Un tour au jardin

Comme chaque année les montagnes cette semaine sont magnifiques avec les jeunes feuilles; il y a une palette extraordinaire de verts et de couleurs.

Fin avril début mai; c’est peut être le moment où les montagnes sont les plus belles ici dans le coin.

Et comme chaque année je me relance dans le jardinage avec beaucoup d’espoir et d’excitation. Les récoltes ne sont jamais vraiment à la hauteur des attentes mais même sans grand résultat, jardiner me procure toujours beaucoup de plaisir. Et aussi l’occasion d’observer tout ce qui se passe; avec les insectes, la terre… et bientôt on verra les grenouilles aussi.

Les tas de bois sont prêts pour les hivers prochains.

Les premières feuilles du kaki

Les premières feuilles du grenadier

Les premières feuilles du figuier

Voici une vue du jardin. Tout est barricadé pour bloquer les chevreuils et les anagumas.

Côté Est

Côté ouest

J’ai planté des choux

Et il faut admirer la perfection de la nature, un jour plus tard on voit des oeufs d’insectes sur les feuilles … c’est vrai que c’est bon le chou !

Des carottes. J’ai jamais réussi à faire pousser des carottes jusqu’à maintenant

Dans les petits pots diverses pousses, pleines de promesses. courgettes. tournesols. concombres

J’ai des genres de petits pois aussi; ils démarrent bien.

Dans les grands pots noirs j’ai des mûriers. Je les planterai dans la montagne cet hiver

J’ai planté du gingembre aussi, faut attendre pour qu’il démarre.

Les insectes eux aussi font leur business

Question jardinage le voisin monsieur O est un pro. Son jardin est toujours très bien entretenu. Une chose intéressante; c’est qu’il a transplanté dans son jardin des plantes de la montagne: du tara (angélique du Japon). On en mange les pousses en tenpura c’est un régal.

Et aussi des fougères, on en mange les pousses au printemps.

Franchement on dirait des petits bras qui sortent de la terre.

Il m’en offre une grosse poignée. Je lui demande comment ça se prépare, il répond ‘ta femme saura’ 奥さんに任して

Scotch et la brouette

Poser le parquet

Sur le plancher refait nous posons un nouveau parquet, avec de belles planches de pin. Les planches font 3 cm d’épaisseur (1 sun), et quatre mètres de long.

On commence par transporter les planches.

Au début j’observe bien comment mon ami S. s’y prend. Il me dit que des parquets il en a posé des centaines de fois.

Et au bout de quelques heures je l’imite (pour les parties faciles). C’est pas mal; ça avance assez rapidement. On fait une bonne équipe. Il faut comprendre les étapes, les gestes, et le pourquoi du comment, et se lancer, en prenant le rythme. Tout commence par l’observation.

Après c’est comme les petits pingouins qui pour la première fois se lancent de la banquise.

On dirait que les colomnes de la maison ont vrillé, car leur côtés ne sont pas parallèles aux planches du parquet.


Parfois il faut tapper bien fort, sur le côté, pour forcer les planches dans la planche précédente, elles s’emboitent mais pour qu’elles s’emboitent l’une dans l’autre sans interstice, il faut tapper. Parfois même on les force avec un pied de biche.

Ça prend tout de suite de l’allure, et on a envie de s’asseoir sur ce nouveau plancher.

Cette colonne aussi, elle a vrillé… impressionnant !
Vue de dessous du plancher (la partie que nous avons refaite)

Voilà c est fini. Difficile avec mon appareil photo de capturer l’ensemble…

NDdP

Dans un job précédent un consultant spécialisé dans le risque industriel venait nous auditer chaque année.

Une de ses recommandations était de mettre en place une visite de vérification des chantiers 30 minutes après tout hot work, c’est à dire un travail avec une source de chaleur (comme par exemple une soudure). Ceci pour s’assurer de l’absence de tout nokoribi.

残り火

Nokoribi c’est litéralement un feu restant ou latent, indétecté sur l’instant mais qui peut donner lieu à un départ de feu 30 minutes plus tard; après que les ouvriers aient quitté le chantier.

Quand j’ai découvert avec effroi les images de notre dame de paris en flammes, j’ai tout de suite pensé aux recommandations de ce consultant, et me suis posé la question de comment un tel accident ait pû être possible.

Certainement une conjonction de négligences, car dans un environement professionel au top il y a des dizaines de procédures en place pour éviter ce genre de choses.

Ma deuxième pensée va aux centrales nucléaires éparpillées à travers la France, l’utilisation de la sous traitance y est intensive, et je suis certain qu’EDF fait tout pour y réduire ses coûts, dans ces centrales chaque année plus pourries. Mais ça on n’en parle pas.


Du bois difficile à fendre

Je prépare du bois pour les hivers prochains.

Dans ce domaine, il faut toujours des longueurs d’avance.

C’est Mister K qui m’avait informé d’un énorme tas de bois à aller ramasser, en décembre dernier

De diverses essences, et du bon bois. Qui chauffera bien. Dans le tas il y a du kaki, et voila un bois qui est bien difficile à fendre.

Même avec l’excellent merlin de la marque fiskars (Fiskars Iso Core 8 lb Maul 36 Inch, 751110-1001), faut frapper le bois à répétition comme un malade, pour qu’il commence à se fendre.

Ce tronc de kaki était conséquent. En son centre des galeries ont été creusées par des larves d’insectes, grosses gourmandes. Il faut de sacrées mandibules, pour creuser des galeries dans ce bois si dur. Là encore on constate la puissance de la nature.

J’avais vu une fois à la tv japonaise; un passage mémorable où un gars en montagne se faisait une belle poêlée de ces larves, avec du beurre et de la sauce de soja. Cela parait-il un bon goût de noisette.

S’occuper du bois de chauffe en plus d’être une bonne activité physique permet d’observer les différents écosystèmes qui se se développent dans les arbres. En plus de se muscler, on finit moins con.

Ah les chats !

Hanami au village

Cette année encore, ce dimanche les habitants du hameau se sont retrouvés pour faire un hanami: un grand pique nique, sous les fleurs des cerisiers.

Il faisait beau. Les cerisiers en fleurs étaient de toute beauté.

On se groupe par quartier ourinpo, soit un groupe de dix ou douze maisons. C’est le chef de rinpo de l’année qui arrange les boissons, thé, bière, shochu et les bentôs.

La maison de retraite amène une camionnée de vieillards, on les pose délicatement sur des chaises, ils sont bien, là, sous le doux soleil, et avec les employés ils entonnent des chansons d’enfants.

Monsieur K, conseiller municipal, prend sa retraite cette année. Il vient nous présenter son remplaçant, lequel; il faut remarquer, porte un costume trois pièces.

Sur la pelouse on déploie une grosse moquette et puis zouh des tables basses, quelques bancs, et c’est parti. Oh le bentô est magnifique! C’est un bentô à trois mille yens ça !

La bière se boit toute seule.

On parle de tout ou presque, du nom de la nouvelle ère, du manyoushu, ce recueil de poèmes du 8è siècle qui l’a inspiré, et du nouveau projet du voisin, avec ses plantations de vigne.

Ceux qui ont été malades parlent des opérations qu’ils ont subies. On s’attarde aussi sur les événements récents du village. L’installation d’une nouvelle famille.

Les enfants jouent. Ils découvrent dans un fossé le squelette d’un chevreuil. Ils ramassent les os, et les installent sur les branches d’un arbre. Un crâne, quelques tibias. Intéressant de voir comment cela amuse les enfants.

Le matin j’avais préparé des crêpes, elles reçoivent bon accueil, c’est un dessert bienvenu.

Je fais deux tailles de crêpes. Et les prépare à la maison, un peu comme des sushis, ou des onigiris. pâte à tartiner au chocolat, ou au café.

Une fois les bentôs terminés on s’en va butiner d’une table à l’autre, pour discuter avec les autres quartiers. On sort les bouteilles de shochu, cet alcool de patate douce. Les hommes et les femmes forment des groupes séparés.

Je fais la connaissance du petit fils de monsieur O, il a un an et est très mignon.

Un voisin qui travaillait pour une société de chemins de fer avoue; après des verres de shochu, avoir fait monter une jeune femme une fois dans sa locomotive. Il travaillait alors dans le fret. C’est génial!

Bien sûr tout le monde a ses soucis, petits et grands, mais sous les fleurs de cerisiers, on les oublie et on passe tous un excellent moment.

J’apprécie ce savoir vivre, ce savoir vivre ensemble que m’enseignent les voisins, dans leur grande générosité.

Refaire le plancher (3) et deux autres découvertes

Finalement la nouvelle ère c’était pas genshô mais reiwa…

Dans l’article précédant nous avons refait les bases du plancher des deux pièces au fond.

Les deux autres pièces, du côté de l’entrée, le plancher a été refait il y a quelques années par l’ancienne proprio donc pas besoin de tout refaire. La aussi on retire et jette les tatamis, car le nouveau parquet d’étendra sur les quatre pièces. On retire aussi les cloisons coulissantes. Cela fait un grand espace:

Les deux pièces au fond où on a tout refait et puis les deux pièces où l’on garde le plancher plus récent et en bon état.


Le plancher qui a été refait à un moment, on distingue deux surfaces, une où les planches sont du cryptomère et sont neuves, une autre où de vielles planches de marronnier ont été utilisées.

A un endroit je remarque une masse, un gros truc sous le plancher … kézako c’est quoi. Encore un foyer, un irori 囲炉裏?

Il y a un interstice entre les planches, j’y glisse mon iPod et prends une photo … c’est en fait un ancien kotatsu.

Intéressant. En gros, une caisse de bois, sous le plancher, dans un cadre de bois et de torchis.

Au dessus il y avait une table basse. On s’asseyait par terre sur les tatamis et l’on glissait les pieds, sous la table, dans le kotatsu. Au fond il y avait un petit braséro pour une poignée de charbon de bois … avec une grille pour pas se brûler. Voilà comment passer l’hiver. Les pieds au chaud!

Les deux planchers (le neuf et l’ancien) ne sont pas à la même hauteur.

C’est parce que l’ancien plancher était ajusté pour des tatamis, qui font deux sun 寸(soit 6 cm) d’épaisseur. Or les planches de pin que nous allons poser font un sun d’épaisseur; il font donc élever l’ancien plancher d’un sun, d’un neuvième de sun pour être exact.

Pour celà on pose des tarukis ou chevrons d’un neuvième de pouce sur le plancher.

Ici aussi, simple sur le papier mais il faut s’assurer que les planches de pin du parquet arriveront directement sous les montants des fenêtres et il y a des différences de quelques millimètres. A certains endroits on rehausse les chevrons d’un chouya, en posant dessous une petite pièce de bois.


Les chevrons posés, les planchers sont alignés à la même hauteur et l’on est prêt pour la prochaine étape: la pose du parquet. Avec de belles planches de pin de quatre mètres.

Une autre decouverte interessante, dans un placard, cet … impermeable … un version hybride des nattes de paille que l on portait autrefois pour se proteger de la pluie … on en voit sur les estampes anciennes, doublée d’une feuille de tissu synthetique … meme S. n’a jamais vu de truc pareil !

On voit la découpe autour du cou qui permet de bien protéger les épaules
et, tout chiffonné, ce qui autrefois formait une capuche

Une nouvelle ère

Aujourd’hui 1er avril commence au Japon une nouvelle ère, avec l’abdication de l’empereur et le transfert de ses fonctions à son fils.

C’est donc la fin de l’ère Heisei (1989 2019), qui a suivi Showa (1926 1989), Taisho (1912 1926), Meiji (1868 1912).

Ce site dresse la liste impressionnante des ères impériales. Les premières datent donc de la période d’asuka au 7è?

Et donc ce matin vers 11 30 locales sera annoncé le nom de la nouvelle ère.

Si c’était moi (mais c’est pas moi), je choisirais 減少 genshou, réduction.

Réduction, cela irait bien avec la diminution de la population japonaise, un phénomène inquiétant mais désormais inévitable, et aurait aussi une connotation écolo: notre planète a besoin de décroissance et de déconsommation.

Côté pratique souvent on réfère aux ères (souvent pour les dates de naissance) par leur première lettre en alphabet romain, Heisei devient H; Showa S, Taisho T, et donc il faut que la nouvelle ère commence par une autre lettre, or, le G n’a pas encore été pris.

Vendredi Matin

Ce matin aussi, levé très tôt, à 4 heures.

Je bois un verre d’eau et vais dans mon bureau dans le jardin. Il fait encore nuit, et un peu froid, il fait huit degrés dans le bureau.

Première réunion à 4 heures trente, avec une équipe de l’Iowa. J’embraye à 5 heures avec deux gars en Virginie etc…

Mais ça se passe plutôt bien.

Vers 7 heures mon épouse m’apporte une tasse de café.

A 9 heures j’ai fini mes réunions. Je fais une pause. Et voilà le gros avantage à travailler à distance, chez soi, c’est que le temps nous appartient pleinement dès que l’on s’éloigne de l’ordinateur. Si j’était au bureau et si je devais faire une pause hé bien je serais toujours prisonnier au bureau, à regarder la moquette et les calvities des collègues.

Je vais dans le jardin fendre un peu de bois, histoire de commencer à faire quelque chose d’utile et agréable.

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Puis je vais voir si les gars des poubelles ont bien ramassé les tatamis que j’ai laissés la veille aux encombrants, car je suis pas sûr qu’ils ramassent les tatamis … en fait ils sont pas encore passés, mais un vélo y a été jeté … et il m’a l’air en bon état, quel dommage de jeter ça … je l’embarque.

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Car il pourra servir lorsque nous aurons des invités, ou des visiteurs dans notre future guest house. Il suffira d’y ajouter une selle …

Voilà donc un vendredi qui commence bien.