Tagué: vivre au japon
Un beau coin
Ca commence à bien pousser dans le champ et le jardin.
Quelques photos d’un très beau coin que nous avons découvert il y a deux semaines.
C’est un endroit situé à 30 km au nord de notre petite vallée. Il s’agit du sanctuaire shintô Mikata.
御形神社(みかたじんじゃ) – 宍粟市 (mikata-jinja.com)
Ce sanctuaire aurait été établi en 772. Il y a quasi 1250 ans. C’est l’époque de Charlemagne.



A l’entrée du sanctuaire de l’alcool pour se désinfecter les mains. Merci corona


Ce sanctuaire Mikata est très connu dans la région. On comprend vite pourquoi.
Mais ceci dit des coins magnifiques comme ça il y en a un peu partout dans la région. Suffit de s’aventurer un peu.



Plein les yeux!
Comment ça va; chers amis.
Il a plu toute cette journée de samedi, jusqu’au début de l’après midi en vérité.
Le soleil a pointé le bout de son nez vers quatre heures et nous avons décidé d’aller faire un tour et d’aller promener le chien du voisin.
Ca nous en a mis plein les yeux avec une magnifique lumière et ces belles couleurs du printemps!
Il y a des moments comme ça où tout est très beau!
Les chiffres du corona remontent ici même si comme ordre de grandeur le nombre de cas par tête de pipe semble être le vingtième de ce qui est décompté en France mais les chiffres ici sont sans doute sous estimés.
On a l’impression d’être au même point que l’année dernière et de ne pas être plus avancé….
Voici quelques photos prises cet après midi; dans une partie de notre vallée.











Construction d’un pavillon pour boire le thé
Cette fois, mon ami S a reçu la commande d’un petit pavillon, d’où, surplombant une rivière, il fera bon boire du thé.
J’essaie de documenter tout ce travail.
La semaine dernière c’était le munéagué (棟上げ); le jour où l’on assemble toutes les pièces de bois. Ca se fait en général en une journée…
Pour ce projet S; utilise de l’hinoki (cyprès) pour les poteaux de longueur moyenne et du cryptomère pour tout le reste. Les cryptomères il les coupe dans notre vallée. Certaines pièces il les tire lui même, d’autres il les envoie à une scierie de la ville voisine.
Je m’incruste… pour observer et prendre tout celà en photos.
C’est amusant cela fait plus d’un mois que je regarde les pièces de bois que S découpe, mesure, taille, ponce chaque jour dans son atelier, en regardant le plan de la construction, mais ce n’est que ce jour du munéagué que je comprends vraiment l’allure générale et comment les choses s’emboîtent les unes dans les autres.
Cette construction; et tout ce travail, c’est de la poésie à l’état brut.
Les regarder assembler ce légo géant aussi c’est beau !








Voilà tout a été préparé dans l’atelier … Maintenant, le jour du munéagué ….






















Découverte d’un sanctuaire shintô
Nous faisons un tour, mon épouse et moi, dans une vallée que nous connaissons peu, à vingt kilomètres de chez nous pour faire cette belle découverte que je veux partager avec vous.
Il s’agit d’un sanctuaire shintô, que nous trouvons vraiment par hasard… Il est un peu en retrait des habitations. De beaux arbres le protègent. Une pancarte donne mille ans à ce sanctuaire. Ca nous rajeunit pas.
Tout de suite nous sommes saisis par la sérénité du lieu.
Il faut apprécier tout cela dans son ensemble, les arbres, le calme et le silence, ces bâtiments, la lumière, la petite bouteille de saké déposée en offrande et puis aussi, le fait qu’il n’y a pas âme qui vive.
Le quart d’heure que nous y passons nous lave et nous débarrasse de tous nos soucis éventuels, les quinze minutes nous nettoient, nous resynchronisent avec nous mêmes; On est prêts à repartir.









Promenade à Akou
Le coronavirus progresse plus rapidement au Japon; les décès aussi. On assiste à une accélération. En un an on arrive à 4000 (quatre mille) décès recensés et dûs au corona. (il y en a eu peut être beaucoup plus). Pour un peu de perspective il y a grosso merdo 30 000 (trente mille) suicides recensés au Japon chaque année.
Le nouvel état d’urgence déclaré la semaine dernière par le gouv est plutôt soft; car les écoles et les commerces restent ouverts.
Tout celà n’est pas prêt de s’arréter, il faut se faire à l’idée, se préparer à l’idée que cette pandémie sera autour de nous encore de très nombreux mois voire des années.
Dimanche dernier nous avons allumé la télé pour regarder les niouzes. Un spécialiste interviewé évoque le taux d’utilisation des hôpitaux et le fait que dans la région de Tokyo ils sont quasiment pleins. (avec 65000 malades do corona hospitalisés). Il lance ce terme 在宅死亡 zaitaku shibo. Mort à domicile. Voilà, laisser les malades mourir chez eux car on ne peut plus leur apporter des soins. C’est assez choquant d’utiliser ce terme n’est ce pas.
Cependant faut pas céder à la panique. Je pense à mes grand parents qui, eux, ont vécu la guerre. Et les aventures de mon grand père pendant la grande débacle, je crois qu’il avait gagné la grande bretagne sur un bâteau de pêche; fuyant les boches, et comment avait il regagné la France ?? Il n’y a plus personne pour s’en souvenir.
Nous avons repris le boulot la semaine dernière. Je suppose que je fais partie des privilégiés; je travaille chez moi et il y a plein de boulot, il y en a encore et encore, toujours plus. Le secteur d’activité, le cloud computing est en plein boom avec tous les business subitement forcés à avoir leur staff travailler à domicile.
Dans le village, la vie continue tranquillement. Sans doute les arbres qui nous entourent remarquent ils quelques changement, comme le tondo, le bûcher que nous allumons en début d’année; qui a été annulé dans notre hameau cette année, à cause du corona.
Sinon ce samedi matin nous amenons notre fils à son collège, il a un examen le mogishiken 模擬試験 ou moshi. Nous le déposons au collège et allons voir à la mer qui n’est qu’à trente minutes de là. La ville se nomme Akou. On y arrive tôt le matin le soleil se lève. La mer est si calme.










Bon, prenez tous bien soin de vous et de ceux et celles que vous aimez et qui vous aiment.
Restauration d’une maison ancienne
Il y a trois ans, un charpentier du village monsieur Tozawa a fait l’acquisition d’une maison ancienne, datant de 150 ans.
Voici l’article avec quelques photos de ce qui était le début de ce chantier de restauration. (2017)
C’est une construction typique. On note que le plan original de la maison est tout comme les nôtres: 4 pièces à tatami sur la gauche, avec dans la pièce au fond orientée Sud, le tokonoma et l’emplacement de l’autel bouddhique. A droite un espace pour la cuisine et une pièce où l’on gardait une vache. Tout cet espace à droite était directement aménagé sur la terre battue, tandis que l’espace à gauche était élevé par rapport au sol, avec un plancher. Il y a 8 ans cette structure, ce plan de la maison traditionnelle japonaise ici dans la région je m’y attardais dans l’un des premiers articles de ce blog formidable. Article
Mister T restaure cette maison ancienne pour s’y installer et y vivre avec sa famille. Il y travaille donc entre deux chantiers lorsqu’il a le temps. Ceci explique la durée du projet car, sinon à temps plein je pense qu’il torcherait le projet en 4 ou 5 mois.
La semaine dernière je me suis offert une belle balade à pied; histoire de marcher vers le sud, vers l’entrée de notre vallée à sept kilomètres, pour y acheter une bouteille de saké. En chemin je suis passé devant la maison en travaux et coup de bol monsieur T y était et m’a très aimablement invité à venir voir à l’intérieur, pas besoin de dire que je ne me suis pas fait prier.
La maison il y a trois ans

La maison Maintenant


La toiture a été refaite. A noter, sous la toiture métallique il y avait du chaume. (茅葺 かやぶき)Je suppose qu’il a laissé le chaume tel quel et qu’il ne l’a pas remplacé. Autrefois chaque village préservait un terrain où l’on faisait pousser les plantes nécessaires à la production du chaume; et ce pour les toitures des maisons. A savoir aussi que les plus pauvres utilisaient de la paille de blé pour leur toiture.
Ces deux photos ci dessous seront la pièce d’habitation principale. A noter les poutres impressionnantes, et d’origine.
Je note aussi que ce chantier est vraiment bien rangé et très propre. On mangerait par terre…


Les poutres et les colonnes sont gardées telles quelles. Tout celà a au moins 150 ans.
La maison est posée sur des pierres
A noter que la maison japonaise n’a pas de fondation. Les colonnes sont simplement posées sur des pierres. Il y a toute une théorie.
La maison japonaise est conçue pour osciller lors des tremblements de terre. Osciller par cela je veux dire que la maison, parce qu’elle est faite en bois, est souple et absorbe l’énergie cinétique du séisme, sans se briser. Pour cela laisser reposer la maison sur le sol sans être fixée à celui ci permet d’absorber l’énergie et d’éviter le mécanisme que les spécialistes nomment le retour de bite. C’est ce retour de bite qui peut faire briser des éléments de la construction sous l’effet du séisme.
L’idée donc c’est que la construction n’est pas seulement souple; mais aussi qu’elle flotte sur le sol.
Un ennemi: l’humidité.
Une maison en bois a deux ennemis. Les termites et l’humidité. Pas de termites dans la maison de monsieur Tozawa mais l’humidité a en effet un peu ‘bouffé’ les parties basses des colonnes. Nous avions vu cela aussi chez nous lorsque nous avions fait les travaux, en particulier dans la partie de la maison où l’on gardait autrefois la vache …
Mr T a soulevé la maison avec des crics, et a remplacé les partie basses des colonnes porteuses, endommagées par l’humidité, par de nouvelles pièces. On appelle cette technique netsugi 根継ぎ


Un point primordial, pour la maison japonaise qui est faite en bois et pour le climat japonais très humide l’été, c’est de garantir des ouvertures entre le sol et le plancher. L’aération permettra de réguler l’humidité et donc de préserver les structures en bois et mais aussi garder la maison de la visite de termites.
C’est pour cette raison que Tozawa laisse une ouverture entre le sol et les murs (on voit bien le filet de lumière sur la photo ci dessous): la partie entre le sol et le plancher sera donc toujours bien aérée.

La beauté des poutres
Tout ça c’est vraiment de la belle ouvrage comme on dit chez vous, et les photos suivantes s’attardent sur la magnifique charpente, vieille de 150 ans donc. Je pense que la plupart des pièces sont du marronnier (comme chez nous).
On ne peut pas ne pas admirer la belle dynamique des poutres qui s’emboitent les unes dans les autres. Et bien sûr les charpentiers de l’époque ont utilisé savamment les courbes de ces poutres.


Il faut remarquer que ces énormes poutres; qui datent de Napoléon III; n’ont cessé de vriller.
On voit bien comment cette tête de poutre (photo ci dessous) s’est déplacée légèrement de son support.
A noter aussi le mur en torchis d’origine sous la poutre. La partie neuve en latis sera ensuite recouverte de shikkui (enduit traditionnel)

Ici Mr T a remplacé une poutre par une nouvelle; et les intonations un peu roses du bois nous informent que c’est du cerisier. Avec de belles chevilles carrées (komisen 込み栓)

Voila!
Franchement ça fait plaisir de voir que monsieur Tozawa investit ainsi dans une ancienne maison.
Dans ce chantier on voit aussi sa maîtrise technique du métier ainsi que son sens de la beauté.
La voiture du dentiste
Faut parler de la voiture du dentiste … A la sortie de notre vallée, une bourgade avec station essence, écoles, superette et … un dentiste.
Dentiste: une activité sûre (tant que les gens auront des dents…). Et le dentiste a une jolie Audi.
Il aurait pu opter pour quelque chose de neutre, comme une prius, mais la Audi, ça jette.
Regardons la plaque d’immatriculation.
Au Japon on peut choisir le numéro de sa plaque: c’est une option lorsque l’on fait enregistrer son véhicule.
Et parfois, donc, on choisit le numéro pour la prononciation des chiffres et leurs significations… et comme les chiffres peuvent avoir plusieurs prononciations, que celles ci peuvent être abrégées, il y a de nombreuses possibilités.

Et donc le dentiste a choisi 4 6 1 8.
4 peut se lire shi
6 peut s’abréger ro
1 peut s’abréger i
8 peut s’abréger ha
ce qui donne shi ro i ha: les dents blanches. Ce dentiste a, en plus d’une belle voiture, un excellent sens de l’humour.
D’autres numéros étaient également disponibles:
ku ro i ha: 9 6 1 8 les dents noires
mu shi ba: 6 4 8 les caries
ha na shi: 8 7 4 sans dents
Un projet terminé: la maison de Mme M
Le problème d’eau chaude dans la petite maison de madame M est résolu. Il a fallu appeler le service après vente de la société du chauffe eau, un homme dans la soixantaine est venu le lendemain souriant et plein de gentillesse. Ah je suis déjà venu dans cette maison dit il et il se souvient de madame M.
Le chauffe eau marche au kérozène ou toyu 灯油. Le problème ? il y a un peu d’eau chaude qui sort au début mais au bout de deux minutes l’eau arrête de couler.
Après une rapide dissection du système on y voit plus clair, un petit moteur commandé électroniquement contrôle le flux d’eau en sortie du système de chauffage, et ne fonctionne plus. Remplacer le moteur serait très onéreux; car il faudrait remplacer un bloc de pièces et le monsieur à qui j’offre un bon café explique que retirer simplement le moteur et laisser la valve ouverte permettra d’avoir de l’eau chaude: le changement de températures se fera simplement avec un peu plus d’inertie. Ce sera très bien comme ça qu’on se dit.
D’ailleurs il y a quelques années j’ai eu un problème similaire sur le camion, le moteur de la direction assistée kaput. Le remplacer aurait aussi été onéreux (relatif au prix d’achat du camion de deux mille roros) Avec la même solution: simplement déconnecter le moteur de la direction assistée. On voit un certain désavantage de la technologie: les choses ne durent pas, et quand c’est kaput, on voit que l’on peut très bien faire sans. En tout cas voilà le problème d’eau chaude réglé!
Donc avec la résolution du problème de l’eau chaude je me dis que le projet de remise en état de la petite maison de Mme M est terminé. Certes il reste des choses à faire mais l’essentiel est fait.
Good timing car on fait une grosse nomikai (fête) avec les ‘jeunes du village’, dans la maison. Nous étions une bonne vingtaine.
Je n’ai pas du tout l’habitude de faire des grosses fêtes, ça n’est pas mon style, je suis plutôt du type solitaire ou alors petit groupe, mais d’abord comme la maison est prête je veux l’utiliser à quelque chose et puis dans le village il n’y a pas d’endroit comme ça où l’on peut se retrouver de façon conviviale.
Il y a donc un besoin.
Je crois que nous avons tous passé un bon moment. Pour la bouffe mister H, ancien lutteur sumo a préparé un méga chankonabé (le plat que se préparent les sumotoris). Il le prépare dans le doma (l’entrée de la maison).
Naturellement tout le monde s’y regroupe pour discuter. C’est beau à regarder, les cercles qui se forment et les discussions qui y naissent.
On voit ainsi la maison prendre vie. Je me dis, la dernière fois qu’il y a dû y avoir autant de monde ça a dû être pour un enterrement …
De mon côté j’ai préparé un civet de chevreuil. Il rencontre un certain succés. Et un gateau au chocolat aux noix et aux graines de tournesol.
Une jeune femme apporte des huitres et nous improvisons un petit feu devant la maison, il est rare ici de les manger crues. D’ailleurs, on indique à la vente si les huitres peuvent se manger crues ou non, histoire de qualité de l’eau.
Au Japon il est d’usage de mettre les photos des ancêtres dans les maisons, à côté de l’autel bouddhique ou butsudan. J’ai un peu imité cet usage en affichant la photo de mon grand père Jean alors dans le 76è régiment d’artillerie pendant la deuxième guerre, et celle d’un ancètre à la moustache très photogénique prise pendant la première.
Ces deux photos me valent beaucoup de questions…
Des visiteurs remarquent aussi un crucifix que j’ai installé dans une des pièces, et le prêtre bouddhiste du village qui est de la fête se met à prier…
Côté musique pour l’ambiance on met Beggars’ banquet des Stones, Fantaisie militaire de Bashung, du Haruomi Hosono et du JS Bach.







On discute tranquillement avec quelques bières

Dessus on fait bouillir des oeufs


ce qui ne manque pas de m’étonner




1er janvier 2020, promenade
Ce 1er janvier nous allons faire une belle promenade dans notre vallée.
D’abord nous allons voir le sanctuaire shintô de notre vallée. Suite à la chute d’une grosse branche le toit a été refait.

Nous allons ensuite au fond de la vallée, revoir l’arbre à caramel. C’était une grande découverte de 2019, l’arbre à caramel que l’on peut admirer ….
C’est un endroit magnifique que l’on gagne après avoir laissé le camion et grimpé un chemin à moitié défoncé qui s’élance à pic dans la montagne.
L’idée me traverse la cervelle que, après avoir visité le sanctuaire où l’on prie les dieux, nous allons saluer le dieu directement.
L’arbre à caramel est toujours là, comme une fleur géante ses bras pétales pointent vers le ciel.



Si l’on prête l’oreille on peut les entendre chanter…

Plus tard nous redescendons, regagnons un hameau à moitié abandonné et allons voir un autre sanctuaire shintô.



Plus tard la lumière se fait rasante et permet ceci:

La beauté de la nature qui nous entoure et la beauté des villages, des sanctuaires que des générations ont construits et entretenus continuent de nourrir nos coeurs et nos neuneuilles.
2020
Le 31 au soir, hier, nous nous sommes réunis au temple du village.
L’association des ‘jeunes’ du village a installé devant le temple deux bûchers où un feu bien alimenté offre un peu de chaleur. Il y a des boissons. Des saucisses et de l’oden. Une radio diffuse de la musique. On peut faire sonner la grande cloche. Les enfants n’y vont pas de main morte.
Cette année il fait beaucoup moins froid se dit-on.
Les villageois arrivent en grappe, certains sont de retour de Tokyo pour les fêtes. On discute librement avec tout le monde. Oh là que tout le monde est zen. Me souviens quand j’étais venu au temple comme ça il y a 7 ans j’étais tout excité…
On est très calme, détendu.

Bonne année et meilleurs voeux !


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