Premiers signes de l’hiver

Je suis rentré au village hier dans la nuit après une semaine aux US pour le job, et pour me ressourcer, recharger mes batteries vidées, ce matin, je vais faire un tour. On habite à la campagne mais grâce aux shinkansens japonais l’aéroport de Narita n’est pas si loin, et de là, le monde entier.

En marchant ce matin on s’intéresse aux changements des saisons. On observe le mûrissement de l’automne et les premiers signes de l’hiver.

Cette petite promenade d’une heure à peine va dégénérer lorsque arrivé au fond de la vallée je m’intéresserai aux colonies de chats qui y règnent en maîtres. (Les chats; ce sera pour un deuxième article).

Dès le début la beauté des légumes de monsieur T. me frappe.

Les légumes de monsieur T

Les légumes de monsieur T

 

Les légumes de monsieur T

Les légumes de monsieur T

 

 

 

la forêt et les lumières

la forêt et les lumières

A la sortie du hameau la lumière d’automne et les forets de criptomères.

un crabe sur la route

un crabe sur la route

Il a plu la veille et comme toujours dans ce cas il y a des petits crabes de rivière qui se promènent; un peu partout.

 

 

le kuntan

le kuntan

 

un voisin a mis du kuntan sur les futurs rangs de légumes de son potager. 薫炭=くんたん kuntan est produit par la combustion partielle de la glume des graines de riz.

 

pilule bleue ou rouge ?

pilule bleue ou rouge ?

Et comme dans matrix on se pose la question; prendre le pilule bleue ou la rouge ?

Le chauffage au bois en sept points

Se chauffer exclusivement au bois comme nous a des implications nombreuses et évidentes. Tentons de les décrire ici, en sept points.

1) Il faut un poêle à bois ou une cheminée. 🙂 Les cheminées en tant que telles sont des constructions illégales au Japon. (séisme) Au Japon faire installer un poêle a bois est onéreux. C’est donc un investissement conséquent. C’est un engagement financier, et aussi un engagement en temps et en travail.

2) Le chauffage au bois c’est opter pour un modèle économique alternatif.

3) Se chauffer au bois implique d’apprendre à allumer un feu. On peut toujours s’amuser avec cela. « Essayer d’allumer un feu avec une seule allumette ». Se chauffer au bois c’est en effet l’occasion d’apprendre beaucoup de choses differentes et de maitriser plusieurs skills.

4) Il faut également se procurer du bois. Et avoir un plan, pour stocker idéalement assez de bois pour deux années de chauffage.

Jusque là je me suis fourni en bois de multiples façons:

4.1) Récupération du bois de deux anciennes maisons détruites. La première fois la maison qu’un voisin du village a faite raser, la deuxième l’ancien hanare qui était dans notre jardin et qu’on a fait détruire. Dans ce cas le bois est très sec. Par contre il est plein de clous et d’autres objets métalliques. Il faut séparer les clous des cendres si l’on veut réutiliser les cendres dans le jardin. Et puis, il faut tronçonner et fendre le bois soi même. Un seul clou et hop, la chaine de la tronçonneuse est niquée, il faut donc être vigilant!

4.2) Quand on a sa propre foret on peut aller se servir tout seul, récupérer du bois mort ou encore couper des arbres. C’est ce que je ferai avec ma montagne. Mais c’est un effort physique considérable, que de descendre du bois de la montagne,  sans utiliser d’engins mécaniques.

4.3) Acheter le bois. Au Japon le bois de chauffage est assez onéreux. Il faut avoir des connexions et des amis auprès desquels on peut acheter du bois à bon prix.

4.4) Il faut aussi être constamment à la recherche d’opportunités. Madame machin, 92 ans, veut se débarrasser de son marronnier dans son jardin ? Alors allons l’aider et coupons-le.

Cette activité de recherche du bois a une conséquence sociale et économique. On apporte du business aux amis, plutôt qu’a Kansai Electric Co. Voila un cercle vertueux. Je préfère donner mes sous à mon voisin qui a du bois plutôt qu’au EDF local.

Par contre on n’économise par forcement des sous. Le Japon n’est pas le Canada.

5) Tout cela, c’est BEAUCOUP de travail. Beaucoup de Travail = Beaucoup de temps.

Un travail physique, dont le résultat est visible et immédiat. Voir le tas de bois grossir et emplir l’abri bois, c’est gratifiant. Fendre les buches, d’un beau coup de hache qui fait mouche, c’est beau aussi. C’est un art. Cela implique la maitrise de la hache, et de certains gestes.

Dans tous les cas c’est un travail qui donne chaud, le bois nous réchauffe donc à plusieurs reprises. Lors de son transport, de sa préparation et de son stockage. Et finalement à la maison l’hiver le soir, devant le poêle à bois. Thoreau a déjà décrit celà.

6) Il faut pouvoir stocker le bois et le garder dans de bonnes conditions de séchage et d’aération. J’ai construit deux abris bois. Et suis sur le point de considérer la construction d’un troisième.

Abri bois principal

 

abri bois

abri bois

Deuxième abri bois. construit devant la maison de la voisine.

abri bois 2

Pour les bricolos néophytes comme moi construire des abris bois est une excellente expérience. Fort de cette expérience, je pourrai, plus tard, construire des cabanes, sans grand problème je pense. Les principes sont les mêmes.

 

J’ai récemment mis la main sur ce nouveau stock de bois, maintenant sous un abri provisoire. les deux autres abris sont pleins à l’heure actuelle.

 

abri bois 3

abri bois 3

7) En dehors de ces considérations pratiques, il y a une dimension  spirituelle qu’on ne peut oublier et qui dépasse même toutes les précédentes.

7.1) D’abord, ce contact permanent avec le bois. Cette matière qui est belle aussi bien morte que vivante. Le contact avec le bois est en toute occasion agréable et procure satisfaction.

7.2) Ensuite le travail physique qui est nécessaire. Ce travail, fondamental, primordial, me rattache a l’humanité, qui pendant des millénaires a effectué les mêmes gestes, et ce, jusqu’à l’apparition du chauffage au gaz ou au fioul. C’est enracinant, en quelque sorte. Le soucis d’avoir assez de bois pour chauffer la maison nous rappelle aussi à un autre mode de vie, où tout n’est pas disponible au bout d’une prise de courant ou d’un interrupteur.

7.3) Il y a finalement le feu. Le foyer. Allumé, le poêle à bois s’anime et devient comme une nouvelle présence a la maison. Comme un dieu protecteur et destructeur. On est moins seul.

Quick update on the webcomic Everything will be fine (English Version)

Just a FYI to our English speaking followers (thank you). We started to publish the English version of our webcomic !

The title in English is « Everything will be fine ».

The comic is an alegory inspired from the events that followed the nuclear crisis that hit Japan and Fukushima in March 2011. It happens in a fantastic world, a mix of medieval world with giant insects, pig, rats and humans. It is a fable more than anything else.

Though in a fantastic world, the events and the story line are all about what happens in the aftermath of a nuclear accident, like Fukushima or Tchernobyl.

Link to the English version : http://wakametamago.wordpress.com

Link to the French version: http://toutirabien.me

 

Thank you 🙂

everything will be fine title

everything will be fine title

Moissonneuse transformée en Gundam (2)

Encore un essai car le premier ne faisait pas vraiment gundam !

Cette fois ci avec une moissonneuse à riz ISEKI … et le nom du produit ? Frontier Fighter.

Si les gens du marketing de ISEKI n’avaient pas Gundam en tête quand ils ont choisi ce nom ….

Voila.

moissonneuse riz frontline fighter

moissonneuse riz frontline fighter

 

Et le tout transformé en Gundam !

 

moissonneuse Gundam

moissonneuse Gundam

Moissonneuses et Gundam

Les moissonneuses à riz me font penser à Gundam.

Leur forme trapue, les chenilles, les couleurs, les mécanismes complexes qu’on imagine à l’intérieur … sans oublier le pilote qui est aux manettes. Ouais, je sais pas exactement pourquoi mais ça me fait penser à Gundam.

Gundam vous connaissez peut-être pas … c’est une série super populaire au Japon avec des robots géants. des sortes de tanks en forme de robots et qui peuvent se déplacer dans l’espace. Gundam c’est quasiment un culte ici au Japon. Et ce, depuis les années 80.

Article wikipédia sur Gundam. http://fr.wikipedia.org/wiki/Gundam

Donc; regardons un gars travailler sur sa moissonneuse à riz.

 

moissonneuse à riz

moissonneuse à riz

 

A la place du bonhomme; imaginez un pilote gundam (ou pilote de chasse).

 

moissonneuse à riz avec un pilote gundam

moissonneuse à riz avec un pilote gundam

 

et là avec une mitrailleuse !

moissonneuse équipée de mitrailleuse

moissonneuse équipée de mitrailleuse

 

Encore mieux avec un lance missiles

 

moissonneuse avec lance missile

moissonneuse avec lance missile

 

 

Et ajoutez des ailes pour que tout vole.

 

 

moissonneuse volante gundam

moissonneuse volante gundam

 

enfin bon c’est pas tout à fait gundam mais on s’amuse bien quand même !

Riz: moissons tardives

La plupart des rizières de la vallée ont déjà été récoltées.

Mais aujourd’hui on voyait encore des agriculteurs chevaucher des petits monstres en métal et s’affairer dans leurs rizières. Les moissonneuses sont compactes et n’ont rien à voir avec les machines géantes que l’on trouve en Europe. Elles sont adaptées à la géographie japonaise où beaucoup de rizières sont petites et les routes étroites.

moissoneuse à riz

moissoneuse à riz

moissoneuse à riz

moissoneuse à riz

 

Minou in a box (2)

Ooya, un village sauvé par l’art ? (2)

(Suite de l’article précédent)

Les surprises continuent. Une NPO ‘Ooya village d’art’ s’est installée dans une école primaire désaffectée.

Le bâtiment est ancien, tout en bois et ne devait plus répondre aux normes de constructions modernes. Une nouvelle école a été construite ailleurs dans le village.

L’ancien gymnase de l’ancienne école est désormais aménagé en galerie d’art. Belle initiative. D’autres l’auraient simplement rasé, ou laissé pourrir sous le soleil.

expo de sculptures sur bois à Ooya

expo de sculptures sur bois à Ooya

expo de sculptures sur bois à Ooya

expo de sculptures sur bois à Ooya

 

Le volume et la luminosité du lieu servent admirablement les oeuvres exposées. Tout est très bien fait et visiblement l’expo ainsi que la NPO reçoivent le soutien de professionnels. On ne trouverait pas mieux à Tokyo.

Après le gymnase nous passons à l’école.

l'école transformée

l’école transformée

 

les photos des élèves de l'école

les photos des élèves de l’école

l'ancienne école

l’ancienne école

 

 

Dans l’école divers ateliers sont aménagés dans les anciennes salles de cours.

L’ancien bureau du directeur de l’école, les deux sièges en cuir sont encore là, a été transformé en mangathèque.

ancien bureau du directeur, changé en mangathèque

ancien bureau du directeur, changé en mangathèque

Une autre salle regorge des anciens instruments de musique de l’école. tambours, xylophones, orgues.

Plus loin une ancienne salle de cours est dédiée à l’apprentissage de la sculpture sur bois, où un superbe tanuki sculpté nous acceuille.

 

salle de cours, sculpture bois

salle de cours, sculpture bois

sculpture bois (tanuki)

sculpture bois (tanuki)

Une autre salle est dédiée à la céramique, une autre la teinture, calligraphie, et encore la fabrication de vêtements.

Les portraits de Beethoven et Bach sont encore là.

 

 

bach et beethoven dans l'école

bach et beethoven dans l’école

 

 

 

L’école peut être un lieu de contrainte, où tout: les horaires, les sujets, les méthodes est imposé de force à l’élève. Mais retirez en les profs et les programmes et l’école peut devenir un lieu de liberté; d’expérimentation et de plaisir.

Quel est le lien entre le village d’Ooya et la sculpture sur bois ? Il y a 20 ans un habitant du village s’est lancé dans la sculpture. C’est ce qui aurait déclenché tout celà.

D’ailleurs nous rencontrons par hasard l’artiste en question. Monsieur Kazuki Matsuda. Il est en train de peindre une sculpture monumentale.

 

Monsieur Kazuki Matsuda

Monsieur Kazuki Matsuda

Gràce à la présence d’artistes et les initiatives qui se sont construites autour de leur travail nous avons passé quelques heures excellentes. Mais aussi nous avons le sentiment que le village d’Ooya est animé par une puissance rare. Cette puissance qui émane des sculptures et de la créativité. C’est comme un rayon de lumière.

 

Le site web de la NPO BIG LABO http://biglabo.info

Ooya: un village sauvé par l’art ? (1)

Nous partons faire un petit tour, 100km d’ici, au nord de la préfecture de Hyogo.

Ce dimanche d’octobre est particulier. Partout où nous passons les villageois forment des processions et promènent les mikoshi des temples shinto.

procession shinto, mikoshi promené dans la campagne

procession shinto, mikoshi promené dans la campagne

 

Nous découvrons presque par hasard un village très intéressant; Ooya.

De vieilles bâtisses à deux niveaux témoignent de l’époque révolue où les villages vivaient de l’élevage des vers à soie.

L’une de ces vieilles maisons a été retapée et aménagée en café. De très belles et drôles sculptures en bois y sont exposées. Certaines sculptures, les poissons par exemple évoquent le monde merveilleux de Miyazaki Hayao. C’est le début d’une chaine de découvertes.

magnifique poisson sculpté

magnifique poisson sculpté

 

sculpture d'une jeune écoliere

sculpture d’une jeune écoliere

poisson sculpté

poisson sculpté

Plus loin un musée est dédié à la sculpture sur bois. De superbes oeuvres, par des artistes professionnels contemporains peuvent y être admirées. Très grande maîtrise technique; créativité surprenante et beaucoup d’humour aussi.

 

une vieille dame sommeille

une vieille dame sommeille

une bien étrange grenouille

une bien étrange grenouille

Au village, nous vivons tous les jours entourés de la beauté de la nature et observer ces sculptures est une expérience rafraichissante.

Il y a beaucoup de photos à poster ici. Suite dans la deuxième partie de l’article.

 

En descendant du bois de la montagne

Du travail bien physique aujourd’hui dans la montagne.

Un critpomère (sugi 杉) a du s’effondrer récement. Deux ou trois ans ? Pas dix en tout cas. Il est en très bon état. L’arbre avait sans doute 30 ans.  25 cm de diamètre. Il bloque un passage. Je le découpe. Faut faire attention à ce que le bois; coupé, ne me tombe pas dessus, avec la tronçonneuse. Et il est en équilibre.

Le chemin dégagé; je continue à monter et arrive à un endroit ou les sugis se dressent, magnifiques. Il y a quelque chose de somptueux, de calme et de religieux. La lumière. Réchauffé par l’effort et extatique je me mets à chanter un psaume en latin. On se sent très bien. Beaucoup d’émotions. On est bien, dans cette cathédrale naturelle.

Le bois est trop beau pour le laisser pourrir sur place. J’entreprends de le descendre de la montagne. On doit être 30 mètres plus haut que la route, là où le camion attend. Terre glissante, ronces. Faut faire attention surtout à pas se faire mal. Le bois est humide et il très lourd.

Puis charger dans le camion et amener tout ça à la maison.

Fendre ensuite les grosses bûches. Pour laisser sécher quelques mois sous l’abri bois.

Que de travail, pour quelques grosses allumettes. Mais c’est très gratifiant. Le bois est très beau et le fendre avec le splitting maul huqsvarna suédois est un pur plaisir. Une belle façon de finir le travail de la journée. On range ensuite les éclats de bois fendu avec ordre.

Plus tard, l’hiver, venir le chercher le matin et le donner à manger au poêle à bois sera un autre plaisir.

Une telle quantité de bois, en sugi, se vendra 5 ou 6000 yens sur le marché. Pour les barbecues de vacanciers. Oh; il y aurait donc un potentiel retour sur investissement; pour la montagne ?

le camion chargé du bois de la montagne

le camion chargé du bois de la montagne

on fend ensuite les bûches; pour le chauffage cet hiver.

on fend ensuite les bûches; pour le chauffage cet hiver.

Et oui c’est le bordel; c’est comme ça !