Catégorie: vie à la campagne

Tara no me

Wikipédia nous renseigne un peu sur l’angélique du Japon. Ou taranoki en Japonais.

Aralia elata; Angélique du Japon, aralie japonaise

C’est un arbuste pouvant atteindre 4-5m de haut, voire 10m dans certaines régions, au feuillage caduc, aux feuilles composées (1m de long), aux petites fleurs blanches en longs panicules, aux grosses épines sur les tiges. Il a tendance à se multiplier en drageonnant et forme des touffes, ce qui lui vaut le surnom de l’arbre qui marche.

La floraison se produit en fin d’été et les feuilles se colorent en jaune-orangé et rouge en automne. Il fait des petites drupes noires en grappes qui sont excellentes pour les oiseaux.
Wiki ne nous dit pas c’est que les pousses de cet arbuste, que l’on nomme  taranome タラの芽, sont un mets recherché ici au Japon.

On les sert surtout en tempura.
Notre voisin d’en face est un fin gourmet et il cultive une centaine de taranoki dans son jardin. Il nous a offerts quelques pousses.
On note que l’écorce des taranoki est utilsée dans la pharmacopée traditionnelle, pour fortifier l’estomac et soigne le diabète.
DSCN1356 DSCN1360

Les pousses de bambou

C’est la saison. Des pousses de bambou. Jusqu’à mai. C’est beau, il suffit de demander la permission aux voisins et d’aller se servir. Les chevreuils ne demandent la permission de personne, eux, et mordent les parties affleurantes.

On dégage la terre autour de la pousse de bambou et ensuite un coup de pioche bien placé.
Les pousses de bambou ont un aspect assez intriguant. Elles sont lourdes. Et couvertes d’un duvet noir qui leur donne un aspect animal. Quand j’en tiens dans mes mains j’ai l’impression de tenir une patte d’ours. Impression renforcée par les feuilles vertes qui émergent du bout de la pousse et qui évoquent des griffes.
De toute façon il y a quelque chose de magique. Car ce que l’on va faire bouillir, avec du son de riz (こめぬか) et un (鷹の爪 -griffe d’aigle ou piment rouge) et va devenir un délicieux ingrédient à la texture unique aurait pû continuer à pousser et jusqu’à trois quatre mètres de haut.
Vocabulaire
たけ 竹 Bambou
タケノコ 筍 Pousse de bambou
たかのつめ 鷹の爪 litéralement la griffe d’aigle, désigne une espèce de petit piment rouge courant en Chine; Corée et Japon; Capsicum annuum
DSC_0305
Le coup de pioche bien placé
DSCN1421
Voilà …
DSCN1428
On les fait bouillir, mélangées à du komenuka (son de riz) et des piments. Etape nécessaire pour les rendre comestibles.

Notre maison

Je me rends compte que j’écris beaucoup sur la maison et certaines de ses caractéristiques, mais ne l’ai pas encore montrée dans son entier.

A gauche, le hanaré. C’est là que l’on s’occupait des vers à soie jadis. Et au centre, la maison où nous vivons. Dans le courrant de l’année nous allons faire des travaux et retapper le hanaré afin de pouvoir en profiter.

En ce moment nous travaillons dans le jardin. Nous allons faire un passage avec des traverses en bois qu’un voisin nous a données.

Et oui c’est le printemps et c’est très agréable de passer du temps dehors.

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

notre maison, une ferme japonaise traditionnelle

L’entrée des artistes

Le printemps, et les artistes entrent en scène.

Dans l’ordre d’apparition:
  • Les oiseaux. On voit aussi les aigles haut dans le ciel porter des branches.
  • Les insectes. Des multitudes, d’araignées dans le jardin et les champs. A marcher dehors on sent sa tête passer dans des fils d’araignées tendus la nuit passée.
  • Une tortue vue dans la rivière
  • La nuit à partir de onze heures; le chant d’amour d’une chouette
  • et pour finir la dernière à sortir de sa tanière, c’est la femme du bonze, aperçue hier dans le village et que l’on n’avait pas vue de tout l’hiver.

Keichitsu. Le printemps.

5 Mars.

C’est le keichitsu. 啓蟄. Le moment dans l’année; où la longitude céleste du soleil est entre 345 et 360 degrés. Le terme désigne une période donnée dans le calendrier traditionel.

Keichitsu désigne aussi le moment où les insectes s’éveillent et entrent en activité.

Revoyons nos kanjis;

  • 蟄 (chitsu) insecte en hibernation,
  • 啓(kei) dans ce contexte signifie la libération

Et effectivement la nature ne trompe pas, puisqu’aujour’hui nous voyons notre premier cafard, en promenade dans la cuisine.. celà ne nous empèche pas de garder le moral.

Balade (temple sekizou-ji)

Dimanche. Promenade en voiture. Villes de Sasayama et Tanba, à 80 km à l’ouest de Osaka.

Découverte d’un temple magnifique au nord de Tanba. Le Sekizou-ji. 石像寺
C’est beau comme à Kyoto, mais sans la foule.
En fait, il n’y a personne. Nous visitons les lieux impressionnants accompagnés du chant des oiseaux et du silence des pierres.
Oui, surtout, les jardins de pierres. Un bâtiment d’ailleurs est dédié à la méditation zen.
L’absence de touristes et la gratuité du lieu apportent un sens de l’authentique rarement gouté.
Le silence et la beauté du lieu nous prennent par la main et nous réconcilient  avec le monde et ses hommes.
Si vous êtes de passage et en voiture, n’hésitez pas car ça vaut le détour.
Sekizo-ji 石像寺
Adresse
Japon〒669-4302 兵庫県丹波市市島町中竹田1003−1
temple sekizo ji
temple sekizo ji jardin de pierres
DSC_0140
DSC_0132
DSC_0112

La Liberté

Finalement, après tant d’années en ville; la liberté, c’est ça: avoir beaucoup d’espace, peu de voisins, avoir à disposition tous les outils et matériaux nécessaires, et pouvoir fabriquer ce que l’on veut, quand on le souhaite.

Travailler le bois, la terre.
La seule chose qui finit par manquer, c’est le temps.
En ville; du temps; j’en avais à faire fumier,
Si bien que nous devions trouver à faire des choses, pour nous occuper.
Aller acheter ci, aller visiter ça.
Ici à la campagne c’est le contraire; il y a profusion de choses à faire, mais le temps manque.
Le garage, ou l’atelier, c’est l’endroit ou nous tranformons notre énergie et notre temps, en quelque chose que l’on peut voir de ses yeux et toucher de ses mains.
C’est le lieu de la transformation. Au sujet de la transformation d’energie, d’ailleurs, visitez ce blog magnifique.
Le garage-atelier est aussi là où père et fils passent du temps ensemble, entre hommes, avec les outils et les matériaux.
On manie les outils; on coupe; rape; rabote; visse, cloue.
Je serais bien heureux si l’atelier devenait comme la deuxième salle de classe de mon fils.
Au sujet du garage, nous avons fini d’y installer un établi. Nous en avons fait deux, dont un plus bas pour l’enfant.
garaga

Permaculture #1. Les daikons.

Il est plus que temps de récolter les daikons du jardin. (daikon sur wikipedia) Je les avais plantés à la va vite, avant un retour vers Tokyo, à la fin septembre.

Ce qui est remarquable; c’est que malgré l’absence totale de préparations et de soins, quelque chose ait poussé.

Je n’ai pas labouré le terrain; lequel a été laissé à l’abandon pendant X années, et a été bien tassé par le passage de camions lors des travaux de la maison cet été.
Tout juste me suis-je contenté de faire des trous avec une bèche et d’y jeter deux ou trois graines, et de refermer le tout d’un coup de botte.

Je n’ai pas non plus retiré par la suite les pousses plus petites qui génaient les autres. Sans mentionner l’absence d’engrais.
Bref, ‘faut pas s’étonner de la taille minuscule des daikons que je viens de récolter ce matin. Le fait que les graines aient germé et donné suite à ceci est en soi une surprise.

Septembre prochain, si Dieu le veut, je passerai le motoculteur, et je donnerai un peu plus, ce sera intéressant; alors, de voir la différence que celà fait.

la récolte de daikons

Le Chevreuil piégé.

Huit heures du mat’, les brumes chachent le haut des montagnes. Il fait doux aujourd’hui; on sent le printemps s’approcher.
Je fais un tour dans le village; histoire de me dégourdir les pattes après avoir passé dix heures en avion hier. J’aperçois un chevreuil de l’autre côté de la rivière. C’est dans un champ de yuzus. Il y a quelque chose d’anormal; l’animal fait beaucoup de bruit; il se débat. Ses bois se sont pris dans des filets. Il a dû être pris là, bloqué; depuis 4 heures. Les chevreuils en effet retrournent vers les montagnes à la fin de la nuit.
La bête est épuisée, mais se démène avec une énergie féroce; elle se tourne sur elle même, donne des coups de tête. Sa langue pend. J’entends son souffle.
Les filets; qui sont là autour des champs justement pour éviter l’intrusion des chevreuils, font une grosse pelotte autour des bois de l’animal. Il y a des cordes; qui lui serrent le cou et sont au point de l’asphixier.
J’appelle ma femme et un voisin. Le voisin répond de suite ‘J’arrive; on va se le faire’: Effectivement zigouiller le chevreuil serait le plus simple; et le moins dangereux. On veut pas se prendre un coup de pattes dans les bijoux de famille.
Dans le village il est d’usage de zigouiller les animaux qui se prennent ainsi dans les filets. Un coup de bout de boit derrière la nuque.
Mais bon on est des gentils gars de la ville et notre préference est de le libérer.
L’affaire est difficile. Avec une corde on tente d’immobiliser l’animal qui dans sa folie risque bien de nous ouvrir le bide d’un coup de tête. N’est pas cow boy qui veut. On finit par attacher le chevreuil au niveau des bois; en lançant une corde et en l’attachant solidement à un arbre. Le chévreuil se tourne; manque de nous foncer dessus. Le filet, de son côté est sur le point d’étrangler l’animal.
A ce moment là je me dis qu’on ferait mieux de le zigouiller. Mais mon épouse me rappelle au bon sens.
On parvient ensuite à attacher une patte arrière du chevreuil. On tend la corde que l’on noue à un tronc. C’est bon l’animal; attaché en deux points, est enfin maîtrisé.
On peut donc s’approcher. On découpe avec de gros ciseaux la pelotte de cordes et de filet autour des bois du chevreuil.  Puis on coupe la corde pour libérer sa tête. L’animal se relève. Il est plus calme.
On finit par couper la corde pour libérer sa patte arrière. Je me demande s’il ne va pas nous foncer dessus.
Libre, le chevreuil fait quelques pas.
Il se retourne et nous regarde en silence.
chevreuil piégé

Promenade de fin d’après-midi

Janvier.
Fin d’après-midi. On part faire un tour dehors.
chous chinois
Les chou chinois dans les potagers fatiguent. Malgré l’apparente décrépitude ils n’en conservent pas moins toute leur fraicheur; sous les couches superposées de feuilles.
On finit par se déplacer dans le temps.
Les derniers rayons du soleil caressent le chat roux et noir qui somnole sur un tas de fagots. Il est tranquille. Je ne le dérange pas.
chat
Je continue; la route longe la rivière, les maisons se font rares; il n’ya que des potagers, et le chantier d’un voisin qui coupe des cryptomères dans la montagne, pour se construire un chalet. Ce gars là est un pro; il a tout ce qu’il faut et le chantier est très bien organisé.
Un cours d’eau vient d’une autre vallée à gauche et rejoins la rivière. J’entre dans la vallée; plus escarpée; d’emblée plus sauvage. Il y a des maisons. Quelques maisons neuves.
Mais il y a aussi cette épave; une ancienne belle demeure, qui est abandonnée.
DSC_0074 (1)
Elle tombe en ruine; tient encre debout comme par miracle. La voiture du proprio, où est-il, attend encore dans le garage qui s’effondre sur elle. C’est un obake yashiki お化け屋敷; une maison hantée. On a soudain l’impression que le temps ici s’est arrêté; car il semble que tout dans la maison soit resté intact.
C’est impressionnant.
Je reviens en arrière et le pont me fait traverser la rivière et rejoindre l’autre rive. La plaine est large, il y a beaucoup de terre, des rizières. Autrefois; ce fut un endroit riche. C’est ce que confirme une ferme magnifique; édifiée au pied de la montagne. L’entrée de la ferme est majestueuse. On pense à un château médiéval japonais. Remarquez la petite porte, à gauche.
DSC_0088 (1)
Une bâtisse haute blanche et rectangulaire; faite de terre battue; c’est le kura 倉 conçu pour résister au feu. On y stockait les récoltes du riz. La taille du kura donne une idée de la prospérité passée de la ferme.
kura
Le corps de ferme est impressionnant. On distingue à gauche un jardin japonais traditionnel, dissimulé derrière de vieux murs de pierres.
Le tout doit avoir 200 à 300 ans. La grande époque. Il n’y a personne. Les habitants doivent être dans leurs champs. Sinon on aurait fait connaissance. On aimerait bien regarder à l’intérieur; voir comment c’est.
DSC_0093 (1)
Il fait de plus en plus sombre; le temps de rentrer à la maison et de vérifier les e-mails.
Sur les petites routes le capharnaüm des campagnes, universel.
DSC_0099 (1)