri ni ha 50 nen,
ningen wo tsukuru ni ha 100 nen
Il faut 3 ans pour faire un champ
Il faut 50 ans pour faire une forêt
Il faut 100 ans pour faire un homme
La parole du sensei S
人間より怖いものはない
ningen yori kowai mono ha nai
Rien n’est plus redoutable que l’homme
A propos de sensei et de philosophie de la vie, souvenez vous des dix règles de longévité.
Et pour finir sur ce sujet, les paroles de Minou, notre autre sensei.
ニャー
nyah
Miaouh
Le cocktail du week end
Le cocktail pour le week end de Calcifer le poêle à bois, c’est: moitié cerisier, moitié cyprès.
Dans cette brouette, je reconnais chaque arbre.
Le cerisier, c’était le cerisier éléphant trouvé dans la montagne l’année dernière. Le cyprès provient d’un jardin à 20 km d’ici.
Lorsque je vivais à Paris en 2001 par exemple, le cocktail était très différent: un peu de Chinon, un peu de Nogent … le tout avec de l’uranium extrait du Niger ou du Kazakhstan …
Je préfère me chauffer au bois.
Réflexions sur le tondo
Donc, lundi prochain a lieu le tondo dans le village. Un grand bûcher. Comme chaque début d’année.
Le promeneur remarquera que tout le monde en ce moment veille à tailler les arbres et arbustes des jardins, car lundi ce sont les branches coupées qui alimenteront le bûcher.
Le bûcher va purifier le village, en consummant les branches coupées, mais aussi en consumant les amulettes sacrées, qui doivent être remplacées chaque année.
Autre chose à noter. Dans chaque maison les gens ont le kagami mochi, deux gâteaux de riz superposés qui sont la décoration traditionnelle du nouvel an.
Le jour du tondo, chacun récupérera des braises du bûcher pour faire des barbecues mais aussi pour cuire les kagami mochis et les manger.
C’est intéressant de voir comment tout s’emboite et forme un ensemble très cohérent. On voit là la clairvoyance des anciens qui s’est transmise jusqu’aujourd’hui à travers ces belles traditions.
C’est merveilleux n’est-ce-pas ?
Pêche miraculeuse pour la montagne !
Nous sommes à la recherche d’arbres pour les planter dans notre montagne.
Coup de chance, une connaissance de ma femme rencontrée via ses match de tennis offre de nous passer toutes les pousses d’arbres en excès chez elle. Son mari est paysagiste.
Nous allons les voir et emplissons le kei truck.
Ci-dessous la liste incomplète de cette pêche miraculeuse.
Momiji, 紅葉, もみじ, érable palmé ou Acer palmatum. Le nom en idéogramme signifie Feuilles rouges. Les feuilles du momiji sont rouges en effet.
Hiba, 檜葉, ひば, Cyprès du Japon
Nanakamado, 七竈, ナナカマド ou Sorbus commixta. Quel nom intéressant. Il signifie sept (七) fours. ‘Le bois du nanakamado brûle si difficilement, qu’on devrait le faire passer par sept fours’.
Kiichigo, キイチゴ ou Rubus. Une traduction littérale du nom est: arbre fraisier.
Kuromonji, クロモジ, 黒文字、ou Lindera umbellata. Le nom signifie le signe noir.
Sarusuberi, サルスベリ、ヒャクジツコウ, 百日紅, ou Lagerstroemia indica
Encore un nom intéressant. Le sarusuberi a une écorce très lisse, d’où le nom saru suberi (猿滑) : le singe glisse. Le nom en idéogrammes signifie le rouge de cent jours.
Un Premier Janvier à la campagne
J’ai toujours aimé les fins et débuts d’année au Japon. A Tokyo j’appréciais les rues vides du jour de l’an et la tranquillité soudaine qui enveloppait la ville.
A la campagne ici le premier jour de l’an est encore plus tranquille.
Le matin on mange du sétchi, la cuisine traditionnelle du nouvel an. Ma femme prépare normalement le sétchi, et le ozoni, mais cette année nous avons changé et avons commandé le sétchi à un restaurant de la ville voisine.
On boit un peu de saké en échangeant les voeux.
Le plat de sétchi est beau et coloré. Il est également chargé de significations. Cela devrait être le sujet d’un article. A réfléchir il y a beaucoup de choses chargées de sens au Japon, au Japon, en fait tout est signes, l’écriture elle-même étant constituée de signes (les idéogrammes).
En fin de matinée nous partons tous les trois (Minou elle est partie dans la montagne) marcher jusqu’au petit sanctuaire shintô au fond de notre vallée.
A l’entrée de la vallée il y a un sanctuaire beaucoup plus important; les gens se déplacent de loin pour le visiter et il y a moults boutiques de vendeurs ambulants sympathiques, les tékiyas, parfois affiliés aux yakuzas, qui vendent des saucisses; des bananes fourrées au chocolat, des frites ! du calamar frit ! Du bon junk food pour les jours de fête.
A la foule joyeuse du grand sanctuaire nous préférons le calme du petit sanctuaire au fond de la vallée. Il faut grimper un escalier de pierre dans la montagne.
Le sanctuaire est là; tout beau, avec les magnifiques décorations traditionnelles, les kadomatsu. Tout est propre et bien entretenu malgré la population vieillissante et décroissante. On se sent bien devant le petit sanctuaire. On sent nos coeurs se calmer et se connecter à la terre.
Ensuite nous suivons un petit chemin dans la forêt. La forêt autour du sanctuaire est protégée, et elle n’a pas été convertie en plantation de cryptomères. Les arbres sont magnifiques. Il y a la un arbre géant. Nous allons le voir. Autour de son tronc une corde shiménawa souligne le caractère exceptionnel et sacré de cet arbre.
Quel magnifique endroit. Il est intéressant de noter que la foule préfère s’agglutiner autour des fritures et des saucisses. Nous sommes seuls. Ces beaux arbres autour du sanctuaire, forment un véritable power spot. A l’inverse aussi, le sanctuaire a été construit sur un power spot, et le renforce sans doute. Mon cerveau se vide de ses détritus.
Notre fils en voyant le grand arbre dit: on dirait l’arbre de Totoro ! En effet un gros Totoro passerait facilement dans le trou qui le perce.
Vocabulaire
O Sétchi 御節 La cuisine traditionnelle que l’on mange au premier de l’an
Shimenawa 注連縄 La corde ornée de papiers blancs pliés que l’on noue autour des choses sacrées
Tékiya テキ屋 Les vendeurs ambulants que l’on voit dans les fêtes et les foires
Kadomatsu 門松 Décoration pour le nouvel an, constituée notamment de bambous taillés en biseau.
Bonne année !!!
Des responsabilités importantes
Nous faisons les motchis avec des amis. Les motchis c’est une sorte de gâteau de riz gluant.
Nous nous sommes rassemblés dans la base secrète de notre ami charpentier; au milieu des bois. On est loin des bruits silencieux du village, on est en plein dans la nature.
Nous sommes une petite quinzaine, l’ami charpentier et son épouse, un jeune couple et leurs deux enfants, venus de Kobé, un couple âgé et la famille de leur fille.
Il y a aussi chacha le chien.
Faire des motchis, on appelle ça le motchi tsuki, c’est une tradition riche de sens, et une véritable industrie.
Il y a en effet une foule de choses à faire pour suivre le processus de fabrication complet. Il faut être efficace car il faut que ça tourne, que le motchi débite.
Sitôt arrivé on m’assigne la responsabilité du feu. Je m’assieds devant trois petits foyers. A ma droite un gros tas de bois. Chêne et chataigner.
Ma mission, faire en sorte que les trois foyers soient à pleine capacité à tout instant. Deux foyers à droite sur la photo, sous de grosses marmites, font bouillir de l’eau. Le troisième à gauche produit la vapeur qui cuit le riz gluant, dans les casseroles.
Je me dis, moi, l’immigré du village, on me fait bien confiance en me donnant une telle responsabilité! Je suis tellement intégré, j’en suis désintégré.
De temps en temps le boss vient voir et me donne des conseils. On se tromperait en pensant que s’occuper des trois foyers est une tâche simple et dénuée d’intérêt. D’ailleurs je ne suis pas certain d’être tout à fait à la hauteur.
Sur ce, bonne année à toutes et à tous !
Décoration du nouvel an (2)
Décoration du nouvel an
Posée stratégiquement sur un four de charbon de bois, la décoration traditionnelle pour célébrer le nouvel an.
une bouteille de saké 酒
un yuzu 柚子
un kagami mochi (deux gâteaux de riz superposés) 鏡餅














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