Tagué: vivre à la campagne au japon
Dernière brouettée de béton
Continuation de la barrière contre les chevreuils. Dernière brouettée de béton pour faire le dernier socle.
J’utilise toujours mon pneu découpé, quelle trouvaille, c’est formidable je suis tellement fier de moi. Voila un truc qui a marché du tonnerre. C’est un excellent moule pour le béton: flexible il s’adapte au terrain.

J’ai un peu suivi les élections présidentielles en France, Macron je ne sais pas trop quoi en penser. Ce qui est certain par contre c’est que dans le jardin l’amandier va donner au moins trois amandes cette année. Le noisetier fait un bon départ faut voir s’il va prendre ici dans cette région, ce serait formidable. Celui planté dans la montagne en face aussi fait un bon départ. Et le noyer a une croissance tout simplement phénoménale. Tout espoir est donc permis. Et puis dans le petit potager les salades poussent bien et notre récolte journalière de pois agrémente les repas.

Macron pour y revenir je ne sais trop quoi en penser et de toute façon tout cela est en dehors de ma zone d’influence. Il faut se focaliser sur ce que l’on peut influencer directement sinon on finit comme les hippopotames qui agitent leurs petites queues dans l’eau pour disperser leur caca. Moi ma zone d’influence c’est la maison et le jardin autour, et notre petit bout de montagne.
Pour marquer le coup, quand même, ce moment historique avec un nouveau président, et si jeune, je mets dans le béton trois petites pierres trouvées à mes pieds dans la rivière, une pierre bleue une pierre blanche une pierre rouge, ça fait bleu blanc rouge, comme le drapeau.


Le village ce matin
Promenade dans le village ce matin. Vers cinkousizeures.

Un petit sanctuaire shinto.



Dans le sanctuaire, un ancien dojo pour jouer au sumo.

Devant la salle communale des posters sont affichés … Les sujets sont variés.
Expo sur les malades de la lèpre au Japon qui a partir de 1931 étaient confinés de force dans des établissements spéciaux où stérilisation et avortements étaient couramment pratiqués. Un des épisodes sombres du japon moderne.

Une expo sur les kamikazes (les jeunes qui sont partis dans le ciel du sud). Et des conférences par des survivants des bombardements américains sur la ville de Himeji. Il est intéressant de noter que le sujet des bombardements américains sur les populations civiles de la plupart des villes japonaises soit abordé dans le cadre d’une exposition sur les kamikazes. On peut y voir une façon de noyer le poisson et d’éviter les vraies questions que l’on devrait évoquer lorsque l’on parle du sujet des kamikazes. Ceci-dit les bombardements US sur les populations civiles JP devraient être considérés comme des crimes contre l’humanité.

On souflle un peu avec une expo sur Utrillo

Quelqu’un a amené son bateau dans son jardin.


Un autre poster.

J’aime bien cette photo. On voit bien comment la vie a changé en un siècle et comment les maisons ont évolué.


Cette vieille ferme, je ne sais pas trop de quoi il s’agit mais il semble que quelqu’un tente de la garder debout avec des bâches en plastique et un bout d ‘échafaudage. C’est un peu foufou.

C’est dingo non ?

Les nouvelles feuille de thé.

Minou et son petit cadeau
Le soir, vers 21:30, au moment ou nous nous plongeons dans la lecture des manuscrits de Nag Hammadi, Minou rentre par sa petite porte spéciale et apporte une souris. Elle vient la déposer dans un espace de 10 cm, entre le vieux buffet et le mur de la cuisine. Elle regarde ma femme.
En effet ça a tout l air d’un cadeau que Minou nous fait.

Des bébêtes chaque jour (âmes sensibles s’abstenir)
Depuis l’arrivée du printemps.
Cela s’est accentué cette semaine.
Les chats nous amènent des bébêtes tous les jours.
Ce matin même nous trouvons dans la cuisine la moitié d’un petit rongeur. Je pense que c’est Scotch qui l’a ramené.

Mercredi soir on trouvait Minou avec une grosse souris dans la gueule. Scotch et Minou se la disputaient.
Jeudi, Scotch jouait avec une toute petite souris, type hatsukanezumi, la souris de vingt jours (二十日鼠), elle était encore vivante, et nous avons eu du mal à l’attraper …. petite boule noire qui courrait d’un coin l’autre de la maison en essayant d’échapper à Scotch … on a pu la saisir pour aller la relâcher dehors.
Sans compter une petite souris que j’ai vu dans le jardin, dans la gueule de scotch .., vendredi.
Hier soir le comportement de scotch nous a mené vers une autre souris; morte, entre deux meubles. Et juste avant, scotch était rentré à la maison un énorme papillon de nuit (ga, が、蛾)dans sa gueule.
Ca fait une bébête par jour … dans ces moments là on n’a pas le temps de prendre des photos … faut agir vite … Je crains de saisir tout cela avec les mains … je mets les gros gants de cuir pour le poêle à bois, bien pratique …
Sans doute le gros inconvénient à avoir des chats … et maintenant avec Scotch la quantité de proies ramenées à la maison est double …
Ceci dit il faut aller au de la de nos peurs et de nos phobies … Les chats amènent ce qu’ils trouvent. Nous avons la chance de vivre dans un endroit où la nature a été en partie préservée. Et donc il y a des insectes des grenouilles et plein de petits animaux à portée de griffe.
Cérémonie de fin d’études à l’école primaire
Je vis au Japon depuis plus de quinze ans et je continue à être étonné, surpris par ce que je vois.
Aujourd’hui c’était la cérémonie de fin d’études de notre fils de douze ans à l’école primaire du village.
Voici comment cela s’est passé.
Nous sommes avec les autres parents d’élèves dans le gymnase de l’école. Le drapeau japonais et le drapeau de la ville de Himeji.
Sur l’estrade un superbe bureau en bois orné du logo de l’école. Un grand bouquet de fleurs.
Sur le côté gauche du gymnase les enseignants sont réunis. Les parents sont assis dans les rangées au fond. Le premier rang; les sept élèves de sixième année à qui la cérémonie est dédiée. Derrière eux les quarante autres élèves. Sur le côté droit sont assis une trentaine de notables du village.
Tout le monde se lève. Salut au drapeau et chant de l’hymne national.
Le Directeur monte sur l’estrade et commence un long discours. Le discours est très bien ficelé. Il cite un poème de Goethe. HeidenRöslein. Il en chante une strophe.
Puis il appelle les élèves de sixième année un à un; qui monte à l’estrade et à lui il remet un très joli diplôme. Chaque diplôme est numéroté. Notre fils est le 1694è élève sorti de cette école primaire.
Chaque enfant retourne à sa place.
Le délégué de la ville de Himeji lit un discours.
Puis chaque notable, appelé, se lève et adresse un message de facilitation et d’encouragement aux enfants. Les notables: le directeur de la banque agricole du village; le directeur de la Poste, les représentants des divers hameaux de la vallée; l’association des femmes, le policier de fonction, les associations de troisième âge, l’association des agriculteurs, le Directeur du collège etc …
Ensuite les enfants de l’école jusqu’à la 5è année s’adressent un à un aux élèves de 6è année.
Puis tous les enfants entament une chanson. Certains enfants pleurent. Des mamans pleurent. Des papas aussi.
Clôture de la cérémonie, tous les enfants s’équipent d’instruments de musique et jouent ce n’est qu’un au revoir pour les enfants de 6è année qui un à un quittent le gymnase. Ils retournent à leur salle de classe où ils retrouvent leur maîtresse.
La, la maitresse lit une lettre à chaque élève de qui elle doit se séparer. C’est un nouvel instant d’émotion.
Les enfants ensuite reçoivent quelques souvenirs, un bouquet de fleur, un livre retraçant tous les moments clef de cette dernière année, deux beaux portemines offerts par la banque du village et gravés du nom de l’enfant.
Les enfants emportent aussi la liste imprimée de tous les livres qu’ils ont empruntés dans la bibliothèque de l’école pendant les 6 années.
Ainsi qu’un registre de santé qui indique leur croissance.
A noter que la longueur du ruban rouge qui lie la liste des livres de la bibliothèque correspond aux centimètres que chaque enfant a gagnés pendant sa scolarité dans l’école.
Les enfants quittent l’école. Lâché de ballons.
Tous les autres enfants leur font une haie d’honneur avec des fleurs.



Nouveau Projet: Histoires Naturelles
En 2015, février, je trouvais la crane d’un cerf dans notre montagne. M’est venue alors l’idée de faire une bande dessinée relatant nos aventures dans le village.

(depuis j’ai fini et fait imprimer la BD TOUT IRA BIEN, inspirée de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Une histoire sérieuse … un peu sombre …)
Ça a mijoté depuis deux ans…. Le nouveau projet de BD, inspiré de notre vie ici à la campagne, au Japon, sera par contre joyeux, lumineux, inspirant.
Le titre de nouveau projet: Histoires Naturelles.
Le scenario est complet à 90%. J’espère commencer à me mettre au dessin avant cet été. Si tout va bien le projet prendra deux ans … Par contre, j’en publierai les pages ici dans ce blog à mesure des progrès réalisés.

Un dimanche comme je les aime
- Lever à sept heures – petit déj en famille
- Glandouille devant Calcifer le poêle à bois, lis quelques pages du journal de guerre de Ernst Jünger. Le fils à mes côtés sur le canapé lit une manga de Ishinomori sur Sherlock Holmes. Les chats se réveillent.
- Neuf heures, vais dans notre montagne. En descends quatre troncs d’arbres. Les porte sur l’épaule. C’est lourd. Je transpire. Le bonnet de laine de huit euros est tout trempé. Le bois c’est pour une future barrière.

- Un voisin passe, monsieur K. On discute.
- Remonte dans la montagne. Réarrange le grillage autour de quatre arbres momijis plantés l’année dernière. Les chevreuils ont abimé le grillage et grignoté un peu de ces petits arbres.
- S. passe en camion en bas. Il m’appelle et dit qu’il est train de couper des arbres, que je pourrai prendre les chutes. Je descends et le suis en camion.
- Nous arrivons au pied de la montagne de Kaz. Un bel endroit. Trois grands cyprès coupés bloquent le petit chemin de montagne. S., Kaz., et un inconnu X. s’affairent avec leurs tronçonneuses. Les pros utilisent des tronçonneuses allemandes de la marque Stihl.

- En fait monsieur X. veut faire des tabourets en bois pour une équipe de foot. Un beau visage. Un sourire très calme. Très rare ici; une boucle d’oreille. Dès le début je le trouve très sympathique. De tout façon si c’est un ami de Kaz ce ne peut être qu’une personne sympathique.

- Tous les morceaux de moins de 30cm de diamètre je les ramasse et les charge dans mon camion. Ca finira par faire trois camionnées. Not bad at all. C’est Calcifer le poêle à bois qui va être content!

- On fait la pause de midi et allons tous les quatre déjeuner dans un petit resto. Quelle fine équipe.
- C’est vraiment sympathique de travailler ensemble tous les quatre. On charge les plus gros morceaux qui feront les tabourets dans le camion de X. C’est bien lourd et l’on apprécie l’occasion de pouvoir utiliser sa force.

- Je monte le chemin de montagne pour m’éloigner et faire pipi. Qu’il est agréable de faire pipi en montagne. J’admire le paysage et la beauté du coin tout en mouillant mes bottes. D’énormes arbres, poussés par la neige tombée en abondance cette année se sont effondrés d’une falaise.

- S. coupe un autre arbre, un cyprès énorme. facilement 60 ans. Le cyprès est bloqué à un moment. S. l’attache à son camion et le tire pour le débloquer. On passe ainsi trois bonnes heures. Une pause café. On est tous détendus et sérieux. Mais pas de déconnade. Faut jamais déconner en présence de tronçoneuses.

- Le travail fini tout le monde se sépare.
- Je décharge le camion, retourne dans ma montagne et finis de poser un filet autour de deux autres arbres. Toujours contre les chevreuils affamés.
- Retourne à la maison et fais une petite recherche sur les prix de vente de bois de chauffe. S. qui sait vraiment tout faire, mais vraiment tout, ne s’emmerde pas avec internet et quand il veut chercher une info il me demande de le faire pour lui. Je m’exécute avec grand plaisir. J’imprime le fichier excel avec une liste de prix et les différents ratios en Yens par volume, et vais le retrouver chez lui.
- Il est dehors, fume une cigarette en se réchauffant devant un petit braséro. Il regarde le soleil couchant. On discute des prix du bois de chauffe. Un voisin agriculteur arrive. Il s’allume une cigarette et approche ses mains du braséro. Il fait frisquet.
- Rentre à la maison, et repars avec le fils; diner au kaiten sushi de la ville voisine. Comme dessert le fils commande un parfait à la fraise. On discute avec le chef sushi qui nous informe qu’avec le prix des fraises qui est à la hausse ils vont bientôt retirer du menu les parfaits à la fraise. Et oui c’est comme en France: tout part en couille, .
- Je lui demande s’il va remplacer le parfait à la fraise avec du parfait à la sardine.
Que c’est beau!
Il a (encore) neigé cette nuit et je vais faire un tour pour profiter de la beauté du paysage. Je sors de la maison et prends la gauche; pour remonter notre petite vallée.
Il est neuf heures le ciel est d’un bleu magnifique. Que c’est beau! Beaucoup de plaisir. Tout est beau. La lumière. Le ciel bleu. La neige saupoudrée qui rehausse et simplifie le paysage.
C’est amusant: notre vallée, que personne ne connait et qui n’intéresse personne. En plus il y a des centaines d’endroits exactement pareils à travers tout le Japon… Mais que c’est beau!
Le village s’éteint petit à petit. Il y a que des vieux qui y habitent, et nous, nous y sommes tombés comme des météorites.
Sur le chemin je vois monsieur O., un autre personnage très sympathique. Il dépoussière la neige tombée sur sa voiture blanche. Toyota. On discute. Lui vient d’Osaka et s’est installé dans le village peu avant nous. Nous sommes tous les deux des citadins convertis. C’est un ancien athlète et expert en bois et menuiserie. Je suis un de ses fans.
Il est aussi sensible à la beauté de tout, ce matin. On parle de la beauté du paysage. La beauté rend heureux.
Lorsque nous vivions à Tokyo; l’accès à la beauté me manquait terriblement. Parfois une jolie paire de fesses ou de jambes. Ca se limitait à ça.
Je continue à monter vers le fond de la vallée. Monsieur M aperçu; 90 ans minimum, il boite, une dent lui reste sans doute; il balaye la neige devant sa jolie maison. Lui il sait comment durer.
Plus loin je continue; au fond, jusqu’au dernier poteau électrique, une maison détruite, un temple abandonné. La énormément d’empreintes d’animaux; déjà on n’est plus chez les hommes.
C’est tellement beau je me dis; dieu existe; il est la. C’est lui qui fait pousser les arbres. L’énergie de la nature. Simplement de nos jours il ne vit plus dans les villes; et lorsque les gens ne le prient pas il se retire en silence sur la pointe des pieds; vers le fond de la vallée; là personne ne l’emmerde, il a besoin que les gens prient pour être; sinon il est mieux avec les plantes et les animaux.




empreintes … ?


camion nickel chrome






retour … et voila notre maison.

Au pied de l’arbre sacré
Cette fois-ci pour la branche de l’arbre sacré, j’y vais à la tronçonneuse. Beaucoup trop gros pour scier à la main.

Il neige légèrement, le sol est mouillé et glissant. Je travaille le plus lentement possible et veille à enclencher le frein de la tronçonneuse entre chaque découpe, pour éviter tout accident.

Lorsque je tronçonne les parties les plus épaisses, le bois, coupé, apparait dans toute sa splendeur endormie.
Dans une vie antérieure, cet arbre a certainement été un cachalot. C’est vraiment ça …. ces couleurs, et cette sensation de puissance passive, de force silencieuse: un cachalot!




Cet arbre est majestueux. On voit bien la branche arrachée par la neige.

La petite construction derrière c’est le sanctuaire qui habite les jizous.

A ses pieds, on se sent tout petit….
Avec le bois obtenu je fais trois aller et retours avec le camion.

Le sanctuaire de l’arbre sacré
Ce matin il neige encore et toujours. Vais voir l’arbre sacré, sa branche arrachée et tombée dans la rivière. Repérage pour quand je pourrai revenir avec ma tronçonneuse pour dépecer le bois en des morceaux transportables.

Au pied de l’arbre sacré donc il y a un sanctuaire. C’est une petite construction. Qui a été entièrement refaite il y a deux ans je crois.
A l’intérieur il y a des jizos de pierre. Je fais coulisser la porte et jette un coup d’oeil.

Un banc de chaque côté et un petit autel; avec cinq jizos, tous de taille différente. Deux bouquets de fleurs. Des offrandes (des mandarines). Et tous les ustensiles utiles pour la prière.

Au dessus des jizos, une planche de bois avec ces caractères えんめいじぞうそん 延命地蔵尊 Jizo de longévité.
La même ambience et tranquillité reposante que dans une chapelle à la campagne.
Dans cette petite pièce il y a persistante une odeur d’encens. Il y a donc quelqu’un qui vient prier ici régulièrement me dis-je.
Juste à cet instant arrive monsieur U. Il a toujours un beau sourire d’enfant. On se connait bien.
Il explique qu’il vient prier ici chaque matin.

Monsieur U explique qu’avec l’argent collecté dans le tronc, une somme importante, il a fait tout refaire par un charpentier de la ville voisine. C’est de la très belle ouvrage.
Chevilles. Poutres en cryptomère. Colonnes en cyprès. On regarde chaque détail de la construction et c’est super chouette me dis-je que monsieur U ait pris la peine et la responsabilité d’organiser tous ces travaux.
L’idée me vient, à écrire ces lignes, que je ferais bien de glisser un petit billet dans le tronc du sanctuaire, puisque j’ai l’honneur de pouvoir découper cette gigantesque branche, pour Calcifer notre poêle à bois.

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