Cette année nous avons un stock de bois de palettes, démantelées au pied-de-biche il y a quelques mois. Cela fait un bon bois de chauffage; et je pense aux gilets jaunes qui se rassemblaient autour des rond points, sur internet je les vois se réchauffer autour de foyers improvisés, et alimentés … de bois de palettes.
Ce dimanche matin. On va faire quelques courses. Acheter des champignons, des oeufs bio et des haricots. En chemin nous faisons un break dans un café, ‘la maison de Rocky’, un endroit très sympathique et découvert à peine le mois dernier.
Puis nous continuons un peu plus au nord jusqu’à un magnifique sanctuaire Shinto à côté duquel on peut trouver les productions locales.
Vient le moment critique de la pause pipi. Les toilettes sont en partie ouvertes sur l’extérieur. A un mètre à peine au dessus de l’urinoir dans le coin, une petit grenouille semble passer l’hiver!
Des petites choses précieuses comme des bouts de coquillages, ça fait un article.
A l’entrée de la maison, cette décoration du nouvel an, faite avec une branche de pin, une fougère, et du nanten, tous glanés dans notre montagne.
Pour aller trouver ces plantes dans notre montagne nous sommes d’abord allés faire une pause sur notre balcon en forêt. Minou nous accompagnant nous étions tous les trois avec mon épouse. Une thermos de thé, quelques clémentines.
On n’a pas vraiment froid.
Voilà ! Donc le balcon en forêt a été testé et approuvé par mon épouse et Minou !
Minou nous a regardés et nous a dit: ニャン
Pour finir, un beau passage du chapitre résumant la vie de Saint François d’Assise, dans la Légende Dorée, de Jacques de Voragine (1228-1298).
La légende dorée, pléiade, page 828Décoration du nouvel an
On a un peu de temps cet après midi, après avoir fait un grand nettoyage dans la maison ce matin (une tradition avant le nouvel an), et nous allons faire un tour dans la ville d’Akou à 50km de chez nous. C’est une ville de 50 mille habitants, située le long de la mer intérieure sétonaikai, la méditerranée japonaise …
Nous allons acheter des clémentines chez monsieur Kawabata.
Il faut suivre un route minuscule qui serpente dans la montagne pour arriver à son champ situé sur le flanc orienté plein sud d’une montagne faisant face à la mer. Du sommet de celle ci on peut voir l’île de Shikoku.
Le champ est arrangé en une trentaine de petits paliers, formés avec de très belles pierres. De la bien belle ouvrage. Il nous explique que l’emplacement est idéal pour la culture de clémentines: plein sud, protégé des vents du nord, et proximité de la mer.
Monsieur Kawabata a 88 ans et une pèche du tonnerre. Il ne fume pas, ne boit pas, ne joue pas, il n’a aucun hobby nous dit-il , hormis la culture des mandarines.
Une chose qui le distingue de tous les autres c’est qu’il pratique une agriculture bio. Pas d’engrais chimiques. Pas d’insecticides. Il est le seul producteur bio de la ville nous explique-t-il. J’aurais du lui demander combien de mandariniers il a.
Pour fertiliser son champ il lui faut produire 2 tonnes de EM bokashi chaque année en faisant fermenter du komenuka (son de riz), des débris de coquillages etc…. Ce qui représente un travail considérable mais donne un produit largement supérieur.
Le camion keitora de Mr KTri des clémentines en S et en LLe champ est à flanc de montagne. De la belle ouvrage.Les arbres sont chargés de fruits. Réussite de l’agriculture bio.Vue vers la ville d’Akou et, plus loin, la mer intérieure (sétonaikai)ClémentinesMister Kawabata
Les clémentines embarquées nous descendons vers la mer. La route est sinueuse, le long de la côte montagneuse. Il y a peu de place et les villages de pécheurs sont très denses. Il y a des producteurs qui vendent des huîtres.
Nous nous y arrêtons. Autrefois, mon grand père Jean était ostréiculteur, à l’île d’Oléron. Trouver des huîtres fraîches et de qualité et ça fait une bouffée de souvenirs. La vendeuse d’huîtres est charmante, on la prendrait pour une sirène. Il fait déjà nuit, trop tard pour la prendre en photo. Elle me dit ha mais pour les huîtres fraîches il faudra les ouvrir vous même. Les gens ici ne sont pas habitués à ouvrir les huîtres. La belle sirène ignore qu’elle a affaire avec un descendant d’ostréiculteur, et qu’ouvrir les huîtres fait partie de mon patrimoine génétique.
Pour ouvrir les huîtres j’utilise le couteau que l’établissement ostréicole familial offrait à ses clients. Le couteau date, le numéro de tél inscrit sur le manche n’a que deux chiffres. Le château d’oléron T. 10
A ouvrir les huîtres avec ce vieux couteau, je me dis que je répète ainsi les gestes de mon grand-père et de mon père. Enfant, je les observais debout dans la cuisine de la maison d’Oléron, penchés sur l’évier, et affairés à ouvrir les huîtres.
Le tout est désormais stabilisé. Je passe au rabot chaque planche pour éliminer les plus grosses aspérités. Que le balcon en forêt soit confortable! J’utilise aussi le draw knife, un autre outil exotique made in UK, que je ne saurais trouver au Japon et que j’avais trouvé aux US.
DSC_0052
Il y a des petits ajustements nécessaires. Pour éviter que l’eau de pluie s’accumule dans les trous creusés pour les différentes vis je remplis les trous de silicone.
Visser les planches au dessus de la plate-forme est un jeu d’enfant et ce moment marque la fin de ce projet.
J’ai aussi découpé des morceaux d’un vieux pneu. Je les cloue aux planches attenantes aux deux troncs d’arbre. En pressant légèrement le bout de pneu contre l’arbre. Ceci permet de stabiliser définitivement le balcon en forêt, tout en préservant l’écorce de l’arbre.
Je retire mes bottes, je suis en chaussettes sur le balcon, le dos appuyé contre l’un des deux troncs. Il pleut légèrement.
Il y a un insecte; un de ces insectes qui se nourrit du bois. Il se promène sur une planche. カミキリムシ ou capricorne…
J’avais amené un petit haut parleur bluetooth, et j’écoute l’orgelbuchlein de JS Bach.
Certain qu’avec des fondations aussi légères le balcon en forêt allait faire guragura. ぐらぐら D’ailleurs mon ami S m’avait prévenu すじかいまみれになる
Gura gura ça indique qu’il y a du jeu entre les différentes pièces. Un coup de pied dans le balcon en forêt et tout se met à trembler.
Avant de poser les planches sur le dessus il faut donc s’attarder à mieux fixer les piliers ensemble et réduire ce guragura; solidifier le petit édifice.
Des troncs d’arbre posés horizontalement et fixés aux piliers vont réduire le guragura. Je les taille de façon à ce qu’ils épousent la courbe des piliers.
Commencer par retirer l’écorce
Pour ce faire j’utilise une herminette. Un outil suisse que j’avais déniché aux US il y a quelques mois. On ne voit pas des herminettes tout les jours ici au Japon… Il est toujours intéressant de se familiariser avec un nouvel outil! Cela donne des expérience points, XP, comme dans les jeux vidéo, et quand on en a suffisamment on peut passer au niveau suivant.
Je répète l’opération trois fois. J’aurais pu le faire quatre fois et avoir quatre liens horizontaux, mais je préfère laisser un côté avec assez d’espace pour passer sous le balcon, histoire de pouvoir débroussailler facilement l’été prochain.
Minou vient tester. C’est mieux, ça fait moins guragura confirme-t-elle par télépathie.
Dans ces projets il y a un aspect répétitif. Choisir un tronc d’arbre, le faire rouler et le positionner, faire une coupe dans la longueur pour obtenir une face plate. Faire les mesures pour faire quatre autres coupes toujours avec la tronçonneuse dans la longueur, dans un axe perpendiculaire à la première, et on en retire trois planches.
Cette répétition … en fait on pourrait faire ainsi dix planches comme on pourrait en faire mille. Avec la répétition des mouvements se dessine un rythme que l’on pourrait suivre à l’infini. Mais toujours il faut garder son attention, ne pas s’abandonner à la rêverie, car à un tout moment on pourrait faire le mauvais geste, et placer sa jambe dans la trajectoire de la tronçonneuse; et la tronçonneuse elle ne s’en apercevrait pas car en dépit des apparences et de tout notre affection, c’est un objet inanimé sans conscience.
Donc je fais une dizaine de planches. De 5 cm d’épaisseur. Tout en faisant cela je me pose la question, pourquoi m’échiner à ce projet de balcon en forêt qui n’est en rien nécessaire. Quand une coupe est faite, on ouvre le tronc d’arbre et peut découvrir les beaux motifs du bois et c’est toujours une surprise, ça n’est jamais tout à fait pareil. Et les beaux accents rouges, roses du cryptomère.
A un moment je découvre une cavité dans une nouvelle planche; une colonie de fourmis s’y était installée. Je les vois s’aventurer visiblement très surprises. Les pauvres elles étaient bien installées au chaud et les voilà SDF. En plein hiver!
Je fais aussi trois poutres de 10 cm d’épaisseur.
Ces trois poutres vont connecter la paire de poutres fixées aux deux paires de piliers. Tout de suite cela prend forme.
Minou suit ce projet et visite régulièrement le chantier.
L’emplacement choisi, il faut dégager le passage. Je coupe les troncs à 1.8 mètres, ce qui correspond à la longueur du guide pour la tronçonneuse (haddon) et la dimension du balcon en forêt.
dégager l’espace voila quelque chose qui est tout de suite gratifiant
La pose des quatre piliers se fait assez rapidement. Je les pose sur les quatre parpaings des fondations. J’ai percé les parpaings et les piliers. Dans chaque parpaing je place une barre métallique, qui vers le bas fixe le tout dans le sol, et vers le haut s’enfonce dans le pilier. S’assurer que les piliers ont les bonnes longueurs prend un peu de temps.
Ce système avec les parpaings et les barres de fer suffit à fixer le tout, même s’il a beaucoup de jeu. Je n’ai pas vraiment l’option de couler du béton ou d’amener de grosses pierres, donc je fais dans le light ..
Ah oui pour virer les insectes du bois, penser à retirer l’écorce …
Puis entre en scène la tronçonneuse pour découper deux poutres. Qui viendront se poser sur chaque paire de piliers.
l’extension haddon qui se fixe à la barre de la tronço permet de guider celle-ci selon une ligne droite déterminée par un planche ‘guide’.Voila la première poutre. Le plus important, ne pas se blesser.
Je fixe les poutres aux piliers avec de grosses vis de 24cm.
Ha! Pour mon grand plaisir mon épouse et Minou viennent faire un tour dans la forêt et visitent le chantier. Mon épouse en profite pour ramasser des feuilles de cryptomère. Il n’y a rien de mieux pour allumer le feu dans le poêle à bois le matin!
Dans l’article précédent j’écrivais ‘cabane’ mais depuis je me suis souvenu de ce beau roman de Julien Gracq, un balcon en forêt… et cette expression convient parfaitement à ce projet. Donc, mon projet, c’est de construire un balcon en forêt!
J’ai fait plusieurs croquis pour voir. Sachant qu’une fois sur le terrain, c’est un peu place à l’improvisation …
Mais la chose la plus importante avant tout cela c’est de choisir l’emplacement. Où, dans notre petite montagne, installer la plate-forme ?
Je pensais au début le faire dans la partie la plus haute de notre montagne, un coin bien isolé entre les arbres. Là on aurait été vraiment à l’écart, loin du vacarme du monde, en pleine nature et plus près de Dieu.
Mais finalement l’endroit est un peu trop sombre. Cela peut poser problème, rapport à l’humidité, surtout l’été quand c’est subtropical… dans un coin trop humide, pas exposé au soleil … mon balcon en forêt ne durerait pas trois ou quatre ans et pourrirait illico presto. Resteraient plus que les vis et les clous !
J’opte donc pour cet espace entre deux arbres au niveau de la deuxième terrasse. Et puis, les arbres pour faire ce projet sont ici, sur la deuxième terrasse. Pas besoin donc de les hisser jusqu’en haut. C’est plus réaliste, plus clair, plus aéré. Même dans ces projets il faut garder les pieds sur terre.
De là on a aussi une bonne vue sur le village. Et en particulier sur notre maison. Ce qui peut être pratique en cas d’accident (exemples: chute ou attaque d’un frelon géant). Ou alors si il y a soif je peux appeler mon épouse en bas et lui demander de m’apporter du thé ou un pastis.
C’est situé ici … si l’on regarde d’en bas, de notre maison. Ça n’est donc ni trop près ni trop loin.
Le point jaune correspond à la deuxième terrasse.
Une fois l’emplacement décidé pas besoin d’attendre, je pose quatre parpaings qui serviront de fondation. Le balcon en forêt sera entre ces deux arbres.
Et quand on lève le regard vers le ciel, on voit:
ces majestueux cryptomères. On perçoit une bande de ciel, c’est le vide laissé par les arbres que nous avons coupés plus tôt cette année, et qui serviront à ce projet.
Avec ce petit projet il y aussi un message que je voudrais passer aux villageois: ces forêts délaissées, peuplées de ces cryptomères sans plus aucune valeur marchande (faute à la globalisation) on peut quand même en faire quelque chose et y passer des heures agréables.
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