Catégorie: la nature
Eponges végétales
Le mois dernier notre fils est rentré de l’école avec un grand sac chargé d’éponges végétales.
Les enfants avaient fabriqué des éponges, avec des courges héchima, pendant un cours de travaux pratiques.
Héchima 糸瓜 Luffa cylindrica
Wikipédia traduit héchima: courge éponge. Cette plante existe-t-elle en France ?
J’ignorais que l’on pouvait faire des éponges à partir de ces cucurbitacées. Interrogé à ce sujet un habitant du village me raconte qu’autrefois; les gens fabriquaient les éponges ainsi et s’en servaient toute l’année.
L’ingéniosité des anciens ne cesse de m’étonner. Pour moi une éponge c’est une chose poreuse et synthétique, qui est jaune ou verte et qu’on achète au supermarché. On ne sait pas comment c’est fait et on préfère presque ne pas le savoir. Comme quoi il y a comme une régression; un rétrécissement de la connaissance et une dépendance accrue vis à vis des produits tout fait.
Mais en réalité on peut faire ses propres éponges; il faut pour celà récolter des héchima, les couper; les faire bouillir; leur chair va fondre et on obtient des éponges. Tout simple.
Intéressant, non ?
Le cerisier éléphant
En explorant un chemin qui part dans la forêt je découvre une magnifique clairière, au bout de laquelle de vieilles tombes sommeillent. Ca n’est pas le cimetière principal du village. Il n’y a que quelques tombes.
C’est un lieu de paix. Le chant des oiseaux. Le calme humide de la forêt. On est totalement avec la nature. Les ancêtres qui reposent ici sont privilégiés. On les envierait presque.
Au pied des tombes s’étend dans un grand creux, une fosse: un ancien champ de théiers.
Là, un immense cerisier est effondré. Des ronces et la jungle un peu partout.
Plus tard je vais voir le chef du village. Et m’enquiers de cet arbre. Il est tombé, tout seul apparemment. Après vérifications je décide de récupérer le bois du cerisier dont Calcifer, notre poêle à bois, sera friand.
Voilà une entreprise un peu ardue pour mon niveau et mon expérience somme toute encore limités.
Il faut:
descendre dans la fosse,
dégager les criptomères effondrés et les ronces qui bloquent le passage,
atteindre le cerisier; tronçonner.
porter le bois jusqu’au chemin;
charger la brouette,
descendre la brouette sur cinquante mètres;
décharger tout;
et ensuite tout ranger dans le camion.
C’est beaucoup de travail, mais comme on voit à chaque nouveau projet, il suffit de chercher le meilleur angle d’attaque et d’y aller, tranquillement; et en faisant attention à ne pas se blesser. A partir de ce point là, il n’y a pas vraiment de risque. Il suffit d’y aller.
Le travail est intense et très agréable. Le cerisier est beaucoup plus grand que je ne l’avais imaginé. Et le bois, bien qu’un peu humide, est en excellent état.
A tronçonner cet arbre géant, j’observe et apprends sa structure. On peut imaginer comment il se dressait et emplissait la clairière de son énergie, avant qu’il ne tombe. Ses branches, énormes, font penser aux pattes d’un éléphant qui se serait échoué ici dans les bois. Je découpe les morceaux de bois avec respect et reconnaissance. A plusieurs reprises d’ailleurs je m’entends dire merci.
Je me dis que ce bois que je vais finir par brûler je le vole à la forêt car sans mon intervention il serait lentement retourné à la terre et aurait nourri des millions de petites bestioles et aurait embelli la forêt une nouvelle fois, de son énergie.
Il s’agit là d’un réel transfert d’énergie. L’énergie de l’arbre que le temps et les champignons et la terre auraient lentement absorbée; je la prends; la mets dans mon camion et Calcifer le poêle à bois nous la restituera sous forme de chaleur.
Les tronçons que je tronçonne. Je pense à ces images abominables des trafiquants d’ivoire (et le roi d’Espagne aussi) qui massacrent les pachydermes.
Pourquoi l’arbre, éléphant de la forêt, est-il tombé ? Suis-je dans le cimetière des éléphants ?
Là, deux des six jizos qui marquent l’entrée du cimetière. A leur pied, le cerisier éléphant.
C’était un cerisier géant.
que ma tronçonneuse démembre.
et que je charge dans la brouette bleue.
Le camion Keitora est plein, bien au delà de sa limite de 350kg.
Et on range le bois, sous un abri provisoire. Le temps d’agrandir l’abri bois …
La pensée du jour
Aujourd’hui, dans un mail, F. résume très justement la situation du monde actuel.
« Quand je vois l’état du monde je me dis il faudrait que toutes ces grosses boîtes aillent se faire foutre – ce système où une partie de l’humanité chercher à consommer le plus possible au plus bas coût possible ruine toute la sagesse acquise au cours de millénaires. »
F. a entièrement raison. Je le suis à fond.
Les grosses boites, aucun intérêt. Il faut se tourner vers le vivant, la nature, l’animal, le minéral, la culture.
Et les montagnes elles aussi nous disent la vérité. Et ma tronçonneuse aussi.
Des nouvelles de la montagne
Le nettoyage de la montagne prend beaucoup de temps. J’essaye de m’y attaquer à raison d’une heure par jour de week end. Mon objectif pour le moment, c’est dégager la première terrasse de la jungle compacte qui la recouvre pour commencer à y planter des arbres cet hiver au mois de janvier – février.
Quelques photos suivent.
On voit qu’il y a énormément de travail. Il faudra aussi bruler tout ce que j’ai coupé et qui bloque le sol. Beaucoup de travail et des litres de sueur en perspective.
On est aussi un peu dans l’abstrait. Je n’attends pas de retour financier ni alimentaire de l’effort. Les arbres plantés, il faudra des années pour qu’ils donnent, et les insectes et les oiseaux et tout ce qui bouge auront sans doute mangé tous les fruits avant que je les récolte !
Ne comptez pas sur moi pour mettre des produits chimiques et des insecticides. Non…
Ce sera déjà un miracle si les arbres poussent et deviennent de beaux arbres. On espère vivre assez longtemps pour voir ça.
Sans retour sur investissement, ce projet de montagne va diverger vers une entreprise spirituelle, ou artistique, ou religieuse. Toutes les possibilités sont ouvertes !
L’accès à la montagne est désormais dégagé. Contre les chasseurs et les mauvais esprits, une pancarte KEEP OUT. Que les chasseurs ne sauront pas lire bien entendu.
Après avoir grimpé un peu on trouve ce qui fut autrefois une terrasse où poussaient des mûriers. On aperçoit un ancien mur de pierre. pas visible sur la photo.
Les arbres à terre sont des criptomères effondrés il y a une dizaine d’années. Je les tronçonne en petites sections pour pouvoir les déplacer.
Une fois le tout dégagé je planterai des arbres fruitiers. Pour le fun. Et la gloire.
On peut continuer à monter, et le paysage change radicalement: les criptomères plantés en rangs de sardines étaient la promesse future d’un bon revenu. Autrefois.
C’est la que nous ferons un cabane dans les arbres.
Alors se posera la grosse question; comment entretenir cette forêt. Pour l’instant je n’ai pas vraiment d’idée. On verra!
Premiers signes de l’hiver
Je suis rentré au village hier dans la nuit après une semaine aux US pour le job, et pour me ressourcer, recharger mes batteries vidées, ce matin, je vais faire un tour. On habite à la campagne mais grâce aux shinkansens japonais l’aéroport de Narita n’est pas si loin, et de là, le monde entier.
En marchant ce matin on s’intéresse aux changements des saisons. On observe le mûrissement de l’automne et les premiers signes de l’hiver.
Cette petite promenade d’une heure à peine va dégénérer lorsque arrivé au fond de la vallée je m’intéresserai aux colonies de chats qui y règnent en maîtres. (Les chats; ce sera pour un deuxième article).
Dès le début la beauté des légumes de monsieur T. me frappe.
A la sortie du hameau la lumière d’automne et les forets de criptomères.
Il a plu la veille et comme toujours dans ce cas il y a des petits crabes de rivière qui se promènent; un peu partout.
un voisin a mis du kuntan sur les futurs rangs de légumes de son potager. 薫炭=くんたん kuntan est produit par la combustion partielle de la glume des graines de riz.
Et comme dans matrix on se pose la question; prendre le pilule bleue ou la rouge ?
En descendant du bois de la montagne
Du travail bien physique aujourd’hui dans la montagne.
Un critpomère (sugi 杉) a du s’effondrer récement. Deux ou trois ans ? Pas dix en tout cas. Il est en très bon état. L’arbre avait sans doute 30 ans. 25 cm de diamètre. Il bloque un passage. Je le découpe. Faut faire attention à ce que le bois; coupé, ne me tombe pas dessus, avec la tronçonneuse. Et il est en équilibre.
Le chemin dégagé; je continue à monter et arrive à un endroit ou les sugis se dressent, magnifiques. Il y a quelque chose de somptueux, de calme et de religieux. La lumière. Réchauffé par l’effort et extatique je me mets à chanter un psaume en latin. On se sent très bien. Beaucoup d’émotions. On est bien, dans cette cathédrale naturelle.
Le bois est trop beau pour le laisser pourrir sur place. J’entreprends de le descendre de la montagne. On doit être 30 mètres plus haut que la route, là où le camion attend. Terre glissante, ronces. Faut faire attention surtout à pas se faire mal. Le bois est humide et il très lourd.
Puis charger dans le camion et amener tout ça à la maison.
Fendre ensuite les grosses bûches. Pour laisser sécher quelques mois sous l’abri bois.
Que de travail, pour quelques grosses allumettes. Mais c’est très gratifiant. Le bois est très beau et le fendre avec le splitting maul huqsvarna suédois est un pur plaisir. Une belle façon de finir le travail de la journée. On range ensuite les éclats de bois fendu avec ordre.
Plus tard, l’hiver, venir le chercher le matin et le donner à manger au poêle à bois sera un autre plaisir.
Une telle quantité de bois, en sugi, se vendra 5 ou 6000 yens sur le marché. Pour les barbecues de vacanciers. Oh; il y aurait donc un potentiel retour sur investissement; pour la montagne ?
Et oui c’est le bordel; c’est comme ça !
Une sangsue dans la machine à laver
Lundi j’ai pris une petite heure pour continuer de nettoyer la montagne et déblayer les anciens chemins obstrués par la végétation et les arbres écroulés.
Parmi les troncs à terre j’ai trouvé une essence qui se prêtera bien à Calcifer notre poêle à bois. Toujours ça de gagné. Le nettoyage progresse bien et j’ai pu accéder à la première terrasse. Un tronc énorme y gît, et le reste est encore recouvert de petit bambous. J’y retournerai avec une serpe.
En tout cas, ça avance bien et c’est un travail très agréable. Il faut tout de même être vigilant et toujours évaluer le risque des actions en cours et prochaines. Terrain en pente, glissant parfois, des troncs écroulés et en équilibre, et Martine ma tronçonneuse. Ça fait beaucoup à la fois.
Le travail fini et arrivé à la maison j’ai mis tous mes vêtements dans la machine à laver et ai pris une douche glacée.
J’ai remarqué que mon talon saignait un peu. Sans doute des éclats de bois qui se sont logés dans mes bottes. Me suis-je dit.
Jusqu’à ce que nous apercevions cette sangsue en train de se promener dans la machine à laver… je me disais … bizarre que je passe autant de temps en montagne sans me choper de sangsue … .
Vocabulaire
Sangsue ヒル 蛭
Montagne, suite
J’ai donc commencé à tronçonner les troncs effondrés qui bloquaient tout passage. Il commence à faire plus clair.
Des chemins apparaissent.
Des akebis poussent et ont donné fruit.
http://en.wikipedia.org/wiki/Akebia
C’est du vrai bonheur me dis je ce matin en prenant ces photos. La nature; telle quelle. Dans toute sa splendeur silencieuse. On en pleurerait de joie.
En redescendant de la montagne, le chemin offre une belle vue sur notre maison.
On voit bien au centre, là la maison principale; l’atelier (tôles noires) et le hanaré, ainsi que le petit bout de jardin et la rivière qui coule juste devant.
Une famille de singes au village ?
Cette semaine, Mrs HH, une habitante du village, a aperçu une famille de singes prendre dare dare la poudre d’escampette. Elle a pu prendre en photo les silhouettes de cinq macaques filant vers les forêts.
Il est rare d’apercevoir des singes ici.
L’année dernière, l’été, j’avais entendu dire qu’un singe avait été aperçu, courant d’un jardin et emportant avec lui une pastèque.
Mrs HH a posté la photo sur facebook et m’a gracieusement autorisé à la poster sur cette page. Merci Mrs HH
Vocabulaire: Macaque du Japon -> nihon zaru ニホンザル 日本猿
Savoir rester zen
Il faut savoir rester zen, me dit la grenouille couchée sur la barrière de bambou dans le jardin.
Ne pas broncher même si l’objectif de la caméra se rapproche dangereusement. Qui est cet homme et pour qui se prend il ?
Ma respiration épouse le rythme de l’air; le chant de la rivière, le silence des arbres et des montagnes et la dureté du bambou sur lequel je suis couchée.
Tout le reste, peu importe. Je me fonds dans l’espace.










































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