Tagué: vivre à la campagne au japon
Une pluie de légumes
On est bons copains avec la voisine d’en face.
Elle fait tout dans son jardin.
Sa famille descend des Heiké. Ils vivent dans le village depuis 800 ans.
Elle jardine beaucoup, et aujourd’hui a un problème de surproduction. On est toujours là pour l’aider dans ces moments difficiles…
Et la elle nous apporte trois brouettées de légumes !



Planter des arbres ! !
[note: cet article a été écrit et publié avant les événements de Paris du 13 11 2015]
Après lire les horreurs des nouvelles du monde, on se dit qu’une des meilleures choses à faire, avec se saouler à la bière, ou épuiser ses nuits sur la playstation, c’est planter des arbres.
Ça tombe bien, nous avons un bout de la montagne en face de chez nous. L’année dernière nous y avions planté un marronnier, un figuier, un pommier, un cerisier, un grenadier et un cannelier.
Cette année il faut passer à la vitesse supérieure ! Car telle est désormais notre mission.
Nous allons planter vingt arbres cet hiver. Petits chiffres ! Faudrait faire dans la centaine ! dans le millier !
On va commencer par quatre noyers.
Resteront seize. Que planter ensuite ?
L’année dernière j’avais fait des cages métalliques pour garder les arbres de l’appétit des herbivores gourmands.
Problème, c’est onéreux, et très lourd à porter, jusqu’en tout en haut. Et les bouts de fer manquent toujours de nous blesser lorsqu’on les transbahute sur les faces glissantes de la montagne.
Cette année donc nous innovons et avons commandé au bureau des forestiers du village une vingtaine de filets plastiques biodégradables réservés à cet effet de plantation d’arbres dans les montagnes où les gourmands chevreuils pullulent. En plus ils sont légers. Ces filets ne sont pas en vente dans les grandes surfaces style Monsieur Bricolage, il faut donc les commander auprès des pros.
Je crois que, pour parfaire le tout, nous emporterons aussi un peu de musique dans la montagne, lorsque nous irons planter, comme les petits morceaux d’orgue de Bach, par exemple Herr Christ, der ein’ge Gottessohn, BWV601: les arbres seront heureux.
Voila !
Eponge pour l’année
Achetés au supermarché, pour deux cents yens soit moins de deux euros, les fibres d’une courge héchima. Nous les couperons en tranches, et cela fera des éponges végétales et naturelles pour faire la vaisselle.
Voila un bon achat !
L’année dernière notre fils avait cultivé des héchima à l’ecole et les avait preparées pour leur retirer la peau et la chair.
Retrouver la montagne
Quelle incroyable joie que de retourner dans notre petite montagne ce week end, et de pouvoir y travailler de nouveau. J’ai vraiment merdé je l’avoue lorsqu’en mars après une courte visite qui s’est soldée par dix sangsues dans chacune de mes bottes j’avais décidé de ne retourner dans la montagne qu’en automne !
D’ailleurs il y a des produits chimiques qui repulsent les sangsues et la vieille recette qui consiste à enfiler autour des bottes des tissus imbibés de sel. Si je peux contrôler le problème des sangsues, il ne restera que celui des frelons … ca doit être gérable ! Franchement !
En tout cas maintenant que nous sommes en novembre c’est reparti pour un grand tour.
A ma surprise la nature n’a pas recouvert toute la terrasse de la montagne d’un épais réseau de bambous. Tout est bloqué par la végétation certes … mais bon c’est pas du bambou. Plutôt une bonne nouvelle donc.
Les cages en métal que j’avais arrangées pour les 6 arbres plantes l’année dernière tiennent encore debout. Le métal est recouvert de rouille.
Dans les cages, les arbres ont bien poussé je pense. Le grenadier, particulièrement, ce qui est une vraie surprise. La végétation à l’intérieur des cages a énormement poussé, ce qui a pu gêner éventuellement le développement des arbres. Il faudra que je recouvre le sol de carton pour limiter cela. On voit que les chevreuils ont mangé de ce qui a poussé en dehors des cages … Merci les chevreuils.
Cette année je vais nettoyer plus en profondeur. Il reste des dizaines troncs d’arbres écroulés il y a dix ans. Je vais dégager tout cela. Trop lourds si trop longs, il faut les découper en morceaux de un à deux mètres avant de pouvoir les tirer avec le tobi et les porter et les ranger en jolis tas.
Il faut veiller à protéger la chaine de la tronçonneuse qui ne résiste pas au sable ou aux petits cailloux qui se retrouveraient sur les troncs d’arbres tombés à terre.
D’ailleurs c’est très bien de couper les troncs à la hache, plutôt qu’à la tronço, un merveilleux exercice que j’apprécie beaucoup. La tronçonneuse … Si on pouvait, on ferait tout a la hache !
Récolte de kakis
Kakis et édamamés
Réparer l’ancienne serpe
C’est l’automne, d’ici quelques semaines, il n’y aura plus ni sangsue ni frelon et je retournerai dans notre petite montagne. Le but, débroussailler, continuer à déblayer et planter des arbres. C’est donc le temps des préparations. Car telle est ma mission.
Un truc à faire, remplacer le manche de la serpe et en réarranger la lame. Cette serpe est ancienne. Un voisin me l’avait offerte l’année dernière après que nous ayons acheté notre petite montagne. Elle avait dû appartenir à son père ou son grand père. La lame porte le nom du forgeron qui l’a faite ainsi que le nom de la ville de Shiso; proche de 10 kilomètres.
Autrefois il y avait une trentaine de forgerons à Shiso, je crois comprendre qu’il n’en reste aujourd’hui que deux ou trois. Ces forgerons fournissaient les agriculteurs et les forestiers en outils … Pas du made in china mais du made à dix kilometres de la maison.
Je me suis bien servi de la serpe l’année dernière, mais tapant comme un malade sur des tonnes de lianes et de bambous j’en ai brisé le manche et abimé la lame.

D’abord je protège la lame dans un journal plié pour éviter de me trancher les bras.
Je scie dans la longueur un nouveau manche, sur 3寸, 3 sun, soit trois pouces. Les charpentiers utilisent toujours le sun comme mesure et expliquent que les chiffres exprimés en pouces sont plus faciles à retenir qu’en centimètres car ils sont sont plus petits. (par exemple 3 sun au lieu de 10 centimètres).
Il est un peu plus délicat de voir où percer le manche pour y insérer les deux clous de fixation.
Mais bon on y arrive après avoir fait une copie de la lame sur un bout de papier.
Ensuite je passe la lame à la meule pour la corriger, et effacer les éclats faits l’année dernière.
Finalement je passe la lame à la pierre à aiguiser pour la reprendre en douceur. Ce type de travail avec la pierre ou la meuleuse invite toujours à apprendre des gestes. A les faire bien. C’est tout un art. A chaque fois on finit par se laisser guider par le geste. La pierre et le métal se parlent et on suit le geste qu’ils nous incitent à faire. C’est très reposant.
Le résultat est assez concluant.
J’en profite pour dégager l’entrée de la montagne. La végétation obstrue l’entrée.
Les branches coupées, on les amène ensuite aux chèvres du voisin qui sont toutes contentes. Elles aiment bien ces feuilles.
Rien ne se perd. Tout se transforme.
Rencontre dans le jardin
En déplaçant dans le potager un tas d’herbes coupées, je découvre une magnifique larve de kabutomushi.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Allomyrina_dichotoma
Regardez moi ce beau bébé ! ! !
Je lui tends un petite brindille et il la saisit dans ses mandibules …
Magnifique.
Démographie de la vallée
Le village est situé dans une petite vallée, fermée en cul de sac sur le nord et qui s’enfonce sur une dizaine de kilomètres.
Voyons la démographie de la vallée. C’est une question que je me suis longtemps posée ….
La mairie de Himeji dont nous dépendons publie des statistiques: http://www.city.himeji.lg.jp//toukei/index.html
Pour être précis la vallée se nommait autrefois Tomisu et comprend quatre hameaux.
- Tochihara
- Seki
- Suehiro
- Minago
Voici les statistiques présentées en graphiques en utilisant « Power BI » (Business Intelligence) de Microsoft.
Nous voyons donc que:
Il y a 804 habitants recensés dans notre vallée. 800 personnes c’est beaucoup … c’est pour ça que je connais pas encore tout le monde. 🙂
La population est âgée ! ! 110 enfants de moins de 14ans, soit 14%.
Les moins de 24 ans représentent seulement 22% de la population de la vallée.
Les moins de 44 ans sont 41% de la population.
12% de la population ont plus de 80 ans.
Il est clair que la population n’est pas répartie de façon homogène entre les hameaux:
A droite on voit le hameau de Seki, situé au bout de la vallée avec moins de 50 âmes et dont la très grande majorité a plus de 60 ans. Il n’y a pas d’enfants. Situé a 10 kilomètres du commerce le plus proche …. et historiquement peut être fermé aux gens de l’extérieur on peut se poser la question du devenir de ce hameau d’ici 10 ou 20 ans.
Dans les trois autres hameaux la population est plus conséquente, Suehiro et Minago ont chacun presque 300 âmes.
Les femmes (à gauche) sont plus nombreuses que les hommes ! C’est frappant dans la catégorie des plus de 80 ans. Il y a eu la guerre, l’alcool et le tabac …
64 octogénaires et plus femmes, pour 35 hommes.
Bon finalement, je me demande si ces statistiques m’apprennent beaucoup de choses. Il était clair dès le départ que la population est plutôt âgée ….et qu’il y a peu d’enfants.
Je sais aussi que mon fils et moi sommes les deux seuls français de la vallée …
Nous sommes les 0.2 % ! ! !
Et malgré toutes les statistiques possibles notre message reste le même,…. n’allez pas vous installer a Tokyo où 30 millions de personnes s’entassent et se gênent les unes les autres … non, venez vous installer dans la belle campagne japonaise … on y vit bien et de peu … et en plus on s’y sent utile. Et les esprits de la forêt veillent sur nous.
La fête de l’école
Samedi c’était la fête de l’école primaire du village. Notre fils y est, en CM2.
Vocabulaire; Fête de l’école – 運動会- undoukai
La fête de l’école dure toute la journée et c’est comme une grande fête du village entier. Car les parents mais aussi le club 3e age, la brigade de pompiers volontaires et tous les habitants intéressés s’y rendent.
Les enfants ont l’occasion de montrer à tous leurs progrès et les développements de leurs capacités dans les domaines de la course à pied, de la gymnastique, de la danse et de la musique.
Il y a aussi des jeux auxquels les clubs des mères de famille et les clubs des ainés participent. C’est donc ouvert à toute la communauté.
C’est un mélange de sérieux, de rire et de burlesque qui dure toute la journée et permet à la communauté du village de se retrouver et d’admirer la puissance et les promesses de sa jeunesse.
Ce spectacle est d’autant plus précieux que le nombre d’enfants dans la vallée a été divisé par trois en 50 ans. Effet conjugué de l’éxode rural et de la chute de la natalité.
Chacun dans l’assistance fait un peu comme il veut. Certains s’asseyent ensemble et boivent de l’alcool. 🙂 je dissimule les visages mais n’en pensez pas pour autant que les messieurs sur la photo ne sont pas respectables !
D’autres se retrouvent et discutent. D’autres encore se reposent et dorment.
Un tour qui me fait à chaque fois manquer de mourir de rire, c’est le tour burlesque de la brigade de pompiers volontaires. Déguisés en cochon, en canard ou encore en grenouille.
On fait assoir un pompier sur un fauteuil de bureau que l’on fait tourner rapidement. Puis le pompier doit pouvoir marcher sans tomber le long d’une poutre de gymnastique. Ensuite on lui plonge le visage dans de la farine et on lui fait avaler un infect jus de salade etc …
Cet épisode de blagues potaches style bizutage devant tout le village rappelle qu’il est bon de ne pas se prendre au sérieux !
En tout cas, on voit encore ici comment les Japonais savent vivre ensemble et en communauté. C’est vraiment remarquable.



























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