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Continuer et entretenir
Si wordpress avait une fonction pour rechercher des mots clefs dans les commentaires des lecteurs je pourrais retrouver le commentaire où Pierre disait l’importance d’entretenir les choses, car tout y prend son sens.
Ici encore Pierre nailed it.
La semaine dernière. Je vais voir mon ami S. Je veux le consulter, j’ai reçu des papiers à remplir, pour m’inscrire au festival de la montagne, où en novembre, je ferai un stand de crêpes.
Bon il est pas à son atelier; mais on m’indique qu’il est sur un chantier dans le sanctuaire shintô de son hameau.
Très bien. Je vais voir.

En effet S. y est avec son épouse. Il installe une grille pour empêcher des chauve souris de nicher à l’intérieur du sanctuaire.
Peut-on laisser les chauve souris tranquilles, peut être qu’on se trompe et que le vrai dieu à honorer, c’est la chauve souris elle même ?
On se dit avec l’épouse de S., mais, dieu ou pas dieu, ça fait caca partout.

C’est l’occasion de visiter le sanctuaire et de m’aventurer jusqu’à l’intérieur. Construction en bois récente, il a été refait dans les années 80.



L’emplacement du sanctuaire est particulier. Ces choses là ne sont jamais choisies au hasard. Au pied d’un énorme roc. Au bord de la rivière, là ou celle ci fait un crochet. Et puis il y a des arbres superbes, paratonnerres naturels.
Au fond du sanctuaire je fais une découverte inattendue, un obus de 75mm.

Intéressant. Pourquoi donc laisser un obus dans le sanctuaire … je me demande si il est chargé… mais on peut imaginer de multiples raisons, comme un hommage à tous ceux du village tombés autrefois sur les champs de bataille.
Il est important d’entretenir les sanctuaires shintô, car c’est la continuité et l’ancrage des communautés dans l’espace et le temps. Et là on revient au propos de Pierre.
Chaque hameau a son sanctuaire. Le nôtre, je l’ai photographié à de multiples reprises. Eh bien il a été endommagé cet été par la chute d’une grosse branche. Des charpentiers y sont à le réparer. C’est sur le chemin de mes promenades.



Vivre (et mourir) au village
Il y a quelques semaines c’était la fête du obon. (obon: festival bouddhiste japonais honorant les esprits des ancêtres). Tous se retrouvent dans la salle des fêtes pour des danses etc. Il y a des petites choses à grignoter; à siroter, et ensuite un bingo pour le plaisir des petits et des grands. Une centaine de personnes.
Les familles parties vivre loin, à Tokyo, Nagoya, Osaka etc sont de retour pour quelques jours. Tout d’un coup, il y a beaucoup d’enfants dans le village. Beaucoup de têtes inconnues aussi.
Ça faisait longtemps que je rêvais de faire quelque chose, pour marquer le coup et pour remercier les gens du village qui nous ont accueillis il y a sept ans maintenant.
Cette fois-ci je me suis lancé, et j’ai fait un petit stand de crêpes. On a installé le stand de crêpes dans l’entrée de la salle des fêtes; personne ne pouvait le manquer.
Deux types de crêpe au menu: glace à la vanille et blueberries, ou flambées au rhum.

Les gens bien sûr ne s’attendaient pas à voir un stand de crèpes (j’avais quand mème demandé l’autorisation au préalable au chef du village), c’était amusant de voir leur surprise.
Ca s’est très bien passé. Les enfants faisaient la queue pour les crêpes. Et visiblement ils étaient très contents.
Les flambées au rhum ont eu du succès aussi, auprès des adultes.
Faire ce petit projet a demandé pas mal de préparation, j’ai fait plusieurs essais quatre week ends de suite pour ajuster la recette et obtenir la pâte adéquate. Il a fallu aussi construire un stand. Mais quelle satisfaction quand ça se passe bien.


La semaine dernière un voisin, Monsieur T., est décédé.
Il est décédé à l’âge de 82 ans, après une longue hospitalisation.
Le soir, comme il est de coutume lors des décès, nous avons rejoint les autres villageois pour aller saluer Monsieur T et sa famille.
Nous entrons dans une très belle maison. L’épouse du défunt nous attend dans la grande entrée, avec ses enfants.
La dépouille de Monsieur T dort dans la pièce principale, sur les tatamis.
Derrière lui il y a un autel bouddhique. Une pastèque (du jardin) y est déposée en offrande. Dans cette pièce je remarque avec plaisir des bibliothèques emplies de livres et un beau piano. Il y a aussi les photos des ancêtres.
Nous sommes assis sur les tatamis, avec les autres voisins, autour de monsieur T.
Madame T nous décrit les derniers moments, comment tout s’est emmanché. Elle évoque les maladies et leurs complications qui avaient pointé le bout de leur nez il y a quelques années. La fille de madame T passe en silence et nous offre une tasse de thé.
J’écoute et j’observe, je regarde toute l’assemblée, et je me dis
ah je suis au Japon.
Vivre au Japon: c’était mon rêve depuis que j’avais 16 ans. Là, j’y suis vraiment. Y a pas de retour possible. Sur ce point de vue on a bien réussi.
Le lendemain, les pompes funèbres locales viennent prendre la dépouille de monsieur T pour la transporter jusqu’au lieu d’incinération.
C’est à 16 heures; nous nous retrouvons tous encore; à la sortie du village. Monsieur T a été porté jusqu’au corbillard.
C’est ce que l’on appelle le shukkan (出棺), le départ du cerceuil.
Le corbillard avant de partir fait sonner son klaxon, un klaxon spécial, au son doux et grave qui s’étend sur de très longues secondes.

Une photo du Japon que j’aime
J’aime beaucoup les villages japonais qui au bord de la mer ont un port de pêche.
ici c’est le village de takeno, sur la côte de la mer du Japon.
Un jour, j’y retournerai, je garerai mon camion sur la digue, et je me poserai quelque part, pour, quelques heures, ne rien faire, regarder ce qui se passe, et ce qui ne se passe pas. Voir ce qui se pêche et ce qui ne se pêche pas.
Je roulerai peut être une ou deux cigarettes, la canette de café finie se fera cendrier.

Samedi matin au jardin
Première fois que j’arrive à faire des carottes !!! Youpi !!!


Mais c’est aussi la saison des amours

Cette mante est plus grande que celle observée la semaine passée.



Pour passer l’été
Des cordelettes pour arranger les pieds de tomates dans le jardin.
Un gas burner. Utile pour tuer les sangsues, je les attrape, elles se baladent sur mes bottes, avec la pince d’un Leatherman, et puis hop, au lance flamme! Ce qu’il faut, c’est les attrapper avant qu’elles me rentrent dans le slip.
Une bouteille de pastis pour garder le moral et rester cool.

Le jardin!
Samedi, après une semaine de travail bien chargée, avec beaucoup d’emmerdes; mais aussi faut pas oublier: de grands moments de bonheur, du bonheur bien profond et dense comme on peut le sentir avec les doigts, tout ça j’en parlerai plus tard, dans un autre article ….
Samedi donc c’est le repos des braves (et des salariés) et l’occasion d’aller s’occuper du potager.
La saison des pluies (tsuyu) a démarré. Presque deux semaines en retard par rapport à la date habituelle.
Il y a eu un gros apport d’eau, il y eu beaucoup de lumière, de la chaleur.
Le potager s’est presque transformé en jungle! Tout pousse.
Je suis bien content d’avoir aménagé les allées du jardin avec du gravier plus tôt au printemps; car sinon, ce serait tout à fait impraticable, et décourageant.











Le jardin … c’est mon petit paradis … je n’y utilise bien entendu aucun produit insecticide ou herbidicide … aucun cide … le jardin n’est pas un endroit où l’on tue, c’est un lieu où l’on recrée le paradis, et chacun y a sa place … aucun produit chimique non merci …
Si j’étais agriculteur c’est sûr qu’il y aurait une contrainte économique … faudrait produire … des produits … des légumes qui répondent à diffèrents critères de qualité et de beauté …
Ne pas être dans le business c’est être libre
Dans mon jardin tout le monde est le bienvenu. personne n’est nuisible. c’est une question d’amour.
Récolter des légumes certes mais pour moi en fait le jardin c’est plus une thérapie et une reconnexion à la terre, que quelques poignées de patates!
Le jardin c’est une expérience et pas forcément un endroit de production … je crois que, au jardin, je fais l’aumône.
Et les légumes ont toujours quelque chose à m’offrir.
Moi qui leur offre si peu.













Flash back (2)
Les travaux de la maison il y a sept ans c’était un peu spécial:
Nous vivions toujours à Tokyo et n’étions pas sur place pour pouvoir superviser.
Et comme nous n’étions pas du coin, nous ne connaissions personne sur place.
Et quand à moi je n’y connaissais rien; je n’avais aucune idée, de comment c’est fait une maison japonaise ancienne.
Etant donnés toutes ces difficultés le résultat était pas mal.
Depuis, j’ai fait la connaissance de S, charpentier du village et nous sommes devenus amis. Depuis aussi, j’ai pu observer plusieurs chantiers et j’ai pu apprendre beaucoup de choses sur le sujet.
Les travaux nous les avons faits avec un budget minimum. Tout ce qui pouvait être réutilisé a été réutilisé.




Mais bon à la fin le plus important c’est d’apprendre…

Ensuite transformé en débarras plus chiottes donnant sur l’extérieur; désormais changé en salle de bains plus chiottes.



Endo Michiro
Comme chaque mois le prêtre bouddhiste du village m’envoie un message sur LINE avec le mot du mois.
Donc le mot du mois c’est
JUST LIKE A BOY 少年のように街に出よう
Just like a boy, sortons en ville comme un jeune garçon
Ben attends je lui réponds, c’est le titre d’une chanson de Michiro Endo;
Exact répond-il de suite, Michiro est décédé le mois dernier.
Michiro Endo est un grand artiste, une figure du rock punk japonais. Et en 2013 il avait fait un concert, dans le temple du village.
C’était un moment fort et une grande découverte. Son concert dans le temple du village nous avait énormement impressionné.
Sur scène, il donnait tout.

Hanami au village
Cette année encore, ce dimanche les habitants du hameau se sont retrouvés pour faire un hanami: un grand pique nique, sous les fleurs des cerisiers.

Il faisait beau. Les cerisiers en fleurs étaient de toute beauté.

On se groupe par quartier ourinpo, soit un groupe de dix ou douze maisons. C’est le chef de rinpo de l’année qui arrange les boissons, thé, bière, shochu et les bentôs.
La maison de retraite amène une camionnée de vieillards, on les pose délicatement sur des chaises, ils sont bien, là, sous le doux soleil, et avec les employés ils entonnent des chansons d’enfants.
Monsieur K, conseiller municipal, prend sa retraite cette année. Il vient nous présenter son remplaçant, lequel; il faut remarquer, porte un costume trois pièces.

Sur la pelouse on déploie une grosse moquette et puis zouh des tables basses, quelques bancs, et c’est parti. Oh le bentô est magnifique! C’est un bentô à trois mille yens ça !

La bière se boit toute seule.
On parle de tout ou presque, du nom de la nouvelle ère, du manyoushu, ce recueil de poèmes du 8è siècle qui l’a inspiré, et du nouveau projet du voisin, avec ses plantations de vigne.

Ceux qui ont été malades parlent des opérations qu’ils ont subies. On s’attarde aussi sur les événements récents du village. L’installation d’une nouvelle famille.
Les enfants jouent. Ils découvrent dans un fossé le squelette d’un chevreuil. Ils ramassent les os, et les installent sur les branches d’un arbre. Un crâne, quelques tibias. Intéressant de voir comment cela amuse les enfants.
Le matin j’avais préparé des crêpes, elles reçoivent bon accueil, c’est un dessert bienvenu.

Une fois les bentôs terminés on s’en va butiner d’une table à l’autre, pour discuter avec les autres quartiers. On sort les bouteilles de shochu, cet alcool de patate douce. Les hommes et les femmes forment des groupes séparés.
Je fais la connaissance du petit fils de monsieur O, il a un an et est très mignon.
Un voisin qui travaillait pour une société de chemins de fer avoue; après des verres de shochu, avoir fait monter une jeune femme une fois dans sa locomotive. Il travaillait alors dans le fret. C’est génial!
Bien sûr tout le monde a ses soucis, petits et grands, mais sous les fleurs de cerisiers, on les oublie et on passe tous un excellent moment.

J’apprécie ce savoir vivre, ce savoir vivre ensemble que m’enseignent les voisins, dans leur grande générosité.
Recharger les batteries
Cette semaine au boulot était vraiment chargée, avec 12 à 13 heures par jour. Certes travailler à distance permet de rester chez soi et dispense des transports en commun. On peut bosser librement et se permettre quelques petites fantaisies, en général interdites au salarié de base. Par exemple quand j’ai des réunions avec les collègues en Europe, dans ma fin de journée, je sirote du whisky. Je peux aussi fumer des clopes si le coeur m’en dit. Je crois que je pourrai plus retourner dans un bureau. Mais rester cloitré devant l’ordinateur aussi longtemps, c’est pas une vie. Je me pose la question, combien de temps je vais pouvoir encore tenir comme ça, coincé dans le casse-noisette. Ah si je pouvais monter un petit business dans le village.
Mais avoir des contraintes comme au travail nous fait apprécier d’autant plus les moments de temps libre.
Ce dimanche matin on prend le temps de décompresser. Il faut se recharger les batteries. Nous allons d’abord prendre un petit en-cas dans un café, à vingt minutes de la maison.

Le café y est bon, l’ambiance sympathique.

Il y a un chat qui ronronne sur son coussin. La formule petit déjeuner, c’est un toast beurré, un oeuf dur, quelques feuilles de salade. Un régal.

Tout est très bien arrangé dans ce café. C’est un style canadien ? On se croirait en montagne. Justement il y a des revues sur le camping et je les feuillette avec intérêt. Ça parle de camping car. De petites cabanes. Il y a des insectes aussi.



Commence une discussion avec la dame du café. Des choses et d’autres.
Les belles photos dans les magazines ça fait rêver …. Mais au moment de payer je remarque un casse noisette en forme d’écureuil.

Après le café le sanctuaire
Nous partons faire quelques emplettes et allons voir en chemin un très beau sanctuaire shintô. La pluie s’est arrêtée. Il y a peu de monde. Dès que l’on entre dans ce grand parc, recouvert d’arbres centenaires, magnifiques, on est ailleurs. Dans le monde du sacré et de la nature. L’architecture traditionnelle est en pleine harmonie avec celle-ci. C’est authentique. Pas de touriste! Tout respire.






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