Découvrir l’arbre à caramel

Nous sommes allés faire un tour au fond de la vallée, il pleuvait par intermittence, et finalement nous n’avions rien de mieux à faire.

Mais cette petite promenade impromptue se finira par une grande découverte et des émotions puissantes.

On laisse le camion là, dans une grande clairière au bord d’une rivière. Le dernier hameau est à deux kilomètres, après ce sont des chemins de montagne.

Ils ont bien tout dégagé: cet endroit l’été dernier était encombré de pierres et de troncs d’arbres.

Cet ouvrage, qui sert à bloquer les grosses caillasses et les troncs d’arbres, était plein à ras bord l’année dernière. On voit encore les marques laissées par les pelleteuses.

Ensuite c’est ce petit chemin qui nous guide. Tout est si beau, avec la lumière de fin d’après midi. Les jeunes feuilles déploient une palette de verts illimitée.

Et le calme. On admire un martin-pêcheur, perdu dans ses pensées, sur une branche d’arbre.

Regardez ce qui se passe à droite, et vous verrez ce cours d’eau à qui la pluie des trois derniers jours a donnée beaucoup de vigueur. Et puis ces belles roches qui attendent notre départ.

Après le chemin fait un virage, et se met à monter sec. On finit par se focaliser sur ce chemin qui monte qui monte, on en oublie de prendre des photos.

Chaque nouveau virage fait découvrir un paysage magnifique. Je crois que l’on continue comme cela assez longtemps. On sait qu’à un moment il y aura moins de lumière et qu’il sera alors plus sage de rentrer, mais tout est tellement beau que nous continuons à nous laisser guider.

Il y a une pancarte: 大桂 Cercidiphyllum japonicum ou (Grand) arbre à caramel.

Je connaissais ce terme katsura, qui désigne un arbre, mais j’ignorais la traduction française. Un arbre à caramel… Voilà quelque chose qui fait rêver. Et propulse dans l’enfance.

On monte alors un escalier de pierre. On quitte la route et le lien qui restait avec la civilisation. Immersion totale.

Il fait frais. Il n’y a pas de sangsue.

Au moment où nous commençons à douter, où est le grand katsura, se dessine une silhouette imposante.

Et puis voilà on peut le voir dans toute sa splendeur, le grand katsura, l’arbre à caramel!

Le voilà, le katsura.

Il n’est pas seul; il y en a un autre, un peu plus haut. Voilà un endroit magnifique. Ces arbres mystérieux, la rivière à leur pied. et notre solitude; car il n’y a personne.

On reviendra.

Endo Michiro

Comme chaque mois le prêtre bouddhiste du village m’envoie un message sur LINE avec le mot du mois.

Donc le mot du mois c’est

JUST LIKE A BOY 少年のように街に出よう

Just like a boy, sortons en ville comme un jeune garçon

Ben attends je lui réponds, c’est le titre d’une chanson de Michiro Endo;

Exact répond-il de suite, Michiro est décédé le mois dernier.

Michiro Endo est un grand artiste, une figure du rock punk japonais. Et en 2013 il avait fait un concert, dans le temple du village.

C’était un moment fort et une grande découverte. Son concert dans le temple du village nous avait énormement impressionné.

Sur scène, il donnait tout.

Endo Michiro, lors du concert dans le village, en 2013.

Chats: tableau de chasse

Dans la maison il y a un coin où deux meubles forment un cul-de-sac parfait. Minou y amène les souris qu’elle chasse, elle sait bien que là les souris n’ont aucun salut possible car il n’y a aucun moyen de s’échapper; la seule issue possible mène directement aux crocs et aux griffes de Minou.

Il y a cette expression d’ailleurs 袋の鼠 fukuro no nézumi, la souris dans un sac, et cela décrit une situation dont on ne peut s’échapper.

Hier matin au lever, Minou est là tranquille silencieuse devant son petit cul-de-sac, elle guette une souris qu’elle y a amenée. On essaye d’attraper la souris pour la relâcher dehors, mais zut elle s’échappe dans la cuisine.

Un problème avec notre maison, c’est qu’il y fait sombre, et chercher une souris dans la cuisine n’est pas chose aisée.

En la cherchant sous les meubles on trouve une cigale, qui a dû être ramenée par Scotch l’été dernier.

Sous un tapis, on découvre un lézard aplati et séché.

Scotch rapplique et trouve la petite souris que nous cherchions, et la tue rapidement.

Nous finissons donc avec ce tableau de chasse des chats; une souris, une cigale, un lézard.

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Un tour au jardin

Comme chaque année les montagnes cette semaine sont magnifiques avec les jeunes feuilles; il y a une palette extraordinaire de verts et de couleurs.

Fin avril début mai; c’est peut être le moment où les montagnes sont les plus belles ici dans le coin.

Et comme chaque année je me relance dans le jardinage avec beaucoup d’espoir et d’excitation. Les récoltes ne sont jamais vraiment à la hauteur des attentes mais même sans grand résultat, jardiner me procure toujours beaucoup de plaisir. Et aussi l’occasion d’observer tout ce qui se passe; avec les insectes, la terre… et bientôt on verra les grenouilles aussi.

Les tas de bois sont prêts pour les hivers prochains.

Les premières feuilles du kaki

Les premières feuilles du grenadier

Les premières feuilles du figuier

Voici une vue du jardin. Tout est barricadé pour bloquer les chevreuils et les anagumas.

Côté Est

Côté ouest

J’ai planté des choux

Et il faut admirer la perfection de la nature, un jour plus tard on voit des oeufs d’insectes sur les feuilles … c’est vrai que c’est bon le chou !

Des carottes. J’ai jamais réussi à faire pousser des carottes jusqu’à maintenant

Dans les petits pots diverses pousses, pleines de promesses. courgettes. tournesols. concombres

J’ai des genres de petits pois aussi; ils démarrent bien.

Dans les grands pots noirs j’ai des mûriers. Je les planterai dans la montagne cet hiver

J’ai planté du gingembre aussi, faut attendre pour qu’il démarre.

Les insectes eux aussi font leur business

Question jardinage le voisin monsieur O est un pro. Son jardin est toujours très bien entretenu. Une chose intéressante; c’est qu’il a transplanté dans son jardin des plantes de la montagne: du tara (angélique du Japon). On en mange les pousses en tenpura c’est un régal.

Et aussi des fougères, on en mange les pousses au printemps.

Franchement on dirait des petits bras qui sortent de la terre.

Il m’en offre une grosse poignée. Je lui demande comment ça se prépare, il répond ‘ta femme saura’ 奥さんに任して

Scotch et la brouette

Poser le parquet

Sur le plancher refait nous posons un nouveau parquet, avec de belles planches de pin. Les planches font 3 cm d’épaisseur (1 sun), et quatre mètres de long.

On commence par transporter les planches.

Au début j’observe bien comment mon ami S. s’y prend. Il me dit que des parquets il en a posé des centaines de fois.

Et au bout de quelques heures je l’imite (pour les parties faciles). C’est pas mal; ça avance assez rapidement. On fait une bonne équipe. Il faut comprendre les étapes, les gestes, et le pourquoi du comment, et se lancer, en prenant le rythme. Tout commence par l’observation.

Après c’est comme les petits pingouins qui pour la première fois se lancent de la banquise.

On dirait que les colomnes de la maison ont vrillé, car leur côtés ne sont pas parallèles aux planches du parquet.


Parfois il faut tapper bien fort, sur le côté, pour forcer les planches dans la planche précédente, elles s’emboitent mais pour qu’elles s’emboitent l’une dans l’autre sans interstice, il faut tapper. Parfois même on les force avec un pied de biche.

Ça prend tout de suite de l’allure, et on a envie de s’asseoir sur ce nouveau plancher.

Cette colonne aussi, elle a vrillé… impressionnant !
Vue de dessous du plancher (la partie que nous avons refaite)

Voilà c est fini. Difficile avec mon appareil photo de capturer l’ensemble…

NDdP

Dans un job précédent un consultant spécialisé dans le risque industriel venait nous auditer chaque année.

Une de ses recommandations était de mettre en place une visite de vérification des chantiers 30 minutes après tout hot work, c’est à dire un travail avec une source de chaleur (comme par exemple une soudure). Ceci pour s’assurer de l’absence de tout nokoribi.

残り火

Nokoribi c’est litéralement un feu restant ou latent, indétecté sur l’instant mais qui peut donner lieu à un départ de feu 30 minutes plus tard; après que les ouvriers aient quitté le chantier.

Quand j’ai découvert avec effroi les images de notre dame de paris en flammes, j’ai tout de suite pensé aux recommandations de ce consultant, et me suis posé la question de comment un tel accident ait pû être possible.

Certainement une conjonction de négligences, car dans un environement professionel au top il y a des dizaines de procédures en place pour éviter ce genre de choses.

Ma deuxième pensée va aux centrales nucléaires éparpillées à travers la France, l’utilisation de la sous traitance y est intensive, et je suis certain qu’EDF fait tout pour y réduire ses coûts, dans ces centrales chaque année plus pourries. Mais ça on n’en parle pas.


Du bois difficile à fendre

Je prépare du bois pour les hivers prochains.

Dans ce domaine, il faut toujours des longueurs d’avance.

C’est Mister K qui m’avait informé d’un énorme tas de bois à aller ramasser, en décembre dernier

De diverses essences, et du bon bois. Qui chauffera bien. Dans le tas il y a du kaki, et voila un bois qui est bien difficile à fendre.

Même avec l’excellent merlin de la marque fiskars (Fiskars Iso Core 8 lb Maul 36 Inch, 751110-1001), faut frapper le bois à répétition comme un malade, pour qu’il commence à se fendre.

Ce tronc de kaki était conséquent. En son centre des galeries ont été creusées par des larves d’insectes, grosses gourmandes. Il faut de sacrées mandibules, pour creuser des galeries dans ce bois si dur. Là encore on constate la puissance de la nature.

J’avais vu une fois à la tv japonaise; un passage mémorable où un gars en montagne se faisait une belle poêlée de ces larves, avec du beurre et de la sauce de soja. Cela parait-il un bon goût de noisette.

S’occuper du bois de chauffe en plus d’être une bonne activité physique permet d’observer les différents écosystèmes qui se se développent dans les arbres. En plus de se muscler, on finit moins con.

Ah les chats !

Hanami au village

Cette année encore, ce dimanche les habitants du hameau se sont retrouvés pour faire un hanami: un grand pique nique, sous les fleurs des cerisiers.

Il faisait beau. Les cerisiers en fleurs étaient de toute beauté.

On se groupe par quartier ourinpo, soit un groupe de dix ou douze maisons. C’est le chef de rinpo de l’année qui arrange les boissons, thé, bière, shochu et les bentôs.

La maison de retraite amène une camionnée de vieillards, on les pose délicatement sur des chaises, ils sont bien, là, sous le doux soleil, et avec les employés ils entonnent des chansons d’enfants.

Monsieur K, conseiller municipal, prend sa retraite cette année. Il vient nous présenter son remplaçant, lequel; il faut remarquer, porte un costume trois pièces.

Sur la pelouse on déploie une grosse moquette et puis zouh des tables basses, quelques bancs, et c’est parti. Oh le bentô est magnifique! C’est un bentô à trois mille yens ça !

La bière se boit toute seule.

On parle de tout ou presque, du nom de la nouvelle ère, du manyoushu, ce recueil de poèmes du 8è siècle qui l’a inspiré, et du nouveau projet du voisin, avec ses plantations de vigne.

Ceux qui ont été malades parlent des opérations qu’ils ont subies. On s’attarde aussi sur les événements récents du village. L’installation d’une nouvelle famille.

Les enfants jouent. Ils découvrent dans un fossé le squelette d’un chevreuil. Ils ramassent les os, et les installent sur les branches d’un arbre. Un crâne, quelques tibias. Intéressant de voir comment cela amuse les enfants.

Le matin j’avais préparé des crêpes, elles reçoivent bon accueil, c’est un dessert bienvenu.

Je fais deux tailles de crêpes. Et les prépare à la maison, un peu comme des sushis, ou des onigiris. pâte à tartiner au chocolat, ou au café.

Une fois les bentôs terminés on s’en va butiner d’une table à l’autre, pour discuter avec les autres quartiers. On sort les bouteilles de shochu, cet alcool de patate douce. Les hommes et les femmes forment des groupes séparés.

Je fais la connaissance du petit fils de monsieur O, il a un an et est très mignon.

Un voisin qui travaillait pour une société de chemins de fer avoue; après des verres de shochu, avoir fait monter une jeune femme une fois dans sa locomotive. Il travaillait alors dans le fret. C’est génial!

Bien sûr tout le monde a ses soucis, petits et grands, mais sous les fleurs de cerisiers, on les oublie et on passe tous un excellent moment.

J’apprécie ce savoir vivre, ce savoir vivre ensemble que m’enseignent les voisins, dans leur grande générosité.