Planter des arbres ! !

[note: cet article a été écrit et publié avant les événements de Paris du 13 11 2015]

Après lire les horreurs des nouvelles du monde, on se dit qu’une des meilleures choses à faire, avec se saouler à la bière, ou épuiser ses nuits sur la playstation, c’est planter des arbres.

Ça tombe bien, nous avons un bout de la montagne en face de chez nous. L’année dernière nous y avions planté un marronnier, un figuier, un pommier, un cerisier, un grenadier et un cannelier.

Cette année il faut passer à la vitesse supérieure ! Car telle est désormais notre mission.

Nous allons planter vingt arbres cet hiver. Petits chiffres ! Faudrait faire dans la centaine ! dans le millier !

On va commencer par quatre noyers.

Resteront seize. Que planter ensuite ?

L’année dernière j’avais fait des cages métalliques pour garder les arbres de l’appétit des herbivores gourmands.

Problème, c’est onéreux, et très lourd à porter, jusqu’en tout en haut. Et les bouts de fer manquent toujours de nous blesser lorsqu’on les transbahute sur les faces glissantes de la montagne.

Cette année donc nous innovons et avons commandé au bureau des forestiers du village une vingtaine de filets plastiques biodégradables réservés à cet effet de plantation d’arbres dans les montagnes où les gourmands chevreuils pullulent. En plus ils sont légers. Ces filets ne sont pas en vente dans les grandes surfaces style Monsieur Bricolage, il faut donc les commander auprès des pros.

Je crois que, pour parfaire le tout, nous emporterons aussi un peu de musique dans la montagne, lorsque nous irons planter, comme les petits morceaux d’orgue de Bach, par exemple Herr Christ, der ein’ge Gottessohn, BWV601: les arbres seront heureux.

Voila !

filets pour planter les arbres

filets pour planter les arbres

Amagoi ou la prière à la pluie

La rivière au bas de notre jardin est sèche. De mémoire de centenaire, et notre voisine madame M a presque cent ans, cela ne s’était jamais vu !

En effet il n’a pas plu depuis un mois.

A propos monsieur T., 80 ans ou plus, nous racontait l’autre jour qu’autrefois dans sa jeunesse pendant les périodes de sécheresse il voyait les villageois monter sur le sommet des montagnes de la vallée. Ils y faisaient d’énormes feux, brûlant bois et bambous.

Ces feux qui pouvaient durer une journée entière, on les appelait amagoi, c’est à dire prière à la pluie.

Très étonnés d’entendre ce récit d’un autre âge et empreint de magie, nous demandions alors à monsieur T s’il pleuvait vraiment après l’amagoi.

Et il confirme en effet qu’il pleuvait invariablement après l’amagoi !

C’est fantastique, n’est-ce-pas?

Par contre il s’est mis à pleuvoir pendant que j’écrivais ce petit article …

photo de la riviere

photo de la riviere en été 2012

Vocabulaire

あまごい 雨乞い amagoi  prière à la pluie

et à propos de goi …

ものごい 物乞い monogoi   aumône

Eponge pour l’année

Achetés au supermarché, pour deux cents yens soit moins de deux euros, les fibres d’une courge héchima. Nous les couperons en tranches, et cela fera des éponges végétales et naturelles pour faire la vaisselle.

Voila un bon achat !

éponge végétale

éponge végétale

L’année dernière notre fils avait cultivé des héchima à l’ecole et les avait preparées pour leur retirer la peau et la chair.

détail des fibres de l'éponge végétale

détail des fibres de l’éponge végétale

Retrouver la montagne

Quelle incroyable joie que de retourner dans notre petite montagne ce week end, et de pouvoir y travailler de nouveau. J’ai vraiment merdé je l’avoue lorsqu’en mars après une courte visite qui s’est soldée par dix sangsues dans chacune de mes bottes  j’avais décidé de ne retourner dans la montagne qu’en automne !

D’ailleurs il y a des produits chimiques qui repulsent les sangsues et la vieille recette qui consiste à enfiler autour des bottes des tissus imbibés de sel. Si je peux contrôler le problème des sangsues, il ne restera que celui des frelons … ca doit être gérable ! Franchement !

En tout cas maintenant que nous sommes en novembre c’est reparti pour un grand tour.

A ma surprise la nature n’a pas recouvert toute la terrasse de la montagne d’un épais réseau de bambous. Tout est bloqué par la végétation certes … mais bon c’est pas du bambou. Plutôt une bonne nouvelle donc.

Les cages en métal que j’avais arrangées pour les 6 arbres plantes l’année dernière tiennent encore debout. Le métal est recouvert de rouille.

Dans les cages, les arbres ont bien poussé je pense. Le grenadier, particulièrement, ce qui est une vraie surprise. La végétation à l’intérieur des cages a énormement poussé, ce qui a pu gêner éventuellement le développement des arbres. Il faudra que je recouvre le sol de carton pour limiter cela. On voit que les chevreuils ont mangé de ce qui a poussé en dehors des cages … Merci les chevreuils.

Cette année je vais nettoyer plus en profondeur. Il reste des dizaines troncs d’arbres écroulés il y a dix ans. Je vais dégager tout cela. Trop lourds si trop longs, il faut les découper en morceaux de un à deux mètres avant de pouvoir les tirer avec le tobi et les porter et les ranger en jolis tas.

Il faut veiller à protéger la chaine de la tronçonneuse qui ne résiste pas au sable ou aux petits cailloux qui se retrouveraient sur les troncs d’arbres tombés à terre.

D’ailleurs c’est très bien de couper les troncs à la hache, plutôt qu’à la tronço, un merveilleux exercice que j’apprécie beaucoup. La tronçonneuse …  Si on pouvait, on ferait tout a la hache !

montagne nov 2015 2

montagne nov 2015 1

Minou in a box (3)

Le plein d’énergie avec le poissonnier ambulant

C’était l’occasion d’aller nous promener au fond de la vallée.

Nous nous promenons dans les ruelles du hameau à moitié abandonné, il n’y reste qu’une vingtaine d’habitants, et l’on entend une musique délirante qui perce le silence des montagnes et les chants réguliers des insectes. D’où peut donc venir cette musique ?

Nous découvrons le camion du poissonnier ambulant! Et faisons ainsi la connaissance de Monsieur I.

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Un personnage au grand sourire et qui déborde d’énergie. On commence tout de suite à parler de tout, sur tout. Qu’est-ce-qu’un Français fait là. Où est -ce que j’habite. Quel est mon job. Et lui où il habite, comment il a arrangé son camion etc; si, sur la musique du camion, c’est sa femme qui chante ? ….

Il vit dans la ville voisine et depuis plus de 30 ans fait le tour des villages alentours avec son camion et vend des poissons et des friandises. (côté gauche, poissons, côté droit, friandises).

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Au détour de la conversion on apprend qu’il apprend l’anglais et qu’il se lève tous les matins à 3 heures pour aller se fournir en poissons au marché de Himeji à 30 kilomètres.

Il n’a pas de magasin et ne fait que de la vente ambulante. Ce qui me semble un bon business, car les frais et les soucis sont bien moindres ainsi, et tous les jours il sort et voit du pays.

Il a de beaux saba (サバ 、maquereaux) et on cède aussitôt à l’envie d’en acheter.

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Pour finir Monsieur I. sort son ocarina et nous joue un truc très chouette et nous projette directement dans le monde de Totoro.

Bien en tout cas c’est décidé désormais nous nous fournirons en poisson auprès de Monsieur I ! Et ce sera aussi l’occasion de bien blaguer !

Au sujet des vendeurs ambulants, il y en avait autrefois beaucoup ! De nos jours tout le monde a une voiture, et Monsieur I et son sourire sont parmi les derniers rescapés. Autrefois il y avait ainsi un marchand de glaces qui faisait le bonheur des enfants. On dit que le vendeur de glaces faisait aussi du kami shibai. Pour les enfants.

Ça devait être pareil en France. Quand j’avais 5 ou 6 ans nous habitions en région parisienne et je me souviens de Pedro le marchand de glaces qui passait dans sa fourgonnette Citroën avec ses petites boules sucrées.

Par contre Pedro ne jouait pas d’ocarina.

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Le portrait du camion

Autre nature morte à la tronçonneuse

J’aime bien cette nature morte à la tronçonneuse. C’était avant que je ne répare la vieille hache.

C’est toujours un moment important lorsque l’on prépare les outils avant d’aller travailler sur un projet.

On savoure d’avance le plaisir et la fatigue que le travail procurera.

D’où l’envie d’immortaliser ces moments au petit matin.

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Futon hoshi, onomatopées et la toilette de Minou

Quiconque a vécu ou voyagé au Japon aura remarqué les futons sortis des maisons et laissés à sécher sous le soleil les belles journées.

Les futons  qui sont souvent faits de coton; auront tendance à prendre de l’humidité et cette opération de futon hoshi (séchage des fuyons) est nécessaire.

futon hoshi 布団干し

梅干し le hoshi est le même idéogramme que dans uméboshi et désigne le séchage.

Sous le soleil les fibres de coton du futon reprennent leur souplesse … on dit que le futon est alors fukafuka ふかふか。Les UV aussi tuent les acariens qui se promènent à la surface.

Lorsque j’avais commencé à étudier la langue japonaise en autodidacte dès 1988 j’avais été très amusé par ces onomatopées japonaises, tout à fait intraduisibles et qui expriment une sensation ou un phénomène particulier. Il y a aussi  donc pékopéko, garagara, bétabéta, gunyagunya, batabata, hokahoka, pokapoka, daradara, komikomi, boroboro, barabara, nikoniko, kachikachi, sarasara, zarazara, jabajaba, jobojobo et caetera.

Elles sont caractérisées par deux syllabes répétées. On les appelle aussi kurikaeshikotoba 繰り返し言葉, ou mot qui se répète.

Dans le cas du futon séché au soleil, deux expressions viennent à l’esprit:

fukafuka pour la sensation de gonflement que donnent les fibres du coton étendues et aérées.

et pokapoka qui exprime la douce chaleur du futon

Le fukafuka et le pokapoka n’échappent pas à Minou qui se presse d’aller se hisser sur un futon et de faire une toilette poussée.

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Un autre truc chouette à l’école: Sumo!

L’école et le club des personnes âgées du village ont organisé un tournoi de Sumo.

Le club des personnes âgées? Ici on appelle ce club le roujin kai (老人会) ou club des vieux. Voici un terme assez direct. 🙂 Sans connotation péjorative bien sur.

 

Il y a un dojo (dohyou) de sumo dans la cour de l’école.

Les garçons se mettent à poil et s’enroulent dans un fundoshi. Les filles elles mettent le fundoshi au dessus de leur uniforme.

Je ne sais pas si le sumo au départ avait vocation de mixité. Probablement pas.

Autour du dojo ils ont aligné des chaises et des tentes, pour que les parents et les vieux puissent assister au tournoi.

L’association des personnes âgées a aussi préparé de l’amazaké.

Les enfants ont l’air de bien s’amuser. C’est comme une petite fête.

On peut trouver intéressante cette collaboration entre le club des vieux et l’école. Lesquels sont les piliers de la communauté du village.

sumo a l ecole