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Minou (encore) dans la montagne

Un Premier Janvier à la campagne

J’ai toujours aimé les fins et débuts d’année au Japon. A Tokyo j’appréciais les rues vides du jour de l’an et la tranquillité soudaine qui enveloppait la ville.

A la campagne ici le premier jour de l’an est encore plus tranquille.

Le matin on mange du sétchi, la cuisine traditionnelle du nouvel an. Ma femme prépare normalement le sétchi, et le ozoni, mais cette année nous avons changé et avons commandé le sétchi  à un restaurant de la ville voisine.

On boit un peu de saké en échangeant les voeux.

Le plat de sétchi est beau et coloré. Il est également chargé de significations. Cela devrait être le sujet d’un article. A réfléchir il y a beaucoup de choses chargées de sens au Japon, au Japon, en fait tout est signes, l’écriture elle-même étant constituée de signes (les idéogrammes).

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En fin de matinée nous partons tous les trois (Minou elle est partie dans la montagne) marcher jusqu’au petit sanctuaire shintô au fond de notre vallée.

A l’entrée de la vallée il y a un sanctuaire beaucoup plus important; les gens se déplacent de loin pour le visiter et il y a moults boutiques de vendeurs ambulants sympathiques, les tékiyas, parfois affiliés aux yakuzas, qui vendent des saucisses; des bananes fourrées au chocolat, des frites ! du calamar frit ! Du bon junk food pour les jours de fête.

A la foule joyeuse du grand sanctuaire nous préférons le calme du petit sanctuaire au fond de la vallée. Il faut grimper un escalier de pierre dans la montagne.

chemin vers le sanctuaire DSC_1983

Le sanctuaire est là; tout beau, avec les magnifiques décorations traditionnelles, les kadomatsu. Tout est propre et bien entretenu malgré la population vieillissante et décroissante. On se sent bien devant le petit sanctuaire. On sent nos coeurs se calmer et se connecter à la terre.

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Ensuite nous suivons un petit chemin dans la forêt. La forêt autour du sanctuaire est protégée, et elle n’a pas été convertie en plantation de cryptomères. Les arbres sont magnifiques. Il y a la un arbre géant. Nous allons le voir. Autour de son tronc une corde shiménawa souligne le caractère exceptionnel et sacré de cet arbre.

arbre géant 2041

Quel magnifique endroit. Il est intéressant de noter que la foule préfère s’agglutiner autour des fritures et des saucisses. Nous sommes seuls. Ces beaux arbres autour du sanctuaire, forment un véritable power spot. A l’inverse aussi, le sanctuaire a été construit sur un power spot, et le renforce sans doute. Mon cerveau se vide de ses détritus.

Notre fils en voyant le grand arbre dit: on dirait l’arbre de Totoro ! En effet un gros Totoro passerait facilement dans le trou qui le perce.

Vocabulaire

O Sétchi 御節 La cuisine traditionnelle que l’on mange au premier de l’an

Shimenawa 注連縄 La corde ornée de papiers blancs pliés que l’on noue autour des choses sacrées

Tékiya  テキ屋 Les vendeurs ambulants que l’on voit dans les fêtes et les foires

Kadomatsu 門松 Décoration pour le nouvel an, constituée notamment de bambous taillés en biseau.

Le plan de la montagne

Ragafrance avait suggéré que je fasse un plan de la montagne. C’est chose faite !

On voit bien les trois terrasses qui se succèdent. La première je l’ai nettoyée (débroussaillé la jungle) et nous y avons planté une vingtaine d’arbres depuis l’année dernière.

La deuxième terrasse est inchangée, et occupée de cryptomères et de théiers.

La troisième est couverte de cryptomères avec une grande clairière en son centre, un typhon il y a 10 ans y a tout arraché.

Je suis en train de dégager tous les arbres effondrés pour faire place nette.

Une prochaine étape aussi sera d’y abattre les cryptomères en mauvais état.

 

 

le plan de la montagne

Petit à petit

Petit à petit l’oiseau fait son nid ….. petit à petit la montagne prend forme à force de nettoyer et de ranger les troncs d’arbres effondrés.

nettoyage de la montagne

Le mieux c’est d’y aller à la hache. On travaille ainsi son swing.

arbre courbe coupe hache

Maintenant que le tout est plus facile d’accès, on peut mieux apprécier la vue sur le village …

vue du village de la montagne

Mikados géants dans la montagne

Notre petite montagne est constituée de 3 terrasses qui se succèdent. Depuis L’année dernière je me suis focalisé sur la première terrasse, et c’est la que je suis en train de planter des arbres.

Plus haut il y a deux autres terrasses. La seconde, au milieu, est assez clean, et est occupée de cryptomères et de théiers.

La troisième terrasse est la plus grande, et est en partie obstruée par des cryptomères écroules il y a dix ans. Après le passage d’un typhon.

Ces cryptomères sont tombés les uns sur les autres et ils forment un réseau de mikados géants.

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Avec ma tronçonneuse je m’avance donc dans ce tas de mikados, et je commence à déblayer. Il faut couper les troncs d’arbres en sections de 1.5 à 2 mètres. Pour pouvoir ensuite les déplacer et les ranger. Il n’y a pas de route d’accès, donc je fais tout a la pogne, sans engins.

Comme dans le jeu mikado, il faut réfléchir avant de mettre en route la tronçonneuse, et imaginer comment les troncs d’arbres vont réagir à notre intrusion. Certains vont se mettre à glisser le long des pentes, et dans ce cas la, faut pas se trouver sur le passage. D’autres, poussés par le poids d’autres arbres vont ployer ou se relever, et il faut veiller alors à ne pas y bloquer la tronçonneuse dans le bois qui pourrait se resserrer sur elle.

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Au bout de deux heures de travail, le réservoir de la tronçonneuse est vide. Moi aussi. Je commence à fatiguer et c’est à ces moments la que l’on commence à faire des erreurs, qui éventuellement peuvent conduire à une blessure.

Les forestiers, les pros, qui travaillent ainsi dans la forêt, savent gérer leur force en prenant des pauses régulièrement et savent faire la sieste dans les montagnes. Ils sont très forts, de pouvoir travailler ainsi toutes les journées.

Mais ceci dit travailler ainsi dans la montagne donne une pêche incroyable. Je pense que c’est le silence, la tranquillité, le contact avec la terre, le bois et les plantes. On respire au rythme de la nature et il y a comme une communion. D’autant que ce travail, ça n’est pas pour gagner de l’argent ou exploiter quelque chose, c’est pour rendre la montagne encore plus belle.

 

Retrouver la montagne

Quelle incroyable joie que de retourner dans notre petite montagne ce week end, et de pouvoir y travailler de nouveau. J’ai vraiment merdé je l’avoue lorsqu’en mars après une courte visite qui s’est soldée par dix sangsues dans chacune de mes bottes  j’avais décidé de ne retourner dans la montagne qu’en automne !

D’ailleurs il y a des produits chimiques qui repulsent les sangsues et la vieille recette qui consiste à enfiler autour des bottes des tissus imbibés de sel. Si je peux contrôler le problème des sangsues, il ne restera que celui des frelons … ca doit être gérable ! Franchement !

En tout cas maintenant que nous sommes en novembre c’est reparti pour un grand tour.

A ma surprise la nature n’a pas recouvert toute la terrasse de la montagne d’un épais réseau de bambous. Tout est bloqué par la végétation certes … mais bon c’est pas du bambou. Plutôt une bonne nouvelle donc.

Les cages en métal que j’avais arrangées pour les 6 arbres plantes l’année dernière tiennent encore debout. Le métal est recouvert de rouille.

Dans les cages, les arbres ont bien poussé je pense. Le grenadier, particulièrement, ce qui est une vraie surprise. La végétation à l’intérieur des cages a énormement poussé, ce qui a pu gêner éventuellement le développement des arbres. Il faudra que je recouvre le sol de carton pour limiter cela. On voit que les chevreuils ont mangé de ce qui a poussé en dehors des cages … Merci les chevreuils.

Cette année je vais nettoyer plus en profondeur. Il reste des dizaines troncs d’arbres écroulés il y a dix ans. Je vais dégager tout cela. Trop lourds si trop longs, il faut les découper en morceaux de un à deux mètres avant de pouvoir les tirer avec le tobi et les porter et les ranger en jolis tas.

Il faut veiller à protéger la chaine de la tronçonneuse qui ne résiste pas au sable ou aux petits cailloux qui se retrouveraient sur les troncs d’arbres tombés à terre.

D’ailleurs c’est très bien de couper les troncs à la hache, plutôt qu’à la tronço, un merveilleux exercice que j’apprécie beaucoup. La tronçonneuse …  Si on pouvait, on ferait tout a la hache !

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Réparer l’ancienne serpe

C’est l’automne, d’ici quelques semaines, il n’y aura plus ni sangsue ni frelon et je retournerai dans notre petite montagne. Le but, débroussailler, continuer à déblayer et planter des arbres. C’est donc le temps des préparations. Car telle est ma mission.

Un truc à faire, remplacer le manche de la serpe et en réarranger la lame. Cette serpe est ancienne. Un voisin me l’avait offerte l’année dernière après que nous ayons acheté notre petite montagne. Elle avait dû appartenir à son père ou son grand père. La lame porte le nom du forgeron qui l’a faite ainsi que le nom de la ville de Shiso; proche de 10 kilomètres.

Autrefois il y avait une trentaine de forgerons à Shiso, je crois comprendre qu’il n’en reste aujourd’hui que deux ou trois. Ces forgerons fournissaient les agriculteurs et les forestiers en outils … Pas du made in china mais du made à dix kilometres de la maison.

Je me suis bien servi de la serpe l’année dernière, mais tapant comme un malade sur des tonnes de lianes et de bambous j’en ai brisé le manche et abimé la lame.

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D’abord je protège la lame dans un journal plié pour éviter de me trancher les bras.

Je scie dans la longueur un nouveau manche, sur 3寸, 3 sun, soit trois pouces. Les charpentiers utilisent toujours le sun comme mesure et expliquent que les chiffres exprimés en pouces sont plus faciles à retenir qu’en centimètres car ils sont sont plus petits. (par exemple 3 sun au lieu de 10 centimètres).

Il est un peu plus délicat de voir où percer le manche pour y insérer les deux clous de fixation.

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Mais bon on y arrive après avoir fait une copie de la lame sur un bout de papier.

Ensuite je passe la lame à la meule pour la corriger, et effacer les éclats faits l’année dernière.

Finalement je passe la lame à la pierre à aiguiser pour la reprendre en douceur. Ce  type de travail avec la pierre ou la meuleuse invite toujours à apprendre des gestes. A les faire bien. C’est tout un art. A chaque fois on finit par se laisser guider par le geste. La pierre et le métal se parlent et on suit le geste qu’ils nous incitent à faire. C’est très reposant.

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Le résultat est assez concluant.

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J’en profite pour dégager l’entrée de la montagne. La végétation obstrue l’entrée.

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Les branches coupées, on les amène ensuite aux chèvres du voisin qui sont toutes contentes. Elles aiment bien ces feuilles.

Rien ne se perd. Tout se transforme.

Une cabane en forêt

A en croire les vieux du village cette jolie cabane plantée au beau milieu de la forêt (ici on dirait plutôt au beau milieu des  montagnes !) a une histoire particulière.

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Moi j’imaginais qu’il s’agissait d’une cabane pour les forestiers, les forestiers iraient y faire une pause pendant la journée de travail. Remarquez le porche joliment fait qui se fait asseoir deux personnes à l’abri des éléments.

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Mais en réalité on nous dit que cette cabane permettait autrefois aux villageois qui se rendaient à travers les bois jusqu’à la vallée voisine, de s’y reposer.

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Les gens allaient donc faire leurs courses à pied jusqu’à la vallée voisine. A vol d’oiseau ça n’est pas si loin et Google Maps confirme en effet que la cabane est bien située à mi chemin entre deux vallées. C’est fantastique, non?

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Energie Solaire et bois de chauffe

La recherche d’opportunités pour trouver du bois de chauffe est constante. Car, en hiver, Calcifer notre poêle à bois a très faim.

Cette fois-ci c’était assez spécial: nous avons reçu l’appel d’une connaissance nous informant d’une gigantesque installation de panneaux photovoltaïques  à 30 kilomètres du village.

Pour ce faire une entière foret a été rasée. Et il est possible d’y aller chercher du bois.C’est un gros chantier avec des pelleteuses et plusieurs dizaines de personnes. Les branches des arbres ont été broyées, et il reste les troncs d’arbres, coupés et rangés en tas réguliers.

L’installation photovoltaïque est impressionnante. La capacité prévue est de 2 Mégawatts. 2 Mégawatts … c’est vingt mille panneaux solaires …

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Pour nous c’est une affaire en or, car il suffit de charger le camion et de prendre tout le bois possible.

Cela pose la question tout de même de l’énergie solaire déployée ainsi à échelle industrielle. L’énergie solaire c’est l’avenir absolument … mais raser des forêts pour poser des milliers de photovoltaïques ? On peut être dubitatif. Est-on condamné à toujours détruire la nature ? Encore la démesure, l’hubris ?

Voir le sol de la forêt, dénudé, écrasé et tassé par les engins est une vision attristante. La vie est partie et la terre meurt.

OK l’énergie solaire est nécessaire pour pouvoir se désengager du nucléaire et du pétrole, ces grands cancers qui dévorent l’avenir du monde; donc cette installation, c’est donc un moindre mal. Mais si quelqu’un venait à me demander mon avis je dirais que je préfère l’installation solaire modeste sur le toit de la maison autonome et pas raccordée au réseau … voila le rêve.

On note le développement exceptionnel du solaire au Japon grâce à une tarification avantageuse et garantie pour 10 ans …. les photovoltaiques poussent partout comme des champignons.

Mais bon pendant ce temps, on a chargé le camion de notre ami. Les essences sont de qualité. Beaucoup de chêne. Le bois coupé au mois de mai a séché pendant l’été. Reste à le couper, le fendre et à le ranger avec amour …. Y a du boulot !

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4:30 du matin

Les photos datent d’un mois déjà. De juin.

Avant les premières chaleurs de juillet. Oui les photos et cette promenade c’était le 10 juin. Je m’étais réveillé très tôt, par hasard, à 4 heures trente, au moment du lever du jour.

route au matin

route au matin

Une belle promenade donc. En marchant de la maison vers le fond de la vallée. C’est l’une de mes promenades préférées ici. On monte jusqu’à un très joli hameau. Il y a de belles maisons, dispersées le long de la rivière. Des maisons sont plus anciennes que d’autres, mais elles se fondent admirablement avec le paysage des montagnes et des forêts.

On voit qu’à une certaine époque on vivait pleinement en harmonie avec la nature. Certaines maisons se fondent dans la forêt et ne font qu’un.

la maison se fond dans la montagne

la maison se fond dans la montagne

Plus loin en continuant de suivre la route qui monte on remarque des élevages de poulets désaffectés et détruits. Il y a un temps les oeufs des poules étaient d’or. L’affaire devait marcher et rapporter des sous. Le rapport avec la nature évoluait, avec l’établissement d’une économie d’extraction … des oeufs de poule. Tout cela a périclité.

adieu poulets

adieu poulets

 

Plus loin encore les ombres des dernières maisons. Sans doute les charbonniers ou les bûcherons y vivaient encore il y a 40 ou 50 ans ! L’homme s’est retranché plus bas dans le village, laissant derrière lui toutes ces vieilles épaves et des tas d’ordures.

maison detruite

maison détruite

La nature elle est toujours là. Ici deux cryptomères, plantés de main d’homme pour faire des poteaux électriques, sont encore debout.

Leurs congénères autour d’eux se sont effondrés ou brisés, et l’on voit la forêt se régénérer dans ce qui apparait un fouillis et qui en réalité est un message d’espoir.

la nature

la nature