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Couper des cryptomères

La partie supérieure de notre montagne est recouverte de cryptomères.

Il faudrait couper régulièrement, tous les dix ans, les arbres en mauvaise condition pour laisser aux meilleurs assez d’espace et de lumière pour pouvoir se développer plus encore. On peut dire ‘élever une foret‘. Dans notre montagne on voit, au nombre de souches dans le sol, que le ménage a été fait à un moment autrefois. Puis ça s’est arrêté. Résultat, les arbres ont grandi considérablement mais se gênent mutuellement. Le feuillage de certains est tout a fait déséquilibré.

D’autres avec la neige et les tempêtes se sont tordus et sont devenus des dangers publics!

Bref, nous devons prendre les choses en main. En décembre nous avions identifié les arbres en mauvais état et dressé la liste des arbres à abattre.

Et ce weekend nous sommes passés a l’action.

Avec notre ami S. aux manœuvres.

S. est charpentier de métier.

Pour construire les maisons de ses clients il part lui-même en forêt couper les cryptomères qui deviendront poutres et piliers. Dans toute cette affaire j’observe et j’apprécie le temps que nous passons ensemble tous les deux. C’est vraiment chouette. A l’occasion j’aide pour transporter les outils ou tirer des câbles.

J’avais aussi une petite caméra pour immortaliser cette belle journée et la partager sur youtube.

 

 

 

 

 

Récupe de palettes

Un voisin du village a plusieurs camionnées de vieilles palettes dont il doit se débarrasser.

J’y vais en récupérer le bois.

La joie libératrice de travailler au pied de biche. 

Les palettes étaient utilisées dans l’industrie, sidérurgie principalement, et c’est du costaud. Certaines sont faites de ce bois des tropiques, hors de prix désormais au Japon. Un bois très dur. J’en ai oublié le nom comique.

Je vais essayer de faire une table de jardin. Et pourquoi pas des fauteuils de jardin aussi !

recupe de palettes

 

 

Le banc en marronnier

Dans la ville voisine à 10km se tient une fois par an le marché du bois. Où des professionels se délestent de stocks de bois. Des choses devenues invendables. Par exemple des planches de bois qui lors du séchage se sont fendues et ont perdu de leur valeur etc …

banc marronnier 4

Nous avons trouvé ces trois belles planches de marronnier. Chacune pour mille yens soit huit Zeuros. En bout de chaine, à Tokyo, une telle planche, sans défaut, doit se négocier pour trente à cinquante fois plus.

Anyway, d’une de ces planches j’ai fait un joli banc.

banc marronnier 1

Pour travailler de grosses pièces comme ça rien de vaut de travailler dehors par terre.

banc marronnier 2

Faut couper droit, sinon c’est raté. 

 

banc marronnier 3

Nous avons mis le banc dans la salle à manger, remplaçant deux chaises et je me dis que j’aime beaucoup mieux être sur un banc que sur une chaise. Etre assis sur un banc laisse beaucoup plus d’options que sur une chaise et c est un peu comme être assis par terre.

Et c’est également une amélioration technologique, car désormais je peux switcher entre ma place à table pour diner et mon pc. Plus besoin de changer de chaise, je peux juste glisser et switcher d’un côté à l’autre en moins de une seconde, c’est pas génial ça !!!!

banc et transition diner pc

 

 

 

 

Le cocktail du week end

Le cocktail pour le week end de Calcifer le poêle à bois, c’est: moitié cerisier, moitié cyprès.

Dans cette brouette, je reconnais chaque arbre.

cocktail pour calcifer

Le cerisier, c’était le cerisier éléphant trouvé dans la montagne l’année dernière. Le cyprès provient d’un jardin à 20 km d’ici.

Lorsque je vivais à Paris en 2001 par exemple, le cocktail était très différent: un peu de Chinon, un peu de Nogent … le tout avec de l’uranium extrait du Niger ou du Kazakhstan …

Je préfère me chauffer au bois.

Réflexions sur le tondo

Donc, lundi prochain a lieu le tondo dans le village. Un grand bûcher. Comme chaque début d’année.

Le promeneur remarquera que tout le monde en ce moment veille à tailler les arbres et arbustes des jardins, car lundi ce sont les branches coupées qui alimenteront le bûcher.

Le bûcher va purifier le village, en consummant les branches coupées, mais aussi en consumant les amulettes sacrées, qui doivent être remplacées chaque année.

Autre chose à noter. Dans chaque maison les gens ont le kagami mochi, deux gâteaux de riz superposés qui sont la décoration traditionnelle du nouvel an.

Le jour du tondo, chacun récupérera des braises du bûcher pour faire des barbecues mais aussi pour cuire les kagami mochis et les manger.

C’est intéressant de voir comment tout s’emboite et forme un ensemble très cohérent. On voit là la clairvoyance des anciens qui s’est transmise jusqu’aujourd’hui à travers ces belles traditions.

C’est merveilleux n’est-ce-pas ?

préparations pour le tondo

préparations pour le tondo

 

Des responsabilités importantes

Nous faisons les motchis avec des amis. Les motchis c’est une sorte de gâteau de riz gluant.

Nous nous sommes rassemblés dans la base secrète de notre ami charpentier; au milieu des bois. On est loin des bruits silencieux du village, on est en plein dans la nature.

Nous sommes une petite quinzaine, l’ami charpentier et son épouse, un jeune couple et leurs deux enfants, venus de Kobé, un couple âgé et la famille de leur fille.

Il y a aussi chacha le chien.

Faire des motchis, on appelle ça le motchi tsuki, c’est une tradition riche de sens, et une véritable industrie.

Il y a en effet une foule de choses à faire pour suivre le processus de fabrication complet. Il faut être efficace car il faut que ça tourne, que le motchi débite.

Sitôt arrivé on m’assigne la responsabilité du feu. Je m’assieds devant trois petits foyers. A ma droite un gros tas de bois. Chêne et chataigner.

mochi tsuki

Ma mission, faire en sorte que les trois foyers soient à pleine capacité à tout instant. Deux foyers à droite sur la photo, sous de grosses marmites, font bouillir de l’eau. Le troisième à gauche produit la vapeur qui cuit le riz gluant, dans les casseroles.

Je me dis, moi, l’immigré du village, on me fait bien confiance en me donnant une telle responsabilité! Je suis tellement intégré, j’en suis désintégré.

De temps en temps le boss vient voir et me donne des conseils. On se tromperait en pensant que s’occuper des trois foyers est une tâche simple et dénuée d’intérêt. D’ailleurs je ne suis pas certain d’être tout à fait à la hauteur.

Sur ce, bonne année à toutes et à tous !

 

Le marronnier de la voisine

Donc, on a coupé le marronnier de la voisine lors du nettoyage collectif de la rivière car il encombrait trop et gênait le débit de l’eau (de la rivière).

Un beau marronnier centenaire.

La voisine était triste et aurait préféré le garder et ne pas le couper. Je sentais qu’elle n’était pas tout à fait d’accord avec la décision du chef du village (par contre son mari était d’accord).

Une fois coupé on a transporté les buches jusqu’à la maison.

Le bois était très frais et ma hache suédoise l’a fendu avec beaucoup de facilité. Une vraie entente entre le bois et l’acier. On sentait vraiment qu’il était encore vivant, le marronnier. Il était frais comme un légume que l’on vient de retirer de la terre du jardin. Maintenant le marronnier est saucissonné et rangé dans mon abri bois. Où il va pouvoir sécher tranquillement.

En le fendant j’ai pu observer tous les différents insectes qui y vivaient. C’était impressionnant.

Dans une branche pourrie j’ai vu quelques termites. Cette branche je vais l’apporter au tondo, le grand bûcher annuel du village. Pas besoin de garder ça à côté de la maison trop longtemps.

J’ai trouvé aussi une colonie de fourmis. Les fourmis étaient assez grosses, un centimètre. Et d’une magnifique couleur caramel.

Dans d’autres branches il y avait une autre colonie de fourmis qui elles étaient minuscules, de l’ordre du millimètre.

Dans le bois de marronnier ici on trouve invariablement les galeries creusées par un kamikirimushi. (capricorne). On pourrait y enfoncer le petit doigt. On trouve aussi des larves de capricorne. Je sais que certains ici au Japon les passent à la poêle avec un peu de beurre, ça un goût de noisette dit-on !

Ce beau marronnier était un écosystème à lui tout seul.

La voisine disait que ce marronnier avait été planté par le grand père; elle était vraiment attachée à cet arbre. Malgré son âge avancé elle continuait à descendre dans la rivière pour y récolter ses marrons, malgré la descente acrobatique et hasardeuse le long du mur de pierres, et les gros galets glissants.

En fendant a la hache une partie du tronc j’ai gardé une petite planche. Je l’ai passée au rabot et à la ponceuse. Je vais la donner à la voisine comme souvenir de ce bel arbre.

 

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Bricolage: remake de l’établi

L’établi dans l’atelier, je l’avais fait il y a trois ans bientôt et ça n’était pas vraiment une réussite. Je l’avais fait s’appuyant d’un côté sur un usu, un vieux mortier en bois, assez énorme, et l’idée était mauvaise dès le départ. Enfin bon…  il y a trois ans nous arrivions juste dans le village, je n’avais jamais bricolé de ma vie et j’avais des idées zarrebis comme ça !

J’ai donc tout démoli pour repartir de zéro.

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Et assemblé deux paires de pieds. Des poutres de cryptomère de 9 centimètre de côté, que l’on trouve partout chez les monsieur bricolage du coin.

Voila mes premiers vrais essais de tenons et mortaises. Il est toujours bon de s’essayer à quelque chose de nouveau. Quatre mortaises, et à partir de la troisième déjà je me débrouillais un peu mieux. C’est toujours étonnant de voir comment les mains peuvent apprendre vite. (plus vite que le cerveau on a l’impression).

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Les deux énormes planches sont du pin, et proviennent de la maison d’un voisin, démolie il y a trois ans. Ce sont d’anciennes poutres. Elles sont super épaisses. Centenaires sans doute. C’est du solide. Je fixe les poutres directement sur les deux paires de pieds avec des boulons.

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Le plus délicat c’était les mortaises et les tenons et je suis content d’avoir pu m’y essayer. Sachant qu’au prochain projet de bricolage je ferai un meilleur job.

Maintenant je vais ajouter des trucs, des petits systèmes pour pouvoir bloquer ou fixer les pièces de bois sur lesquelles travailler a l’etabli. A suivre !

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Travaux collectifs: le nettoyage de la rivière

Une fois l’an, un dimanche après midi en décembre, tous les habitants du village se regroupent pour le nettoyage de la rivière. (voir aussi l’article écrit en 2012 sur le même sujet !)

Ici dans cette région du Japon les précipitations peuvent être soudaines et très importantes. Il y a aussi les typhons. Il est crucial que la rivière soit propre et qu’aucun obstacle ne vienne à freiner son débit. Sinon, il pourrait y avoir des désastres, comme  des débordements, des inondations avec des maisons emportées par les flots déchainés ou encore l’effondrement de berges ou de ponts.

Le nettoyage de la rivière, c’est un événement important. Ca n’est pas unique; au Japon c’est très répandu je crois. Qu’en est-il dans les campagnes de France et d’ailleurs ?

En tout cas on peut apprécier de voir la petite communauté prendre le sort de sa rivière en main et unir ainsi ses forces cet après midi d’hiver, sans utiliser les resources ou les services de la municipalité, de la région ou de l’état. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Tous les hommes se regroupent. On est en habits de travail. Tout le monde porte à sa ceinture une serpe kama 鎌, ou bien une hachette nata 鉈, ou encore une scie noko 鋸.

Le chef du village aura décidé des petits groupes qui vont se répartir le travail à différents endroits le long de la rivière. Puis on va couper les bambous ou encore retirer les poubelles ou les branches de bois mort qui encombrent le lit de la rivière. Tout le monde est très bien organisé. Il y a ceux qui descendent dans la rivière pour couper et tronçonner, il y a ceux armés de leur petits camions keitora dans lesquels ils vont charger toutes les coupes pour les emmener ailleurs, là où on ira faire le tondo plus tard en janvier.

Cette année notre équipe était chargée de couper et débiter un vieux marronnier dont le tronc courbe venait freiner le débit de la rivière pendant les grandes pluies. Je suis triste de voir couper ce bel arbre. Je voulais nettoyer la rivière, pas vraiment voir couper d’arbres. Mais bon, cet arbre, un typhon aurait pu l’arracher, et il aurait pu alors se ficher sous un pont et qui sait alors si le pont aurait pu résister à la puissance décuplée de l’eau. Le malheureux marronnier, finira d’ailleurs dans notre tas de bois pour être jeté dans le ventre de calcifer.

Après deux bonnes heures de travail on se retrouve tous au foyer du village, les hommes s’asseyent d’un côté et les femmes de l’autre. La bière, le saké, le shochu. Des bouts de cochon, une soupe, une salade de pattes mmm quel régal. Les gens sont de bonne humeur. C’est une petite fête.

Quel bon moment en bonne société!

kawa souji 1

kawa souji 3 kawa souji 2

 

Mikados géants dans la montagne

Notre petite montagne est constituée de 3 terrasses qui se succèdent. Depuis L’année dernière je me suis focalisé sur la première terrasse, et c’est la que je suis en train de planter des arbres.

Plus haut il y a deux autres terrasses. La seconde, au milieu, est assez clean, et est occupée de cryptomères et de théiers.

La troisième terrasse est la plus grande, et est en partie obstruée par des cryptomères écroules il y a dix ans. Après le passage d’un typhon.

Ces cryptomères sont tombés les uns sur les autres et ils forment un réseau de mikados géants.

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Avec ma tronçonneuse je m’avance donc dans ce tas de mikados, et je commence à déblayer. Il faut couper les troncs d’arbres en sections de 1.5 à 2 mètres. Pour pouvoir ensuite les déplacer et les ranger. Il n’y a pas de route d’accès, donc je fais tout a la pogne, sans engins.

Comme dans le jeu mikado, il faut réfléchir avant de mettre en route la tronçonneuse, et imaginer comment les troncs d’arbres vont réagir à notre intrusion. Certains vont se mettre à glisser le long des pentes, et dans ce cas la, faut pas se trouver sur le passage. D’autres, poussés par le poids d’autres arbres vont ployer ou se relever, et il faut veiller alors à ne pas y bloquer la tronçonneuse dans le bois qui pourrait se resserrer sur elle.

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Au bout de deux heures de travail, le réservoir de la tronçonneuse est vide. Moi aussi. Je commence à fatiguer et c’est à ces moments la que l’on commence à faire des erreurs, qui éventuellement peuvent conduire à une blessure.

Les forestiers, les pros, qui travaillent ainsi dans la forêt, savent gérer leur force en prenant des pauses régulièrement et savent faire la sieste dans les montagnes. Ils sont très forts, de pouvoir travailler ainsi toutes les journées.

Mais ceci dit travailler ainsi dans la montagne donne une pêche incroyable. Je pense que c’est le silence, la tranquillité, le contact avec la terre, le bois et les plantes. On respire au rythme de la nature et il y a comme une communion. D’autant que ce travail, ça n’est pas pour gagner de l’argent ou exploiter quelque chose, c’est pour rendre la montagne encore plus belle.