Catégorie: japon

Promenade en ville

Dans la ville voisine de Shiso.

Promenade dominicale dans ce qui fût la rue principale, à l’époque antérieure aux automobiles, de cette ville qui autrefois prospérait, et profitait de sa position, sur l’axe Himeji-Tottori. Les rues sont très étroites, on s’étonne que les bords de la voiture ne râclent pas sur les façades de maison centenaires et noires.
Il y a des temples, de très vieux magasins dont il ne reste que l’ombre; et des fabriques de saké; établies 250 ans de là.

Nous en visitons deux.
Dans la première, une très vieille dame souriante nous reçoit et nous montre sa collection d’objets anciens. Une machine à coudre de Meiji, des dès en porcelaine, qui faisaient décider la taille des gobelets de saké dans lesquels boire; un oreiller en bois laqué surélevé; afin de ne pas défaire les coiffures exubérantes de ces dames etc … Il y a aussi un superbe frigo de la marque NATIONAL qui doit bien dater de 50 ans, et qui; nous explique-t-on; a rendu l’âme le mois dernier. Il est remplacé par une horreur en plastique blanc Made in China.
Nous visitons l’autre fabrique de saké elle aussi dans le business depuis trois siècles et qui fait face au précédent. La fille de la famille a eu l’excellente idée d’y installer un salon de thé -en Japonais on appelle ces salons de thé ‘café’-. Le tout est arrangé avec bon goût et met en valeur l’architecture traditionnelle de l’ancienne bâtisse. Les poutres noires. Les sols en tatami. Et toutes les ouvertures qui coulissent. La pénombre. Les vieux meubles. Quelques objets d’autrefois; commes les téléphones noirs et massifs. De jolis meubles. Les menus sont écrits; en blanc sur des disques vyniles antiques. C’est très bien fait; le café est bon et réchauffe; quelques bonnes revues sont disponibles et entretiennent la rêverie.
Sur des étagères; des poteries, des trousses et des portefeuilles faits par des artistes de la région sont en vente.
C’est sûr, nous y retournerons.
Leur site web: http://cafesansyo.exblog.jp
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Les vieux

La nature qui nous entoure n’a pas d’age. Elle se renouvelle constament, le cycle jamais ne s’arrête.

Par contre la population du village elle a un age bien visible.

La plupart des habitants ont plus de 50 ans. Notre fils est le seul enfant du hameau. Nous sommes le seul couple dans la quarantaine.
Il y a aussi des personnes très agées, de plus de 90 ans.

Ces vieux méritent le respect, car ils ont une sacrée pêche. Ils cultivent leur champs, coupent du bois dans les forêts, ils s’occupent de la communauté, veillent à ce que les enfants se rendent à l’école en toute sécurité en surveillant les carrefours le matin à sept heures trente, et ils maintienent les rites ancestraux. Ils portent avec eux la culture séculaire du village. Beaucoup donc repose sur leurs épaules. Physiquement actifs; impliqués dans la communauté et utiles aux autres. Sans doute les clefs d’une vieillesse heureuse et épanouie.

On a dressé les portraits de deux personnages exemplaires. Madame M. Monsieur H.

Brel décrivait une bien mésirable vieillesse:

les vieux ne parlent plus
ou alors seulement parfois du bout des yeus
même riches ils sont pauvres
ils n’ont plus d’illusions; ils n’ont plus qu’un coeur pour deux ….

les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides
leur monde est trop petit….

Sa chanson aurait été différente s’il était venu voir ici …

On a connu des villages en France, ou la population se rajeunit et se renouvelle, avec les arrivées de jeunes retraités, d’anglais fortunés, et de jeunes couples recherchant un immobilier plus abordable. Cependant dans ces villages je n’ai pas trouvé trace de culture. Tout est parti avec l’évaporation du Christianisme et Intermarché.

Ici non, les traditions sont encore vivaces.

A Tokyo on est surpris de voir, en effet dans la foule, beaucoup de personnes agées, et surtout des personnes très agées; de plus de 80 ans; beaucoup plus qu’ailleurs. On sait des écoles primaires désaffectées, commes les églises chez nous, et changées en appartements ou ateliers d’artistes (ce qu’elles auraient dû être dès le début).

Ici à la campagne le phénomène est beaucoup visible, car il y a peu de jeunes et très peu d’enfants. Tokyo et les très très grandes villes continuent d’aspirer les jeunes, si bien que les campagnes ici ont définitivement des cheveux blancs.
Quelques usines, que l’on imagine être performantes car pas encore transférées en Chine, permettent de retenir une poignée de couples jeunes.

Nous sommes une rare exception, en nous installant ainsi à la campagne. Le travail à distance n’est pas si populaire ici au Japon… Imaginez donc l’effet de l’arrivée d’un Françcais et de sa famille … quel scoop …

La question de l’avenir se pose. Que deviendra le village dans 10, 20 ans ? Les très vieux seront partis. Il y aura t il du sang frais ? … Le village finira t il par disparaitre ? Et que deviendra la culture qui l’anime et l’irrigue ?

Chaque changement appelle des opportunités. La campagne ou nous nous sommes établis est une chance formidable pour toute famille souhaitant changer de vie.

Une maison spacieuse avec grand jardin s’achète pour le prix d’une BMW. Les infrastructures les plus modernes sont disponibles. Nous sommes à 30 km d’une gare de Shinkansen et de là; à trois heures d’une mégalopole de 30 milions d’habitants, et à une heure d’un aéroport international.
La supply chain au Japon est une mecanique parfaite. Même ici, aux creux des montagnes, Amazon livre dans la journée. C’est fantastique.

On parle de la globalisation, et de la disparition des frontières entre les pays, mais c’est vrai aussi pour les frontières entre les villes et les campagnes.

Le nettoyage de la rivière

Aujourd’hui dimanche, de 13:30 à 15:30 avait lieu le nettoyage de la rivière.

Tous les habitants du hameau se sont regroupés.
C’est très organisé, comme lors du mochitsuki.
Les femmes sont divisées en deux groupes. Un se charge de ramasser les éventuels détritus sur les berges de la rivière. Le deuxième groupe est aux fourneaux et prépare les réjouissances qui suivront. Les rares enfants sont avec les femmes.
Les hommes eux sont ensemble. Tout le monde a des bottes, des vêtements de travail, et est armé de faux; de haches recourbées et de scies courtes. Certains amènent leurs keitracks.
On monte à l’arrière des keitracks, pour se rendre en aval. C’est chouette de monter à l’arrière du keitrack. Ca fonce sur 500 mètres avec le vent qui souffle dans les oreilles.
Trois groupes se forment et se dispatchent à plusieurs endroits le long de la rivière. On ne nettoie pas les mêmes chaque année.
Puis tout le monde descend.
L’ambiance est bien macho. Il y a quelques jeunes, mais la plupart ont plus de 60 ans, il y a quelques hommes qui ont plus de quatre vingts ans.
Certains descendent et vont travailler les berges immédiates de la rivière, les pieds dans l’eau. D’autres et parmi eux les plus agés restent sur la route, ils s’occuperont de charger dans les keitracks  ce que ceux d’en bas auront coupé et rassemblé.
Tout le monde s’affaire. Certains transpirent malgré l’hiver. On scie des arbres morts qui obstruent la rivière. On ramasse les canettes de café qui la polluent. On coupe les herbes, les bambous mélangés comme des mikados, on ramasse du bois mort bloqué entre des pierres.
Les pluies dans le pays sont brusques et violentes. Il faut que la rivière soit bien dégagée afin de bien dégorger les montagnes et les forêts; sous peine d’avoir des inondations. Il y a déjà assez de catastrophes naturelles comme ça.
Mes bottes sont trop courtes. Elles prennent l’eau. Les pierre arrondies qui forment le lit de la rivière sont glissantes, il faut faire attention; surtout qu’on portes de outils tranchants et très dangereux. Je glisse une fois pour tomber le cul dans l’eau. Heureusement je tiens ma serpe fermement et ne m’ampute pas. J’ai encore besoin de mes dix doigts.
Les deux heures de travail sont intenses. Les gens sont sérieux et travaillent sans rigoler beaucoup. Il s’agit d’être efficace.
Une fois le nettoyage fini on se retrouve. Certains s’assoient. C’est le moment d’allumer une cigarette et de discuter.
Les keitracks reviennent. Ils viennent charger le bois et les herbes coupées. On balaye la route pour n’y laisser aucune stigmate du nettoyage. Les petits camions partent tout déverser dans un petit parc au nord du hameau. C’est là que l’on fera le tondo; à la mi janvier.
Le tondo; mais je le verrai de mes yeux dans un mois, c’est un grand bucher que l’on organise. On célèbre l’année nouvelle. Ceux qui se baignent des fumées du tondo sont bons pour l’année: ils ne tomberont pas malades, et tout ira bien pour eux.
Le travail est terminé. Il faut marquer le coup. Tout le monde converge vers le foyer communautaire. On retrouve le groupe des femmes et des enfants. Ils ont trouvé quelques canettes et des sac plastiques, mais en petites quantités.
Le foyer communautaire est prêt. Le premier groupe de femmes y a oeuvré. Les tables sont mises. Il y a des jus de fruits; de la bière et du saké chaud à profusion. C’est génial. Les tables ont du jambon, et de l’oden chauffe dans des chaudrons. Chacun prend une place. On passe un bon moment, au chaud. Il doit y avoir 80 pour cents du village réuni. Pas beaucoup d’occasions comme ça dans l’année.
On fait connaissance. Oui, on passe un bon moment; pour clore une bien belle journée.

Un signe

Dans le garage, que je transforme tranquillement en bureau-atelier, je vois un mince morceau de papier blanc dépasser entre deux planches du plafond.
Est-ce un signe particulier ? Sur le morceau de papier se distingue un caractère, unique, celui de Dieu. 神
Note: les deux points blancs sur la droite sont des oeufs de geckos, qui, malheureusement n’ont pas éclos, ils n’ont pas donné suite.

Le poêle à bois

Les hivers ici sont rudes, la mer du Japon sous l’influence de la Sibérie n’est pas loin, à peine 100 kilomètres.

Nous avons fait mettre un poêle à bois.
Il faut avouer que la cheminée apporte quelque chose de nouveau à la maison, celle-ci prend tout d’un coup l’allure d’un paquebot, et c’est encore plus convaincant avec la fumée qui en sort.
Le feu est gourmand; il a besoin d’air, il a des moments vifs et violents; d’autres beaucoup plus calmes.
Le feu lui-même devient une présence et c’est comme si notre famille s’était agrandie et avait un nouveau membre. Il y a quelque chose de magique et d’impalpable dans cette nouvelle présence.
Oui c’est ça, le feu et son poêle  deviennent un personnage à part entière. Je pense au dessin animé de Miyazaki où une maison, grâce aux pouvoirs magiques d’un esprit ayant pris la forme du feu dans un poêle, se transporte d’un monde à l’autre et devient un château-navire de guerre qui déambule.

calcifer

Le personnage du feu s’appelait dans la version française Calcifer si je me souviens bien.
D’un point de vue économique, se chauffer au bois est une rupture, le tout dépend désormais uniquement de notre capacité à nous fournir en bois au moindre coût et nous ne dépendons plus des sociétés de gas ou d’électricité.
Beaucoup vont se servir en bois dans les montagnes. C’est donc gratuit pour ceux là.
Le bois importé du canada, très compétitif, a anéanti l’industrie forestière du Japon. Les fôrets au Japon ne s’étendent pas en plaines mais couvrent les montagnes et les coûts d’exploitation sont en effet prohibitifs. Si bien que la plupart des forêts  ne sont plus exploitées depuis plusieurs années.
Il est donc apparement aisée de servir en bois.
Nous essaierons cela l’année prochaine.
Pour celà il faut cependant du temps et un keitora. Les deux nous font défaut actuellement.
Nous parlerons du waitora à une autre occasion.

Promenade dans le village

La fin de la route

Le chemin qui traverse le hameau avant de partir en vrilles vers les tréfonds de la montagne amène; entre deux ponts, à un groupement de tombes batties à flanc de montagne. Il y a un monument, indéchiffrable, pour ceux qui se sont fait tuer à la guerre.

Il y a aussi 6 jizos.

Jizo: http://fr.wikipedia.org/wiki/Ksitigarbha

Wikipédia me met face à face à mon ignorance, et explique que les jizos ne sont pas six par hasard:

Roku Jizō[modifier]

Roku Jizō signifie 6 Jizo. Une représentation très répandue au Japon, en particulier à l’entrée des cimetières, est constituée de 6 statues de Jizo, une pour chacun des 6 mondes Loka. À noter que le baton de Jizo porte généralement 6 anneaux, dont la symbolique est la même :

  • Le Jizo qui visite l’enfer tient un bâton surmonté d’un crâne ou d’une tête humaine,
  • le Jizo qui visite le royaume des esprits affamés (en) porte un bol de mendiant pour nourrir les affamés,
  • le Jizo dans le monde des animaux tient une bannière
  • le Jizo du royaume des asuras porte la triple joyau (cintamani)
  • le Jizo du royaume humain porte un chapelet (Mâlâ)
  • et le Jizo du royaume céleste des deva tient un disque solaire et un vajra.

A mon prochain passage, je serai beaucoup plus attentif, et nous essaierons d’identifier chacun des six.

L’automne est bien là…

Une question que les Japonais posent souvent aux étrangers: qu’est-ce-que tu aimes au Japon ?

Lorsque l’on leur retourne la question, ils évoquent très souvent les quatre saisons, qui sont très marquées ici.

Pendant ce temps-là l’automne s’est installé et déploie ses palettes.

Le Mochi-Tsuki

Premier dimanche de novembre.

Peu après la récoltes du riz.
Une fête est organisée dans le village. Le Fure ai mochi tsukiFure ai signifie la bonne relation dans le groupe. C’est un peu du bullshit à mes oreilles de français invidualiste. Mochi tsuki, c’est la préparation de boulettes de riz gluant.
La fête est organisée par l’association des habitants du village; l’association des parents d’élèves -appelée PTA Parents Teachers Association-, l’école primaire et le collège du coin, et l’association du troisieme age; appelée sans détour: l’association des vieux.
Comme lorsque l’on tuait le cochon dans mon enfance, les rôles sont repartis clairement entre les hommes et les femmes.
Les hommes s’occupent de faire le feu, de cuire à la vapeur le riz et d’ensuite le frapper avec ces mailleux impressionants, outils de torture moyenâgeux, et que l’on nomme le Kine. On frappe le riz dans un usu.
Frapper le riz demande de la force physique et une synchro parfaite avec l’assistant qui va l’humidifier et le réarranger après chaque coup; sous peine de se faire écraser les os de la main.
En gros, deux hommes s’occupent du feu, deux autres s’occupent de frapper le riz; les hommes se relaient; mais en gros il y a beaucoup de temps mort pour discuter. Les plus vieux restent assis autour des feux et regardent ce qui se passe.
Les femmes elles héritent de tout le reste et s’affairent dans les cuisines. Préparation du daikon oroshi -gros radis blanc rapé et mélangé à la sauce de soja-; du kinako -poudre de soja mélangée à du sucre- et du anko, haricots rouges sucrés.
Dès qu’une  portion de riz est prète, les femmes viennent la chercher et la sectionnent en boulettes, qui seront trempées dans les préparations listées plus haut: les mochis.
Les femmes et les hommes ne se mélangent pas ou presque.
Le tout a lieu à côté de la salle des fêtes du village et lorsque tout est prêt; tout le monde y prend place pour déguster les mochis.
Les enfants sont alignés par terre avec des tables basses. Les parents eux aussi dans une rangée parallèle. Je remarque que les hommes s’assoient ensemble; éloignés des femmes de plusieurs places.
Quant à moi j’ai opté pour le groupe de tables et chaises, pour ensuite apprendre que c’était l’emplacement reservés au vieux. En effet plus pratique plus les 80génaires et 90génaires que de s’asseoir à même le sol pour les tables basses.
Eh bien ces vieux, ces vieillards ont une sacrée  pêche. Ils butent. Rigolent, blaguent.. Au Japon aujourd’hui les vieux ont plus la pêche que les jeunes, et c’est un grave problème pour l’avenir du pays.
En tout cas nous avons passé un excellent moment.
Nous aussi avons frappé le riz et fait démonstration de notre force physique.
Nous faisons vraiment partie de la communauté du village !

minimalisme