Catégorie: le bonheur
Un Cerisier pour célébrer
Notre fils a douze ans. Il finit sa dernière année à l’école primaire (qui compte six ans au Japon). En avril il entrera au collège.
C’est quelque chose. Les cycles de douze ans ont un sens.
Pour féliciter notre fils et marquer le coup, un voisin nous a offert un cerisier. Quelle merveilleuse attention ! Nous recevons ainsi souvent des leçons de savoir vivre.
Cerisier, que nous plantons dans le jardin aujourd’hui.

Mon resto préféré à Tokyo
Mon restaurant préféré à Tokyo: Y’s café. 03-3394-1557
Cinq ans que nous avons quitté Tokyo et si il y a une chose qui me manque c’est Y’ café (avec les amis aussi bien sur)
Dans le quartier de Nishiogiokubo. 西荻窪 Suginami ku. Gare Nishiogikubo sur la ligne JR Chuo. A quinze minutes de Shinjuku. Il faut sortir de la gare; s’engouffrer dans une petite rue direction nord et 8 minutes plus tard prendre la droite. Une grosse harley davidson bleue est toujours garée devant le resto donc difficile de le manquer.
L’ambiance est style îles des mers du Sud / Okinawa. Des poissons, des tortues sur les murs. L’ambiance est très relax.
La cuisine servie à Y’s Cafe est variée. Le curry japonais ou kare- raisu カレーライス y est excellent et c’est le meilleur que j’y mange au Japon (essayer le porc, ポークカレー).
Et noter le dry kare ドライカレー, un pur bonheur d’arômes et d’épices. Franchement j’en mangerais volontiers tous les jours.

Le menu est énorme, la seiche à la tomate イカ飯, les salades et les pickles sont tous des numbers one.
… Tout n’est pas seulement dans la bouffe. Il y le contact aussi. Les propriétaires sont si sympathiques. A force de manger chez eux, nous sommes devenus des amis.
Le patron peut intimider, avec un air de loubard surfeur, mais détrompez vous il est très timide. Et c’est toujours chouette quand son grand rire résonne de derrière les fourneaux.
Et son épouse, toujours un mot gentil et tant d’attention aux détails. Une belle équipe.

Ce sont de vrais pros et régulièrement ils inventent de nouveaux plats.
J’ai fait quelques dessins humoristiques représentant leur restaurant et très aimablement ils les ont accrochés aux murs.
Comme j’étais à Tokyo ce dimanche. j’en ai profité pour y faire encore un tour….
Si vous êtes à Tokyo, n’hésitez pas …


Travailler à domicile et rester zen
75% du temps je travaille à la maison. On appelle ça du télétravail c’est ça ? Je passe donc la plupart de mon temps visse à mon PC, soit en conférence calls avec skype soit à rédiger des documents ou faire des calculs sur Excel.
J’adore vraiment travailler à la maison. C’est mon cote solitaire sans doute.
Quand on travaille à la maison, il faut maintenir une productivité élevée malgré les diverses tentations éventuelles comme aller faire un tour dehors, jardiner ou bricoler ou encore se perdre sur youtube ou se plonger dans une lecture plus passionnante que le boulot.
Mais on est aussi isolé du point de vue du travail, les collègues sont loin (les miens sont aux US, donc à 9000 kilomètres) et la plupart des interactions avec eux se fait au téléphone, sur skype.
Avec tout ça il est bon de pouvoir se divertir et se rafraîchir les idées sans avoir à quitter le poste de travail.
Ce que j’ai trouvé récement c’est de tirer avec un pistolet a air comprimé sur des cibles dans le jardin, face à la fenêtre de mon bureau. Ainsi je peux me changer un peu les idées tout étant au téléphone ou à l’ordinateur.

pistolet à air comprimé, réplique du P228 de SIG. Au Japon ce modèle est interdit aux moins de 18 ans. (Ceci est un jouet).

Le modèle est assez puissant pour envoyer ses petits projectiles dans le jardin à une dizaine de mètres, et un peu plus si affinités.
Les deux potes
Que c’est beau!
Il a (encore) neigé cette nuit et je vais faire un tour pour profiter de la beauté du paysage. Je sors de la maison et prends la gauche; pour remonter notre petite vallée.
Il est neuf heures le ciel est d’un bleu magnifique. Que c’est beau! Beaucoup de plaisir. Tout est beau. La lumière. Le ciel bleu. La neige saupoudrée qui rehausse et simplifie le paysage.
C’est amusant: notre vallée, que personne ne connait et qui n’intéresse personne. En plus il y a des centaines d’endroits exactement pareils à travers tout le Japon… Mais que c’est beau!
Le village s’éteint petit à petit. Il y a que des vieux qui y habitent, et nous, nous y sommes tombés comme des météorites.
Sur le chemin je vois monsieur O., un autre personnage très sympathique. Il dépoussière la neige tombée sur sa voiture blanche. Toyota. On discute. Lui vient d’Osaka et s’est installé dans le village peu avant nous. Nous sommes tous les deux des citadins convertis. C’est un ancien athlète et expert en bois et menuiserie. Je suis un de ses fans.
Il est aussi sensible à la beauté de tout, ce matin. On parle de la beauté du paysage. La beauté rend heureux.
Lorsque nous vivions à Tokyo; l’accès à la beauté me manquait terriblement. Parfois une jolie paire de fesses ou de jambes. Ca se limitait à ça.
Je continue à monter vers le fond de la vallée. Monsieur M aperçu; 90 ans minimum, il boite, une dent lui reste sans doute; il balaye la neige devant sa jolie maison. Lui il sait comment durer.
Plus loin je continue; au fond, jusqu’au dernier poteau électrique, une maison détruite, un temple abandonné. La énormément d’empreintes d’animaux; déjà on n’est plus chez les hommes.
C’est tellement beau je me dis; dieu existe; il est la. C’est lui qui fait pousser les arbres. L’énergie de la nature. Simplement de nos jours il ne vit plus dans les villes; et lorsque les gens ne le prient pas il se retire en silence sur la pointe des pieds; vers le fond de la vallée; là personne ne l’emmerde, il a besoin que les gens prient pour être; sinon il est mieux avec les plantes et les animaux.




empreintes … ?


camion nickel chrome






retour … et voila notre maison.

Une gâterie pour la montagne
L’autre jour.
Ayant un peu de temps durant les nombreux interludes d’un match de baseball du fils je fais un tour sous les frondaisons des arbres autour du stade et récolte des glands en veillant bien à les distinguer de quelques crottes de chien par ci par la.
Dès que la neige aura fondu, j’irai éparpiller les glands dans notre montagne.
Avec un peu de chance, il y aura bien un arbre qui va pousser !

A propos connaissez ce magnifique film, intitulé l’homme qui plantait des arbres.
Le sanctuaire de l’arbre sacré
Ce matin il neige encore et toujours. Vais voir l’arbre sacré, sa branche arrachée et tombée dans la rivière. Repérage pour quand je pourrai revenir avec ma tronçonneuse pour dépecer le bois en des morceaux transportables.

Au pied de l’arbre sacré donc il y a un sanctuaire. C’est une petite construction. Qui a été entièrement refaite il y a deux ans je crois.
A l’intérieur il y a des jizos de pierre. Je fais coulisser la porte et jette un coup d’oeil.

Un banc de chaque côté et un petit autel; avec cinq jizos, tous de taille différente. Deux bouquets de fleurs. Des offrandes (des mandarines). Et tous les ustensiles utiles pour la prière.

Au dessus des jizos, une planche de bois avec ces caractères えんめいじぞうそん 延命地蔵尊 Jizo de longévité.
La même ambience et tranquillité reposante que dans une chapelle à la campagne.
Dans cette petite pièce il y a persistante une odeur d’encens. Il y a donc quelqu’un qui vient prier ici régulièrement me dis-je.
Juste à cet instant arrive monsieur U. Il a toujours un beau sourire d’enfant. On se connait bien.
Il explique qu’il vient prier ici chaque matin.

Monsieur U explique qu’avec l’argent collecté dans le tronc, une somme importante, il a fait tout refaire par un charpentier de la ville voisine. C’est de la très belle ouvrage.
Chevilles. Poutres en cryptomère. Colonnes en cyprès. On regarde chaque détail de la construction et c’est super chouette me dis-je que monsieur U ait pris la peine et la responsabilité d’organiser tous ces travaux.
L’idée me vient, à écrire ces lignes, que je ferais bien de glisser un petit billet dans le tronc du sanctuaire, puisque j’ai l’honneur de pouvoir découper cette gigantesque branche, pour Calcifer notre poêle à bois.
Un arbre sacré
Avec les tonnes de neige qui sont tombées dans la vallée, une grande branche d’un arbre sacré s’est cassée. Elle est tombée dans la rivière.
L’arbre sacré protège un petit sanctuaire situé au bord de la route, à l’entrée d’un hameau, un peu plus haut. A écrire ces lignes la question me tarabuste … c’est un sanctuaire shinto ou autre chose ? Il n’y a pas de portique sacré (torii). C’est ce que l’on appelle un hokora. ほこら、祠
Toujours est-il que cet arbre magnifique et sacré protège un sanctuaire, et qu’il a perdu une de ses grandes branches, laquelle est tombée dans la rivière et ça va poser problème lors de pluies violentes.
Je téléphone au chef du village pour savoir si je suis autorisé à dégager la rivière et emporter le bois tombé, pour Calcifer notre poêle à bois, son appétit est sans limite. Il faudra sans doute trois camionnées pour tout ramener à la maison …
On me confirme que ça arrange tout le monde et j’ai le green light. Il y a trois ans j’avais fait aussi la découverte d’un cerisier géant effondré dans les montagnes, à côté d’un cimetière.
Voyez-vous, les beaux arbres comme ça il n’y en a quasiment que dans les lieux sacrées ici; les sanctuaires ou les cimetières. Les hommes, dans leur hubris, mais aussi dans l’espoir d’échapper à la pauvreté et de pouvoir embrasser la modernité, ont tout rasé pour planter des cryptomères, il y a quarante ans. Voila. Tous les beaux arbres sont partis.
Je descends dans la rivière. Encore de la neige, ça glisse. J’emporte deux scies. Pas envie d’utiliser la tronçonneuse aujourd’hui. Il fait sombre déjà. Je récite un pater noster avant de commencer le travail. Car le lieu est particulier, et il faut le respecter. C’est un power spot. Beaucoup de choses s’y passent. Pas forcement que des bonnes.
Le travail pendant deux petites heures se passe très bien. Avec un immense plaisir. C’est bien plus agréable de scier à la main. C’est, en fait, du bonheur à l’état brut. Je suis seul. Les pieds dans l’eau glacée et mes bottes et mes gants de cuir sont trempés. Je transpire. C’est formidable.
Découper un arbre c’est comme dépecer un animal. C’est pareil. A part que les organes dont on n’a pas besoin sont à l’extérieur pour l’arbre, c’est le feuillage et les petites branches. Mais que l’on dépèce un arbre ou un animal, il faut le faire avec respect et amour. Et ainsi les choses prennent leur sens.
Pour aujourd’hui j’ai retiré les branches qui étaient dans l’eau. La rivière est dégagée, ses paroles peuvent de nouveau s’écouler sans entrave. Il fait nuit. Je rentre à la maison. Mais je reviendrai. I will be back.




Les bibines sont au frais
Pourquoi s’emmerder avec un frigo ?

Un peu d’ibérico?
Vous prendrez bien un peu de ce délicieux jambon espagnol, l’ibérico ?
Mmmmm, comme ça a l’air bon.

Nous vivons tellement proches du bois. Notre maison bien sur en bois. Et les tas de bois pour le chauffage (calcifer). Et tous les meubles à la maison … bois …. bois … bois … Des fois je me dis que du bois, on en mangerait!
C’est une des plus grandes joies que nous avons dans notre vie quotidienne; ce contact permanent avec le bois.
Dans une vie future, je serai sans doute termite …

Il pleut légèrement mais je continue à travailler dans la montagne aujourd’hui. J’écoute Harumi Hosono et son groupe Happi End .. (Hosono … un des fondateurs du yellow magic orchestra)… Leurs chansons sont si belles, on ne sent pas la pluie.

Travailler le bois. C’est comme travailler la terre. L’arbre est un intermédiaire entre la terre et nous. Travailler le bois c’est un peu comme se reconnecter à la terre.
Aujourd’hui je termine trois piliers pour la barrière. Je fume une cigarette pendant la pause. Les allumettes sont récalcitrantes sous la pluie.

Après Hosono et ses compères je mets une cantate de Bach. La pluie s’arrête … Le soleil tout à coup nous inonde … on est vraiment bien !


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