Catégorie: journal
Extension du domaine de la bûche – Jour 3
Suite du projet bricolage, extension du domaine de la bûche.
Poste sur le Jour 1 ici, pour le Jour 2 ici
3) Pose du deuxième pilier. Jour 3
3 heures. Là je peine un peu pour bien positionner le bloc de béton pour le deuxième pilier qui supportera le coté avant. Ça aurait dû aller assez vite mais ça se met à merder un peu. Mais bon c’est la même démarche pour le jour 2.
Pour positionner le bloc de béton, je mesure les X et Y pour sa position avec des planches marquées avec le X (distance appui – premier pilier) et le Y (distance entre face et arrière de l’abri bois existant).
Bon on y arrive à un moment. ensuite une fois le bloc de béton positionné je coupe le pilier à la bonne hauteur.
Une fois positionné je le fixe au premier pilier avec de belles planches de criptomère. Trois planches, deux droites et une en diagonale. Du solide.
Ensuite je pose la poutre horizontale qui fixera le deuxième pilier au point de fixation de l’abri bois existant.
Ça commence à prendre forme.
Extension du domaine de la bûche – Jour 1
Extension du domaine de la bûche -> Extension de l’abri bois situé derrière la maison.
(Pour voir le Jour 2, ici)
Tout le bois récupéré du cerisier éléphant est gardé sous une bâche plastique et avec la condensation ça n’est pas top, il faut le garder sous un abri digne de ce nom pour pouvoir le laisser sécher dans de bonnes conditions.
Le cahier des charges, c’est donc de construire un abri au dessus du tas de bois, car je n’ai pas vraiment envie de déplacer les deux tonnes de bois. Trop dur ! Le bois du cerisier éléphant est contre l’abri bois existant, il suffit donc de construire une extension à celui-ci.
Ce sera fait dans le même style que l’abri existant pour la cohérence et le plaisir des yeux. Matériaux, j’utiliserai les poutres de l’ancienne maison de monsieur S., récupérées il y a deux ans.
Je vais détailler les étapes de ce projet le plus possible car celà peut servir de référence pour quiconque s’attaquant à un projet similaire. Je travaille sur le projet 2 à 3 heures par jour et à quasi temps plein pendant le week end.
Avant chaque jour, dans le bain, je répète mentalement toutes les étapes du jour suivant. Cela me permet d’être prêt et d’identifier en avance la plupart des problèmes possibles.
1) Les appuis. Jour 1
2 – 3 heures.
je commence par installer les appuis sur lesquels l’extension viendra se poser; côté abri existant. Le terrain est constitué de deux anciennes rizières qui étaient à des niveaux différents. L’abri existant est donc situé 30cm plus bas que son extension. Pour éviter de se fracasser le crâne contre les poutres il faut donc que l’extension soit surélevée par rapport à la partie existante.
Pour les fixations je vais au plus rapide et opte pour les plaques de fer et boulons métalliques, plutôt que tenons – mortaises. car celà me prendrait beaucoup plus de temps.
Avant de commencer vraiment j’aurai fait des tonnes de croquis pour voir comment faire ces appuis de la façon la plus simple et la plus solide.
Cette année aussi, Tondo
Cette année aussi on a fait le Tondo avec les habitants du village.
C’est un grand bûcher, organisé 10 jours après le nouvel an. On assemble du bois ramassé par ci par là et du bambou.

On y met le feu. L’idée, en ce début d’année; c’est que s’exposer au bûcher, à sa fumée, à sa chaleur; garantit d’être en bonne santé pour l’année.
On jette aussi au feu les amulettes et les décorations utilisées pour le nouvel an.

Ensuite avec les braises chacun va fait cuire le mochi qui décorait la maison pendant le nouvel an. Kagami Mochi.
鏡餅 かがみもち kagamimochi ‘mochi du miroir’ pâte de riz gluant utilisée comme décoration pour le nouvel an.
Au village certains en profitent pour faire un barbecue, c’est ce que nous avons fait.
L’occasion de passer un peu de temps ensemble.
L’ambiance est bon enfant. Tous ensemble nous nous sentons en confiance et en sécurité.
Bien sûr l’alcool est là. Il n’y a pas de fête sans alcool.

T. nous raconte comment, adolescent, il a vécu pendant la guerre. Il était fan d’aviation et a failli s’engager pour rejoindre les escadrons de kamikazes. Il explique qu’il est bien content, aujourd’hui, de ne pas l’avoir fait.
特攻隊 とっこうたい kamikaze
H. lui nous raconte que après l’annonce de la capitulation du Japon en 45, avec le célèbre message lu par l’Empereur à la radio, il avait couru informer des soldats qui étaient au sommet d’une montagne à Kobe, et les soldats n’avaient pas voulu le croire.
T. raconte aussi comment autrefois, l’été; on priait pour faire venir les pluies. Les villageois allaient au sommet de la plus haute montagne. Il y faisaient un énorme bûcher et jouaient du tambour toute la journée.
Ma femme lui demande si cela avait quelque effet, et T. répond qu’en effet il pleuvait à chaque fois.
雨乞い あまごい amagoi prière pour la pluie
和太鼓 わだいこ wadaiko tambour japonais
T. ne voit pas beaucoup d’étrangers. Je suis peut-être le seul Européen qu’il ait rencontré, et il a plus de 80 ans. Quand on lui demande quel âge il me donnerait … il hésite un peu et dit ‘mmm entre 30 et 60 ans‘ ça laisse de la marge …
Un autre voisin arrive et se joint à nous, fortement éméché. Il nous raconte que sa famille est venue vivre dans le village après la guerre d’Ounin, en 1467. Après celà il s’éloigne un peu pour faire pipi, mais au lieu d’aller vers la montagne pour se dissimuler, il est déjà un peu trop bourré pour ce rendre compte, et va vers des maisons et fait pipi juste devant la route. Je rigole bien et un autre voisin fait la remarque que de toute façon il n’y a pas grand chose à voir.
応仁の乱 おうにんのらん ounin no ran la guerre d’Ounin
D’autres font allusion aux attaques terroristes qui ont frappé Paris et décimé l’équipe de Charlie Hebdo et pris la vie de nombreux autres innocents.
Le tondo et ces moments que nous passons en paix avec les voisins (ces voisins d’ailleurs pour lesquels je suis un étranger; né en France et arrivé tout d’un coup avec ma femme et mon fils sans aucun rapport avec eux… ni avec leur terre) … eh bien nous buvons et parlons ensemble. Nous nous acceptons les uns les autres avec nos différences de race ou d’âge. Cela ne veut pas dire que nous nous aimons les uns les autres pour autant, mais nous nous acceptons et pouvons discuter librement de choses et d’autres. Et en cas de coup dur nous nous aiderons mutuellement.
C’est ça; la culture, la civilisation.
Ce sont ces mêmes culture et civilisation que les terroristes souhaitent détruire et remplacer par le néant.
Une Pause et Echanges
Je prends une pause au travail, 30 petites minutes pour suer un peu et fendre de grosses bûches. En sortant de la maison j’aperçois le voisin affairé au fond de son jardin. Il est assez loin, je pousse la voix pour lui souhaiter une excellente année 2015. Ca donne la pêche de donner la voix. Faut pas se gêner et c’est pour la bonne cause des relations de voisinage.
Je commence à fendre des bûches de chêne, le même voisin arrive avec deux magnifiques yamaimo.
Vocabulaire やまいも 山芋
Dioscorea japonica (non, pas diahrrea japonica). Une sorte d’igname ?
Cette plante est courante au Japon, Corée, Chine et dans une partie de l’Inde.
On discute bien, on parle outils. Hache, tronçonneuse. Nous n’avions pas conversé ainsi depuis longtemps. Je parle de mes petits projets dans la montagne; qu’il connait très bien pour y avoir joué lorsqu’il était enfant.
C’est une personne sensible et intelligente.
Le voisin part; mais revient avec son camion quelques instants plus tard. Il m’offre une hache et un tobi. Ces deux outils ont appartenu à son père qui travaillait dans les bois. Quelle touchante intention. Je ne sais comment le remercier, vraiment, et la seule chose qui me vient à l’esprit est de lui donner un beau morceau de fromage de Hollande.
La hache est superbe. Lourde et longue elle conviendra à fendre les bûches. Elle porte bien les marques de mayoké sur la tête de la hache.
Vocabulaire mayoke まよけ 魔除け
amulette ou protection contre les esprits. Sur la tête de la hache la marque caractéristique demande la protection des dieux de la forêt et l’autorisation de couper des arbres et d’en prendre le bois.
Le tobi ressemble à un pic. Je n’ai jamais utilisé cet outil.
Tobi est l’abréviation de Tobiguchi, 鳶口 qui signifie le bec du milan noir. Cet outil ressemble en effet au bec du rapace. On le plante dans un tronc d’arbre pour le tirer et le descendre de la montagne.
Peut-être même l’outil lui-même a-t-il été conçu en observant et imitant le bec du rapace.
Vocabulaire tobi ou tobi guchi とびぐち 鳶口
Extension du domaine de la bûche (1)
Avec le cerisier éléphant et d’autre bois collectés récemment il me faut agrandir l’abri bois. Voila donc un nouveau projet bricolo bricolage, que nous nommerons « Extension du domaine de la bûche », une fine allusion qui m’amuse, au book de Houellebecq, que je n’ai pas lu.
Si la météo est bonne, développements ces prochains jours.
Montagne – suite et fin pour 2014
J’ai fini de passer la débroussailleuse sur toute la terrasse située au pied de la montagne. On peut désormais avancer sur la terrasse dans toute sa longueur.
Il reste encore une bonne dizaine d’arbres effondrés, qu’il faudra tronçonner et dégager. Donc encore beaucoup de travail, et chaque fois que je redescends de la montagne, il y a plus de travail à réaliser, que lorsque j’y suis monté !

Point culminant des efforts de ces trois derniers mois, j’ai planté ce matin le premier arbre. Un figuier.
Planter des arbres. Quand on voit l’actualité et tous ces événements inspirés par l’obscurantisme et la bêtise … l’homme ferait mieux de se taire et de planter des arbres…
Sur ce sujet, il y a le magnifique dessin animé de Frédéric Bach. Inspiré du récit de Jean Giono.
L’homme qui plantait des arbres. Youtube.
Dans la montagne et le village on ne peut ignorer la présence et l’appétit des chevreuils. Et d’autres animaux.
Si l’on veut que le figuier pousse et éviter que les chevreuils n’en dévorent l’écorce et les feuilles il faut le protéger. Je n’y vais pas par quatre chemins et protège l’arbre avec des treillis d’acier. Avec quatre je fais une grande cage, haute de 1.8 mètre. Le tout est fixé au sol avec des barres de fer.
Normalement celà devrait même décourager d’hypothétiques girafes mais il ne fait pas sous-estimer les animaux de la montagne.
Eponges végétales
Le mois dernier notre fils est rentré de l’école avec un grand sac chargé d’éponges végétales.
Les enfants avaient fabriqué des éponges, avec des courges héchima, pendant un cours de travaux pratiques.
Héchima 糸瓜 Luffa cylindrica
Wikipédia traduit héchima: courge éponge. Cette plante existe-t-elle en France ?
J’ignorais que l’on pouvait faire des éponges à partir de ces cucurbitacées. Interrogé à ce sujet un habitant du village me raconte qu’autrefois; les gens fabriquaient les éponges ainsi et s’en servaient toute l’année.
L’ingéniosité des anciens ne cesse de m’étonner. Pour moi une éponge c’est une chose poreuse et synthétique, qui est jaune ou verte et qu’on achète au supermarché. On ne sait pas comment c’est fait et on préfère presque ne pas le savoir. Comme quoi il y a comme une régression; un rétrécissement de la connaissance et une dépendance accrue vis à vis des produits tout fait.
Mais en réalité on peut faire ses propres éponges; il faut pour celà récolter des héchima, les couper; les faire bouillir; leur chair va fondre et on obtient des éponges. Tout simple.
Intéressant, non ?
Le cerisier éléphant
En explorant un chemin qui part dans la forêt je découvre une magnifique clairière, au bout de laquelle de vieilles tombes sommeillent. Ca n’est pas le cimetière principal du village. Il n’y a que quelques tombes.
C’est un lieu de paix. Le chant des oiseaux. Le calme humide de la forêt. On est totalement avec la nature. Les ancêtres qui reposent ici sont privilégiés. On les envierait presque.
Au pied des tombes s’étend dans un grand creux, une fosse: un ancien champ de théiers.
Là, un immense cerisier est effondré. Des ronces et la jungle un peu partout.
Plus tard je vais voir le chef du village. Et m’enquiers de cet arbre. Il est tombé, tout seul apparemment. Après vérifications je décide de récupérer le bois du cerisier dont Calcifer, notre poêle à bois, sera friand.
Voilà une entreprise un peu ardue pour mon niveau et mon expérience somme toute encore limités.
Il faut:
descendre dans la fosse,
dégager les criptomères effondrés et les ronces qui bloquent le passage,
atteindre le cerisier; tronçonner.
porter le bois jusqu’au chemin;
charger la brouette,
descendre la brouette sur cinquante mètres;
décharger tout;
et ensuite tout ranger dans le camion.
C’est beaucoup de travail, mais comme on voit à chaque nouveau projet, il suffit de chercher le meilleur angle d’attaque et d’y aller, tranquillement; et en faisant attention à ne pas se blesser. A partir de ce point là, il n’y a pas vraiment de risque. Il suffit d’y aller.
Le travail est intense et très agréable. Le cerisier est beaucoup plus grand que je ne l’avais imaginé. Et le bois, bien qu’un peu humide, est en excellent état.
A tronçonner cet arbre géant, j’observe et apprends sa structure. On peut imaginer comment il se dressait et emplissait la clairière de son énergie, avant qu’il ne tombe. Ses branches, énormes, font penser aux pattes d’un éléphant qui se serait échoué ici dans les bois. Je découpe les morceaux de bois avec respect et reconnaissance. A plusieurs reprises d’ailleurs je m’entends dire merci.
Je me dis que ce bois que je vais finir par brûler je le vole à la forêt car sans mon intervention il serait lentement retourné à la terre et aurait nourri des millions de petites bestioles et aurait embelli la forêt une nouvelle fois, de son énergie.
Il s’agit là d’un réel transfert d’énergie. L’énergie de l’arbre que le temps et les champignons et la terre auraient lentement absorbée; je la prends; la mets dans mon camion et Calcifer le poêle à bois nous la restituera sous forme de chaleur.
Les tronçons que je tronçonne. Je pense à ces images abominables des trafiquants d’ivoire (et le roi d’Espagne aussi) qui massacrent les pachydermes.
Pourquoi l’arbre, éléphant de la forêt, est-il tombé ? Suis-je dans le cimetière des éléphants ?
Là, deux des six jizos qui marquent l’entrée du cimetière. A leur pied, le cerisier éléphant.
C’était un cerisier géant.
que ma tronçonneuse démembre.
et que je charge dans la brouette bleue.
Le camion Keitora est plein, bien au delà de sa limite de 350kg.
Et on range le bois, sous un abri provisoire. Le temps d’agrandir l’abri bois …
BD Tout Ira Bien – Dernière page publiée !
Bonjour.
Cette semaine nous avons publié la dernière page de notre bande dessinée ‘Tout Ira Bien‘, inspirée des événements de Fukushima.
Voilà c’est l’aboutissement d’un grand projet qui nous a occupé les jours pluvieux et les nuits de ces 3 dernières années !
Et comme écrit dans la dernière case, nos pensées vont aux victimes; passées, présentes et futures, des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima.






















Vous devez être connecté pour poster un commentaire.