S’installer dans un village au Japon

On a un peu parlé du rôle du rinpochou dans un article précédant, et comment les liens entre les habitants d’un village au Japon sont forts et basés sur la confiance mutuelle.

Comment se passe l’installation d’un nouveau dans un village au Japon ? Voici quelques anecdotes.

Pour nous, l’installation dans le village a été des plus simples. Avant notre installation nous sommes allés nous présenter au chef du village le jichikaichou. Il n’y a eu sinon aucune formalité particulière.

Un beau souvenir, c’était peu après que nous ayons acheté la maison, il y avait la fête du Obon avec tous les villageois et leurs familles assemblés dans la salle des fêtes.  La les gens nous ont demandé de monter sur l’estrade nous ont tendu un micro et nous ont demandé de nous présenter à tout le monde. Tout dans la bonne humeur.

Cela varie donc beaucoup d’un village à l’autre, mais parfois s’installer dans un village au Japon peut être beaucoup plus compliqué:

Un ami (Japonais) a il y a 10 ans voulu acheter un terrain dans un village dans une région montagneuse, pour y construire une petite villa. Mais avant de pouvoir acheter le terrain il a dû présenter, devant l’assemblée du village, la nature de son projet et en expliquer tous les détails ainsi que son curriculum. Ensuite les villageois ont procédé à un vote. Finalement notre ami a été autorisé à acheter dans le village … Il avait obtenu l’autorisation … à une voix près.

Il faut aussi savoir que certaines communautés imposent de payer une somme d’argent à toute nouvelle personne désirant s’y installer. On appelle ça le nyuusonryou にゅうそんりょう 入村料. Frais d’entrée dans le village. Il y a plusieurs explications.

Dans certains cas le frais d’entrée est censé compenser les investissements réalisés par les villageois dans le passé, comme la pause des canalisations d’eau etc ..; on veut faire participer le nouveau venu.

Dans certains villages, le frais d’entrée est utilisé comme un levier pour dissuader les gens pas trop sérieux. Le frais d’entrée est restitué au bout de trois ou cinq ans à condition que le nouveau soit resté dans le village pendant ces années.

Dans d’autres villages où les forêts et les montagnes sont détenues par la communauté, le frais d’entrée accorde le droit de pouvoir utiliser voire exploiter une portion des forêts.

Le frais d’entrée varie de 100 000 à 800 000 Yens, soit environ de 1000 à 8000 Euros, suivant le village.

En tout cas il est clair qu’il ‘y a vraiment pas de règle générale, les conditions pour pouvoir s’installer dans un village au Japon sont tout à fait différentes d’un village à l’autre, même dans la même région. Avec le vieillissement de la population et le dépeuplement annoncé des campagnes on aurait pu penser que les choses avaient changé. Ca n’est pas encore le cas.

Bande Dessinée « Tout Ira Bien »: Version Anglaise

Des nouvelles de la bande dessinée « Tout Ira Bien »: Je viens de publier la dernière page de la traduction anglaise. Disponible ici:

Hi there, just an update to say that the English version of my webcomic « Everything Will be Fine » is now fully published on the site below:

https://wakametamago.wordpress.com/

everythin will be fine title

everythin will be fine title

Printemps et oiseaux

Cette semaine la température ne descendra pas en dessous de zéro. Je crois que c’est le printemps. Pour la première fois depuis longtemps nous ne faisons pas de feu et Calcifer le poêle à bois se repose tranquillement. Dehors dans le jardin on sent les rayons du soleil et la chaleur qu’ils transportent. Les oiseaux sont bavards et font leur business. La même idée me reprend, d’enregistrer les chants des oiseaux…. Comme l’année dernière à la même période de l’année ! Ecoutez le beau chant de la bouscarle chanteuse. Uguisu en Japonais うぐいす 鶯    vers 3:04, 3:12, 3:22, 3:32.

« Rinpochou » ou chef de quartier de village

Bon, depuis, les singes sont partis.

Parlons un peu de l’organisation des villages japonais.

Le village est organisé en sous districts géographiques qui comptent jusqu’à quarante, cinquante foyers.  On appelle le chef de district jichikaichou. 自治会長

Plus bas dans la hiérarchie, c’est le rinpo. 隣保 Notre rinpou compte quatorze foyers. Peut-être qu’on traduirait ça comme chef de quartier. Chaque année un chef de rinpo est désigné et on l’appelle le rinpochou. Cette année c’était notre tour. C’est d’avril à mars donc nous avons bientôt fini.

La fonction du rinpochou n’est en rien honorifique. Plusieurs tâches incombent en effet au rinpochou. Mais les détails varient d’un rinpo à l’autre et l’explication qui suit ne s’applique donc pas à tous les rinpos du Japon. Mais c’est pour vous donner une idée.

Collecte mensuelle d’argent. On va visiter chaque foyer pour collecter les contributions mensuelles à différents budgets.

Le budget du jichikai qui finance les activités de celui-ci. celà paie les frais de fonctionnement et alimente un fond pour financer des travaux ou des réparations dans le village.

Le budget du hanami. Chacun cotise 300 Yens par mois soit 3 Euros, pour la réunion annuelle du village sous les cerisiers en fleurs. Grande fête largement arrosée.

Le budget de voyage, pour ceux qui le souhaitent, c’est une cotisation mensuelle pour financer un voyage que les habitants du rinpo feront ensemble; une fois tous les cinq ans.

Le budget de la soirée annuelle. Pour ceux qui le souhaitent encore, pour un grand diner, une fois par an, dans une auberge de la région.

Ensuite, il y a distribution de certains courriers,

la lettre mensuelle de la municipalité,

la lettre mensuelle de l’école (oui, l’école fait une lettre mensuelle, préfacée par le directeur de l’école et composée d’articles écrits par les élèves, et cette lettre est distribuée à TOUS les habitants du village). On voit vraiment l’inclusion de l’école et des enfants dans la vie du village.

Il y a aussi les magasines mensuels des différents organismes agricoles.

Le rinpochou est aussi un relais d’information.

Dans le cas d’un décès dans un autre rinpo du village; le rinpochou est tenu d’informer tous les foyers de son groupe.

Si il y a décès dans le rinpo même alors le rinpochou est investi de la mission importante de représenter les habitants du rinpo aux obsèques. Il s’agit d’accueillir tous les visiteurs lors des cérémonies et de recevoir, compter; garder les centaines d’enveloppes apportées par les visiteurs. Chaque enveloppe contient de l’argent liquide et le rinpocho sera seul à garder ce précieux magot lorsque tout le monde sera parti; pendant la crémation du défunt, pour le remettre ensuite officiellement à la famille endeuillée, en mains propres.

Cette année alors que nous étions rinpochou il y a eu un décès dans notre rinpo et nous avons en effet tenu ce rôle.

On voit donc que le rôle de rinpochou est important, et qu’il faut l’accomplir sérieusement si l’on veut préserver la confiance de ses voisins.

Voilà aussi ce qui peut expliquer qu’il peut être difficile de s’établir dans un village au Japon. Car lors des moments difficiles comme lors d’obsèques, tous les habitants doivent pouvoir se faire entièrement confiance et compter sur les autres. On peut donc comprendre qu’il puisse y avoir une méfiance ou des réserves envers un inconnu qui viendrait s’installer.

Le rinpo, c’est comme un grande famille. Avec beaucoup d’occasions de rire et de passer des moments agréables, mais aussi éventuellement lors d’évènements graves et importants.

Trouvez le macaque

En Septembre une personne qui vit dans un autre coin de la vallée avait signalé la présence d’une famille de singes macaques.

Pas sûr s’il qu’agisse des mêmes primates, mais toujours est-il que nous avons aperçu des macaques dans le hameau la semaine dernière à plusieurs reprises. Pas sûr non plus s’il s’agisse d’un macaque solitaire ou d’une famille.

Nous les avons aperçus en face de la maison: la photo ci-dessus laisse deviner la silhouette d’un macaque dans un arbre.

Des singes avaient été signalés dans le village il y a plusieurs années, leur apparition est donc rare.

Une farouche voisine a posé un piège dans son jardin avec l’espoir d’en choper un mais elle m’a ensuite montré comment les habiles bêtes parviennent à dévorer les appâts sans déclencher aucun mécanisme.

Une autre voisine a laissé dans son champ des pommes de terre qu’elle s’apprêtait à planter pour les retrouver, une heure plus tard, délicatement vidées de leur chair.

Les voisins nous mettent en garde car malins comme ils sont les singes ouvrent les portes et fenêtres des maisons et s’y introduisent sans vergogne.

Ils savent que des victuailles se cachent derrière les portes des frigos qu’ils ouvrent avec dextérité et malice.

Une autre histoire est plus mystérieuse: un voisin dit qu’il faut faire attention aux nourrissons, car les singes emporteraient avec eux (?) jusque dans les forêts les bébés des hommes. Peut-être est-ce plutôt une légende.

Bon allez, devinette: trouvez le macaque sur la photo ci-dessous.

macaque

macaque

Réponse ….

macaque

macaque

Un crâne de chevreuil et rêveries

Ce matin je vais faire un petit tour, histoire de faire une pause dans mon travail sur ordinateur. Je marche au pied de notre petite montagne … aperçois une forme blanche.

crane chevreuil 1

Après vérification en effet c’est bel et bien le crâne d’un chevreuil. C’est juste au bord de la route, mais dissimulé dans la végétation.

Il est très beau et serait un magnifique ajout au pare-choc de notre camion.

crane chevreuil 11

Quelques réflexions s’invitent. Attention, ça va délirer sec.

Ces os blanchis par la pluie et le temps sont l’empreinte minéralisée des animaux sauvages. Ils vivent autour de nous dans le même espace, mais pas dans les mêmes zones horaires. Je suis diurne. mais les chevreuils sont plutot actifs la nuit. C’est au crépuscule qu’ils s’approchent du village et pénètrent les potagers, alors que tout le village est devant sa TV, son ordinateur ou sa playstation. On peut donc penser à des mondes parallèles qui se superposent, et rarement se croisent.

Les ossements sont une sorte d’empreinte permanente qui est indépendante du temps. C’est comme si l’animal, une fois mort, devenait visible dans notre monde à nous (dans notre zone horarire).

Une autre réflexion, c’est que je ne trouve presque jamais de squelettes entiers. Par quels phénomenes les os disparaissent et se séparent les uns des autres. Il y a-t-il une force magique en action ?

Troisième réflexion, c’est que si j’avais une tonne de temps, si j’étais au chômage, je prendrais la peine de ramasser tous les cadavres d’animaux que nous trouvons souvent aux bords des routes pour leur offrir une sépulture chrétienne digne de ce nom dans la montagne. Je sais que la religion chrétienne est homo-centrique et qu’elle ne s’interesse que très peu à la chose animale. C’est là une grave lacune et j’y remédierais ainsi à ma facon.

Ces sujets sont -au moins pour moi- tout à fait passionnants et si j’en ai la force je les développerai dans un futur projet de bande dessinée. Intitulée Histoires Naturelles.

Un crâne de chevreuil et rêveries

Un crâne de chevreuil et rêveries

Il suffit, Minou, de passer le pont

Ces pierres disposées au travers du cours d’eau sont là pour permettre à Minou de traverser la rivière; lorsqu’elle revient de la montagne.

minou traverse la riviere

minou traverse la riviere

Il suffit, Minou, de passer le pont

C’est tout de suite l’aventure! ….

J’t’emmèn’ visiter la nature! …..

Il suffit de trois petits bonds ….

minou dans la montagne

minou dans la montagne

Faire feu de tout bois

Aujourd’hui, je reviens d’un long business trip et l’heure passée cet après-midi dans la montagne me permet de me ressourcer et d’oublier la fatigue du long et pénible voyage en avion.

C’est incroyable, vraiment, cette énergie que nous donne la nature. Je descends du bois d’arbres coupés le mois dernier et le charge sur le petit camion keitora. C’est le transfert de fatigue. Le travail physique transforme la fatigue du voyage en une fatigue positive et je me sens très bien.

bois sur keitora

bois sur keitora

 

Notez cet arbre recouvert d’épines, karasuzansho.

カラスザンショウ(烏山椒)、Zanthoxylum ailanthoides.

En tout cas, si l’on veut espérer pouvoir s’en sortir, il faut savoir faire feu de tout bois.

Au sujet de bois, ma femme trouve dans la montagne le bois d’un chevreuil. Elle a le don de trouver des os et squelettes. L’année dernière elle avait découvert le crâne d’un chevreuil.

bois de chevreuil

bois de chevreuil

bois de chevreuil

bois de chevreuil

 

Minou dans la montagne (2)

Minou dans la montagne

Cela a commencé il y a quelques semaines, Minou le chat s’est mise à suivre ma femme A., lorsqu’elle sortait de la maison. Minou la suivait jusqu’à de plus en plus loin dans le village, et Minou et ma femme ont pris ainsi l’habitude de se promener ensemble. Je dis bien ensemble car je ne saurais dire si c’est ma femme qui promène Minou ou si c’est Minou qui promène ma femme.

Elles font le tour du hameau qui se repose le long de la rivière.
A. a peu à peu élargi le parcours de la promenade qui est devenue quotidienne, pour inclure la route qui revient vers la maison et passe entre la montagne et la rivière.
Un peu partout Minou s’attarde, elle renifle, inspecte, explore, découvre.
Minou traverse la rivière pour aller dans la montagne

Minou traverse la rivière pour aller dans la montagne

Arrivées sur la route qui longe la montagne… La montagne attire Minou. Les feuilles, la végétation, les odeurs. C’est un nouveau continent à explorer pour Minou. On voit sa curiosité, et son instinct la diriger vers la montagne, là où la nature se déploie dans toute sa splendeur et son fouillis, libre de  l’emprise de l’humain.
A chaque fois on voit Minou s’aventurer un peu plus dans la montagne, et la promenade dans le village est finalement devenue une promenade dans la montagne.
En début d’après-midi, minou vient vers nous, elle nous interroge de son regard intense. Elle miaule. On y va ? Hé je vous attends.
Dans l’intonation, nous comprenons qu’elle souhaite sortir avec nous. Alors nous, ma femme A., mon fils ou moi, nous sortons et allons, de l’autre côté de la route et la rivière, vers notre montagne. Minou nous suit, mais en empruntant ses chemins à elle, les chemins des chats, comme un étroit espace entre la maison de la voisine et un mur atenant, ou encore une canalisation souterraine qui longe la route.
Minou dans la montagne devient tigre de Sibérie

Minou dans la montagne devient tigre de Sibérie

Minou nous rejoint au pied de la montagne. Puis nous montons, par nos chemins a nous. Il y a trois chemins pour arriver à la première terrasse. Minou emprunte ses chemins à elle, ses chemins de chat. On se retrouve en haut sur la terrasse qui est maintenant en grande partie dégagée et d’où l’on a une vue magnifique sur le village et les montagnes, et le ciel.
Minou dans la montagne

Minou dans la montagne

De la, Minou explore, se balade, ou bien trouve un bon endroit pour s’asseoir d’où elle a une vue bien dégagée, et aprécie le paysage. Ou alors elle grimpe aux arbres, et fait ses griffes un peu partout.
minou fait ses griffes dans la montagne

minou fait ses griffes dans la montagne

Pendant ce temps là, nous on fait des trous et on plante des arbres, on dégage de vielles souches. Ou alors on se promène et on regarde les choses autour de nous, tout simplement.
Minou dans la montagne

Minou dans la montagne

minou dans la montagne

minou dans la montagne

Après, on monte plus haut, là où poussent les criptomères, des lieux plus sauvages, dans la forêt sombre, on fait un grand tour. Minou suit les kemonomichi.
獣道 けものみち kemonomichi = les chemins des animaux. ou passages que les chevreuils et les sangliers et autres animaux ont ouvert dans la forêt.
On progresse lentement, et Minou nous suit, dans cette petite jungle où elle est si à l’aise, et l’on dirait comme un petit tigre gris et blanc.
Nous sommes bien reconnaissants à Minou de tout cela, car grâce à elle, nous aprécions tous la montagne et nous nous y rendons quotidiennement. Nous aprécions aussi d’etre avec Minou, nous nous sentons plus proches les uns des autres. Il faut dire aussi que c’est grâce à Minou que ma femme va si souvent dans la montagne et qu’elle apprend à l’apprécier. Sinon …. elle resterait à la maison plongée dans ses books ou son vin rouge.
Une question se pose cependant, jusqu’a quand pourrons nous le faire quotidiennement. Dès le printemps, il y aura de nouveau les sangsues et moultes insectes, et moultes serpents, et je crois que nos visites seront alors beaucoup plus rares.
minou dans la montagne, KEEP OUT !!

minou dans la montagne, KEEP OUT !!