Tagué: vivre avec la nature

Coucou les ours!

Ce matin on reçoit un mail de la police:

12月16日(金)午後8時45分頃、姫路市xxxxc549番地から北東約1キロメートルの道路上において、が出没したという情報がありました。
以下の被害防止ポイントにご注意いただき、目撃した場合は、すぐに110番通報してください。
【被害防止ポイント】
●農道等を通行する際は、ラジオや鈴など音の出るものを携行し、活用しましょう
●夕方から早朝までの間は、人里に出没する可能性が高くなるので特に注意しましょう。
●ゴミを屋外に放置しないようにしましょう。

熊 c’est l’ours

Donc un ours aurait été aperçu à 1km au nord de notre hameau; hier vendredi 16 décembre le soir à 20 heures 45.

Il est recommandé de, si l’on part en montagne, se munir d’une clochette ou d’une radio: le son produit ainsi fait fuir l’ours et évite ainsi d’en rencontrer par surprise.

Je suis donc cette recommandation pour aller travailler dans notre montagne aujourd’hui; et attache une clochette à ma salopette.

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Retourner au village

Après une semaine de boulot a Tokyo, je suis de retour au village.

Ce court séjour à Tokyo m’a rappelé les joies de la ville. Par exemple pouvoir marcher la nuit au hasard dans les rues, observer, explorer. Ou aller prendre un verre avec un collègue après une journée de travail.

Cette semaine à Tokyo m’a presque donné la gueule de bois.

Je suis de retour au village. Aujourd’hui après six heures de réunions téléphoniques, de six heures du matin à midi,  je pars faire un tour à pied jusqu’au fond de la vallée. J’ai besoin de marcher, de me ressourcer et de me resynchroniser avec la vie du village.

C’est une belle marche d’une heure à peu près, et il est si bon de gambader ainsi entouré des montagnes, avec la route qui serpente le long de la rivière qui serpente.

Je continue jusque dans la forêt.

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Et la dernière maison qui tombe en ruine. Le Titanic.

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En levant la tète on peut admirer le ciel. La, je suis de nouveau connecté à l’univers et au cosmos, me dis-je.  Il y a une connexion entre le ciel et la terre que l’on peut sentir.

A cet instant je remarque quelque chose au fond de la rivière. Un bout de bois qui n’en est pas un.

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C’est le bois d’un chevreuil. C’est la première fois cette année que je trouve le bois d’un chevreuil. L’année dernière j’en avais trouvé trois fois, dont une fois avec un crâne entier.

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Intéressant, n’est-ce-pas, que je fasse cette découverte peu après avoir senti cette connexion avec le cosmos…..  oh yeah ! ! !

Par chance encore je porte des bottes et je descends dans la rivière saisir ce précieux présent de Dame Nature.

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Rencontre dans le jardin

Passer à l’orange et accidents de chasse

Cette année j’ai arrêté de porter des treillis militaires pour les travaux du jardin et dans la montagne.

Changement radical de style: Je suis passé à l’orange, et porte désormais des salopettes de cette couleur.

Le but, c’est de repérer facilement les sangsues et éviter que, indétectables sur les motifs de camouflage, elles arrivent à se promener dans mon slip !

sangsue sur salopette

sangsue sur salopette

Question treillis militaire nous aimions bien les camouflages à base de points Flecktarn de la Bundeswehr (allemagne fédérale), avec ce motif qui évoque les forêts de la lointaine Europe. Et aussi la variante désert qui convient très bien à la chaleur de l’été Japonais … mais bon …. par contre essayez de repérer une sangsue se promènant la-dessus …. C’est purement impossible.

camouflage

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Le pratique l’emporte sur l’esthétique.

Un autre soucis c’était d’éviter des accidents lorsque je travaille dans la montagne en période de chasse. Un mouvement, et hop on pourrait être pris pour du gibier et se prendre des plombs. J’avais donc posé la question à un bucheron qui travaille dans la région. Je lui avais demande s’il recommandait d’éviter de porter des camouflages militaires et s’il valait mieux opter pour des couleurs très voyantes. Sa réponse avait plus fait que m’étonner.

Le raisonnement du bucheron: ‘en fait la plupart des chasseurs sont des gens agés. Ils ont une mauvaise vue. Ils tirent plutôt a l’oreille, dans la direction des bruits que ferait un animal dans la montagne. Plutôt qu’un pantalon orange, mieux vaut emporter avec soi une radio, et mettre la musique à fond. C’est le meilleur moyen pour éviter les accidents de chasse (et aussi éviter les ours).’

Etonnant non ?

L’énergie du jardin

Le samedi matin. Marcher dans le jardin. Observer les transformations. Les traces laissées par les visites des animaux la nuit.

Travailler avec la terre et voir celle-ci absorber l’insatisfaction et le stress accumulés pendant la semaine au travail.

On se sent mieux, de façon immédiate. Comme une heure à la piscine.

Les petites poignées de légumes récoltées, je dégage gentiment les scarabées dorés et les punaises multicolores encore accrochés aux feuilles.

legumes juin 2015

Le dialogue de vendredi

Côté travail, cette semaine a été un peu lourde avec pas mal de déconvenues et peu de sommeil. Pas vraiment productif. C’est vendredi en fin d’après midi et je vais voir S., de l’autre côté du hameau. (de l’autre côté de la montagne). S. est charpentier, a commencé à travailler à l’âge de 14 ans et a construit 100 maisons. Je dois lui payer une facture pour la fenêtre et le bois de la cabane dans l’atelier. J’ai avec moi aussi un maxi pack de 24 canettes de bière.

Je le trouve avec ses chats et ses chèvres devant la terrasse de sa si belle maison.

S’engage alors un beau dialogue qui me réjouit et pulvérise toute la fatigue de la semaine.  Malheureusement ma traduction perd la truculence savoureuse du dialecte local. (le dialecte du banshu).

S -> notre ami

H -> épouse de S

WT -> Wakame Tamago 

Ca commence bien:

S:        Dis, tu tombes bien: on a besoin de ton aide; il y a O., qui habite au fond de la vallée, celui qui fait des épouvantails, hé bien il y a un Argentin qui va venir lui rendre visite et le prendre en photo ..; comme il n’a jamais vu d’étranger il voudrait te voir pour te poser des questions… C’est où ce l’Argentine d’ailleurs ?

La femme de S s’appelle H.

H:         Buenos Aires !!!

WT:      Euh, c’est en dessous du Brésil. Ah dis donc une grosse question c’est où l’Argentin va pouvoir dormir et si il y a quelqu’un du village qui pourrait le loger chez lui.

H amène des bières et des cacahouètes.

S:         C’est très difficile ça. Tu vois, tu dois construire une tree house dans ta montagne !!! Je la construirai. Il faut le faire tant que j’ai la pèche.

WT:      Ah dis donc ce serait fantastique ça. Mais n’y a t il pas trop de sangsues dans la montagne pendant l’été ? Les gens auraient peur. Moi aussi d’ailleurs.

S:         Mais non, c’est rien ça. Tu vois des gens viendraient du monde entier visiter le village !

WT:      C’est sûr que cela devrait intéresser un certain public, en plus, un tree house. Ca pourrait même devenir un business.

S:         Ah non …. Un projet comme ça, ça doit pas être pour gagner des sous mais pour s’amuser… Tu te ferais plein d’amis.

WT:      Good point.

S:         Pour gagner de l’argent il faut compter sur son travail principal, rien d’autre. Entre nous ..; nous les hommes … on n’a pas besoin de beaucoup pour vivre. Il nous faut juste assez d’argent pour payer l’alcool et le tabac.

H amène un sashimi de tête de poulpe. C’est délicieux ! Et une deuxième bière. H voyant ma réluctance devant la deuxième canette de bière devient taquine.

H:         Comme tu rentres à la maison en camion, tu veux que j’appelle le policier qui habite dans la vallée et que je lui demande de t’accompagner ?

WT:      Question logement pour les voyageurs et visiteurs, le mieux quand même ce serait une maison japonaise, ancienne, dans le village … une maison authentique, comme la maison de 1000 ans … Je suis sûr qu’on y dormirait très bien !

la maison de 1000 ans

S:         Ah oui ça alors !! Nous les Japonais nous nous sommes trompés. Les maisons anciennes étaient fraiches l’été, chaudes l’hiver… Aujourd’hui dans les nouvelles maisons le gens sont obligés de mettre la clim’ ou le chauffage en permanence.

WT:      Ah oui. Nous on n’a pas installé la clim’…

S:         Exact ! Tu peux te le permettre dans une maison ancienne. Et puis les nouvelles maisons sont entièrement hermétiques. Si bien qu’on est obligé de mettre des ventilateurs partout pour aérer ! Ca n’a aucun sens !

Maintenant on parle un peu poulpe. Tête de poulpe.

WT:     Dis, c’est délicieux la tête de poulpe ! J’avais envie de poulpe depuis pas mal de temps.

S:         J’adore ! On les achète chez un poissonnier de la ville voisine.

WT:     En général on n’y trouve que les tentacules dans les supérettes …

S:         Peu de gens aiment la tête … Moi j’aime la tête de poulpe .. la chair est tendre … et ce poissonnier vend une tête 50 Yens. (40 centimes d’euro).

H:         Tiens tu vas emporter une tête avec toi, pour le diner. Avec du gingembre et de la sauce de soja.

(….)

S travaille en ce moment à démolir une maison dans une ville voisine.

WT:    Comment avance le chantier de démolition ?

S:         Ca peut aller

H:        Par contre j’ai failli marcher sur un clou l’autre jour sur le chantier

WT:     C’est dangereux ça !

S:         Ah oui ! Quand j’étais apprenti, je me suis frappé les plantes de pied avec un marteau, on y a ajouté de l’huile et mis le feu. Pour éviter les futures blessures.

Ces propos me surprennent tant que je décroche un peu je l’avoue.

Pause cigarette.

WT:      A propos de voyageur. Un lecteur français de ce blog est en train de voyager au Japon. Il m’a contacté sur Facebook. Il apprécie les outils japonais et m’a demandé le nom en Japonais du cordeau à tracer. Tu te souviens, j’avais photographié le tien.

sumitsubo

sumitsubo

S:          Ah oui. Celui qu’il a acheté, il y a une grue et une tortue dessus ?

WT:       Non mais il est en forme de baleine.

S:          Le mien est en plastique tu sais. C’est que je ne prends pas soin de mes outils.

(….)

WT:      Les scolopendres sont tardifs cette année, je n’en ai pas encore vu

H:         Il y en avait un ici hier soir je l’ai écrasé avec ma pantoufle.

WT:      Leurs morsures sont très douloureuses. Il parait qu’il faut verser de l’eau chaude sur les morsures, cela arrête la douleur.

S:         Le thé tue les scolopendres. Si tu en verses dessus il va crever. Les tanins dans le thé vert tuent les scolopendres.

WT:     N’empêche que les scolopendres ne sont pas si méchants que ça.

S:         C’est sûr. Celui qui vit ici on est obligé de devenir l’ami des insectes.

(pause cigarette)

S:        D’ailleurs il n’y a aucun danger dans la nature ici. Personne dans le village n’est mort à cause d’une vipère. Le seul danger ce sont les frelons asiatiques mais c’est tout. Rien à voir avec l’homme en qui on ne saurait faire confiance.

D’ailleurs moi quand je travaille seul dans les bois ou les montagnes, à couper des arbres, la vue d’un animal sauvage ne me surprend jamais, que ce soit un serpent ou n’importe quoi d’autre … un peu comme si je les sentais venir … mais si je vois un homme; je suis tout de suite sur mes gardes.

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Trouvez le macaque

En Septembre une personne qui vit dans un autre coin de la vallée avait signalé la présence d’une famille de singes macaques.

Pas sûr s’il qu’agisse des mêmes primates, mais toujours est-il que nous avons aperçu des macaques dans le hameau la semaine dernière à plusieurs reprises. Pas sûr non plus s’il s’agisse d’un macaque solitaire ou d’une famille.

Nous les avons aperçus en face de la maison: la photo ci-dessus laisse deviner la silhouette d’un macaque dans un arbre.

Des singes avaient été signalés dans le village il y a plusieurs années, leur apparition est donc rare.

Une farouche voisine a posé un piège dans son jardin avec l’espoir d’en choper un mais elle m’a ensuite montré comment les habiles bêtes parviennent à dévorer les appâts sans déclencher aucun mécanisme.

Une autre voisine a laissé dans son champ des pommes de terre qu’elle s’apprêtait à planter pour les retrouver, une heure plus tard, délicatement vidées de leur chair.

Les voisins nous mettent en garde car malins comme ils sont les singes ouvrent les portes et fenêtres des maisons et s’y introduisent sans vergogne.

Ils savent que des victuailles se cachent derrière les portes des frigos qu’ils ouvrent avec dextérité et malice.

Une autre histoire est plus mystérieuse: un voisin dit qu’il faut faire attention aux nourrissons, car les singes emporteraient avec eux (?) jusque dans les forêts les bébés des hommes. Peut-être est-ce plutôt une légende.

Bon allez, devinette: trouvez le macaque sur la photo ci-dessous.

macaque

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Réponse ….

macaque

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Un crâne de chevreuil et rêveries

Ce matin je vais faire un petit tour, histoire de faire une pause dans mon travail sur ordinateur. Je marche au pied de notre petite montagne … aperçois une forme blanche.

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Après vérification en effet c’est bel et bien le crâne d’un chevreuil. C’est juste au bord de la route, mais dissimulé dans la végétation.

Il est très beau et serait un magnifique ajout au pare-choc de notre camion.

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Quelques réflexions s’invitent. Attention, ça va délirer sec.

Ces os blanchis par la pluie et le temps sont l’empreinte minéralisée des animaux sauvages. Ils vivent autour de nous dans le même espace, mais pas dans les mêmes zones horaires. Je suis diurne. mais les chevreuils sont plutot actifs la nuit. C’est au crépuscule qu’ils s’approchent du village et pénètrent les potagers, alors que tout le village est devant sa TV, son ordinateur ou sa playstation. On peut donc penser à des mondes parallèles qui se superposent, et rarement se croisent.

Les ossements sont une sorte d’empreinte permanente qui est indépendante du temps. C’est comme si l’animal, une fois mort, devenait visible dans notre monde à nous (dans notre zone horarire).

Une autre réflexion, c’est que je ne trouve presque jamais de squelettes entiers. Par quels phénomenes les os disparaissent et se séparent les uns des autres. Il y a-t-il une force magique en action ?

Troisième réflexion, c’est que si j’avais une tonne de temps, si j’étais au chômage, je prendrais la peine de ramasser tous les cadavres d’animaux que nous trouvons souvent aux bords des routes pour leur offrir une sépulture chrétienne digne de ce nom dans la montagne. Je sais que la religion chrétienne est homo-centrique et qu’elle ne s’interesse que très peu à la chose animale. C’est là une grave lacune et j’y remédierais ainsi à ma facon.

Ces sujets sont -au moins pour moi- tout à fait passionnants et si j’en ai la force je les développerai dans un futur projet de bande dessinée. Intitulée Histoires Naturelles.

Un crâne de chevreuil et rêveries

Un crâne de chevreuil et rêveries

Faire feu de tout bois

Aujourd’hui, je reviens d’un long business trip et l’heure passée cet après-midi dans la montagne me permet de me ressourcer et d’oublier la fatigue du long et pénible voyage en avion.

C’est incroyable, vraiment, cette énergie que nous donne la nature. Je descends du bois d’arbres coupés le mois dernier et le charge sur le petit camion keitora. C’est le transfert de fatigue. Le travail physique transforme la fatigue du voyage en une fatigue positive et je me sens très bien.

bois sur keitora

bois sur keitora

 

Notez cet arbre recouvert d’épines, karasuzansho.

カラスザンショウ(烏山椒)、Zanthoxylum ailanthoides.

En tout cas, si l’on veut espérer pouvoir s’en sortir, il faut savoir faire feu de tout bois.

Au sujet de bois, ma femme trouve dans la montagne le bois d’un chevreuil. Elle a le don de trouver des os et squelettes. L’année dernière elle avait découvert le crâne d’un chevreuil.

bois de chevreuil

bois de chevreuil

bois de chevreuil

bois de chevreuil

 

Pardon Tortue

Au pied du jardin coule une rivière.

La rive opposée est un terrain large de 3 à 4 mètres que longe la route de l’autre côté.
Je décide de passer cet espace à la débroussailleuse, pour faire place nette et aussi permettre l’eau de la rivière de déborder de ce côté et couler plus rapidement en cas de forte pluie.
Sous le soleil c’est un travail agréable qui finit par être physique. Il faut faire attention aux vipères.
C’est la vraie jungle la nature reprend vite le dessus. En bordure de la route il y a un muret il y a beaucoup de lianes très longues et débroussailler est plus difficile.
A un moment un bruit indique que la lame de la débroussailleuse a tapé quelque chose; comme un morceau de bois.
En poussant du pied les longues herbes coupées; je distingue la carapace d’une tortue.
Merde ! J’ai tapé dans la tortue ?
Elle était contre le parapet en béton sans doute pour récupérer la chaleur du béton chauffé par le soleil.
C’est une très belle tortue et je crois l’avoir déjà vue. Elle était complètement dissimulée par les herbes. Malheureusement, après un long examen de l’animal, je vois du sang et .. je ne vois pas sa tête.
Je sens soudain une absence d’énergie. La présence de la tortue apportait de l’énergie à cet endroit; entre la route et la rivière… et soudainement cette énergie est devenue toute noire et est retombée, retournant à la terre.
Pendant que le Roi d’Espagne trompe sa vieillesse en partant tirer les éléphants je suis triste et honteux de ma faute. Quelque chose a disparu, avec la tortue. A cause de mon manque de précaution.
Je lave la carapace avec de l’eau. Creuse un trou. La puissance de la nature, c’est que les fourmis ont déjà repéré le bel animal mort. Je dépose la tortue au fond du trou que je rebouche.
Plus tard dans la journée mon fils rentre de l’école. Je lui raconte ce qui s’est passé. Nous allons prendre une pierre et un gros marqueur. Nous posons la pierre sur la tombe.
Mon fils dépose une fleur. Je fais une prière.
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Le terrain, entre la route et l’eau.
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La tombe de la tortue.