Fleurs

De Retour de ville

De Retour de ville

Passé une semaine à Tokyo. Il y a eu des moments forts. Retrouver les amis. Une bonne cuite. Les trains pleins de noyés.
De retour au village, le printemps s’est installé. Cacophonie des oiseaux. Les plantes aussi.
Alors que le travail sur ordinateur m’attend, je lui vole quelques instants pour faire des gestes, impossibles en ville. Ca m’a manqué de ne pouvoir bouger ainsi;
Couper des herbes folles dans le jardin, avec la petite faucile kama
Apporter de l’eau aux rosiers et aux fraisiers qui ont soif.
La discussion avec K, artiste et chef sushi à Tokyo, me fait penser à mes haches. Je les sors du garage; m’assieds les pieds dans la rivière et répare avec la pierre à aiguiser les lames fatiguées de tout le travail l’hiver.
Faire ces gestes simples les pieds dans l’eau et le chant des oiseaux, et voir la lame de la hache reprendre vie, tout celà me repose de la fatigue du voyage et des 600 kilomètres dans les bottes.
K aiguise ses couteaux chaque jour, après le service de midi. Pour un chef sushi; le couteau, c’est la vie. Il m’a montré deux couteaux. Un neuf et un autre qu’il utilise depuis 10 ans. Bien qu’ils soient le même modèle, le plus vieux fait la moitié du nouveau, on dirait son enfant.

Le motoculteur et les anciennes rizières

Nous avons récupéré le motoculteur Honda FU650 de l’ancien propriétaire. C’est un bel engin, en excellent état malgré ses 10 ans d’age.

Nous le passons dans deux champs. La terre, dure, tassée, qui ne laissait pas pousser les légumes, et supprimait leur envie de lebensraum, se laisse ouvrir par le labour. Elle devient légère, redevient terre.  L’opération ne lui fait pas mal, ne la meurtrit pas, mais la fait s’épanouir, lui redonne une nouvelle vie. La terre devient si belle qu’on en mangerait. Mousse au chololat.
Les champs n’ont pas été utilisés pendant 30 ans au moins. Je vois peu de vers de terre. A certains endroits la terre est dure comme de la pierre. Il faut 10 ans pour obtenir une bonne terre.
Moi qui aime l’immédiat; je suis servi.
Les champs sont d’anciennes rizières. Les hommes autrefois ont creusé la terre à 50 centimetres et on recouvert le fond de pierres et de caillous, afin de rendre le terrain imperméable et de  retenir l’eau nécessaire à la culture riz.
Nous devrons donc faire de beaux rangs, et y ajouter de la terre; augmenter la couche de l’humus, pour que les légumes y poussent sans que leurs racines n’atteignent la glaise et ne s’abîment dans son humidité.
Ceci dit, je n’ai pas l’intention de faire des rangées de légumes, alignés comme au régiment. Il y aura de l’improvisation, du chaos, un peu de folie. Et puis, pas de film plastique ni d’engrais chimiques ou d’entre choses affreuses comme de la poudre d’os, je n’ai aucune envie de polluer ma terre avec des produits recyclés d’abattoirs.
De toute façon, ce qui poussera, les chevreuils viendront le manger la nuit.
Je prendrai ce qu’ils nous laisseront.
motoculteur fu650
champ laboure

Sous le engawa

Un voisin très sympathique, une belle personnalité, revient dans le village. L’hiver il préfère rester en ville les week end. Le printemps revenu, il passe au village les dimanches.

On discute.
Il s’y connait très bien en architecture; et a une connaissance étendue de la nature, des plantes, et des maisons japonaises anciennes.
Je lui montre ce qui me perturbait un peu depuis quelque temps. Un trou béant dans la ‘fondation’ de la maison, sous le engawa. effectivement; la fondation; c’est de la terre mélangée à des pierres qui soutient un tronc d’arbre couché…
Mais il y a un trou énorme. Les serpents et autres bébêtes vont y faire leur nid c’est sûr, comme le renard qui jadis a vécu sous la chambre de notre fils.
Mais non j’ai tout faux. Le voisin m’explique que le trou est là exprès; pour assurer un courant d’air sous les fondations et empêcher l’humidité de s’accumuler sous les planchers, car ce serait là inviter les termites à venir s’installer et faire un carnage.
Pour preuve il me montre le même trou, l’autre côté de la maison, au méme emplacement, sous le engawa.
Le voisin explique aussi qu’autrefois, il y a 40 ans, les poules du fermier passaient la nuit sous les engawa. C’était autrefois une pratique courante.
sous le engawa

Notre maison

Je me rends compte que j’écris beaucoup sur la maison et certaines de ses caractéristiques, mais ne l’ai pas encore montrée dans son entier.

A gauche, le hanaré. C’est là que l’on s’occupait des vers à soie jadis. Et au centre, la maison où nous vivons. Dans le courrant de l’année nous allons faire des travaux et retapper le hanaré afin de pouvoir en profiter.

En ce moment nous travaillons dans le jardin. Nous allons faire un passage avec des traverses en bois qu’un voisin nous a données.

Et oui c’est le printemps et c’est très agréable de passer du temps dehors.

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

L’entrée des artistes

Le printemps, et les artistes entrent en scène.

Dans l’ordre d’apparition:
  • Les oiseaux. On voit aussi les aigles haut dans le ciel porter des branches.
  • Les insectes. Des multitudes, d’araignées dans le jardin et les champs. A marcher dehors on sent sa tête passer dans des fils d’araignées tendus la nuit passée.
  • Une tortue vue dans la rivière
  • La nuit à partir de onze heures; le chant d’amour d’une chouette
  • et pour finir la dernière à sortir de sa tanière, c’est la femme du bonze, aperçue hier dans le village et que l’on n’avait pas vue de tout l’hiver.

La fête du ‘Mune-age’

Monsieur S avait fait raser ses deux vieilles maisons pour en construire une nouvelle. Les deux maisons détruites, nous avions récupéré le bois pour alimenter Calcifer, notre poêle a bois.

Deux mois plus tard, les fondations de la nouvelle maison de Monsieur S sont prêtes.
Et aujourd’hui est un jour particulier. Les charpentiers vont monter toutes les colonnes et les poutres, des fondations jusqu’au toit. C’est ce que l’on nomme le muneage 棟上げ
Les poutres sont prédécoupées, et les charpentiers les emboitent les unes dans les autres comme un énorme légo. C’est impressionnant, de voir monter une maison en un jour.
Tout le village a été informé de ce jour d’exception, deux semaines plus tôt. La date n’est pas choisie au hasard. C’est un dimanche; donc les gens seront disponibles, et le jour est un jour de bon augure taian 大安 sur le calendrier traditionnel. Bref; le même soin dans le choix de la date que pour un mariage; c’est dire de l’importance du moment.
C’est le mochimaki. Des membres de la famille de Monsieur S. montent sur le toit fraichement assemblé. Ils se placent à chaque coin du toit carré  et lancent des gâteaux de riz et des bonbons à tous les villageois rassemblés et venus voir ce moment d’exception. Les enfants et quelques adultes sont déchainés, c’est à celui qui attrapera le plus de friandises.
Notre voisine de 90 ans a fait le déplacement; et toute joyeuse elle nous montre ce qu’elle a pu attraper.
Quelques instants plus tard la foule se disperse; les gens discutent et rient un bon coup.
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Keichitsu. Le printemps.

5 Mars.

C’est le keichitsu. 啓蟄. Le moment dans l’année; où la longitude céleste du soleil est entre 345 et 360 degrés. Le terme désigne une période donnée dans le calendrier traditionel.

Keichitsu désigne aussi le moment où les insectes s’éveillent et entrent en activité.

Revoyons nos kanjis;

  • 蟄 (chitsu) insecte en hibernation,
  • 啓(kei) dans ce contexte signifie la libération

Et effectivement la nature ne trompe pas, puisqu’aujour’hui nous voyons notre premier cafard, en promenade dans la cuisine.. celà ne nous empèche pas de garder le moral.

Balade (temple sekizou-ji)

Dimanche. Promenade en voiture. Villes de Sasayama et Tanba, à 80 km à l’ouest de Osaka.

Découverte d’un temple magnifique au nord de Tanba. Le Sekizou-ji. 石像寺
C’est beau comme à Kyoto, mais sans la foule.
En fait, il n’y a personne. Nous visitons les lieux impressionnants accompagnés du chant des oiseaux et du silence des pierres.
Oui, surtout, les jardins de pierres. Un bâtiment d’ailleurs est dédié à la méditation zen.
L’absence de touristes et la gratuité du lieu apportent un sens de l’authentique rarement gouté.
Le silence et la beauté du lieu nous prennent par la main et nous réconcilient  avec le monde et ses hommes.
Si vous êtes de passage et en voiture, n’hésitez pas car ça vaut le détour.
Sekizo-ji 石像寺
Adresse
Japon〒669-4302 兵庫県丹波市市島町中竹田1003−1
temple sekizo ji
temple sekizo ji jardin de pierres
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La Liberté

Finalement, après tant d’années en ville; la liberté, c’est ça: avoir beaucoup d’espace, peu de voisins, avoir à disposition tous les outils et matériaux nécessaires, et pouvoir fabriquer ce que l’on veut, quand on le souhaite.

Travailler le bois, la terre.
La seule chose qui finit par manquer, c’est le temps.
En ville; du temps; j’en avais à faire fumier,
Si bien que nous devions trouver à faire des choses, pour nous occuper.
Aller acheter ci, aller visiter ça.
Ici à la campagne c’est le contraire; il y a profusion de choses à faire, mais le temps manque.
Le garage, ou l’atelier, c’est l’endroit ou nous tranformons notre énergie et notre temps, en quelque chose que l’on peut voir de ses yeux et toucher de ses mains.
C’est le lieu de la transformation. Au sujet de la transformation d’energie, d’ailleurs, visitez ce blog magnifique.
Le garage-atelier est aussi là où père et fils passent du temps ensemble, entre hommes, avec les outils et les matériaux.
On manie les outils; on coupe; rape; rabote; visse, cloue.
Je serais bien heureux si l’atelier devenait comme la deuxième salle de classe de mon fils.
Au sujet du garage, nous avons fini d’y installer un établi. Nous en avons fait deux, dont un plus bas pour l’enfant.
garaga