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S’occuper de ses oignons
Dans son excellent book ‘le jardinier maraicher’ Jean Martin Fortier explique bien que la moitié de temps du maraicher est dédiée à la récolte et aux activités post récoltes.
Ayant passé la moitié de samedi à récolter les oignons et à les préparer … je confirme.
On me dit dans le village que cette année les oignons n’ont pas bien marché. En effet les nôtres sont assez petits. Par contre les oignons rouges me paraissent très bien.
Ce demi samedi à m’occuper de mes oignons est bien agréable. Il fait bon temps.
Le travail manuel lorsqu’il est simple et répétitif offre à l’esprit l’occasion d’aller librement, en fait le cerveau essaie de se ‘reconstruire’ en mettant en ordre certaines informations .. par exemple les informations parfois contractictoires ou morcelées que l’on a accumulées la semaine de travail et bien des fois comme ça lorsqu’on est occupé à ces travaux tout d’un coup il y a une idée ou une pensée qui vient et on se dit ha ben se je fais ça ça devrait marcher ou alors tiens blah blah…
Les oignons je leur coupe les racines.
Je les passe dans l’eau pour les laver. Pratique, le champ est une ancienne rizière et les rizières à côté sont en pleine activité (le riz a été planté) et donc l’eau coule dans les canaux à profusion.
On partage la récolte fifty fifty avec mon ami S.
Ensuite je vais dans notre montagne couper un long bambou, il doit faire huit mètres, nous l’utiliserons pour y accrocher les oignons sous un auvent.
Oui tout celà est potentiellement fastidieux, mais en réalité c’est un vrai plaisir de récolter le fruit de son … heu … travail …
Travail Travail …Essayons de voir comment de temps tout celà m’a pris
- Au préalable nous avons dû passer 2 bonnes heures pour préparer le rang (ajoût de fumier et passage au motoculteur)
- 1 heure pour aller acheter les pousses, ça devait être en novembre.
- 3 heures pour planter 450 oignons.
- Ensuite j’ai dû retirer les mauvaises herbes une ou deux fois, disons trois heures.
- 5 heures pour récolter laver transporter ranger etc
Total 2 1 3 3 5 donc 14 heures. on voit ici que le temps de récolte est plus proche d’un tiers (35 pour cents) du total.
Voilà donc; les oignons on a passé un peu de temps à s’en occuper.
Et bien le temps où l’on s’occupe de ses oignons on ne dérange personne !

Et oui on les distingue à peine les oignons … Avec les mauvaises herbes … En tout cas c’est le moment pour les récolter.
A gauche vous reconnaissez les pommes de terre. La petite bulle au fond c’est des topinambours qui carburent bien. Et le rang du milieu donc c est les oignons …

Les oignons rouges sont bien réussis. Pour ce travail de récolte, le temi, ce panier plat à moitié ouvert est très pratique.

C’est pas non plus gigantesque cette récolte, mais je bats mon record personnel.

Ensuite on les laisse sécher une bonne journée.

Voilà bien des gestes qui doivent être universels.

Un beau coin
Ca commence à bien pousser dans le champ et le jardin.
Quelques photos d’un très beau coin que nous avons découvert il y a deux semaines.
C’est un endroit situé à 30 km au nord de notre petite vallée. Il s’agit du sanctuaire shintô Mikata.
御形神社(みかたじんじゃ) – 宍粟市 (mikata-jinja.com)
Ce sanctuaire aurait été établi en 772. Il y a quasi 1250 ans. C’est l’époque de Charlemagne.



A l’entrée du sanctuaire de l’alcool pour se désinfecter les mains. Merci corona


Ce sanctuaire Mikata est très connu dans la région. On comprend vite pourquoi.
Mais ceci dit des coins magnifiques comme ça il y en a un peu partout dans la région. Suffit de s’aventurer un peu.



Faire une Bibliothèque de voyage ?
Je travaille à la maison et ce depuis notre installation à la campagne en 2012. 8 ans déjà. L’âge de ce blog.
Pendant ces huit ans j’ai installé mon bureau dans différents endroits de la maison.
Au début c’était dans la cuisine. Ensuite dans le hanaré que nous avons fait construire. Plus tard dans un petit espace que j’ai aménagé derrière l’atelier et, finalement, dans la maison de la voisine que nous avons achetée il y a deux ans.

Travailler à la maison, télétravail; il est très important de faire une claire séparation entre le travail et le non travail dans l’espace et le temps. Dans l’espace, il s’agit de pouvoir s’installer et travailler dans un espace dédié au travail, et séparé du non travail.
Depuis quelques mois je travaille donc dans l’ancienne maison de la voisine que j’ai un peu réaménagée mais quelque chose manque.

J’ai une belle collection de livres la pléiade. Cette collection je l’ai commencée il y a plus de vingt ans.
Des livres, beaucoup achetés d’occasion, dénichés chez tous les bouquinistes possibles de Paris, Tokyo, Osaka. Ca a donc accompagné mes cheminements et promenades; que du temps agréable à se balader et chercher des bouquins. C’est encore plus précieux n’est ce pas lorsque l’on vit si loin de la France.
Une large collection ici à la maison me permet de puiser mes lectures sans avoir à me limiter. Ah? je veux lire Montaigne ? bien sûr c’est la. les œuvres complètes. Montesquieu ? Of course! Et pourquoi pas un peu d’Albert Cohen. Et une goutte de Saint John Perse.
Et pour agrémenter mon nouvel espace de travail, j’ai envie d’installer ma collec’ de pléaides dans mon nouveau bureau. C’est toujours rassurant d’être en bonne compagnie et de pougner entouré de tous ces poètes illustres.
Donc; faire des étagères ? nan, j’ai envie de quelque chose de plus amusant …
Vient alors l’idée de faire comme une grande malle, où je pourrais ranger mes pléiades. Un peu comme à l’image des anciennes bibliothèques de voyage. C’est bien plus marrant qu’une bête étagère. regardez comme c’est beau:

A noter comment le monde change. Si autrefois Louis Vuitton faisait de belles malles pour les bibliothèques de voyage, maintenant ils font des malles pour des collections de basket.
Malle Sneakers Toile Monogram Éclipse – Voyage de luxe | Homme | LOUIS VUITTON
Soit les gens riches (les rois du pétrole?) ont troqué leur books pour des kindle; soit leur niveau culturel a terriblement baissé!
Admirez cette merveille de malle de voyage à paire de baskets, de cent soixante cinq mille euros, soit le prix de quatre maisons dans le village!

Voilà pour l’idée. Bien entendu mon budget pour cette bibliothèque de voyage est bien plus limité, je dépenserai moins de 10,000 yens (70 euros) pour la faire ! Pas 165 000 ….
Nonbiri nougyoubu An 2
Cette année aussi nous faisons notre petit projet d’agriculture nonchalante (ou insouciante) nonbiri nougyoubu, avec mon ami et voisin S.
のんびり農業部
Ce matin nous avons débroussaillé et déposé les herbes coupées sur le rang où, hier, nous avons planté quelques kilos de gingembre.
A propos n’hésitez surtout pas à vous offrir le T shirt du nonbiri nougyoubu! A ce jour je suis le seul au monde à le porter! Comme celà on sera deux, ou plus ..
Club d’agriculture insouciant T-shirt by wakametamago | Society6

Avec S ensuite on prend un petit café. Le champ est adjacent à son atelier. Vous savez au Japon on trouve partout du café en canette, dans les distributeurs automatiques … Il y a cette marque de café emblématique BOSS.
Cette répétition annuelle des gestes du champ, on peut la transposer avec la répétition de l’actualité avec le coronavirus. Pas que ça se répète à l’identik, mais que ça empire, même…. L’année dernière on découvrait tout celà et nous étions très loin de penser que la pandémie durerait plus d’un an. Raoult aussi d’ailleurs …
S. la clope au bec dit que c’est bizarre tout de même que malgré tous les variants du connarovirus qui sont détectés un peu partout, …. qu’il n’y ait pas de vague reportée en Chine… Qu’est ce qu’il passe… La carte au PCC a t elle le pouvoir de repousser le virus …
Dans le champ du nonbiri nougyoubu nous avons:
deux rangs de pomme de terre
un beau rang d’oignons
un peu d’ail
des fèves et des haricots grimpants
et puis nous avons planté samedi donc du gingembre.
La semaine prochaine nous planterons du koimo (ou taro, wikipéd)

Avant que nous passions les débroussailleuses, pommes de terre et oignons …

J’essaie de faire mes propres outils. A gauche la lame d’une petite serpe en acier inoxidable achetée pour trois cents yens (soit 1300 anciens francs) que j’ai fixée au manche (long) d’un ancien outil. Je l’utilise pour retirer les mauvaises herbes.
A droite j’ai pris la tête de ce que l’on nomme ici un bichu (備中) comment appelle t on cet outil en français ? et l’ai mis sur un manche court.

Le cadre est magnifique, plus encore en cette saison.
En parallèle dans le jardin de la maison je prépare moultes semis qu’une fois prêts j’irai planter dans le champ de S.

Eh oui ils sont là, impatients et si tout se passe bien ils passeront à la casserole.

Et puis, surtout, prendre le temps de souffler un peu et d’admirer la beauté de tout ce qui est autour de nous, même jusque dans la fleur des poireaux … Dans les moments de tourment, heureusement, il y a encore la beauté pour nous sauver.


Plein les yeux!
Comment ça va; chers amis.
Il a plu toute cette journée de samedi, jusqu’au début de l’après midi en vérité.
Le soleil a pointé le bout de son nez vers quatre heures et nous avons décidé d’aller faire un tour et d’aller promener le chien du voisin.
Ca nous en a mis plein les yeux avec une magnifique lumière et ces belles couleurs du printemps!
Il y a des moments comme ça où tout est très beau!
Les chiffres du corona remontent ici même si comme ordre de grandeur le nombre de cas par tête de pipe semble être le vingtième de ce qui est décompté en France mais les chiffres ici sont sans doute sous estimés.
On a l’impression d’être au même point que l’année dernière et de ne pas être plus avancé….
Voici quelques photos prises cet après midi; dans une partie de notre vallée.











C’est quoi ce truc ?
Je remarque cette poudre jaune, très fine ….. éparpillée sur le capot de la voitrure …
deux possibilités … soit du sable du désert de Gobi, transporté par les vents de printemps; ou alors … du pollen … ???

C’est le moment de sortir le microscope ! Le même genre de microscope que j’avais, écolier, mais avec le petit bitonio qui permet de fixer le smart phone pour pouvoir photographier c’est pas mal ….
Ca donne ça, à un grossissement x 400



Bon .. ben … c’est du pollen et à coup sûr du pollen de cryptomère ! Pas du sable ….
A voir le capot de la voiture, ça donne une idée des quantités incroyables du pollen que les cryptomères dégagent … notre vallée en est recouverte à 70 pour cents … et c’est comme ça dans une grande partie du Japon …
La Fête des Ombres
Si vous suivez ce blog il y a une bonne chance que vous soyez branché(e) sur le Japon, et que vous soyez familier(e) avec Atelier Sentô. Si vous ne connaissez pas encore Atelier Sentô; c’est le moment de vous rattraper 🙂
Atelier Sentô c’est un duo, Cécile et Olivier, créateur de bande dessinées.
J’ai commencé à les suivre il y a quelques années, c’est alors au moment de la parution de leur première BD, ONIBI. Je l’ai lue fin 2016. Onibi est une histoire, le voyage initiatique de deux français dans un Japon rural et mystérieux …. dans la région de Niigata.
Le monde de Facebook est vraiment petit, je commence à les suivre. Peut être que c’est à ce moment que Cécile et Olivier commencent à suivre ce blog. Ils nous font l’honneur de likes et de commentaires!
Un peu plus tard je leur commande une petite lithographie en vente sur leur site. C’est la litho d’un jizo, petite statue bouddhiste. Depuis, la litho m’accompagne tous les jours au travail, que ce soit dans mon petit bureau ‘le plus petit bureau du monde‘ ou bien dans la maison de Madame M.

La Fête des Ombres vient de sortir: c’est le premier tome de la dernière BD d’atelier sentô.

C’est un véritable régal. L’histoire se laisse développer, on découvre les éléments narratifs un à un: C’est très bien construit. Il y a du suspense ! Du mystère ! De la poésie!
Les couleurs sont formidables. Il y a beaucoup de douceur dans les dessins.
Le tome 1 se passe en automne et en hiver; dans la campagne japonaise.Chaque case est un festin pour le neuneuil.
Il y a des clins d’oeil tout à fait irrésistibles.
Comment ils ont pu saisir et restituer les sensations de la vie à la campagne au Japon, c’est assez incroyable.
L’année dernière, en septembre, Atelier Sentô m’a contacté: ‘comment dessiner l’intérieur d’un keitora?’ (petit camion que l’on voit partout dans la campagne au Japon) … Je suis devenu technical advisor , dis je à alors mon épouse, en bombant le torse … j’ai envoyé alors quelques photos de mon keitora …. que vous pourrez retrouver, dessinées dans La Fête des Ombres …. ha ha
Quelle joie d’avoir pû apporter un grain de sable à cet édifice … et d’être mentionné dans les remerciements à la fin du book…. !
Décidement gràce à ce blog nous faisons de belles rencontres.
- Page web d’Atelier Sentô ATELIER SENTO
- Page de l’éditeur issekinisho (une pierre deux coups) La Fête des ombres • NOUVEAUTÉ 2021 • Editions Issekinicho
- Page sur Fnac point com La Fête des Ombres – Tome 1 – La fête des ombres – Cécile Brun, Olivier Pichard, Olivier Pichard, Cécile Brun – cartonné – Achat Livre | fnac
Allez y! Faites chauffer les cartes bleues ! Il y en aura pas pour tout le monde !
J’ai montré la Fête des Ombres à mon ami S.: quelle est sa réaction? Est ce que la vie à la campagne au Japon est bien représentée ? Que pense t il des dessins ?
S. a tout de suite réagi à l’authenticité des dessins. La justesse des dessins des maisons. Tous les détails.
En page 24 il s’exclame c’est exactement comme ça que l’on épluche les kakis ici!!! En effet on ne découpe pas les fruits de la même façon d’un pays l’autre …
Il souligne l’exactitude du détail des tenons dessinés sur l’escalier en bois, en page 36.
En page 53 il tilte encore en disant qu’autrefois la salles de bains chez lui était exactement comme dans le dessin… à part que chez lui le couvercle de la baignoire était carré ….
C’est dingue comme soudainement tout est si proche … Atelier Sentô c’est des artistes…




J’ai montré le livre aussi à monsieur K qui lui aussi a immédiatement réagi sur cette magnifique salle de bains. C’était comme ça chez mon grand père dit il.


Construction d’un pavillon pour boire le thé
Cette fois, mon ami S a reçu la commande d’un petit pavillon, d’où, surplombant une rivière, il fera bon boire du thé.
J’essaie de documenter tout ce travail.
La semaine dernière c’était le munéagué (棟上げ); le jour où l’on assemble toutes les pièces de bois. Ca se fait en général en une journée…
Pour ce projet S; utilise de l’hinoki (cyprès) pour les poteaux de longueur moyenne et du cryptomère pour tout le reste. Les cryptomères il les coupe dans notre vallée. Certaines pièces il les tire lui même, d’autres il les envoie à une scierie de la ville voisine.
Je m’incruste… pour observer et prendre tout celà en photos.
C’est amusant cela fait plus d’un mois que je regarde les pièces de bois que S découpe, mesure, taille, ponce chaque jour dans son atelier, en regardant le plan de la construction, mais ce n’est que ce jour du munéagué que je comprends vraiment l’allure générale et comment les choses s’emboîtent les unes dans les autres.
Cette construction; et tout ce travail, c’est de la poésie à l’état brut.
Les regarder assembler ce légo géant aussi c’est beau !








Voilà tout a été préparé dans l’atelier … Maintenant, le jour du munéagué ….






















Préparations
C’est avec beaucoup de plaisir que chaque jour je fais un tour dans le jardin pour aller voir les plants de légumes.
Dans le jardin j’ai installé deux cadres en bois, inclinés vers le Sud. Installés de façon temporaire; dessus je pose des fusumas en verre (les cloisons coulissantes) de la maison de madame M et voilà ! celà fait un endroit abrité car les températures baissent encore la nuit.
Comme je ne maîtrise pas vraiment le timing, je prépare de nouveaux plants chaque semaine, en espérant à un moment ou un autre; tomber sur le créneau qui marche bien …
Carotte Chou Tomate Piment laitue etc … Et c’est mignon à voir les premiers qui poussent, poussant la terre de leurs petites mains vertes … Laissez moi sortir.
Voilà; rien n’a poussé; rien n’est récolté mais déjà le jardin procure beaucoup de satisfaction. Que du bonheur dans ces moments de simplicité, on est reconnaissant aux dieux qui nous entourent de ne pas nous avoir encore botté le cul.


Là j’ai préparé deux petits espaces protégés sous de vieux fusuma en verre… récupérés dans la maison de Mme M ….

Cross fingers … on espère que tout va bien démarrer

Courage, mes petits bébés !!! Dans les gouttières en plastique comme le gars sur youtube, j’ai planté des zaricots.
Quatre Minutes
Cet après midi je suis allé filmer quatre minutes au pied d’un cryptomère géant qui se trouve dans un sanctuaire shintô au fond de la vallée.
Filmer: plutôt enregistrer les sons dans ce petit bout de forêt. On entend une rivière couler en bas. Et quelques oiseaux. On sent que c’est le début du printemps…
Faut essayer de décrocher de temps en temps. Sous ce grand arbre (il y en pas beaucoup ici des comme ça) … on se sent très bien.
Un peu de poésie; un peu de calme …
J’ai récemment découvert ce podcast suisse: la planète bleue. Vous connaissez ? Dans l’un des enregistrements le gars évoque le silence ou disons les lieux apparemment de plus en plus rares où l’on n’entend nul bruit provenant d’activités (in)humaines.

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