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Travaux collectifs: le nettoyage de la rivière
Une fois l’an, un dimanche après midi en décembre, tous les habitants du village se regroupent pour le nettoyage de la rivière. (voir aussi l’article écrit en 2012 sur le même sujet !)
Ici dans cette région du Japon les précipitations peuvent être soudaines et très importantes. Il y a aussi les typhons. Il est crucial que la rivière soit propre et qu’aucun obstacle ne vienne à freiner son débit. Sinon, il pourrait y avoir des désastres, comme des débordements, des inondations avec des maisons emportées par les flots déchainés ou encore l’effondrement de berges ou de ponts.
Le nettoyage de la rivière, c’est un événement important. Ca n’est pas unique; au Japon c’est très répandu je crois. Qu’en est-il dans les campagnes de France et d’ailleurs ?
En tout cas on peut apprécier de voir la petite communauté prendre le sort de sa rivière en main et unir ainsi ses forces cet après midi d’hiver, sans utiliser les resources ou les services de la municipalité, de la région ou de l’état. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.
Tous les hommes se regroupent. On est en habits de travail. Tout le monde porte à sa ceinture une serpe kama 鎌, ou bien une hachette nata 鉈, ou encore une scie noko 鋸.
Le chef du village aura décidé des petits groupes qui vont se répartir le travail à différents endroits le long de la rivière. Puis on va couper les bambous ou encore retirer les poubelles ou les branches de bois mort qui encombrent le lit de la rivière. Tout le monde est très bien organisé. Il y a ceux qui descendent dans la rivière pour couper et tronçonner, il y a ceux armés de leur petits camions keitora dans lesquels ils vont charger toutes les coupes pour les emmener ailleurs, là où on ira faire le tondo plus tard en janvier.
Cette année notre équipe était chargée de couper et débiter un vieux marronnier dont le tronc courbe venait freiner le débit de la rivière pendant les grandes pluies. Je suis triste de voir couper ce bel arbre. Je voulais nettoyer la rivière, pas vraiment voir couper d’arbres. Mais bon, cet arbre, un typhon aurait pu l’arracher, et il aurait pu alors se ficher sous un pont et qui sait alors si le pont aurait pu résister à la puissance décuplée de l’eau. Le malheureux marronnier, finira d’ailleurs dans notre tas de bois pour être jeté dans le ventre de calcifer.
Après deux bonnes heures de travail on se retrouve tous au foyer du village, les hommes s’asseyent d’un côté et les femmes de l’autre. La bière, le saké, le shochu. Des bouts de cochon, une soupe, une salade de pattes mmm quel régal. Les gens sont de bonne humeur. C’est une petite fête.
Quel bon moment en bonne société!
Calcifer se régénère (ôde)
Calcifer, notre poêle a bois.
Calcifer, c’est le cœur de la maison
Calcifer c’est le réacteur de la maison_sous_marin_nucléaire
Calcifer hiverne l’été et se réveille quand il fait froid
Calcifer l’hiver nous propulse vers les tropiques
Calcifer est un volcan sympathique mais gourmand de bûches
Calcifer nous fait voir les étoiles, en nous transportant jusqu’au centre de la Terre.
Avec Calcifer Minou le chat devient Tigre du Bengale
Aujourd’hui, Calcifer se refait une beauté
Grace aux hommes à poêles,
On lui purge les tuyaux, lui frotte les boyaux
on le démonte, on le désosse
on le brosse on le nettoie
on le décrasse jusqu’à la dernière vis
on l’aspire et on lui vide le ventre de ses cendres froides.
Calcifer, on le sait: il nous enterrera tous.
Les hommes à poêles
Les hommes à poêles sont de sacrés professionnels.
Ce sont eux qui ont installé Calcifer le poêle à bois lors de notre emménagement dans le village.
Nous leur avons demandé de venir ramoner et de faire le full health check de Calcifer !
D’abord ils sont chics et élégants; regardez les beaux pantalons, ensuite on voit le soin et la fierté qu’ils ont à faire leur travail. Et dans la bonne humeur.
Marque de respect du client, il ne demandent pas à utiliser les toilettes à la maison, ils font faire pipi au loin, on ne sait où. Allez trouver pareil en France !
Et quand on demande à les prendre en photo, pour le souvenir et pour le blog, ils font nian avec le poing, en imitant la petite patte du chat. .
ニャン!
Bref ce sont de vrais artistes … A droite Monsieur K, CEO, accompagné de ses superbes acolytes. Allez !!! Toute le monde à poêle !!!
Energie Solaire et bois de chauffe
La recherche d’opportunités pour trouver du bois de chauffe est constante. Car, en hiver, Calcifer notre poêle à bois a très faim.
Cette fois-ci c’était assez spécial: nous avons reçu l’appel d’une connaissance nous informant d’une gigantesque installation de panneaux photovoltaïques à 30 kilomètres du village.
Pour ce faire une entière foret a été rasée. Et il est possible d’y aller chercher du bois.C’est un gros chantier avec des pelleteuses et plusieurs dizaines de personnes. Les branches des arbres ont été broyées, et il reste les troncs d’arbres, coupés et rangés en tas réguliers.
L’installation photovoltaïque est impressionnante. La capacité prévue est de 2 Mégawatts. 2 Mégawatts … c’est vingt mille panneaux solaires …
Pour nous c’est une affaire en or, car il suffit de charger le camion et de prendre tout le bois possible.
Cela pose la question tout de même de l’énergie solaire déployée ainsi à échelle industrielle. L’énergie solaire c’est l’avenir absolument … mais raser des forêts pour poser des milliers de photovoltaïques ? On peut être dubitatif. Est-on condamné à toujours détruire la nature ? Encore la démesure, l’hubris ?
Voir le sol de la forêt, dénudé, écrasé et tassé par les engins est une vision attristante. La vie est partie et la terre meurt.
OK l’énergie solaire est nécessaire pour pouvoir se désengager du nucléaire et du pétrole, ces grands cancers qui dévorent l’avenir du monde; donc cette installation, c’est donc un moindre mal. Mais si quelqu’un venait à me demander mon avis je dirais que je préfère l’installation solaire modeste sur le toit de la maison autonome et pas raccordée au réseau … voila le rêve.
On note le développement exceptionnel du solaire au Japon grâce à une tarification avantageuse et garantie pour 10 ans …. les photovoltaiques poussent partout comme des champignons.
Mais bon pendant ce temps, on a chargé le camion de notre ami. Les essences sont de qualité. Beaucoup de chêne. Le bois coupé au mois de mai a séché pendant l’été. Reste à le couper, le fendre et à le ranger avec amour …. Y a du boulot !
Le cerisier éléphant
En explorant un chemin qui part dans la forêt je découvre une magnifique clairière, au bout de laquelle de vieilles tombes sommeillent. Ca n’est pas le cimetière principal du village. Il n’y a que quelques tombes.
C’est un lieu de paix. Le chant des oiseaux. Le calme humide de la forêt. On est totalement avec la nature. Les ancêtres qui reposent ici sont privilégiés. On les envierait presque.
Au pied des tombes s’étend dans un grand creux, une fosse: un ancien champ de théiers.
Là, un immense cerisier est effondré. Des ronces et la jungle un peu partout.
Plus tard je vais voir le chef du village. Et m’enquiers de cet arbre. Il est tombé, tout seul apparemment. Après vérifications je décide de récupérer le bois du cerisier dont Calcifer, notre poêle à bois, sera friand.
Voilà une entreprise un peu ardue pour mon niveau et mon expérience somme toute encore limités.
Il faut:
descendre dans la fosse,
dégager les criptomères effondrés et les ronces qui bloquent le passage,
atteindre le cerisier; tronçonner.
porter le bois jusqu’au chemin;
charger la brouette,
descendre la brouette sur cinquante mètres;
décharger tout;
et ensuite tout ranger dans le camion.
C’est beaucoup de travail, mais comme on voit à chaque nouveau projet, il suffit de chercher le meilleur angle d’attaque et d’y aller, tranquillement; et en faisant attention à ne pas se blesser. A partir de ce point là, il n’y a pas vraiment de risque. Il suffit d’y aller.
Le travail est intense et très agréable. Le cerisier est beaucoup plus grand que je ne l’avais imaginé. Et le bois, bien qu’un peu humide, est en excellent état.
A tronçonner cet arbre géant, j’observe et apprends sa structure. On peut imaginer comment il se dressait et emplissait la clairière de son énergie, avant qu’il ne tombe. Ses branches, énormes, font penser aux pattes d’un éléphant qui se serait échoué ici dans les bois. Je découpe les morceaux de bois avec respect et reconnaissance. A plusieurs reprises d’ailleurs je m’entends dire merci.
Je me dis que ce bois que je vais finir par brûler je le vole à la forêt car sans mon intervention il serait lentement retourné à la terre et aurait nourri des millions de petites bestioles et aurait embelli la forêt une nouvelle fois, de son énergie.
Il s’agit là d’un réel transfert d’énergie. L’énergie de l’arbre que le temps et les champignons et la terre auraient lentement absorbée; je la prends; la mets dans mon camion et Calcifer le poêle à bois nous la restituera sous forme de chaleur.
Les tronçons que je tronçonne. Je pense à ces images abominables des trafiquants d’ivoire (et le roi d’Espagne aussi) qui massacrent les pachydermes.
Pourquoi l’arbre, éléphant de la forêt, est-il tombé ? Suis-je dans le cimetière des éléphants ?
Là, deux des six jizos qui marquent l’entrée du cimetière. A leur pied, le cerisier éléphant.
C’était un cerisier géant.
que ma tronçonneuse démembre.
et que je charge dans la brouette bleue.
Le camion Keitora est plein, bien au delà de sa limite de 350kg.
Et on range le bois, sous un abri provisoire. Le temps d’agrandir l’abri bois …
Le chauffage au bois en sept points
Se chauffer exclusivement au bois comme nous a des implications nombreuses et évidentes. Tentons de les décrire ici, en sept points.
1) Il faut un poêle à bois ou une cheminée. 🙂 Les cheminées en tant que telles sont des constructions illégales au Japon. (séisme) Au Japon faire installer un poêle a bois est onéreux. C’est donc un investissement conséquent. C’est un engagement financier, et aussi un engagement en temps et en travail.
2) Le chauffage au bois c’est opter pour un modèle économique alternatif.
3) Se chauffer au bois implique d’apprendre à allumer un feu. On peut toujours s’amuser avec cela. « Essayer d’allumer un feu avec une seule allumette ». Se chauffer au bois c’est en effet l’occasion d’apprendre beaucoup de choses differentes et de maitriser plusieurs skills.
4) Il faut également se procurer du bois. Et avoir un plan, pour stocker idéalement assez de bois pour deux années de chauffage.
Jusque là je me suis fourni en bois de multiples façons:
4.1) Récupération du bois de deux anciennes maisons détruites. La première fois la maison qu’un voisin du village a faite raser, la deuxième l’ancien hanare qui était dans notre jardin et qu’on a fait détruire. Dans ce cas le bois est très sec. Par contre il est plein de clous et d’autres objets métalliques. Il faut séparer les clous des cendres si l’on veut réutiliser les cendres dans le jardin. Et puis, il faut tronçonner et fendre le bois soi même. Un seul clou et hop, la chaine de la tronçonneuse est niquée, il faut donc être vigilant!
4.2) Quand on a sa propre foret on peut aller se servir tout seul, récupérer du bois mort ou encore couper des arbres. C’est ce que je ferai avec ma montagne. Mais c’est un effort physique considérable, que de descendre du bois de la montagne, sans utiliser d’engins mécaniques.
4.3) Acheter le bois. Au Japon le bois de chauffage est assez onéreux. Il faut avoir des connexions et des amis auprès desquels on peut acheter du bois à bon prix.
4.4) Il faut aussi être constamment à la recherche d’opportunités. Madame machin, 92 ans, veut se débarrasser de son marronnier dans son jardin ? Alors allons l’aider et coupons-le.
Cette activité de recherche du bois a une conséquence sociale et économique. On apporte du business aux amis, plutôt qu’a Kansai Electric Co. Voila un cercle vertueux. Je préfère donner mes sous à mon voisin qui a du bois plutôt qu’au EDF local.
Par contre on n’économise par forcement des sous. Le Japon n’est pas le Canada.
5) Tout cela, c’est BEAUCOUP de travail. Beaucoup de Travail = Beaucoup de temps.
Un travail physique, dont le résultat est visible et immédiat. Voir le tas de bois grossir et emplir l’abri bois, c’est gratifiant. Fendre les buches, d’un beau coup de hache qui fait mouche, c’est beau aussi. C’est un art. Cela implique la maitrise de la hache, et de certains gestes.
Dans tous les cas c’est un travail qui donne chaud, le bois nous réchauffe donc à plusieurs reprises. Lors de son transport, de sa préparation et de son stockage. Et finalement à la maison l’hiver le soir, devant le poêle à bois. Thoreau a déjà décrit celà.
6) Il faut pouvoir stocker le bois et le garder dans de bonnes conditions de séchage et d’aération. J’ai construit deux abris bois. Et suis sur le point de considérer la construction d’un troisième.
Abri bois principal
Deuxième abri bois. construit devant la maison de la voisine.
Pour les bricolos néophytes comme moi construire des abris bois est une excellente expérience. Fort de cette expérience, je pourrai, plus tard, construire des cabanes, sans grand problème je pense. Les principes sont les mêmes.
J’ai récemment mis la main sur ce nouveau stock de bois, maintenant sous un abri provisoire. les deux autres abris sont pleins à l’heure actuelle.
7) En dehors de ces considérations pratiques, il y a une dimension spirituelle qu’on ne peut oublier et qui dépasse même toutes les précédentes.
7.1) D’abord, ce contact permanent avec le bois. Cette matière qui est belle aussi bien morte que vivante. Le contact avec le bois est en toute occasion agréable et procure satisfaction.
7.2) Ensuite le travail physique qui est nécessaire. Ce travail, fondamental, primordial, me rattache a l’humanité, qui pendant des millénaires a effectué les mêmes gestes, et ce, jusqu’à l’apparition du chauffage au gaz ou au fioul. C’est enracinant, en quelque sorte. Le soucis d’avoir assez de bois pour chauffer la maison nous rappelle aussi à un autre mode de vie, où tout n’est pas disponible au bout d’une prise de courant ou d’un interrupteur.
7.3) Il y a finalement le feu. Le foyer. Allumé, le poêle à bois s’anime et devient comme une nouvelle présence a la maison. Comme un dieu protecteur et destructeur. On est moins seul.
Minou et Calcifer
En tronçonnant
Je tronçonne les poutres de notre vieil hanaré, démoli en juin. Les poutres devenues bûches nourriront Calcifer le poêle à bois. C’est un très bon exercice et l’occasion pour moi de me familiariser avec le maniement de la tronçonneuse. Certaines poutres sont minées de clous et il faut veiller à les éviter, pour ne pas endommager la chaine. Je me protège les mains avec de gros gants de cuir.
Les essences, essentiellement du cryptomère, du cyprès et du pin. Pas de chataigner malheureusement. Pas forcément donc le meilleur bois pour se chauffer, mais ce sera comme rendre un dernier honneur au bois du vieil hanaré. Certaines poutres au fil des ans ont fait le régal des insectes qui y ont creusé des réseaux de galeries. D’autres poutres sont en excellent état et je me dis que c’est un peu dommage de les donner à manger au poêle à bois car elles pourraient très bien servir pour d’autres projets. Il suffirait de passer un coup de rabot rapide sur les faces grises pour redonner au bois toute sa beauté d’origine.
Une surprise, dans la mortaise d’une poutre, deux oeufs de gecko.
Calcifer – portrait
Calcifer, c’est notre poêle à bois. Il nous a bien aidé pour passer l’hiver au chaud. Il nous a aussi donné beaucoup de travail, pour aller trouver le bois dont il est si friand. On peut parler de transfert d’énergie. Ma sueur pour aller chercher le bois; le couper; le ranger etc … et le travail des forêts et du soleil et de la pluie pour faire pousser les arbres … tout celà pour que nous n’ayons pas froid.
Aujourd’hui en ce début mai il fait frais; et nous réveillons Calcifer et lui offrons quelques bûches.
Sacré Calcifer ! Il fallait bien que je le dessine et que j’en fasse le portrait; pour vous le présenter.
Le poêle à bois
Les hivers ici sont rudes, la mer du Japon sous l’influence de la Sibérie n’est pas loin, à peine 100 kilomètres.





























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