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Une caméra sur le camion (pas GoPro)
Une caméra embarquée sur le camion …. mais ça n’est pas une gopro. … La caméra est fixée à une coupe à fond magnétique (pour garder des vis et des choses comme ça), simplement posée sur le camion. Le câble blanc c’est pour éviter que le tout tombe sur la route.

Je m’amuse à filmer la vallée où nous habitons.
Sur le chemin forestier, au début, on voit combien on est secoué dans le petit camion keitora !
Ca peut vous donner une bonne idée de notre environnement et du village….
Minou dans la montagne
Cela a commencé il y a quelques semaines, Minou le chat s’est mise à suivre ma femme A., lorsqu’elle sortait de la maison. Minou la suivait jusqu’à de plus en plus loin dans le village, et Minou et ma femme ont pris ainsi l’habitude de se promener ensemble. Je dis bien ensemble car je ne saurais dire si c’est ma femme qui promène Minou ou si c’est Minou qui promène ma femme.
Une Pause et Echanges
Je prends une pause au travail, 30 petites minutes pour suer un peu et fendre de grosses bûches. En sortant de la maison j’aperçois le voisin affairé au fond de son jardin. Il est assez loin, je pousse la voix pour lui souhaiter une excellente année 2015. Ca donne la pêche de donner la voix. Faut pas se gêner et c’est pour la bonne cause des relations de voisinage.
Je commence à fendre des bûches de chêne, le même voisin arrive avec deux magnifiques yamaimo.
Vocabulaire やまいも 山芋
Dioscorea japonica (non, pas diahrrea japonica). Une sorte d’igname ?
Cette plante est courante au Japon, Corée, Chine et dans une partie de l’Inde.
On discute bien, on parle outils. Hache, tronçonneuse. Nous n’avions pas conversé ainsi depuis longtemps. Je parle de mes petits projets dans la montagne; qu’il connait très bien pour y avoir joué lorsqu’il était enfant.
C’est une personne sensible et intelligente.
Le voisin part; mais revient avec son camion quelques instants plus tard. Il m’offre une hache et un tobi. Ces deux outils ont appartenu à son père qui travaillait dans les bois. Quelle touchante intention. Je ne sais comment le remercier, vraiment, et la seule chose qui me vient à l’esprit est de lui donner un beau morceau de fromage de Hollande.
La hache est superbe. Lourde et longue elle conviendra à fendre les bûches. Elle porte bien les marques de mayoké sur la tête de la hache.
Vocabulaire mayoke まよけ 魔除け
amulette ou protection contre les esprits. Sur la tête de la hache la marque caractéristique demande la protection des dieux de la forêt et l’autorisation de couper des arbres et d’en prendre le bois.
Le tobi ressemble à un pic. Je n’ai jamais utilisé cet outil.
Tobi est l’abréviation de Tobiguchi, 鳶口 qui signifie le bec du milan noir. Cet outil ressemble en effet au bec du rapace. On le plante dans un tronc d’arbre pour le tirer et le descendre de la montagne.
Peut-être même l’outil lui-même a-t-il été conçu en observant et imitant le bec du rapace.
Vocabulaire tobi ou tobi guchi とびぐち 鳶口
La pensée du jour
Aujourd’hui, dans un mail, F. résume très justement la situation du monde actuel.
« Quand je vois l’état du monde je me dis il faudrait que toutes ces grosses boîtes aillent se faire foutre – ce système où une partie de l’humanité chercher à consommer le plus possible au plus bas coût possible ruine toute la sagesse acquise au cours de millénaires. »
F. a entièrement raison. Je le suis à fond.
Les grosses boites, aucun intérêt. Il faut se tourner vers le vivant, la nature, l’animal, le minéral, la culture.
Et les montagnes elles aussi nous disent la vérité. Et ma tronçonneuse aussi.
Les vieux
La nature qui nous entoure n’a pas d’age. Elle se renouvelle constament, le cycle jamais ne s’arrête.
Par contre la population du village elle a un age bien visible.
La plupart des habitants ont plus de 50 ans. Notre fils est le seul enfant du hameau. Nous sommes le seul couple dans la quarantaine.
Il y a aussi des personnes très agées, de plus de 90 ans.
Ces vieux méritent le respect, car ils ont une sacrée pêche. Ils cultivent leur champs, coupent du bois dans les forêts, ils s’occupent de la communauté, veillent à ce que les enfants se rendent à l’école en toute sécurité en surveillant les carrefours le matin à sept heures trente, et ils maintienent les rites ancestraux. Ils portent avec eux la culture séculaire du village. Beaucoup donc repose sur leurs épaules. Physiquement actifs; impliqués dans la communauté et utiles aux autres. Sans doute les clefs d’une vieillesse heureuse et épanouie.
On a dressé les portraits de deux personnages exemplaires. Madame M. Monsieur H.
Brel décrivait une bien mésirable vieillesse:
les vieux ne parlent plus
ou alors seulement parfois du bout des yeus
même riches ils sont pauvres
ils n’ont plus d’illusions; ils n’ont plus qu’un coeur pour deux ….
les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides
leur monde est trop petit….
Sa chanson aurait été différente s’il était venu voir ici …
On a connu des villages en France, ou la population se rajeunit et se renouvelle, avec les arrivées de jeunes retraités, d’anglais fortunés, et de jeunes couples recherchant un immobilier plus abordable. Cependant dans ces villages je n’ai pas trouvé trace de culture. Tout est parti avec l’évaporation du Christianisme et Intermarché.
Ici non, les traditions sont encore vivaces.
A Tokyo on est surpris de voir, en effet dans la foule, beaucoup de personnes agées, et surtout des personnes très agées; de plus de 80 ans; beaucoup plus qu’ailleurs. On sait des écoles primaires désaffectées, commes les églises chez nous, et changées en appartements ou ateliers d’artistes (ce qu’elles auraient dû être dès le début).
Ici à la campagne le phénomène est beaucoup visible, car il y a peu de jeunes et très peu d’enfants. Tokyo et les très très grandes villes continuent d’aspirer les jeunes, si bien que les campagnes ici ont définitivement des cheveux blancs.
Quelques usines, que l’on imagine être performantes car pas encore transférées en Chine, permettent de retenir une poignée de couples jeunes.
Nous sommes une rare exception, en nous installant ainsi à la campagne. Le travail à distance n’est pas si populaire ici au Japon… Imaginez donc l’effet de l’arrivée d’un Françcais et de sa famille … quel scoop …
La question de l’avenir se pose. Que deviendra le village dans 10, 20 ans ? Les très vieux seront partis. Il y aura t il du sang frais ? … Le village finira t il par disparaitre ? Et que deviendra la culture qui l’anime et l’irrigue ?
Chaque changement appelle des opportunités. La campagne ou nous nous sommes établis est une chance formidable pour toute famille souhaitant changer de vie.
Une maison spacieuse avec grand jardin s’achète pour le prix d’une BMW. Les infrastructures les plus modernes sont disponibles. Nous sommes à 30 km d’une gare de Shinkansen et de là; à trois heures d’une mégalopole de 30 milions d’habitants, et à une heure d’un aéroport international.
La supply chain au Japon est une mecanique parfaite. Même ici, aux creux des montagnes, Amazon livre dans la journée. C’est fantastique.
On parle de la globalisation, et de la disparition des frontières entre les pays, mais c’est vrai aussi pour les frontières entre les villes et les campagnes.
Promenade dans le village
Le daikon
Le Mochi-Tsuki
Premier dimanche de novembre.
légumes de saison
Quand les voisins ne nous en offrent pas, nous achetons nos légumes à la cooperative agricole du village. Ce sont les mêmes villageois qui y vendent les productions de leurs jardins.
Les étiquettes sur les poches plastiques portent le nom du producteur.
Ces légumes ont été ceuillis dans la journée et ils sont délicieux.
Voici ce que l’on trouve, en ce début de novembre.
en haut à gauche : yuzu
en bas à droite : sato imo





















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