Tagué: village japonais

Les beaux légumes

Une caméra sur le camion (pas GoPro)

Une caméra embarquée sur le camion …. mais ça n’est pas une gopro. … La caméra est fixée à une coupe à fond magnétique (pour garder des vis et des choses comme ça), simplement posée sur le camion. Le câble blanc c’est pour éviter que le tout tombe sur la route.

caméra embarquée
caméra embarquée

Je m’amuse à filmer la vallée où nous habitons.

Sur le chemin forestier, au début, on voit combien on est secoué dans le petit camion keitora !

Ca peut vous donner une bonne idée de notre environnement et du village….

Cadeau d’un voisin

On est toujours touché par les cadeaux que nous font les habitants du village. Ils passent et déposent des légumes, devant l’entrée de la maison. Certains entrent même chez nous pour poser les cadeaux directement dans le doma.

Cette fois-ci nous sommes surpris un beau matin de découvrir des bûches posées dans notre jardin.

Plus tard dans la journée on comprendra que Monsieur Y a touché un bon stock de bois de chauffage et qu’il nous a offert ces belles bûches.

 

 bois cadeau voisin


bois cadeau voisin

S’installer dans un village au Japon

On a un peu parlé du rôle du rinpochou dans un article précédant, et comment les liens entre les habitants d’un village au Japon sont forts et basés sur la confiance mutuelle.

Comment se passe l’installation d’un nouveau dans un village au Japon ? Voici quelques anecdotes.

Pour nous, l’installation dans le village a été des plus simples. Avant notre installation nous sommes allés nous présenter au chef du village le jichikaichou. Il n’y a eu sinon aucune formalité particulière.

Un beau souvenir, c’était peu après que nous ayons acheté la maison, il y avait la fête du Obon avec tous les villageois et leurs familles assemblés dans la salle des fêtes.  La les gens nous ont demandé de monter sur l’estrade nous ont tendu un micro et nous ont demandé de nous présenter à tout le monde. Tout dans la bonne humeur.

Cela varie donc beaucoup d’un village à l’autre, mais parfois s’installer dans un village au Japon peut être beaucoup plus compliqué:

Un ami (Japonais) a il y a 10 ans voulu acheter un terrain dans un village dans une région montagneuse, pour y construire une petite villa. Mais avant de pouvoir acheter le terrain il a dû présenter, devant l’assemblée du village, la nature de son projet et en expliquer tous les détails ainsi que son curriculum. Ensuite les villageois ont procédé à un vote. Finalement notre ami a été autorisé à acheter dans le village … Il avait obtenu l’autorisation … à une voix près.

Il faut aussi savoir que certaines communautés imposent de payer une somme d’argent à toute nouvelle personne désirant s’y installer. On appelle ça le nyuusonryou にゅうそんりょう 入村料. Frais d’entrée dans le village. Il y a plusieurs explications.

Dans certains cas le frais d’entrée est censé compenser les investissements réalisés par les villageois dans le passé, comme la pause des canalisations d’eau etc ..; on veut faire participer le nouveau venu.

Dans certains villages, le frais d’entrée est utilisé comme un levier pour dissuader les gens pas trop sérieux. Le frais d’entrée est restitué au bout de trois ou cinq ans à condition que le nouveau soit resté dans le village pendant ces années.

Dans d’autres villages où les forêts et les montagnes sont détenues par la communauté, le frais d’entrée accorde le droit de pouvoir utiliser voire exploiter une portion des forêts.

Le frais d’entrée varie de 100 000 à 800 000 Yens, soit environ de 1000 à 8000 Euros, suivant le village.

En tout cas il est clair qu’il ‘y a vraiment pas de règle générale, les conditions pour pouvoir s’installer dans un village au Japon sont tout à fait différentes d’un village à l’autre, même dans la même région. Avec le vieillissement de la population et le dépeuplement annoncé des campagnes on aurait pu penser que les choses avaient changé. Ca n’est pas encore le cas.

« Rinpochou » ou chef de quartier de village

Bon, depuis, les singes sont partis.

Parlons un peu de l’organisation des villages japonais.

Le village est organisé en sous districts géographiques qui comptent jusqu’à quarante, cinquante foyers.  On appelle le chef de district jichikaichou. 自治会長

Plus bas dans la hiérarchie, c’est le rinpo. 隣保 Notre rinpou compte quatorze foyers. Peut-être qu’on traduirait ça comme chef de quartier. Chaque année un chef de rinpo est désigné et on l’appelle le rinpochou. Cette année c’était notre tour. C’est d’avril à mars donc nous avons bientôt fini.

La fonction du rinpochou n’est en rien honorifique. Plusieurs tâches incombent en effet au rinpochou. Mais les détails varient d’un rinpo à l’autre et l’explication qui suit ne s’applique donc pas à tous les rinpos du Japon. Mais c’est pour vous donner une idée.

Collecte mensuelle d’argent. On va visiter chaque foyer pour collecter les contributions mensuelles à différents budgets.

Le budget du jichikai qui finance les activités de celui-ci. celà paie les frais de fonctionnement et alimente un fond pour financer des travaux ou des réparations dans le village.

Le budget du hanami. Chacun cotise 300 Yens par mois soit 3 Euros, pour la réunion annuelle du village sous les cerisiers en fleurs. Grande fête largement arrosée.

Le budget de voyage, pour ceux qui le souhaitent, c’est une cotisation mensuelle pour financer un voyage que les habitants du rinpo feront ensemble; une fois tous les cinq ans.

Le budget de la soirée annuelle. Pour ceux qui le souhaitent encore, pour un grand diner, une fois par an, dans une auberge de la région.

Ensuite, il y a distribution de certains courriers,

la lettre mensuelle de la municipalité,

la lettre mensuelle de l’école (oui, l’école fait une lettre mensuelle, préfacée par le directeur de l’école et composée d’articles écrits par les élèves, et cette lettre est distribuée à TOUS les habitants du village). On voit vraiment l’inclusion de l’école et des enfants dans la vie du village.

Il y a aussi les magasines mensuels des différents organismes agricoles.

Le rinpochou est aussi un relais d’information.

Dans le cas d’un décès dans un autre rinpo du village; le rinpochou est tenu d’informer tous les foyers de son groupe.

Si il y a décès dans le rinpo même alors le rinpochou est investi de la mission importante de représenter les habitants du rinpo aux obsèques. Il s’agit d’accueillir tous les visiteurs lors des cérémonies et de recevoir, compter; garder les centaines d’enveloppes apportées par les visiteurs. Chaque enveloppe contient de l’argent liquide et le rinpocho sera seul à garder ce précieux magot lorsque tout le monde sera parti; pendant la crémation du défunt, pour le remettre ensuite officiellement à la famille endeuillée, en mains propres.

Cette année alors que nous étions rinpochou il y a eu un décès dans notre rinpo et nous avons en effet tenu ce rôle.

On voit donc que le rôle de rinpochou est important, et qu’il faut l’accomplir sérieusement si l’on veut préserver la confiance de ses voisins.

Voilà aussi ce qui peut expliquer qu’il peut être difficile de s’établir dans un village au Japon. Car lors des moments difficiles comme lors d’obsèques, tous les habitants doivent pouvoir se faire entièrement confiance et compter sur les autres. On peut donc comprendre qu’il puisse y avoir une méfiance ou des réserves envers un inconnu qui viendrait s’installer.

Le rinpo, c’est comme un grande famille. Avec beaucoup d’occasions de rire et de passer des moments agréables, mais aussi éventuellement lors d’évènements graves et importants.

Cette année aussi, Tondo

Cette année aussi on a fait le Tondo avec les habitants du village.

C’est un grand bûcher, organisé 10 jours après le nouvel an. On assemble du bois ramassé par ci par là et du bambou.

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On y met le feu. L’idée, en ce début d’année; c’est que s’exposer au bûcher, à sa fumée, à sa chaleur; garantit d’être en bonne santé pour l’année.

On jette aussi au feu les amulettes et les décorations utilisées pour le nouvel an.

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Ensuite avec les braises chacun va fait cuire le mochi qui décorait la maison pendant le nouvel an. Kagami Mochi.

鏡餅 かがみもち kagamimochi      ‘mochi du miroir’ pâte de riz gluant utilisée comme décoration pour le nouvel an.

Au village certains en profitent pour faire un barbecue, c’est ce que nous avons fait.

L’occasion de passer un peu de temps ensemble.

L’ambiance est bon enfant. Tous ensemble nous nous sentons en confiance et en sécurité.

Bien sûr l’alcool est là. Il n’y a pas de fête sans alcool.

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T. nous raconte comment, adolescent, il a vécu pendant la guerre. Il était fan d’aviation  et a failli s’engager pour rejoindre les escadrons de kamikazes. Il explique qu’il est bien content, aujourd’hui, de ne pas l’avoir fait.

特攻隊 とっこうたい  kamikaze

H. lui nous raconte que après l’annonce de la capitulation du Japon en 45, avec le célèbre message lu par l’Empereur à la radio, il avait couru informer des soldats qui étaient au sommet d’une montagne à Kobe, et les soldats n’avaient pas voulu le croire.

T. raconte aussi comment autrefois, l’été; on priait pour faire venir les pluies. Les villageois allaient au sommet de la plus haute montagne. Il y faisaient un énorme bûcher et jouaient du tambour toute la journée.

Ma femme lui demande si cela avait quelque effet, et T. répond qu’en effet il pleuvait à chaque fois.

雨乞い あまごい amagoi   prière pour la pluie

和太鼓 わだいこ wadaiko   tambour japonais

T. ne voit pas beaucoup d’étrangers. Je suis peut-être le seul Européen qu’il ait rencontré, et il a plus de 80 ans. Quand on lui demande quel âge il me donnerait … il hésite un peu et dit ‘mmm entre 30 et 60 ans‘ ça laisse de la marge …

Un autre voisin arrive et se joint à nous, fortement éméché. Il nous raconte que sa famille est venue vivre dans le village après la guerre d’Ounin, en 1467. Après celà il s’éloigne un peu pour faire pipi, mais au lieu d’aller vers la montagne pour se dissimuler, il est déjà un peu trop bourré pour ce rendre compte, et va vers des maisons et fait pipi juste devant la route. Je rigole bien et un autre voisin fait la remarque que de toute façon il n’y a pas grand chose à voir.

応仁の乱 おうにんのらん ounin no ran      la guerre d’Ounin

D’autres font allusion aux attaques terroristes qui ont frappé Paris et décimé l’équipe de Charlie Hebdo et pris la vie de nombreux autres innocents.

Le tondo et ces moments que nous passons en paix avec les voisins (ces voisins d’ailleurs pour lesquels je suis un étranger; né en France et arrivé tout d’un coup avec ma femme et mon fils sans aucun rapport avec eux… ni avec leur terre) … eh bien nous buvons et parlons ensemble. Nous nous acceptons les uns les autres avec nos différences de race ou d’âge. Cela ne veut pas dire que nous nous aimons les uns les autres pour autant, mais nous nous acceptons et pouvons discuter librement de choses et d’autres. Et en cas de coup dur nous nous aiderons mutuellement.

C’est ça; la culture, la civilisation.

Ce sont ces mêmes culture et civilisation que les terroristes souhaitent détruire et remplacer par le néant.

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Une Pause et Echanges

Je prends une pause au travail, 30 petites minutes pour suer un peu et fendre de grosses bûches. En sortant de la maison j’aperçois le voisin affairé au fond de son jardin. Il est assez loin, je pousse la voix pour lui souhaiter une excellente année 2015. Ca donne la pêche de donner la voix. Faut pas se gêner et c’est pour la bonne cause des relations de voisinage.

Je commence à fendre des bûches de chêne, le même voisin arrive avec deux magnifiques yamaimo.

Vocabulaire やまいも 山芋

Dioscorea japonica (non, pas diahrrea japonica). Une sorte d’igname ?

yamaimo

yamaimo

Cette plante est courante au Japon, Corée, Chine et dans une partie de l’Inde.

On discute bien, on parle outils. Hache, tronçonneuse. Nous n’avions pas conversé ainsi depuis longtemps. Je parle de mes petits projets dans la montagne; qu’il connait très bien pour y avoir joué lorsqu’il était enfant.

C’est une personne sensible et intelligente.

Le voisin part; mais revient avec son camion quelques instants plus tard. Il m’offre une hache et un tobi. Ces deux outils ont appartenu à son père qui travaillait dans les bois. Quelle touchante intention. Je ne sais comment le remercier, vraiment, et la seule chose qui me vient à l’esprit est de lui donner un beau morceau de fromage de Hollande.

La hache est superbe. Lourde et longue elle conviendra à fendre les bûches. Elle porte bien les marques de mayoké sur la tête de la hache.

Vocabulaire mayoke まよけ 魔除け

amulette ou protection contre les esprits. Sur la tête de la hache la marque caractéristique demande la protection des dieux de la forêt et l’autorisation de couper des arbres et d’en prendre le bois.

Le tobi ressemble à un pic. Je n’ai jamais utilisé cet outil.

Tobi est l’abréviation de Tobiguchi, 鳶口 qui signifie le bec du milan noir. Cet outil ressemble en effet au bec du rapace. On le plante dans un tronc d’arbre pour le tirer et le descendre de la montagne.

Peut-être même l’outil lui-même a-t-il été conçu en observant et imitant le bec du rapace.

Vocabulaire tobi ou tobi guchi とびぐち 鳶口

hache et tobi

hache et tobi

La pensée du jour

Aujourd’hui, dans un mail, F. résume très justement la situation du monde actuel.

« Quand je vois l’état du monde je me dis il faudrait que toutes ces grosses boîtes aillent se faire foutre – ce système où une partie de l’humanité chercher à consommer le plus possible au plus bas coût possible ruine toute la sagesse acquise au cours de millénaires. »

F. a entièrement raison. Je le suis à fond.

Les grosses boites, aucun intérêt. Il faut se tourner vers le vivant, la nature, l’animal, le minéral, la culture.

Et les montagnes elles aussi nous disent la vérité. Et ma tronçonneuse aussi.

découpe des troncs effondrés et éclaircissement

découpe des troncs effondrés et éclaircissement

vue de la terrasse

vue de la terrasse

vue panoramique de la terrasse:

vue panoramique de la terrasse:

découpe des troncs effondrés et éclaircissement

découpe des troncs effondrés et éclaircissement

 

Voyage

Nous partons à 30 kilomètres du village; vers l’ouest. La région est un peu plus sauvage et préservée. Les autoroutes et les grandes surfaces sont loins.

Ca n’est pas l’Amérique avec les paysages gigantesques qui emplissent l’horizon. Au Japon, tout reste compact, les petits villages avec les maisons recroquevillées les unes les autres et les montagnes qui cachent le ciel.
Le Japon a horreur du vide, et lorsqu’il n’y a rien, la végétation prend le relais et déploie ses verts..
 Partout plein de choses à regarder jusque dans les moindre détails.
Les villages que nous traversons vivent essentiellement de l’agriculture. Beaucoup de personnes âgées. Je ne vois qu’un enfant. Le vieillissement de la population est palpable; et beaucoup plus accentué ici. Dans vingt ans les centenaires auront cent vingt ans et les villages seront vides.
Ces paysages simples et riches, je ne sais pas si le touriste, occupe a decouvrir les merveilles de Kyoto et la vie sans fin de Tokyo, a l’occasion de les visiter.
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Les nouveaux voisins

Un jeune couple va s’installer dans le village. Ils ont fait construire une jolie maison.

Avec leur fille de 2 ans, la moyenne d’âge va baisser !
C’est un heureux événement. Désormais notre fils de 9 ans ne sera plus le seul enfant du hameau. Le taux de natalité et la corruption endémique sont les grands maux dont souffre le Japon.
Le jeune couple n’a pas fait de mune-age lors de la construction de leur maison. Nous avions eu l’occasion d’assister à un mune-age l’année dernière, lors de la construction de la maison de monsieur S.
La maison du jeune couple a été terminée hier. Le soir, ils passent de maison en maison et se présentent à tous les habitants.
Ils offrent à chacun un plat de riz gluant, cuit avec des haricots rouges.
Le riz lors de la cuisson prend la couleur des haricots, d’où le nom du plat; ‘riz rouge’: お赤飯 (おせきはん o seki han
La couleur rouge est symbôle de bonheur, et donne à ce plat une signification particulière.
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