Celà fait sept ans que nous nous sommes installés au village. Comme dans beaucoup de choses la continuité paie. Le changement perpétuel, si il a des vertus, a un coût.
Je me replonge dans les photos prises les premiers jours lorsque nous étions venus visiter le village et la maison. Nous étions tombés par hasard sur l’annonce sur le net de cette maison en vente pour une bouchée de pain et avions fait dare dare les 600 km de Tokyo (deux heures en shinkansen) pour aller la voir.
A droite le hanaré que nous avons détruit et remplacé par la suiteA l’intérieur l’ancienne salle de bains Le truc avec la cheminée c’était pour chauffer l’eau du bain au boismur en torchis (土壁)derrière la maisonUne belle installation électriqueA droite, l’ancienne entrée pour la vacheDe la belle ouvrageUn cryptomère pousse dans la goutièreCeci dit, la toiture de la maison était en excellent état.Qui aurait dit qu’un jour j’installerais mon bureau au fond de cette construction toute rouillée.
Il a plu cette semaine et celà a apporté un boost remarquable aux plantes du jardin.
C’est comme si les plantes qui avaient très soif, car il n’avait pas plu assez longtemps, avaient patiement attendu, plusieurs jours immobiles sur leurs starting blocks.
Denis; fidèle lecteur du blog, résume la situation du jardinier avec la sagesse qui le caractérise:
Un jardin, lorsque l’on dispose suffisamment de place et de temps de libre pour s’en occuper, est un espace de ressourcement, de quiétude et de bien-être, et qui, de plus, nous permet de disposer de vrais bons légumes, au fil des saisons, et tout au long de l’année. Il n’y pas besoin de se prendre la tête pour cela, car, on peut commencer « petit », pour débuter, puis augmenter, au fur et à mesure de ses capacités, et de son propre apprentissage et découvertes, et ainsi avoir en retour un réel ressenti en réconfort et petite fierté personnelle, bien légitime.
Ceux là se régalent des feuilles de citrouillesAvec la pluie cette semaine, les carottes et les tournesols et autres ont reçu un bon boost.Oh la première framboise !La chasseuse … combien d’yeux a-t-elle?Futurs raisins ?Il en a presque trop de la roquette ….Des figues il y en auraSur une feuille du framboisierLa margose est une grimpeuse, j’installe deux grilles métalliques auxquelles elle s’agrippera sous peu.Oh les groseilles
La planète irait mieux si tout le monde pouvait avoir un petit bout de terre pour, comme nous, jardiner.
Tournesol et maïs poussent. Je suis curieux de voir si ils vont bien s’entendre.
Les carottes poussent bien, mais je vois bien qu’un de mes gros problèmes c’est que je sème avec une trop grande densité, et après je peine à éclaircir. Les plantes veulent pousser mais finissent par se gêner.
Les tomates; j’ai toujours eu du mal à les ‘ranger’, et garder leur croissance sous contrôle … je préfère les laisser libres, mais après ça fait un tel fouillis ! Gros capharnaüm en effet, ici les tomates sont avec de la menthe, du myouga, des courgettes et des groseilles. C’est comme le métro le matin; plein de gens qui n’ont rien en commun et qui sont obligés de se supporter les uns les autres.
Ce sera bientôt la fin des haricots pour les petits pois mais nous en avons bien profité.
Le potager n’est pas immense mais j’y ai planté quelques arbres. Ici un sudachi, qui nous laisse espérer avoir quelques fruits cette année ??
On espère que les petits phallus des courgettes deviendront grands, comme celui de Rocco !
Le grenadier est en fleurs.
Les framboises font leur boulot.
Les blueberry aussi !
Cette rangée marche bien. Petits pois et laitues. Par contre là aussi j’ai planté les laitues en trop grande densité. Il faut que je retienne cette leçon. Pour les petits pois cette année j’ai utilisé ces grilles métalliques qui servent à couler du béton. C’est plus facile à utiliser qu’un filet je trouve et ça fait moins fouillis.
Aussi dans les allées du jardin j’ai mis du gravier. Avec des tissus en plastique dessous. Dans l’espoir de stopper les mauvaise herbes; car sinon je finis pas passer mon temps à retirer les mauvaises herbes et je n’ai plus le temps pour m’occuper des légumes.
La coriandre et la roquette marchent du tonnerre.
Cette araignée tisse sa toile dans le ki-ichigo (rubus).
Des fraises aussi nous avons bien profité avec une belle poignée tous les matins. mais je ne les prends pas en photo.
Les insectes ont passé les feuilles de komatsuna à la mitraille. Je pense à la Syrie. Berceau de la civilisation. Qu’avons nous laisser faire à ce pays?
Les concombres, n’ont presque pas bougé d’un poil, la météo n’a pas été sensationnelle, mais bon, ils devraient pouvoir se refaire ….
Il y a un prunier, qui a crevé. A ses pieds, étendu les nattes de paille des tatamis de la maison de madame M … et Minou y fait la sieste !
Et comment pourrait on ne pas parler des tomates ?
J’ai commencé par tout nettoyer et il y a avait du boulot.
Les portes des placards de la cuisine faisaient beaucoup trop vieillot et je les ai retirées. Je les remplace par des planches de contreplaqué peintes en blanc.
J’opte pour la simplicité et l’économie de moyens.
Il faut un peu de fantaisie pour ne pas sombrer dans l’ennui, et j’essaie de voir si je peux faire les poignées des portes des placards avec des bois de chevreuil.
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J’ai un bon stock de bois de chevreuil. Chaque fois que j’en trouve un je le ramène à la maison. trouver un bois de chevreuil ne me laisse jamais indifférent, le moment est toujours particulier, j’interprète ces moments comme un message indécryptable envoyé par la forêt et les animaux.
Chacha le chien avec un bois de chevreuil
Je parle de cette idée d’utiliser des bois de chevreuil à mon pote S. qui va en chercher un planqué au fond de son atelier, mais son chien chacha est tout de suite très intéressée par l’objet et s’en empare.
Je fais plusieurs essais. Le truc c’est de pouvoir fixer dans le bois cette pièce métallique, pour les boulons. Au début j’essaie avec de la colle puis j’essaye de trouver de l’époxy c’est bien compliqué tout ça, pour finalement trouver que je peux visser la pièce métallique directement dans le bois… pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.
Les premiers essais sont assez satisfaisants je dirais. Le bois de chevreuil c’est une belle matière, et, en plus, un cadeau de la forêt.
Un essai avec quatre pièces … oh ! mais Minou est là !
On est allés faire un tour à Takasago. Ville de 92 mille âmes, située entre Himéji et Kobé et faisant face à la mer intérieure.
Takasago signifie les hauts sables.
Je voulais aller visiter le sanctuaire Shinto de Houden à Takasago depuis pas mal de temps. Le sanctuaire est bâti autour d’un énorme bloc de roche taillé dans la montagne.
Après le sanctuaire Houden, nous allons voir un quartier de la ville qui a dû connaitre son heure de gloire il y a 40 ans, et qui depuis …. part en rouille.
Cela donne des paysages désolés. Les rues vides et à moitié à l’abandon. Le capital et l’intérêt des gens se sont déplacés, vers le quartier de la gare sans doute. Ou vers les centres commerciaux.
C’est un peu comme les coquillages et les rochers que l’on peut observer lorsque la mer s’est retirée, à marée basse.
Un beau sanctuaire shintôUne ancienne galerie marchande. Il y reste une poignée de commerces.Un joli templeDans le cimetièreAh ! il y a encore un commerce. Chapeau.A noter, les quatre voitures ont le même numéro de plaque; 33-33.une suzuki jimmyLà on respire un peu.
Le mois dernier je suis allé faire changer les pneus, pneus neige pour pneus pas neige.
On fait toujours ces changements avec un gros mois de retard, on fait mettre les pneus neige après les premières neiges, et les pneus pas neige quand le printemps est bien avancé.
Pour ce faire on va au garage de monsieur K, qui est un copain d’enfance de mon ami S. et donc on se connait un peu.
Son garage est bien arrangé et agréable comme endroit.
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Je pourrais attendre dans la salle d’attente, il y a du café à volonté, des petits biscuits et un joli banc en cryptomère fait par le charpentier du coin, mais je préfère aller les regarder travailler et observer tous leurs outils.
La salle d’attente est bien arrangée et accueillanteces petits poissons; on les appelle médaka メダカTous les équipements qu’il faut. Les démonte pneus sont italiens.
On entend le coq chanter, car K. a un poulailler juste à côté du garage, il doit y avoir une vingtaine de volailles.
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Je lance: Dis, il est en forme ton coq !
K: Ah oui ! tu veux un ou deux poulets ? je peux te les mettre dans le coffre et tu pourras les manger ce soir !
Qu’est ce que ça m’amuse qu’il dise ça. D’ailleurs chaque fois que je viens le voir il me propose de prendre un poulet avec moi … Ça me fait rire.
Nous sommes allés faire un tour au fond de la vallée, il pleuvait par intermittence, et finalement nous n’avions rien de mieux à faire.
Mais cette petite promenade impromptue se finira par une grande découverte et des émotions puissantes.
On laisse le camion là, dans une grande clairière au bord d’une rivière. Le dernier hameau est à deux kilomètres, après ce sont des chemins de montagne.
Ils ont bien tout dégagé: cet endroit l’été dernier était encombré de pierres et de troncs d’arbres.
Cet ouvrage, qui sert à bloquer les grosses caillasses et les troncs d’arbres, était plein à ras bord l’année dernière. On voit encore les marques laissées par les pelleteuses.
Ensuite c’est ce petit chemin qui nous guide. Tout est si beau, avec la lumière de fin d’après midi. Les jeunes feuilles déploient une palette de verts illimitée.
Et le calme. On admire un martin-pêcheur, perdu dans ses pensées, sur une branche d’arbre.
Regardez ce qui se passe à droite, et vous verrez ce cours d’eau à qui la pluie des trois derniers jours a donnée beaucoup de vigueur. Et puis ces belles roches qui attendent notre départ.
Après le chemin fait un virage, et se met à monter sec. On finit par se focaliser sur ce chemin qui monte qui monte, on en oublie de prendre des photos.
Chaque nouveau virage fait découvrir un paysage magnifique. Je crois que l’on continue comme cela assez longtemps. On sait qu’à un moment il y aura moins de lumière et qu’il sera alors plus sage de rentrer, mais tout est tellement beau que nous continuons à nous laisser guider.
Je connaissais ce terme katsura, qui désigne un arbre, mais j’ignorais la traduction française. Un arbre à caramel… Voilà quelque chose qui fait rêver. Et propulse dans l’enfance.
On monte alors un escalier de pierre. On quitte la route et le lien qui restait avec la civilisation. Immersion totale.
Il fait frais. Il n’y a pas de sangsue.
Au moment où nous commençons à douter, où est le grand katsura, se dessine une silhouette imposante.
Et puis voilà on peut le voir dans toute sa splendeur, le grand katsura, l’arbre à caramel!
Le voilà, le katsura.
Il n’est pas seul; il y en a un autre, un peu plus haut. Voilà un endroit magnifique. Ces arbres mystérieux, la rivière à leur pied. et notre solitude; car il n’y a personne.
Dans la maison il y a un coin où deux meubles forment un cul-de-sac parfait. Minou y amène les souris qu’elle chasse, elle sait bien que là les souris n’ont aucun salut possible car il n’y a aucun moyen de s’échapper; la seule issue possible mène directement aux crocs et aux griffes de Minou.
Il y a cette expression d’ailleurs 袋の鼠 fukuro no nézumi, la souris dans un sac, et cela décrit une situation dont on ne peut s’échapper.
Hier matin au lever, Minou est là tranquille silencieuse devant son petit cul-de-sac, elle guette une souris qu’elle y a amenée. On essaye d’attraper la souris pour la relâcher dehors, mais zut elle s’échappe dans la cuisine.
Un problème avec notre maison, c’est qu’il y fait sombre, et chercher une souris dans la cuisine n’est pas chose aisée.
En la cherchant sous les meubles on trouve une cigale, qui a dû être ramenée par Scotch l’été dernier.
Sous un tapis, on découvre un lézard aplati et séché.
Scotch rapplique et trouve la petite souris que nous cherchions, et la tue rapidement.
Nous finissons donc avec ce tableau de chasse des chats; une souris, une cigale, un lézard.
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