Tagué: vivre à la campagne au japon
La meilleure façon de chasser les oiseaux
La meilleure façon de chasser les oiseaux? C’est avec un appareil photo !

Je ne me souviens plus du nom de ce monsieur; on se croise souvent sur les chemins dans les forêts.
A chaque fois on discute, à voix basse, pour ne pas faire fuir les oiseaux qu’il vient photographier.
Il y a cette espèce rare dit-il, et quand ils sont dans la vallée, ils sont seulement entre cet arbre là et cet arbre là dit il en montrant un espace qui fait à peine 50 mètres de largeur.

Le paragraphe d’Aristote; lu hier soir entre le chat Scotch et le poêle à bois Calcifer résonne, comme quoi souvent les événements s’offrent de façon synchrone.
Ethique à Eudème, p. 268 Ed. Pléiade
Ainsi donc; Anaxagore aurait; dit-on, répondu à quelqu’un qui agitait des questions de ce genre et ne cessait de lui demandait dans quel dessein l’on aurait pu choisir de venir au monde, plutôt que non:
C’est afin, aurait-il dit, de contempler le ciel et l’ordre qui règne dans l’univers entier.
Ainsi donc, lui croyait que si c’est pour gagner quelque science, le choix de vivre vaut d’être fait.
Mais comment s’appelle bien ce monsieur … Peut être Anaxagore ?
Tondo de 2020
Cette année aussi nous avons fait le tondo, avec les gens du village. Tondo de 2019 Tondo de 2016 Tondo de 2015
Donc on se retrouve pour faire brûler un énorme tas de branches etc.

Purification en début d’année. Cette année il y a peu de monde. Les plus jeunes (les moins vieux), pompiers volontaires, sont d’astreinte.

Le grand bûcher réchauffe bien ce dimanche matin. Mais où est passé l’hiver ? Pas encore la moindre neige cette année. Et si les matins sont froids, les journées sont très douces. Je questionne les plus anciens, 80 ans, personne n’a connu un hiver aussi doux ! On se croirait au printemps. Normalement on devrait se peler un peu les c….
Tout cela est inquiétant.
Le bûcher se consomme devant nous. On sort les bières. Les bouteilles de shochu.
Le sujet de Carlos Ghosn revient dans les conversations.
On discute aussi de yumemakura. Yumemakura: contraction de yumé (rève) et de makura (oreiller) et qui désigne un rêve au cours duquel apparait un défunt ou un esprit.
Un voisin avec les braises du bûcher se fait cuire un petit gâteau de riz (mochi). Il fait griller des petits poissons, et réchauffer du saké. La simplicité de cette combinaison. Saké. Poisson. Riz. Cette simplicité me frappe. Quelle beauté me dis-je.

Faut être fort voyez vous pour arriver à un tel niveau. Une personne ordinaire aurait amené des chips ou des cacahouètes.
Savoir s’arrêter à l’essentiel.
Pour finir, ‘taifu’ de Happy End. (From the 1972 Kazemachi Roman album)
Récolter les yuzus
Les voisins du village ont récolté leurs yuzus en novembre. On est toujours tardif …
Il y a un grand arbre à yuzu dans le jardin et aujourd’hui je vais en récolter les fruits.
L’arbre a yuzu a de redoutables épines. Pour récolter les fruits il faut des gants en cuir car sinon on risque de se charcuter les mains. Je vais chercher mes gants en cuir dans l’atelier.
Cela faisait longtemps que je ne les avais pas utilisés et je me dit que des punaises ont dû se planquer au fond des doigts des gants, pour y passer l’hiver bien au chaud.
Je passe donc un coup d’air comprimé dans chaque doigt des gants, et effectivement deux punaises sont éjectées illico. Ces punaises viennent se planquer à l’arrivée de l’hiver. Les petites bestioles, elles rentrent dans la maison ou dans tout coin où elles peuvent se protéger du froid. Un peu les SDF des insectes …
Notre arbre à yuzu nous donne une belle centaine de fruits. Ce qui est énorme. Mais il me donne aussi le plaisir de pouvoir travailler dehors dans le jardin pendant deux bonnes heures. A récolter ses fruits et tailler quelques branches. Je passe un excellent moment.
Comme il est juste au bord de la rivière la moitié de la récolte se fait dans la rivière.



Se pose ensuite la question, que faire avec tout ça ?
Mon épouse le soir fait du yuzu cha, une sorte de marmelade de yuzu que l’on consomme en mélangeant avec de l’eau chaude. Un délice.
Voici la recette
Simple et bon
C’est simple et c’est bon.
Aller dans le potager, y prendre in daikon rouge. (un radis blanc mais rouge).


Dans le jardin prendre quelques yuzus.



Rien ne se perd, les feuilles du daikon vont dans le potage.
Découper le daikon en des morceaux fins.
Ajouter du sel,
Ajouter du zeste des yuzus.
Mélanger

Laisser reposer une journée.

1er janvier 2020, promenade
Ce 1er janvier nous allons faire une belle promenade dans notre vallée.
D’abord nous allons voir le sanctuaire shintô de notre vallée. Suite à la chute d’une grosse branche le toit a été refait.

Nous allons ensuite au fond de la vallée, revoir l’arbre à caramel. C’était une grande découverte de 2019, l’arbre à caramel que l’on peut admirer ….
C’est un endroit magnifique que l’on gagne après avoir laissé le camion et grimpé un chemin à moitié défoncé qui s’élance à pic dans la montagne.
L’idée me traverse la cervelle que, après avoir visité le sanctuaire où l’on prie les dieux, nous allons saluer le dieu directement.
L’arbre à caramel est toujours là, comme une fleur géante ses bras pétales pointent vers le ciel.



Si l’on prête l’oreille on peut les entendre chanter…

Plus tard nous redescendons, regagnons un hameau à moitié abandonné et allons voir un autre sanctuaire shintô.



Plus tard la lumière se fait rasante et permet ceci:

La beauté de la nature qui nous entoure et la beauté des villages, des sanctuaires que des générations ont construits et entretenus continuent de nourrir nos coeurs et nos neuneuilles.
2020
Le 31 au soir, hier, nous nous sommes réunis au temple du village.
L’association des ‘jeunes’ du village a installé devant le temple deux bûchers où un feu bien alimenté offre un peu de chaleur. Il y a des boissons. Des saucisses et de l’oden. Une radio diffuse de la musique. On peut faire sonner la grande cloche. Les enfants n’y vont pas de main morte.
Cette année il fait beaucoup moins froid se dit-on.
Les villageois arrivent en grappe, certains sont de retour de Tokyo pour les fêtes. On discute librement avec tout le monde. Oh là que tout le monde est zen. Me souviens quand j’étais venu au temple comme ça il y a 7 ans j’étais tout excité…
On est très calme, détendu.

Bonne année et meilleurs voeux !

Je ne vais pas changer le monde
Ici le village et la vallée toute entière sont notre terrain de jeu.
Il y a bientôt deux ans nous achetions la maison de madame M à sa fille. Lui restaient des champs sur les bras et pour faire propre elle y a fait abattre les cryptomères. (que Mme M avait dû faire planter).
On s’était dit que j’irais récupérer le bois et qu’elle donc pouvait le laisser sur place.
Du bois rien que pour le chauffage, on en a toujours besoin. L’appétit de Calcifer est comme la dette du Japon: abyssal.
Je vais donc prendre du bois qui fendu et mis à sécher nous chauffera dans d’ici deux ans.

Cependant les troncs sont vraiment conséquents et en faire du simple bois de chauffe, c’est du gâchis. Ca me troue toujours le cul d’ailleurs de penser que ce beau bois de cryptomère ne vaut quasiment rien. Intéressant … des millions, de mètres cubes de beau bois qui se perdent à travers tout le pays (passqu’on importe à la place du bois du Canada etc et ailleurs), est ce que ces millions de mètres cubes de bois pourraient emplir les abysses de la dette ?
(non: un m3 de cryptomère vaut à peu près 12,000 yens Il faudrait kaziment un milliard de mètres cubes de bois pour payer les 11000 milliards de dollars de la dette japonaise).

Je ne vais pas changer le monde.

Mais par contre avec ma tronçonneuse je peux tirer de belles planches des plus gros troncs et faire quelque chose de beau. un banc par exemple ou encore mieux, un banc que j’installerais le long de la maison, sur six mètres, devenant l’extension du engawa. Oh yeah.


Et à l’occasion les rares gens de passage devant la maison pourraient constater que ces cryptomères qui sommeillent partout dans les forêts sont; malgré leur valeur marchande dérisoire, un très beau matériau.

Je tire donc quelques planches.
On n’est pas insensible à cette alchimie, où, avec une tronçonneuse et quelques heures (deux heures vingt pour cinq planches de 1.8m sur 26- 30 cm) on peut transformer un tronc d’arbre abandonné en une série de belles planches.



En parlant de banc, en 2017 j’avais fait un banc que j’avais installé devant l’ancienne supérette du village. Depuis, quand je passe devant, je vois que ce banc est très populaire, auprès des enfants et des vielles dames. J’y ajoute un deuxième.

La bonne habitude du lundi matin
Voilà une bonne habitude.
Les lundi matins, pour commencer la semaine, je vais voir S. dans son atelier. C’est à 15 20 minutes à pied de chez nous.
J’apporte le café, car je suis le novice qui va voir son maître, le sensei. Lui a toujours du bon tabac dans sa tabatière.
On discute de la semaine à venir et des mouvements du monde.
Quand des villageois de passage se joignent à nous, ça prend plus d’une heure. Le lundi ici au Japon c’est encore dimanche aux USA, donc je n’ai pas de téléconférences: j’ai tout mon temps.
Dans ces discussions libres, il y a toujours tant à apprendre, que ce soit sur l’histoire du village, ou bien la vie de S., son enfance par exemple. Ou encore les arbres; comment les forêts ont changé ces vingt ou trente dernières années. C’est passionnant !
Quand S raconte ses souvenirs d’enfance je me croirais dans un livre, une manga. Il raconte comment les enfants allaient jouer dans les montagnes, comment c’était à l’école, avec les professeurs qui étaient revenus de la guerre (par exemple il y avait un professeur qui continuait à s’habiller comme un soldat), comment il a tué son premier sanglier, il devait avoir dix ans peut être, etc.
Que des aventures.
Voici quelques photos que j’ai prises sur le chemin de l’atelier de S., lundi dernier.
J’ai eu de gros soucis avec le boulot, plus tôt cette année. Je ne dirais pas que j’ai surmonté les problèmes; j’ai suivi la vague d’emmerdes, j’ai surfé sur les vagues de merdes au boulot…
Ces amitiés et la beauté du paysage m’ont énormément aidé dans tout ça.










Ma paire de noix
Ce blog a maintenant 7 ans. Sur notre vie à la campagne au Japon. Et nos petits bonheurs.
Après 7 ans nous n’avons plus rien à nous cacher !
Et pourquoi pas donc parler de ma paire de noix.

En effet nous avons planté un noyer dans notre jardin. Du côté de la rivière. Il a bien profité. 4e ou 5e année. Cette année, il va donner ses deux premières noix.


On a aussi fait un petit nichoir pour les zoizos. Peut être un peu trop bas quand même. Je réessaierai avec l’échelle, de le fixer un peu plus haut.
C’est la saison où je m’occupe des arbres …

Je vais ramasser au bord des routes les feuilles mortes tombées. pour les déposer ensuite aux pieds des quelques arbres dans notre jardin. Mine de rien on a pas mal d’arbres sur une surface modeste, kaki, yuzu, amandier, noisetier, noyer, pommier, pécher, grenadier, figuier, olivier.
Les feuilles mortes je vais en chercher partout dans le village, je les étale aussi dans le potager, histoire de bien préparer la terre pour le printemps… On le voit, au printemps, comment la terre est belle après avoir été laissée sous un gros paquet de feuilles mortes, c’est à en pleurer de joie.
En parlant du kaki, il nous offre des kakis à foison, que nous mangeons le matin au petit déjeuner.

On adore les arbres. On devrait s’occuper plus des arbres !
Pour finir, un petit cadeau avec une chanson de la géniale Shiina Ringo 椎名林檎










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