Catégorie: vie à la campagne
Une maison que j’aime beaucoup
Faisant écho à cet autre article.
J’aime beaucoup cette maison la. Située au fond de notre vallée. Je vais le faire! Un jour je le ferai! le tour du village avec mon appareil photo et un trépied pour photographier et recenser toutes les maisons du village. Les anciennes et les nouvelles. Toutes. Ce serait un bon projet.

J’aime beaucoup cette maison parce que différents styles d’y retrouvent. On voit la partie la plus ancienne; avec ce toit imposant et très pentu (à l’origine; toit en chaume, qui nécessite une plus grande inclinaison) et puis, à une époque, ce toit a été raccourci et on y a ajouté une autre construction, avec un premier étage; période de prospérité.
Opération civet de chevreuil
Le mois dernier nous sommes allés visiter le bout de la vallée avec un jeune couple d’amis qui cherchent une maison.
Le hameau au fond de la vallée, plus de la moitié des maisons y sont abandonnées. Vingt personnes à peine y vivent encore.
C’est un bel endroit, entièrement couronné de montagnes. En fait c’est un coin magnifique.
Pour la visite nous sommes allés voir le chef du hameau; et avons fait les présentations. Puis nous sommes allés voir une maison genre Totoro, une très belle maison, une ancienne ferme, en assez bon état et tout le confort d’il y a un siècle à peine. A louer, pour une somme modique.
Bon finalement le jeune couple d’amis ça les a pas emballés mais c’est bien d’avoir quand même essayé me dis je.
A la fin de la visite le chef du hameau clopin clopant nous conduit à un petit hangar où trois frigos regorgent de viande de chevreuil.
Il prend les chevreuils dans des pièges, de grandes cages métalliques.
Une fois zigouillés, avec une lance, et tant qu’à faire il faut viser dans le cœur, pour bien les saigner, il les amène dans le hangar où il fait les découpes. En témoigne le sol écarlate. Et les crochets qui pendent du plafond. J’aurais dû prendre une photo. Deep Japan ou Deep France, c’est pareil ! Beaucoup de fondamentaux sont communs.
Il nous donne un énorme morceau de viande. 4 kilos.
Je l’ai mis à décongeler dimanche. Hier matin j’ai découpé le beau morceau. Toucher cette viande, cette viande vraie, réelle, pas comme celles prédécoupées et sous cellophane des super marchés ** était très agréable. On sentait encore la force et la puissance de l’animal.
Je vais faire un civet. Je vais laisser encore mariner un peu. J’irai en apporter un morceau au chef du hameau. En espérant ne pas me planter !

**A ce sujet regardez le film le gendarme à New York avec De Funès. Où ils se moquent des Américains avec leurs beef steaks sous cellophane.
Opération Charbon de bois
Dans sa base secrète (秘密基地), dissimulée des regards, dans une vallée inhabitée, mon ami S. s’est remis à faire du charbon de bois. Je ne sais pas si j’ai déjà fait un article sur cette base. Je crois pas. Ah si! Le voila. En 2013 peu après notre arrivée.
Il a construit deux fours à charbon de bois dans sa base. Il en parlait depuis 4 ans au moins, d’allumer les fours et d’y refaire du charbon de bois mais c’est finalement cet hiver qu’il s’est décidé à s’y remettre.
C’est vraiment pour le fun qu’il fait ça, S.
Il aime à continuer les gestes d’autrefois.
Autrefois: beaucoup dans la vallée étaient charbonniers.
Je suis allé prendre quelques photos.
Toute cette opération tient du domaine du magique. Il faut bien observer et avoir une intuition développée pour réussir à faire du charbon de bois.
vocabulaire
炭焼き sumiyaki charbon de bois
窯 kama four
Première étape, préparation du four en l’emplissant de bois. Cette fois S. utilise des branches de cryptomère.

Ensuite on commence à chauffer le four.


Cela prend plusieurs heures et des litres de bière.
Le four bien chauffé, on ferme la gueule du four.

S. a fait lui même ces fours à charbon de bois.
Des ouvertures au sommet permettent de réguler les entrants en oxygène.
De la on peut observer ce qui se passe à l’intérieur.

A l’intérieur on dirait un petit volcan.

Je ne me souviens plus exactement. On attend deux à trois jours. La gueule du four refermée.
Puis le moment venu, on ouvre et on retire le charbon de bois. On voit cette fois ci ça a un peu merdé, beaucoup de bois s’est entièrement consumé.

Il fait une chaleur d’enfer. On sort le charbon de bois incandescent du four.
On le recouvre ensuite de sable pour stopper la combustion.

Cet article a été lu et approuvé par Kiri chan le chaton.

Prêts pour 2018
Des quantités phénoménales d’arbres se sont écroulées avec le dernier typhon; il suffit de se baisser et d’en ramasser (j’exagère un peu).
Nous avons donc un énorme tas de bois derrière la maison, avec lequel nous nous chaufferons l’année prochaine. Nous sommes donc prêts pour 2018.

Voilà une activité que j’adore, ramasser du bois dans tous les coins de notre vallée, découper des arbres tombés et caetera.
Avec le copain K. nous partons au fond de la vallée. Un chemin forestier défoncé de toutes parts, pour récupérer un cyprès écroulé. K. collecte les branches pour en faire du charbon de bois, je récupère le tronc pour Calcifer.

La forêt sent la réglisse; que l’on y est bien. Le silence est doux et léger.

A la fin de la journée, on voit à notre plus grande surprise quelqu’un qui descend le chemin en vélo, il porte une grande serpe. Il nous demande ce qu’on fait là; nous lui demandons ce qu’il fait là.
Pour finir; ce message, aperçu sur un sac, dans un magasin de la gare d’Osaka.
Bonne fin d’année à tous.

Des nouvelles du sanctuaire détruit
Dans un article récent on voit un sanctuaire shintô qui a été détruit en partie par la chute d’un arbre gigantesque, lui même mis à terre par un typhon de grande puissance. La théorie des dominos.
On peut constater sur les photos récentes que tout a été dégagé. Les petits édifices qui avaient été endommagés ont été démontés. Et les poutres qui peuvent être brûlées ont été alignées, apprêtées pour un bûcher futur.
Nous sommes constamment impressionnés par la capacité des Japonais de ranger et tout remettre en ordre après les multiples catastrophes qui dans une procession ininterrompue viennent frapper l’archipel. On peut voir comment au prix d’efforts considérables les régions du nord dévastées par le raz de marée de 2011 ont été nettoyées des millions de tonnes de gravas. Idem pour la centrale nucléaire de Fukushima détruite (par contre; ranger les atomes et les remettre dans leur boite -de Pandore- est chose impossible), où l’on voit dans les reportages comment tout a été rangé, nettoyé, aligné, étiqueté.
Ainsi préserve t on peut être l’illusion que l’homme est aux commandes ? Il faudra que je pose la question à Minou notre chat.



L’espace vide, rectangulaire, où étaient les édifices avant le typhon, a été purifié. Il est délimité par ces cordelettes ponctuées des bandes de papier blanc (shidé, 紙垂). Je me demande quand les travaux de reconstruction vont commencer. Incessamment sous peu ?

Photo après le typhon

Photo après le dégagement de l’arbre

Des endroits merveilleux
Des endroits merveilleux il y en a bien une bonne poignée, dans notre petit village où personne ne vient jamais.
D’ailleurs pour le faire visiter et mieux connaitre je devrais peut être acheter une vieille maison, la retapper et en faire une guest house ? Vous viendriez nous voir ?
Au fond de la vallée, il y a un petit hameau. Plus que vingt personnes y vivent. Il est à moitié déserté. Mais c’est un très bel endroit et ma bicyclette m’y conduit presque chaque jour. Avec le pilotage automatique.
A l’entrée de ce hameau que les montagnes couronnent, un sanctuaire shintô. (jinja).
C’est un endroit magnifique. Merveilleux. On monte un escalier de pierre, un écriteau informe de la présence des vipères.



Une fois en haut on arrive au pied d’un cryptomère gigantesque. C’est un géant, en effet. Il n’y en a pas beaucoup comme lui. Son écorce est molle, douce et chaude. On pense à la peau d’un éléphant ou encore d’un vénérable vieillard. C’est assez incroyable. On passerait des heures à observer et caresser l’écorce.



Et puis il y a le sanctuaire. C’est un miracle qu’il tienne encore debout. Dans dix ou vingt ans; faute de population pour l’entretenir ou le réparer ce sera sans doute une ruine.
Ce sanctuaire fait l’intersection entre l’homme et la nature, le profane et le sacré.

Chose peu courante pour un sanctuaire de si petit calibre, son entrée protégée par deux gardiens de bois silencieux.


C’est peut être aussi celà qui nous touche car les gens qui ont construit tout cela nous les connaissons presque à moins que ce ne fussent leurs parents ou leurs grand parents.



Bref. Un beau moment d’émotion.
Welcome to Deep Japan.
Et puis d’autres arbres .. certains, fatigués, se sont couchés.



Hommes au travail
Tour de vélo cet aprèm 37 km. Il y a pas grand monde dehors.
Quelques hommes travaillent dans leurs jardins. La terre de ment pas !
On discute un peu.


Discussion avec le boulanger
Ce dimanche matin je vais faire quelques courses; je passe à la supérette de la ville voisine y acheter du pain. Il y a là un bon boulanger, un personnage sympathique.
On se dit toujours bonjour, il a étudié en France.
Il me pose alors la question: 世界はどうなるとおもいますか。Que va t il advenir du monde ?
Ma réponse est immédiate: さらに悪化する。Ça va aller de mal en pis. 特に環境の破壊 En particulier la destruction de l’environnement. Je pense aussi a la disparition annoncée du monde sauvage. Les éléphants. Les lions. Les hippopotames. Et les peuples natifs.
Il est très surpris de ma réponse….Il dit:
なにをすればいいですか。Qu’est ce qu’il faudrait faire ?
J’hésite .. Je réponds qu’il faut planter des arbres ...
Et la bourse alors ? 株はどうなる demande t il encore … Vendez tout ai je envie de répondre mais je me retiens !
Il glisse deux cannelés (cadeau) dans mon sac et on se dit au revoir …
Sur la route du retour ça me tarabuste … j’arrête la cassette des sonates de Haydn par Gould et je me dis que ma réponse de planter des arbres c’est bien, mais j’aurais dû aussi dire qu’il faut aimer. Donner de l’amour. Ce que le boulanger fait déjà, en faisant du bon pain et de bons desserts … Il est sur la voie, le boulanger … L’amour, c’est la seule chose que l’on a vraiment et que l’on peut donner. Everything is love.
De retour au village je vais voir S. Je récupère un énorme tronc de cryptomère pour bourrer le ventre de Calcifer notre poêle à bois. S. est affairé et débroussaille le versant de la montagne. Ici, de nombreux arbres se sont brisés ou effondrés suite au dernier typhon. Il y a beaucoup de bois à récupérer. La route pour accéder à cet endroit est très abrupte. La vue sur la vallée est magnifique.
On fait une pause. J’ai amené du bon café tout chaud.
Je raconte à S. la conversation avec le boulanger. Il est entièrement d’accord, le monde part en couille.
S. dit, en rejetant une bouffée de tabac, et zieutant nos camions arrêtés sur la pente qui descend: il faut faire marche arrière. バックせなあかんなぁ。
En contemplant la vue magnifique qui s’étale à nos pieds on se dit que nous tous qui vivons dans notre petite vallée, on a fait marche arrière et c’est pour ça qu’on y est très bien.
Ça nous fait bien rigoler.
Bon c’est pas tout mais il faut charger le petit camion !


Quel beau projet ! (My hero)
Une belle rencontre faite la semaine dernière.
Je faisais un grand tour en vélo. J’avais remarqué cette belle ferme avec son toit de chaume (recouvert de tôles comme il est d’usage). J’étais un peu inquiet, il y avait des travaux, on démolissait une maison attenante.


J’étais inquiet que cette belle ferme soit elle aussi détruite. Ici on ne pense pas que les maisons durent, et on les rase facilement pour éviter les travaux d’entretien ou même de payer des taxes. Et personne ne s’intéresse à ces fermes.
Avec chacune de ces belles fermes s’en va un vestige des temps passés et une beauté d’architecture, à chaque perte le village perd de son caractère et de son authenticité.
Je m’approche pour en avoir le cœur net. Car les travaux semblent prendre plus de temps que de normale. Il y a un gars qui s’affaire … Il m’appelle, du haut de son échelle ‘hey wakame tamago‘ …
Ah ben, on se connait! C’est monsieur T. Nous avions rencontré son père, un autre personnage hors du commun…! Il est charpentier! Je lui demande ‘qu’est ce que tu trafiques … ‘

Il a en effet viré une maison des seventies qui était juste à côté de la ferme ….. mais la ferme, il va la restaurer.
Il va la restaurer pour y vivre avec sa famille.
A part la toiture, cette maison ressemble en tous points à la nôtre. Du point de la conception c’est tout à fait pareil. L’entrée, le doma. A droite la pièce où vivait la vache, et la cuisine. A gauche un espace avec quatre grandes pièces de tatami et le tokonoma (où se trouvait sans doute le butsudan). Dans les seventies ils ont dû ajouter une salle de bains … Etonnant que les plans de nos maisons soient tout à fait identiques. Notre maison a peut être 80 ans. Cette ferme de mister T. a plus de 150 ans et date d’avant de l’ère Meiji.
Il a retiré les planchers. On voit les foyers qui ont été arrangés dans l’après guerre, c’était lorsque l’on s’affairait à la sériciculture, l’élevage des vers à soie.
Tout cela me donne la pèche. C’est extraordinaire que T. le jeune charpentier se lance dans un si beau projet. Je suis content de constater qu’il y a des gens qui apprécient les vieilles bicoques … je me sens moins seul!
Ce projet de monsieur T. je vais le suivre à la loupe, et j’écrirai moults articles pour en présenter les évolutions et les partager sur ce blog.

remarquables charpentes.


au centre de chaque pièce on voit les anciens foyers utilisés lors de l’élevage des vers à soie.

le tokonoma

le vélo a peut être 150 ans aussi …


Le pote à trois pattes
Affairé à l’ordinateur ce matin; je travaille sur un gros féchier Excel. La fenêtre est ouverte, le son de feuillages froissés parvient de la montagne.
Sans doute un chevreuil me dis je, je lève la tête et juste en face du bureau … mon pote à trois pattes.
Ce chevreuil a une patte avant sectionnée. Prise dans un piège ou un fil de fer. Il vient souvent chez nous dans notre jardin, on est devenu potes.


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