Promenade en hiver

Promenade jusqu’en haut de la vallée ce matin. C’est l’hiver.

Je monte vers le fond de la vallée.
Un voisin, Mister T, fait sécher ses daikons. C’est pour l’hiver. Un fois secs il les découpera en fines lamelles.
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D’autres voisins préparent dans de grosses bassines placées au bord de la rivières des pickles ou tsukemono. Sans doute du daikon aussi; récolté depuis peu.
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Au bord d’un chemin l’éclat d’une mâchoire qui a appartenu à un blaireau. (le crâne, je l’ai ramené à la maison depuis longtemps).
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Les nuages jouent avec les montagnes.
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Une vielle dame est dehors; devant sa maison. Elle fait cuire des patates douces dans une feuille d’alu. Elle m’en offre une, il est 11 heures trente et il fait faim.
Nous discutons un peu. La patate douce est délicieuse.
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Plus loin au bord de la route des gens ont fait du feu. On dirait l’impact d’un météore.
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Before After

A regarder les photos prises avant les travaux et notre installation ici au village, je me dis que nous étions bien courageux, ou désespérés, ou simplement dingues ou tout à la fois, d’avoir plaqué Tokyo et son confort …. pour cette bicoque en bois. Mais nous l’avons achetée, et après quelques travaux .. C’est beaucoup mieux maintenant !

Et nous ne regrettons rien…

BEFORE
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AFTER
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Chez le tourneur

Le bois ici fait partie intégrante de notre vie. La maison de bois, les bûches pour le poêle et les forêts qui entourent le village.
L’étape suivante, logique, est l’ustensile en bois pour la cuisine et prendre les repas. C’est peut-être aussi le souhait d’un retour en arrière, utiliser des objets plus primitifs, simples. A titre d’essai; tout est expérience. Car sinon nous sommes des inconditionnels de la céramique japonaise.
De fil en aiguille nous faisons connaissance avec un couple qui vit à une trentaine de km d’ici. Le mari est tourneur sur bois. Nous allons les voir. Ils ont construit leur maison atelier eux-mêmes sur le flanc d’une montagne versant sud avec une superbe vue sur la vallée qu’ils dominent. Histoire sans doute de repérer tout mouvement de police suspect. Le toit de la maison, en demi géode, est remarquable.
L’atelier est caché dans une brume de sciure de bois. L’homme et la femme semblent en émerger et leur visages sont recouverts d’une fine couche blanche. La conversation nait naturellement, comme si nous nous connaissions déjà. Ils sont surpris quand même un peu de nous voir arriver, et moi donc l’étranger. Qu’est-ce-qu’on est venus faire ? Je dois clarifier que je travaille dans l’IT, et que je ne tourne pas le bois. Soulagement, nous ne sommes pas venus observer leurs secrets de fabrication. Notre histoire aussi: une famille avec un mari français qui a quitté Tokyo et est venue s’installer dans la région dans une vieille maison que tout le monde ici aurait bulldozée sans hésitation les surprend, et nous rapproche.
L’atelier est pro, et il y a aussi un côté sauvage dans le chaos qui règne.
Le couple me donne l’impression d’artistes ou d’artisans qui vivent à fond dans leur art. Ils ne s’arrêtent jamais. Ils vivent également avec la nature. Le contact avec le bois. Les panneaux solaires sur le toît. Le système de chauffage à la sciure de bois. La maison qu’ils ont construits eux mêmes. Les légumes et les fruits qu’ils produisent. Il y a eu un choix délibéré de prendre ses distances avec la ville et le système et de se réfugier dans les montagnes et l’art de tourner et travailler le bois. Outre la maîtrise de leur art on sent dans chaque propos leur assurance teintée de modestie, assurance dans le fait que leurs choix sont les bons et dans tout ce qu’ils ont réalisé par eux même sans emprunter la force de l’argent.
On fait le tour de l’atelier, la femme nous explique les fonctions de chaque machine, tandis que l’homme s’affaire à son tour sur un kataguchi.
On protège les plats et ustensiles en bois avec de la laque. Urushi. L’homme part dans les montagnes couper des laquier, pour en extraire la résine. La laque protège le bois de l’eau et permet à l’objet de durer quasi indéfiniment. Mais j’ai en tête un objet en bois crû. Une écuelle en bois. Bien sûr, ils ne font  pas du tout ça. Alors je dessine sur un bout de papier l’objet en question. Dimensions, épaisseur (tu veux un truc épais comme ça?) et les anses. La vidéo de Robin Wood; le tourneur traditionnel anglais qui reproduit des objets du XVIIe siècle m’a  frappé. Mais son site web est trop loin d’ici. Je ne veux pas faire venir d’Angleterre un tel objet. Aussi beau soit-il.
Je parle au tourneur et à sa femme de Robin Wood, comment il tourne selon les méthodes d’antan, avec un tour activé par le mouvement de la jambe. Et l’homme s’en va tout d’un coup dans son bureau, d’où il ressort une vieille revue anglaise ..; et où il y a justement un article sur ce même Robin Wood, plus jeune de 20 ans. Quelle coincidence . La boucle est bouclée.
Finalement je fais la commande d’une écuelle. On convient du prix et de l’essence (ceriser). Ce sera la copie d’une copie.
Trois semaines plus tard. On revient les voir. Il a fait trois écuelles. Je lui demande s’il a pris du plaisir à les faire. Il acquièce et sourit. Les écuelles sont encore plus belles que je n’avais pensé. J’achète les trois. On discute. La femme part dans la cuisine et revient avec un pot de ragout de chevreuil qu’elle a préparé et qu’elle nous offre. Elle l’a préparé comme on prépare la viande de baleine, explique-t-elle.
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Après l’Arizona

Je suis parti dix jours en business trip en Arizona. Dépaysement total à l’aller, et au retour.

Je rentre à la maison le dimanche matin vers dix heures, le corps encore fatigué par le long voyage, et les nuits de quatre heures de sommeil, décalage oblige.

Ces dix jours ont semblé trois mois, tellement les univers au Japon et aux US sont différents.

Le dimanche s’annonce tranquille, une belle journée d’hiver avec un ciel bleu.
Puis un ami passe à la maison, j’en profite pour lui passer un petit souvenir, du smoked cheese. Tout tombe bien, il a des amis dans sa base secrète dans la montagne, et on décide de l’y rejoindre. Tout d’un coup tout se précipite, du moment de repos nous passons à celui de la fête.
Nous emportons une provision de vins et surtout un tire-bouchon. Comme ils n’ont que du saké là bas nous avions essayé la dernière fois de déboucher un Bourgogne avec une mèche de perceuse.

Arrivés sur place, on se met en carré autour d’un feu. Certains carburent à la bière; d’autres au whisky. A gauche il y a une vieille TV magnétoscope, en pleine lecture d’un épisode de Heidi. Regarder Heidi, là, tout en discutant, picolant et fumant un peu, c’est vraiment top. Notre fils lui s’occupe du feu, il transporte les bûches.

Tout est beau. La lumière, le feu. Les amis. La famille.

Il y a une personne que je ne connais pas encore, un homme de de 70 ans environ. Il vient de la ville voisine et a apporté du sanglier.

C’est la saison de la chasse.

Notre ami va vers le frigo et sort un morceau de chevreuil. Il le fait griller au dessus du feu; c’est pour le chien. Le chien a faim. Une bière plus tard le morceau est prêt et finalement nous décidons d’y goûter. Nous partageons avec le chien.
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Les mesures

Un ami utilise d’anciennes unités de mesure en parlant de terrains dans les montagnes autour du village.
J’essaie de faire le point.
1 TAN 反 = 10 HO 歩
1 TAN = 991 m2 = 9.9a
Wikipedia m’apprend que 1 TAN correspondait à la surface d’une rizière nécessaire pour produire l’équivalent d’un KOKU de riz. ((こく, à noter que l’idéogramme signifie PIERRE).
Cette autre ancienne unité de mesure, le KOKU, désignait la quantité de riz consommée par un adulte pendant un an.
L’adulte dit-on consommera 3 GOU 合 de riz par jour, et par extension (simplification) 1000 par an. Le Gou est une unité de volume qui correspond à 0.18 litres. Le GOU par contre est encore courament utilisé pour mesurer la quantité de saké. Ceci pour le saké uniquement, pour les autres liquides on utilise le système métrique.
Bon on retombe un peu sur nos pattes, 1 TAN c’est dix ares soit environ 1000m2.

Sur les forêts

Le village est entouré de montagnes que la forêt recouvre. La forêt c’est l’infini qui nous entoure et la liberté à portée de la main. Sans doute, lorsque le moment viendra, notre prochaine étape.

Et ces lignes de Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson, résonnent particulièrement.

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En Russie, la forêt tend ses branches aux naufragés. Les croquants, les bandits, les cœurs purs, les résistants, ceux qui ne supportent d’obéir qu’aux lois non écrites, gagnent les taïgas. Un bois n’a jamais refusé l’asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de la liberté à tomber.
 
L’État voit tout; dans la forêt, on vit caché. L’État entend tout; la forêt est nef de silence. L’État contrôle tout; ici; seuls prévalent les codes immémoriaux. L’État veut des êtres soumis; des cœurs secs dans des corps présentables; les taïgas ensauvagent les hommes et délient les âmes.
Les Russes savent que la taïga est là si les choses tournent mal.
(….)
Refuzniks de tous les pays, gagnez les bois ! Vous y trouverez consolation. La forêt ne juge personne, elle impose sa règle. 
p. 190
En cabane, on vit à l’heure contre révolutionnaire. Ne jamais détruire (…) mais conserver et continuer. On cherche ici la paix, l’unité, le renouement. On croit au cycle des retours. A quoi on la rupture puisque tout passera et que tout reviendra ? La cabane a t elle un sens politique ? Vivre ici n’apporte rien à la communauté des hommes. L’expérience de l’ermitage ne verse pas son écot à la recherche collective sur les moyens de faire vivre les gens ensemble. (…) 
La cabane n’est pas une base de reconquête mais un point de chute. Un havre de renoncement, non un quartier général pour la préparation des révolutions. Une porte de sortie, non un point de départ. (….) Le trou où la bête panse ses plaies, non le repaire où elle fourbit ses griffes.
 (nrf)

En tronçonnant

Je tronçonne les poutres de notre vieil hanaré, démoli en juin. Les poutres devenues bûches nourriront Calcifer le poêle à bois. C’est un très bon exercice et l’occasion pour moi de me familiariser avec le maniement de la tronçonneuse. Certaines poutres sont minées de clous et il faut veiller à les éviter, pour ne pas endommager la chaine. Je me protège les mains avec de gros gants de cuir.

Les essences, essentiellement du cryptomère, du cyprès et du pin. Pas de chataigner malheureusement. Pas forcément donc le meilleur bois pour se chauffer, mais ce sera comme rendre un dernier honneur au bois du vieil hanaré. Certaines poutres au fil des ans ont fait le régal des insectes qui y ont creusé des réseaux de galeries. D’autres poutres sont en excellent état et je me dis que c’est un peu dommage de les donner à manger au poêle à bois car elles pourraient très bien servir pour d’autres projets. Il suffirait de passer un coup de rabot rapide sur les faces grises pour redonner au bois toute sa beauté d’origine.

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Une surprise, dans la mortaise d’une poutre, deux oeufs de gecko.

 

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Récolte (8)

Les petits camions

Le voyageur les remarquera partout dans les campages, au bord des champs, garés auprès des fermes, sur les chemins de montagne.
Les petits camions, on les appelle keitora. 軽トラ
軽 kei – 軽自動車 keijidoudhsa ou véhicule léger.
トラ tora – トラック torakku – truck écrit à la japonaise, ou camion.
La catégorie des véhicules légers est très spécifique.
Le moteur fait moins de 660cc, et les dimensions du véhicule sont limitées:3.4m de longueur, largeur max de 1.48m et hauteur max de 2m.
Universel, le keitora l’est aussi dans la couleur. Ils sont quasiment disons à 95% tous blancs ! On les voit vraiment partout.
La charge utile du petit véhicule, va tout de même jusqu’à 350kg, on pourra donc transbahuter beaucoup de choses.
Le léger uilitaire n’est pas gourmand en essence et la fiscalité avantageuse en fait le véhicule de choix pour ceux qui vivent à la campagne et ont besoin d’un deuxième ou troisième véhicule, ou le professionnel qui doit se déplacer avec ses outils et son matériel.
Petit, le camion passera partout, sur les routes et les chemins les plus étroits et Dieu sait qu’il y a beaucoup de chemins étroits au japon, dans les campagnes ! La plupart des modèles sont équipés de 4 roues motrices.
Si bien que presque tout le monde dans le village en a un. Les rares qui ne bricolent ni ne jardinent font exception.
Le kei tora est le descendant du triporteur , populaire des années 30 à 50-60.
Il hérite de son ancêtre la simplicité et la rusticité. Robustesse, manœuvrabilité, facilité d’entretien. Cela fait penser au char russe T34.
Tous les fabricants d’auto ont dans leurs catalogues un keitora. Honda, Suzuki, Daihatsu, Nissan, Mitsubishi, Toyota, Subaru.
Le keitora est tellement adapté à la vie à la campagne, il en est tellement emblématique, qu’on ne peut pas faire sans.
Dans mon cas il me servira à transporter du bois de chauffage, des pierres et du bois pour des projets de bricolage, ainsi que du crottin de cheval pour le jardin.
Voici quelques photos de keitoras, qui sauront ravir les amateurs.
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Récolte (7)

Finalement ce sont les citrouilles qui ont le plus donné cet été. Avec les mini tomates; les piments et la coriandre.

Ce soir je découpe les citrouilles en cubes et les fait cuire dans la marmite, avec des tranches de cochon, du curry et autre épices. C’est assez réussi.

La terre du jardin demandera encore beaucoup de temps, de travail et de crottin de cheval; pour être ce que nous voudrions ce qu’elle soit.

Mais nous apprécions le dîner et ce cadeau de la terre.

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