Sous le engawa

Un voisin très sympathique, une belle personnalité, revient dans le village. L’hiver il préfère rester en ville les week end. Le printemps revenu, il passe au village les dimanches.

On discute.
Il s’y connait très bien en architecture; et a une connaissance étendue de la nature, des plantes, et des maisons japonaises anciennes.
Je lui montre ce qui me perturbait un peu depuis quelque temps. Un trou béant dans la ‘fondation’ de la maison, sous le engawa. effectivement; la fondation; c’est de la terre mélangée à des pierres qui soutient un tronc d’arbre couché…
Mais il y a un trou énorme. Les serpents et autres bébêtes vont y faire leur nid c’est sûr, comme le renard qui jadis a vécu sous la chambre de notre fils.
Mais non j’ai tout faux. Le voisin m’explique que le trou est là exprès; pour assurer un courant d’air sous les fondations et empêcher l’humidité de s’accumuler sous les planchers, car ce serait là inviter les termites à venir s’installer et faire un carnage.
Pour preuve il me montre le même trou, l’autre côté de la maison, au méme emplacement, sous le engawa.
Le voisin explique aussi qu’autrefois, il y a 40 ans, les poules du fermier passaient la nuit sous les engawa. C’était autrefois une pratique courante.
sous le engawa

Notre maison

Je me rends compte que j’écris beaucoup sur la maison et certaines de ses caractéristiques, mais ne l’ai pas encore montrée dans son entier.

A gauche, le hanaré. C’est là que l’on s’occupait des vers à soie jadis. Et au centre, la maison où nous vivons. Dans le courrant de l’année nous allons faire des travaux et retapper le hanaré afin de pouvoir en profiter.

En ce moment nous travaillons dans le jardin. Nous allons faire un passage avec des traverses en bois qu’un voisin nous a données.

Et oui c’est le printemps et c’est très agréable de passer du temps dehors.

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

L’entrée des artistes

Le printemps, et les artistes entrent en scène.

Dans l’ordre d’apparition:
  • Les oiseaux. On voit aussi les aigles haut dans le ciel porter des branches.
  • Les insectes. Des multitudes, d’araignées dans le jardin et les champs. A marcher dehors on sent sa tête passer dans des fils d’araignées tendus la nuit passée.
  • Une tortue vue dans la rivière
  • La nuit à partir de onze heures; le chant d’amour d’une chouette
  • et pour finir la dernière à sortir de sa tanière, c’est la femme du bonze, aperçue hier dans le village et que l’on n’avait pas vue de tout l’hiver.

La fête du ‘Mune-age’

Monsieur S avait fait raser ses deux vieilles maisons pour en construire une nouvelle. Les deux maisons détruites, nous avions récupéré le bois pour alimenter Calcifer, notre poêle a bois.

Deux mois plus tard, les fondations de la nouvelle maison de Monsieur S sont prêtes.
Et aujourd’hui est un jour particulier. Les charpentiers vont monter toutes les colonnes et les poutres, des fondations jusqu’au toit. C’est ce que l’on nomme le muneage 棟上げ
Les poutres sont prédécoupées, et les charpentiers les emboitent les unes dans les autres comme un énorme légo. C’est impressionnant, de voir monter une maison en un jour.
Tout le village a été informé de ce jour d’exception, deux semaines plus tôt. La date n’est pas choisie au hasard. C’est un dimanche; donc les gens seront disponibles, et le jour est un jour de bon augure taian 大安 sur le calendrier traditionnel. Bref; le même soin dans le choix de la date que pour un mariage; c’est dire de l’importance du moment.
C’est le mochimaki. Des membres de la famille de Monsieur S. montent sur le toit fraichement assemblé. Ils se placent à chaque coin du toit carré  et lancent des gâteaux de riz et des bonbons à tous les villageois rassemblés et venus voir ce moment d’exception. Les enfants et quelques adultes sont déchainés, c’est à celui qui attrapera le plus de friandises.
Notre voisine de 90 ans a fait le déplacement; et toute joyeuse elle nous montre ce qu’elle a pu attraper.
Quelques instants plus tard la foule se disperse; les gens discutent et rient un bon coup.
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Keichitsu. Le printemps.

5 Mars.

C’est le keichitsu. 啓蟄. Le moment dans l’année; où la longitude céleste du soleil est entre 345 et 360 degrés. Le terme désigne une période donnée dans le calendrier traditionel.

Keichitsu désigne aussi le moment où les insectes s’éveillent et entrent en activité.

Revoyons nos kanjis;

  • 蟄 (chitsu) insecte en hibernation,
  • 啓(kei) dans ce contexte signifie la libération

Et effectivement la nature ne trompe pas, puisqu’aujour’hui nous voyons notre premier cafard, en promenade dans la cuisine.. celà ne nous empèche pas de garder le moral.

Balade (temple sekizou-ji)

Dimanche. Promenade en voiture. Villes de Sasayama et Tanba, à 80 km à l’ouest de Osaka.

Découverte d’un temple magnifique au nord de Tanba. Le Sekizou-ji. 石像寺
C’est beau comme à Kyoto, mais sans la foule.
En fait, il n’y a personne. Nous visitons les lieux impressionnants accompagnés du chant des oiseaux et du silence des pierres.
Oui, surtout, les jardins de pierres. Un bâtiment d’ailleurs est dédié à la méditation zen.
L’absence de touristes et la gratuité du lieu apportent un sens de l’authentique rarement gouté.
Le silence et la beauté du lieu nous prennent par la main et nous réconcilient  avec le monde et ses hommes.
Si vous êtes de passage et en voiture, n’hésitez pas car ça vaut le détour.
Sekizo-ji 石像寺
Adresse
Japon〒669-4302 兵庫県丹波市市島町中竹田1003−1
temple sekizo ji
temple sekizo ji jardin de pierres
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La Liberté

Finalement, après tant d’années en ville; la liberté, c’est ça: avoir beaucoup d’espace, peu de voisins, avoir à disposition tous les outils et matériaux nécessaires, et pouvoir fabriquer ce que l’on veut, quand on le souhaite.

Travailler le bois, la terre.
La seule chose qui finit par manquer, c’est le temps.
En ville; du temps; j’en avais à faire fumier,
Si bien que nous devions trouver à faire des choses, pour nous occuper.
Aller acheter ci, aller visiter ça.
Ici à la campagne c’est le contraire; il y a profusion de choses à faire, mais le temps manque.
Le garage, ou l’atelier, c’est l’endroit ou nous tranformons notre énergie et notre temps, en quelque chose que l’on peut voir de ses yeux et toucher de ses mains.
C’est le lieu de la transformation. Au sujet de la transformation d’energie, d’ailleurs, visitez ce blog magnifique.
Le garage-atelier est aussi là où père et fils passent du temps ensemble, entre hommes, avec les outils et les matériaux.
On manie les outils; on coupe; rape; rabote; visse, cloue.
Je serais bien heureux si l’atelier devenait comme la deuxième salle de classe de mon fils.
Au sujet du garage, nous avons fini d’y installer un établi. Nous en avons fait deux, dont un plus bas pour l’enfant.
garaga

Le hanaré

Le hanaré; nous en avons déjà un peu parlé, c’est une petite bâtisse de deux engawas entourant deux pièces de huit tatamis.
Il tient encore droit dans ses bottes. Malgré le plancher de tatamis qui s’enfonce sous les pas; et les volets, battus par des décennies de pluie.
Pour nous faire une idée des possibilités de travaux d’amélioration, j’ai dessiné le hanaré sur sketch up. En voici trois vues.
derriere travers face travers interieur

Le Doma

Ma pièce préférée de la maison, c’est le doma.

Doma s’écrit 土間:
Le premier caractère 土 signifie ‘terre’, le second 間 ‘espace’. Traditionnellement le sol du doma est en effet de terre battue; par opposition aux pièces dont le sol est en plancher ou en tatamis.

Le doma est l’entrée de la maison japonaise traditionnelle.

Chez nous le doma est carré.

Une face du carré est fixe, c’est une cloison, qui avant les travaux donnait sur un débarras. Autrefois ça donnait sur l’étable et la vache Marguerite.

Les trois autres faces du carré sont des cloisons coulissantes.

  • Une vers l’extérieur.
  • Une vers le salon cuisine
  • Une vers le bureau bibliothèque.

Ce que j’aime avec le doma; c’est la transition douce qu’il assure entre l’intérieur et l’extérieur. C’est le sas de décompression entre privé public, entre confort et nature.

Il permet aussi d’accéder directement au bureau ou à la cuisine.
Il est spacieux et l’on peut s’asseoir sur un banc et mettre ses bottes sans se presser.

J’y ai fait d’ailleurs une boite à chaussures qui fonctionne aussi comme un banc. Nous avons mis un autre banc; histoire de prendre ses aises et que tout le monde aie assez de place.

Dans les maisons japonaises contemporaines le doma est remplacé par le genkan; un espace réduit où se chausser et se déchausser est, à cause du manque d’espace, trop souvent un exercice d’équilibre.

Le doma est vraiment adapté à la vie à la campagne.
On peut y poser des légumes fraichement cueillis du jardin, venir avec ses bottes pleines de terre, sans se soucier de salir l’intérieur de la maison.
Idem, le doma se prête à poser le stock de bois de chauffe de la journée. C’est peut-être d’ailleurs un bon équivalent de la cave, car il n’y fait ni trop chaud ni trop froid.

Le doma c’est un art de vivre ancien dont nous sommes bien heureux de pouvoir profiter !

DOMA

Permaculture #1. Les daikons.

Il est plus que temps de récolter les daikons du jardin. (daikon sur wikipedia) Je les avais plantés à la va vite, avant un retour vers Tokyo, à la fin septembre.

Ce qui est remarquable; c’est que malgré l’absence totale de préparations et de soins, quelque chose ait poussé.

Je n’ai pas labouré le terrain; lequel a été laissé à l’abandon pendant X années, et a été bien tassé par le passage de camions lors des travaux de la maison cet été.
Tout juste me suis-je contenté de faire des trous avec une bèche et d’y jeter deux ou trois graines, et de refermer le tout d’un coup de botte.

Je n’ai pas non plus retiré par la suite les pousses plus petites qui génaient les autres. Sans mentionner l’absence d’engrais.
Bref, ‘faut pas s’étonner de la taille minuscule des daikons que je viens de récolter ce matin. Le fait que les graines aient germé et donné suite à ceci est en soi une surprise.

Septembre prochain, si Dieu le veut, je passerai le motoculteur, et je donnerai un peu plus, ce sera intéressant; alors, de voir la différence que celà fait.

la récolte de daikons