Tagué: petit camion blanc japonais
Au pied de l’arbre sacré
Cette fois-ci pour la branche de l’arbre sacré, j’y vais à la tronçonneuse. Beaucoup trop gros pour scier à la main.

Il neige légèrement, le sol est mouillé et glissant. Je travaille le plus lentement possible et veille à enclencher le frein de la tronçonneuse entre chaque découpe, pour éviter tout accident.

Lorsque je tronçonne les parties les plus épaisses, le bois, coupé, apparait dans toute sa splendeur endormie.
Dans une vie antérieure, cet arbre a certainement été un cachalot. C’est vraiment ça …. ces couleurs, et cette sensation de puissance passive, de force silencieuse: un cachalot!




Cet arbre est majestueux. On voit bien la branche arrachée par la neige.

La petite construction derrière c’est le sanctuaire qui habite les jizous.

A ses pieds, on se sent tout petit….
Avec le bois obtenu je fais trois aller et retours avec le camion.

Scarry ! ! et les crapauds de la forêt
Vous connaissez sans doute les formidables petits camions blancs japonais que l’on appelle ici keitora ou kei truck soit ‘camion léger’. On les trouve partout dans les campagnes japonaises. Il y a plusieurs fabricants; Daihatsu, Subaru, Mitsubishi, Honda et Suzuki.
Le modèle de Suzuki s’appelle Carry soit ‘transporter’. Pas mauvaise idée certainement mais les génies du département marketting à Suzuki ont fait mettre le S du logo de Suzuki juste devant le nom du modèle ….
Ce qui donne Scarry. Marrant non ? Ou bien scarry ? ?
Personne à Suzuki n’y a pensé ?
Si le marketing de Suzuki me fait un peu marrer tout seul dans mon coin, les crapauds de la forêt m’inspirent le plus grand respect. Car pendant ce temps là dans les flaques d’eau de la forêt, les crapauds font leur business. C’est la saison. Regardez cette quantité presque infinie de petits oeufs de crapauds ! Respect ! C’est la puissance de la nature …
Promenade du vendredi soir
Toute cette semaine, comme tout le monde; j’ai suivi de très près les terribles événements à Paris en France. Ecrire ces articles, et garder le ton de d’habitude, cela fait un peu bizarre. Mais je continue.
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C’est vendredi, cinq heures de l’après midi. Allons donc faire un petit tour dans le village.
A la campagne; les choses peuvent paraitre immobiles mais il y a chaque fois des petits changements, en fonction du temps ou de la saison, ou du rythme des champs.
Il faut prendre le temps de regarder.
Les montagnes et la rivière, elles sont toujours la pour nous rappeler le peu de choses que nous sommes. Nous leur en sommes reconnaissants.
Oh je reconnais ce camion keitora flambant neuf.
Le camion de mon ami. C’est un homme de grande qualité que nous apprécions beaucoup. Il récolte des yuzus. Il m’en donne une poignée.
Fais attention, les branches sont pleines d’épines.気をつけて、トゲいっぱいあるね
Oui je sais, c’est comme les femmes そうね、美人と一緒
Ah si tu savais combien de fois je me suis fait piquer ! 何度も刺された!
Les yuzus on peut les mettre dans le bain le soir. ça donne une peau de bébé !
Une caméra sur le camion (pas GoPro)
Une caméra embarquée sur le camion …. mais ça n’est pas une gopro. … La caméra est fixée à une coupe à fond magnétique (pour garder des vis et des choses comme ça), simplement posée sur le camion. Le câble blanc c’est pour éviter que le tout tombe sur la route.

Je m’amuse à filmer la vallée où nous habitons.
Sur le chemin forestier, au début, on voit combien on est secoué dans le petit camion keitora !
Ca peut vous donner une bonne idée de notre environnement et du village….
Minou et le keitora
Minou a découvert une nouvelle cachette en le keitora (camion utilitaire de petite cylindrée que tout le monde utilise dans les campagnes ici au Japon).
De la plateforme du camion elle peut observer les environs en toute sécurité. Une super cachette donc…
Faire feu de tout bois
Aujourd’hui, je reviens d’un long business trip et l’heure passée cet après-midi dans la montagne me permet de me ressourcer et d’oublier la fatigue du long et pénible voyage en avion.
C’est incroyable, vraiment, cette énergie que nous donne la nature. Je descends du bois d’arbres coupés le mois dernier et le charge sur le petit camion keitora. C’est le transfert de fatigue. Le travail physique transforme la fatigue du voyage en une fatigue positive et je me sens très bien.
Notez cet arbre recouvert d’épines, karasuzansho.
カラスザンショウ(烏山椒)、Zanthoxylum ailanthoides.
En tout cas, si l’on veut espérer pouvoir s’en sortir, il faut savoir faire feu de tout bois.
Au sujet de bois, ma femme trouve dans la montagne le bois d’un chevreuil. Elle a le don de trouver des os et squelettes. L’année dernière elle avait découvert le crâne d’un chevreuil.
Le royaume des chats et autres divagations
En continuant plus au fond de la vallée où nous vivons, il y a les ruines d’un ancien élevage de poulets. Un belle horreur de ferraille et de plastique; qu’il faudrait bulldozer, mais l’argent et le cœur manquent aux anciens propriétaires pour cela.
C’est aussi ici que l’esprit commence à divaguer et à perdre pied.
L’homme a quitté les lieux. A partir de cet endroit, la route devient un chemin forestier. Plus loin il y a un temple abandonné et une maison tombée en ruines. Le temple a brulé il y a plusieurs années. Court-circuit électrique. Le moine est parti.
Dans cette zone s’opère la lente transition entre le monde de la forêt et celui des hommes. L’homme est parti mais a marqué l’endroit, avec tous les détritus qu’il a laissés. Ces détritus sont la pour longtemps.
Comme les mines antipersonnel que laissent les guerres. La forêt tente de reprendre ce qui lui a appartenu. La forêt a tout son temps.
Des colonies de chats ont envahi l’endroit. Ils sont un peu sauvages. Ils ont pris possession des lieux. Pour l’instant. Les ruines sont devenues le royaume des chats.
Au delà de ce poste frontière, c’est le monde de la montagne et des animaux sauvages. Chevreuils, sangliers et on peut imaginer les singes et les ours qu’on ne voit jamais. Les chats assurent la transition. Vérifient les papiers des voyageurs …
J’aperçois le camion d’un villageois, arrêté près de l’ancien élevage de poulets. C’est un habitué. Il vient voir les chats tous les jours. L’homme est très discret et ne veut pas que je le photographie. Les chats eux sont moins timides.
Ils sont bien mignons les chats.
On peut continuer sur le chemin, vers le temple abandonné.
Les chats observent le promeneur s’enfoncer dans la forêt.
Celui là file dare dare vers l’ancien temple, parti dans un incendie, comme pour prévenir les dieux, ou les animaux. Ou alors les animaux sont les nouveaux dieux. Et vice versa.

Voila la maison abandonnée, où vivait le responsable du temple. Les chats montent la garde.

Ah; le camion aperçu tout a l’heure vient. Pour une caresse du conducteur, un petit chat se hisse sur la roue avant.
Postscriptum et dur retour à la réalité.
Lors de la saison de la chasse, me raconte une voisine, les chasseurs se précipitent en camions sur les chemins et écrasent sans honte tous les chatons qui s’y trouvent; ‘on s’en fout, il y a trop de chats‘ disent ils.
A croire que la c….. des chasseurs est universelle.
Petit tour en forêt
Je suis parti encore en forêt aujourd’hui pour ramener un peu plus de bois mort, pour mon essai de culture sur butte.
Voici quelques photos.
Un chevreuil à la sortie du village.
Les forêts ne sont plus entretenues. L’économie du bois s’étant effrontée avec la hausse du coût de la main d’oeuvre et les importations massives.
Superbes mousses. On se croirait au pays de Totoro.
La culture sur butte
Sepp Holzer présente dans son book comment il a développé et utilisé la culture sur butte. La culture sur butte est régulièrement citée lorsque l’on parle de permaculture.
Il s’agit de regrouper du bois mort, humide, spongieux, d’ajouter des feuilles et autres matières végétales etc et de recouvrir le tout de terre. Cela forme un butte d’où le nom de la technique.
Sur youtube j’ai découvert cette excellente présentation par Philip Ferrer qui explique la mise en pratique de la culture sur butte.
On voit ce monsieur à l’accent étonnant chercher du bois mort en forêt et monter une butte dans son jardin. Son jardin d’ailleurs est magnifique.
Je décide d’essayer aussi à mon tour. La journée a été bien chargée et je pars dans mon petit camion peu avant la tombée de la nuit, destination le fond de la vallée, où la route se dilue dans la montagne. J’emporte une hache et une fourche. Et le petit tour dans la nature qui s’ensuit, à peine une heure devient une petite aventure en soi. Quel plaisir que de passer ces quelques instants volés au quotidien dans la pleine nature. En forêt.
400 mètres après la dernière maison du village un jeune chevreuil croise le petit chemin de pierres, à quelques enjambées du camion.
Un peu plus loin sur le bord du chemin; peu après les ruines d’un temple qui a disparu dans un incendie il y a quelques années, des tâches brunes s’étalent dans une flaque d’eau. Je m’arrête et descends du camion pour voir de quoi il s’agit. Oups, des dizaines de crapauds partouzent tranquillement comme si de rien n’était. La puissance de la nature. Il doit déjà y avoir des dizaines de milliers d’oeufs dans cette flaque d’eau. Qui sait combien de ces oeufs formeront des têtards, et combien feront le régal des tritons et des salamandres, et combien deviendront de beaux crapauds bien gluants en mesure de perpétuer l’espèce.

Je repars dans le camion après cette découverte. Continue jusque plus profond dans la montagne et la forêt. Il y reigne un silence profond, seul le courant d’une rivière est audible.
La, je pars à la recherche de vielles souches et de bois mort. A la hache je coupe les vieux troncs tombés sur le sol que la mousse recouvre. Quel plaisir que de tapper, frapper le bois et regarder la lame de la hache déchiqueter le bois. Je sens mon corps s’éveiller, le sang irriguer mes muscles à mesure que j abats la hache sur les troncs d’arbre. Ouah ce doit etre bien beau que d’abattre un arbre à la hache me dis-je. La tronçonneuse, c’est bien laid. C’est encore la belle saison, il n’y a pas d’insectes ni serpents.
Les chocs de la hache résonnent dans toute la forêt. Je ne me sens pourtant pas seul.
Je rammasse aussi des feuilles mortes, des branches tombées ça et là sur le sol humide et noir.
Tout celà formera une superbe butte dans le jardin.
La nuit va bientôt tomber. C’est le moment de rentrer.
Je charge tout dans le petit camion, le keitora. Avant de monter et de démarrer, je lance « Merci Forêt » … je reviendrai sous peu.































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