Catégorie: japon
Cérémonie shintô dans le village
Dans le sanctuaire shintô de notre village a lieu une cérémonie, dont d’ailleurs j’ignore le nom.
Cette cérémonie a lieu chaque année à la fin de l’été.
J’ai eu l’occasion d’en parler déjà, en 2012 ici, plus tard en 2016 ici
Cette année j’ai une caméra vidéo et filme l’événement.
Faut grimper un joli chemin pour y arriver. J’y retrouve mes voisins formidables. Il y a le chef du village qui discute avec le prêtre shintô pendant que les visiteurs prient.
Je suis avec ma voisine madame T à qui je pose la question fondamentale: depuis quand existe le Japon.
Puis; commence la cérémonie que je filme dans son intégralité.
Dites moi ce que vous en pensez, quelles sont vos impressions?
En pyjama (dans le jardin)
Dans l’article de la semaine dernière je parlais des catastrophes naturelles qui frappent souvent le Japon, une collègue m’avait fait la remarque, pourquoi pas aller habiter ailleurs ce serait plus safe, mais voilà, ailleurs, il y a des catastrophes de nature humaine.
Et à y repenser à cet article il y a cette phrase que mon ami S. dit souvent
人間より怖いものはない
Il n’y a rien de plus effrayant que l’homme.
Cet été j’ai pris quelques journées de congé et j’essaie de les passer le plus tranquillement possible. En général ça veut dire faire quelques travaux le matin, et de préférence en écoutant la radio ou des podcasts, prendre une douche, et passer l’après midi en pyjama dans le jardin à glandouiller (lire, écrire, dessiner).
Je suis sur la bonne voie, je le sens.
Passer ses vacances d’été dans son jardin et en pyjama.
Garder le bonheur à portée de la main.
Ce matin j’essaie de mettre de l’ordre dans les tomates. En mon for intérieur je voudrais laisser les tomates tranquilles, et en récolter les fruits de temps en temps. Mais voilà dans la réalité la liberté finit en laisser aller, et c’est l’anarchie. Ceci d’ailleurs ne s’applique pas qu’aux tomates ! Résultat ça pousse dans tous les sens ça prend du volume, mais les tomates à récolter, pas tant que ça.
J’admire mes voisins qui jardinent et où tout est si bien organisé, les tomates poussent au pas et pas la place pour le moindre chaos dans leur jardin.
Je ne sais si j’arriverai jamais à ce niveau, peut être d’ailleurs que c’est incompatible avec mon caractère.
Car comme on peut voir; le jardin devient rapidement une jungle une fois l’été venu.

Ces filets sont pour protéger les tomates des corbeaux

Shiso c’est cette feuille qui est souvent servie avec le sashimi. Il y en a plein dans le jardin.


voilà un bon support pour les haricots.


ces grilles métalliques pour grimper. Le goya démarre assez tard je trouve, sans doute le manque de soleil en juillet. Il a plu énormément.

On en mange les pousses. Celles ci coupées finement accompagnent très bien le toufu.

Ici deux pousses pointent le bout de leur nez.

Les petits piments type shishito poussent très bien. Je les fais souvent en ratacouille.

J’en avais planté dans cent petit pots, pour notre projet d’agriculture … Décimés par les insectes ça n’a donné que huit pieds.


Il a fallu plusieurs minutes pour que la couleuvre avale entièrement la grenouille. Voilà un point faible pour les serpents car pendant cette opération ils sont assez vulnérables.
Catastrophes Naturelles
Kyushu cette grande île du Japon plus au sud est directement exposée aux grandes pluies et aux typhons. Les dégats cette année sont importants. Avec je crois plusieurs vallées tout à fait inondées etc.
Chez nous aussi il a beaucoup plu il y a dix jours de celà maintenant. Comme nous vivons au bord d’une petite rivière, et qu’à chaque grosse pluie elle se transforme en torrent, nous sommes toujours un peu inquiets. De plus les montagnes nous entourent, elles sont abruptes, recouvertes de forêts de cryptomères où les arbres sont trop nombreux (les forêts ne sont plus entretenues) et leurs racines peu développées: un glissement de terrain et oup tout est fini.
Voici notre petite rivière, filmée il y a une dizaine de jours.
Il y a deux ans, je me souviens; une collègue de Londres m’avait demandé.
why do you stay in Japan ? There are so many disasters there. You could move to the US and be safer there.
J’ai répondu
Well yes in Japan there are so many natural disasters. tremblements de terre, typhons, inondations, etc
But in UK, in France, if there are not many natural disasters, there are many ‘human disasters’ . And in US, there are both humans and natural disasters…
Donc en effet au Japon on se doit se faire à l’idée qu’à tout moment, le ciel peut nous tomber sur la tête. …
On voit bien que celà a forgé l’esprit des Japonais. Même si placés devant un danger imminent, les gens même si très inquiets ou stressés restent calmes. Je l’avais constaté lorsque il y a trois ans nous avions dû évacuer notre hameau, d’énormes pluies avaient provoqué un glissement de terrain pas trop loin de chez nous, et avec tous nos voisins, nous étions allés passer la nuit à la mairie. Tout le monde était inquiet mais tellement calme. Je sentais que j’étais le seul à paniquer intérieurement.
Ceci dit, les actualités ne nous épargnent rien! Cette épidémie mondiale, les incertitudes économiques … le monde se transforme devant nous…
Que faire donc en attendant que le ciel nous tombe sur la tête ?
Ranger ses outils ?

La voiture du dentiste
Faut parler de la voiture du dentiste … A la sortie de notre vallée, une bourgade avec station essence, écoles, superette et … un dentiste.
Dentiste: une activité sûre (tant que les gens auront des dents…). Et le dentiste a une jolie Audi.
Il aurait pu opter pour quelque chose de neutre, comme une prius, mais la Audi, ça jette.
Regardons la plaque d’immatriculation.
Au Japon on peut choisir le numéro de sa plaque: c’est une option lorsque l’on fait enregistrer son véhicule.
Et parfois, donc, on choisit le numéro pour la prononciation des chiffres et leurs significations… et comme les chiffres peuvent avoir plusieurs prononciations, que celles ci peuvent être abrégées, il y a de nombreuses possibilités.

Et donc le dentiste a choisi 4 6 1 8.
4 peut se lire shi
6 peut s’abréger ro
1 peut s’abréger i
8 peut s’abréger ha
ce qui donne shi ro i ha: les dents blanches. Ce dentiste a, en plus d’une belle voiture, un excellent sens de l’humour.
D’autres numéros étaient également disponibles:
ku ro i ha: 9 6 1 8 les dents noires
mu shi ba: 6 4 8 les caries
ha na shi: 8 7 4 sans dents
Les boules de feu
Comme tous les lundis matins on commence la semaine avec un café que je prends avec mon ami S.
Je fais un bon espresso; avec cette cafetière à pression italienne, et je l’apporte à l’atelier de S. où en général il se trouve, devant un petit feu et avec son chien.

Ah il était en train de retapper une vieille serpe.

Ces conversations; il faudrait les filmer. Les histoires qu’il raconte. Et puis aussi la beauté du dialecte local, le banshuuben. Le Japonais standard que l’on parle à Tokyo est devenu si ennuyeux à mes oreilles… Le banshuuben avec ses abréviations, ses intonations est si beau …
Pas la peine de dire que il y a 8 ans, quand nous quittions notre vie confortable et vide de Tokyo, pour nous installer dans le village; je comprenais très difficilement nos voisins. Mais alors lorsque plus tard j’ai fait la connaissance de S., qui parle une version plus prononcée du dialecte, je ne bitais rien du tout et je devais demander à mon épouse de tout traduire … Depuis j’ai fait de bons progrès et comprends 95 pour cents de ce qu’il dit (il faut toujours laisser une place pour l’inconnu, d’où les 5 pour cents)….

Il y a deux jeunes qui se joignent à nous ce matin, c’est un jeune couple de photographes.
On parle.
S. raconte comment on brûlait les morts autrefois. On les mettait dans la position du foetus, et les plaçait dans une grande barrique en bois. On transportait le tout là bas, au bord de la rivière et y on mettait le feu. Il montre du doigt un endroit à 500 mètres, vers le sud.
Avant d’allumer le bûcher on distribuait des petits gâteaux aux enfants.
Parfois une fois le bûcher bien démarré, le corps se dressait tout droit dans les flammes; explique-t-il, cela faisait un peu peur…
Parfois aussi on voyait voler une boule de feu, ce qui correspond au départ de l’âme…
Voilà ces quelqus notes que j’ai prises mais il faudrait vraiment enregistrer tout cela … D’ailleurs pourquoi ce jour sommes nous tombés sur ce sujet, allez savoir .. peut être la présence inédite des deux photographes ?
Je retourne à la maison pour raconter ces histoires extraordinaires à ma femme, qui n’est pas surprise du tout et répond. Ben oui.

Toujours le champ libre (nougyoubu)
Ca fait du bien d’écrire … récemment j’expérimentais avec la vidéo …
Depuis le précédent article nous avons bien progressé dans notre projet de jardinage à (pour nous) grande échelle. En Mai nous avions fini de planter gingembre, patates douces, potirons, Yamato imo (une variété d’igname très recherchée), ko imo (dialecte local je crois, sinon c’est le satoimo ou: taro) et cacahouètes. C’est sur quoi nous nous sommes concentrés et ce que nous avons planté ‘à grande échelle’ (disons un rang complet pour chaque).

En plus nous avons planté quelques pieds de tomate, concombre, piment, aubergine, pour le fun…
En fait les 800 mètres carrés du champ sont presque trop, et nous avons décidé de laisser une grande partie de cette surface presque intouchée, nous contentant d’y semer citrouilles et tournesols, à la volée.
Ce geste, de semer à la volée: voilà un geste magique qui a dû réveiller en moi des gènes enfouis bien profond. C’est une sensation de liberté et de puissance qui jaillit lorsque l’on fait ce geste !

Ce champ est une ancienne rizière et je me rends compte qu’il y a là un sacré avantage: il suffit d’ouvrir une trappe et l’eau de la rivière amenée par un canal d’irrigation en vingt minutes vient inonder notre champ. Plutôt pratique pour arroser.
Sachant la superficie, et le peu de temps que nous consacrons à ce projet (peut être une ou deux demi journées par semaine) les habitants du village qui ne manquent pas de bien observer commencent à se marrer…. en disant de façon ironique être impatients de voir comment les mauvaises herbes vont bientôt tout recouvrir ! Surtout, que, un peu têtu que je suis, je ne veux pas poser ces feuilles plastiques noires pour empêcher les mauvaises herbes …

C’est que nous tenons à respecter quelques principes, et rester fidèles à nos idées; ne pas utiliser d’engrain chimique ni aucun produit insecticide ou quoique ce soit de toxique. Nous sommes des idéalistes…. On fait du bio !
Bon, je fais une concession, en mettant une feuille de plastique noir sur le rang du gingembre, en attendant que ça sorte …
Avec mon copain S. on a appellé ironiquement notre projet le nougyoubu ou club d’agriculture. 農業部, nougyoubu sonne très sérieux, a une connotation officielle alors que nous sommes simplement deux amateurs qui optent pour la non intervention ou l’intervention minimale….. nous y avons ajouté le préfixe ‘nonbiri’ (のんびり)qui signifie insouciant.
Le club d’agriculture nonchalant, insouciant. のんびり農業部 nonbiri nougyoubu.
Lui le charpentier et moi l’employé de bureau (à distance) nous formons une belle équipe de jardiners en herbe… Mais tout ça on fond c’est juste une excuse pour faire un projet ensemble ….
On verra bien ce que ça va donner. Peut on planter et récolter sur 800 mètres carrés en y passant seulement quelques heures par semaine… sans utiliser de produits chimiques … d’insecticides …
Pour enfoncer le clou j’en fais même un T shirt. J’ai hâte de le porter et de voir la réaction des voisins!
https://society6.com/product/club-dagriculture-insouciant_t-shirt

Le triangle vert reprend la forme du champ; triangle écorné. Les couleurs jaune et vert résonnent avec mon pseudonyme (wakamé algue et tamago œuf)… les quatre étoiles évoquent les quatre hameaux de notre vallée perdue….
Un triton dans l’eau
Un animal que nous apercevons malheureusement souvent écrasé sur les routes du village c’est le imori ou triton (à ventre de feu).
J’avais fait un article jeu avec des tritons cachés dans une flaque d’eau… c’est ici.
Dans un coin du jardin mon épouse a assemblé une dizaine de bassines où elle élève des petits poissons médakas. C’est un plaisir d’aller s’y asseoir (j’ai posé une grosse pierre pour s’y poser le popotin) et observer les poissons.
Y a pas que les médakas, les grenouilles raffolent des ces bassines pleines d’eau (bouffent elles les médakes c’est très possible) , et donc on observe les grenouilles aussi.
Plus rare, la présence des tritons à ventre de feu. Ils arrivent à grimper dans les bassines …
J’essaie d’en filmer un, dans l’eau … voici le résultat.
Faire du thé bancha en vidéo!
Comme les années précédentes nous avons récolté du thé dans les montagnes et l’avons préparé.
C’est un événement important, qui nous connecte avec la saison. Nous en avons parlé déjà dans plusieurs articles
Cette année rebelote nous avons récolté les feuilles de thé et tout préparé mais cette fois ci je filme l’opération.
Si les mots et quelques photos font vivre l’imagination et ont une dimension poétique, la vidéo est plus brut de pomme, et transmet la réalité telle quelle…
Avoir le champ libre!
Cette année avec mon ami S nous nous lançons dans un grand projet de jardinage. En fait, l’année dernière je lui parlais souvent de mon envie de disposer de plus d’espace pour planter des légumes en plus grandes quantités. Notre potager dans le jardin est très petit. On y est un peu limité.
S a à côté de son atelier une ancienne rizière, inutilisée, et il m’a proposé d’y faire pousser des trucs ensemble. La rizière fait 240 tsubos soit 800 mètres carrés.
On a le champ libre!

L’idée c’est de faire pousser ce qui demande très peu d’attention et d’entretien. Nous avons sélectionné le gingembre et la patate douce. Le gingembre, on en utilise régulièrement. La patate douce, on la découpe et la faisons cuire dans Calcifer notre poêle à bois, l’hiver.
Il y a aussi une initiative pour la re-dynamisation du village: produire du yamatoimo. C’est une variété d’igname. On l’écrase et le mange par exemple crû avec du riz. On l’utilise aussi pour faire du okonomi yaki. C’est un tubercule très recherché.
En février nous avons commencé à préparer le terrain. Allé chercher deux camionnées de crottin de cheval. L’éleveur de bovins du village a apporté trois tonnes de compost. On a laissé reposer tout cela deux mois.
Puis nous avons passé le motoculteur dans le champ.

Réhaussé les rangs avec le joren 鋤簾(じょれん), voilà un travail exténuant qui brise bien le dos.

Il faut rehausser les rangs, faire un uné 畝 うね pour éviter que la terre reste trempée d’eau. Surtout pour les patates douces. C’est important me dit-on.

Cette semaine nous avons fini de tout planter. Le gingembre. Les patates douces. Le yamato imo. Le gingembre on plante directement le tubercule. La patate douce, on en plante les tiges (les lianes?).
C’est vraiment un chouette projet. Et puis avec S. on travaille très bien ensemble. C’est beaucoup plus facile à deux. Je découvre un don naturel pour charger la brouette de crottin et la pousser à travers le champ.




Le rang au milieu pour les patates douces
Des mésanges dans le jardin
L’année dernière j’avais fait un nichoir, que j’ai naïvement installé dans le noyer du jardin. En plein dans le territoire des chats Minou et Scotch.
Un couple de mésanges s’est installé dans le nichoir… en fait lundi dernier je me dis, bon je vais déplacer le nichoir et le réinstaller dans notre montagne, loin de ces peux petits félins… je prends une échelle, défait le nichoir pour le déplacer … et merdre!!! il y a sept oisillons dedans. Je n’avais rien remarqué. Je remets tout en place.
Et vois un peu plus tard les mésanges, une à une, filer vers le nichoir, une grosse larve au bec.
Voilà qui est très touchant. Essayons de filmer tout ceci.

Voilà ce que ça donne
En effet donc les mésanges n’hésitent pas à s’installer près des habitations mais aussi près des chats …
Mésange en Japonais c’est shijuukara しじゅうから 四十雀, et oui ça s’écrit ‘quarante moineaux’.
Car Minou et Scotch, ne cessent de rôder autour du noyer. Parfois ils s’élancent et montent dans l’arbre … ce sont de sacrés chasseurs.
Pour éviter que les chats n’attrapent un des parents dans leur va-et-vient infini pour nourrir les petits zoizeaux je pose un filet pour protéger l’accès aux branches de l’arbre.
Il leur faut vraiment bosser dur pour élever ces petits, combien de larves ils doivent s’en aller chasser. Ca me rappelle quand je travaillais encore à Tokyo; tous les jours je prenais le train, changement à Shinjuku, ensuite machin, dans cette foule résignée le matin, joviale le soir, pour pougner dans un bureau dont on ne peut ouvrir les fenêtres. Et le soir; je rentrais à la maison, mon sac plein de larves que ma femme s’empressait de bouillir ou frire, d’assaisonner au goût du jour.

L’année prochaine j’installerai le nichoir dans notre montagne. Mais là, je pose des trucs qui piquent pour empêcher de grimper à l’arbre, et un filet fixé aux branches pour empêcher les chats de s’approcher du nichoir.
On va observer tout ça de prêt en espérant que ça marche.

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