Catégorie: journal
La maison de Madame M
Madame M est décédée il y a deux ans. Cette dame à la volonté et prestance exceptionnelles, qui a vécu des productions de son jardin, en quasi autarcie, jusqu’à un âge très avancé.
Une anecdote à son sujet, peu après notre arrivée dans le village; il y a six ans, je me suis mis a déplacer des rochers dans la rivière, pour essayer de la dégager et éviter les débordements lors de déluges; eh bien malgré ses quatre vingt dix ans elle est descendue dans la rivière venir m’aider ….
Depuis son décès, sa maison est restée vide. Sa maison est ancienne, centenaire. C’était, autrefois, le logement des instituteurs du village. Elle est adjacente à notre terrain.
L’idée d’acheter cette maison n’a cessé de trotter dans ma tête, et finalement nous nous sommes lancés.
Nous avons finalisé l’achat de cette maison hier. Maintenant que tout est fait, il nous reste à trouver un ou des projets pour cette maison (location court terme pour voyageurs égarés, bar pour les nuits de pleine lune, qui sait …).

Cette maison qui a tant de désavantages, c’en est presque charmant: pas de parking, petit terrain. Un peu sombre. (Lire l’éloge de l’ombre de Tanizaki).
Son schéma est identique à celui de notre maison, et probablement à toutes les anciennes maisons de la vallée. Également identique au plan de la maison de mille ans… sauf qu’il n’y avait pas de place pour y mettre une vache.
Une grande entrée, qui donne sur la cuisine. A gauche quatre petites pièces en tatami arrangées en quatre carrés adjacents comme l’idéogramme de la rizière 田. La pièce, au fond et du côté de l’entrée, abrite un tokonoma et l’autel aux ancêtres, ou butsudan. (celui-ci a été évacué).
Comme chez nous; la salle de bains a été ajoutée plus tard, pendant les seventies ?
Il y a eu quelques autres travaux, comme par exemple l’effacement des engawas (ces couloirs qui font une transition entre le dehors et le dedans) pour agrandir les pièces (les panneaux coulissants en papier rendus obsolètes avec l’introduction des rideaux), et l’entrée où un carrelage est venu remplacer la terre battue (chez nous c’est du béton).
L’esprit original de la maison est, malgré ces ajustements qui ont suivi les nouveaux modes de vie, préservé: la structure en bois avec les poutres et les piliers est toujours visible; les tatamis aussi sont encore là.
Cette modeste maison a du potentiel aussi: elle est petite et n’est pas gigantesque. Elle est en excellent état et il n’y a presque pas de travaux a faire. Elle donne directement sur la rivière, ce qui est sympa.
Il y a aussi une annexe, sur deux niveaux, qui servait de hangar pour les outils. Intéressant de noter que la surface construite pour l’habitation occupe la même superficie que pour stocker les outils et les choses du jardin ou des champs.

A ma demande, l’annexe a été laissée telle quelle, elle est donc encore pleine des outils plus ou moins anciens que Madame M et sa famille ont utilisés dans leurs potagers, montagnes et rizières.
La première tâche sera donc de dégager tout cela et de faire un peu de tri, il y aura sans doute des choses intéressantes, des objets d’autrefois; j’en dresserai la liste ici dans des articles futurs.
Penser à Madame M
En Octobre 2012, nous étions à peine arrivés au village, j’écrivais un portrait de notre voisine, Madame M, l’un des premiers articles de ce blog .
Madame M nous a quittés il y a deux ans maintenant.
La page 11 de ma nouvelle BD lui est consacrée.

Voici une version allégée de l’article de 2012.
Sa maison est juste à côté de la notre. Elle doit avoir 88 ans ?
Elle vit seule depuis j’imagine plusieurs années.
Son corps est très fin. Son visage bien sûr très ridé. Elle est courbée. Elle doit être toute légère. Comme un moineau. On la dirait faite en papier.
Pour se déplacer elle s’aide d’une canne. Pour les distances plus longues elle s’appuie sur un petit caddie qu’elle pousse.
Elle vit quasiment en autarcie. On la voit parfois 800 mètres en aval jusqu’à une superette, ou elle achète des petites choses. Pour tout le reste elle se nourrit de la production de son jardin.
Chaque jours elle traverse le village pour travailler sur ses deux jardins; un potager et un verger parsemé de chataigners. Le potager a une surface impressionante et je crois qu’il aurait facilement raison de mon dos et de ma patience.
Mais elle travaille dur, et ne laisse aucun espace inexploité, le potager est recouvert de plants de haricots, de patates douces et là ou il n’y a pas de légumes des fleurs draguent les abeilles.
Je la vois le soir l’été à son retour des jardins, elle rentre chez elle; pliée en deux au dessus de son caddie, son tshirt trempé de sueur.
Son jardin est situé en hauteur par rapport à la rivière qui irrigue le village. Si bien qu’elle doit transporter l’eau dans des seaux l’été lorsqu’il fait chaud.
Je la vois aussi sur le chemin du jardin transporter un débroussailleur à essence. L’engin est lourd, elle le pose à moitié sur le caddie qu’elle pousse, et je me demande bien comment elle peut parvenir à s’en servir dans le jardin.
Vous voyez, toute la détermination et la force qu’elle deploie dans son quotidien. J’avoue, moi qui ai la moitié de son âge, ne pas avoir cette même énergie.
Ma boite de vitesse est toujours en première, elle, est en cinquième.
Mais comme toujours et partout les efforts payent. Madame M. arbore un sourire qui éblouit. Son sourire, c’est comme un rayon de soleil, le champ d’un oiseau ou le rire d’un enfant.
Quelques photos du jardin
Les brocos et les laitues poussent plutôt bien. Il y a aussi quelques pieds de fèves. Les radis restent modestes et ne causent guère. Les épinards sont en fin de course.

Essayer de passer dans le jardin une heure tous les deux jours à peu près me fait beaucoup de bien. Cela me fait sans doute plus de bien à moi qu’aux plantes mêmes!
Cela me calme beaucoup.
La connexion avec la terre; et essayer de s’occuper des plantes .. .tout en observant les milles petites choses qui se passent.
Aujourd’hui après le boulot je plante du gingembre, dans le petit jardin derrière la maison.






Il n’y a pas que des légumes. J’essaie de faire démarrer des arbres, ici des ginkos, pour ensuite les transplanter dans la montagne. Plusieurs essais:avec des agrumes, des kakis, et des momijis. Ces ginkos proviennent des grains ramassées il y a deux ans.
Relire l’Archipel
Je relis l’Archipel du Goulag. Quel livre prenant.
Et cette page magnifique. Qui à mes oneilles sonne comme du Saint François d’Assise.
Et possédez le moins de choses possible; de façon à ne pas avoir à trembler pour elles!
N’ayez pas de bottes neuves, pas de chaussures à la mode et pas non plus de costume pure laine; de toute façon, ils seront volés, confisqués, escamotés, échangés, que ce soit dans un wagon de prisonniers, dans un fourgon cellulaire ou lors de l’admission dans une prison de transit. Si vous donnez tout sans combattre, l’humiliation empoisonnera votre cœur. Et si vous résistez, vous vous retrouverez dépouillé et la bouche ensanglantée.
Ne possédez pas! N’ayez rien! nous ont enseigné Bouddha, le Christ, les stoïciens, les cyniques. Pourquoi n’entendons nous pas, nous les avides, ce si simple sermon ? Ne comprendrons nous jamais que c’est en possédant que nous perdons notre âme ?
A la rigueur, laissez un hareng -salé- tiédir dans votre poche en attendant la prison de transit, pour ne pas être obligé à mendier à boire ici. Mais le pain et le sucre que l’on vous a donnés pour deux jours, mangez les en une seule fois. Ainsi personne ne vous les volera. Et vous n’aurez pas de soucis.
Soyez comme les oiseaux du ciel !
En revanche ayez ce qu’il est toujours possible de transporter avec soi: la connaissance des langues, des pays, des hommes. Que votre mémoire soit votre unique sac de voyage.
Retenez tout! Enregistrez tout! Seules ces graines amères auront peut être la chance, un jour ou l’autre, de lever.
Minou devant la maison

Les chats sur les toits
Que du bonheur, de voir les chats faire leur business dans le village en toute liberté.
Là nous surprenons Minou sur le toit de la maison de la voisine et Scotch sur un abri à bois.

Promenade à Tottori
On n’est pas loin de Tottori et de la mer du Japon qui borde cette préfecture. Nous sommes allés y faire un tour il y a quelques mois, pendant les vacances de fin d’année.
Découvert par hasard cette jolie ville, Kurayoshi.
Pour les amateurs de BD, Quartier Lointoin de Taniguchi Jiro se situe dans cette ville et ce quartier même que nous avons visité…

Chapeau… pour se garer là; de plus la rue est étroite.

Un bar … super …

La notice scotchée sur la porte confirme que le tout est sur le point de s’écrouler.

Le chat est vrai.

Le temps dans ce quartier s’est arrêté. Depuis quelque temps; C’est la fin des choses.


Une maison simple et belle.

On aime bien.

Un karaoké. On doit bien s’y amuser.


Il faudrait des fortunes pour entretenir ces vieilles battisses.


Dans un magasin de porcelaines.

Un fabricant de saké.

L’espoir retrouvé au bord de la rivière

Une maison que j’aime beaucoup
Faisant écho à cet autre article.
J’aime beaucoup cette maison la. Située au fond de notre vallée. Je vais le faire! Un jour je le ferai! le tour du village avec mon appareil photo et un trépied pour photographier et recenser toutes les maisons du village. Les anciennes et les nouvelles. Toutes. Ce serait un bon projet.

J’aime beaucoup cette maison parce que différents styles d’y retrouvent. On voit la partie la plus ancienne; avec ce toit imposant et très pentu (à l’origine; toit en chaume, qui nécessite une plus grande inclinaison) et puis, à une époque, ce toit a été raccourci et on y a ajouté une autre construction, avec un premier étage; période de prospérité.
Reconstruction du sanctuaire détruit
Il y a quelques mois déjà, un énorme cryptomère a détruit dans sa chute un sanctuaire shinto dans le village. La photo est assez impressionnante.

Depuis, tout a été dégagé; et les travaux de (re)construction ont bien avancé.
Je suis allé y faire un tour et le charpentier et un maçon y était affairés. Très sympa le charpentier, on a pu faire connaissance; et il m’a fait visiter le chantier.

Intéressant de noter que la nouvelle construction est différente. On ne fait pas à l’identique. D’ailleurs plus ouvragé et recherché qu’avant.


Cet élément entre les deux poutres, s’appelle; m’explique le charpentier, kaérumata ou les cuisses de la grenouille. 蟇股

Non seulement le charpentier est très sympathique mais il a aussi un beau camion.

Pour la construction il a choisi du cyprès hinoki ヒノキ 檜. Le plafond est fait avec du sugi cryptomère すぎ 杉.

Le charpentier est également bien organisé avec ce système pour réchauffer les canettes de café. Quand j’étais étudiant en Pologne j’utilisais un truc similaire pour chauffer des boites d’épinard.
Je suis vraiment content de savoir que ce sanctuaire est reconstruit, et ce dans les règles de l’art.
Mais ce qui me réjouit aussi, c’est qu’autour du sanctuaire; là où se dressaient les cryptomères qui se sont écroulés; ils ont planté des arbres. Des érables du Japon.

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