Tagué: vivre à la campagne
2020
Le 31 au soir, hier, nous nous sommes réunis au temple du village.
L’association des ‘jeunes’ du village a installé devant le temple deux bûchers où un feu bien alimenté offre un peu de chaleur. Il y a des boissons. Des saucisses et de l’oden. Une radio diffuse de la musique. On peut faire sonner la grande cloche. Les enfants n’y vont pas de main morte.
Cette année il fait beaucoup moins froid se dit-on.
Les villageois arrivent en grappe, certains sont de retour de Tokyo pour les fêtes. On discute librement avec tout le monde. Oh là que tout le monde est zen. Me souviens quand j’étais venu au temple comme ça il y a 7 ans j’étais tout excité…
On est très calme, détendu.

Bonne année et meilleurs voeux !

Ma paire de noix
Ce blog a maintenant 7 ans. Sur notre vie à la campagne au Japon. Et nos petits bonheurs.
Après 7 ans nous n’avons plus rien à nous cacher !
Et pourquoi pas donc parler de ma paire de noix.

En effet nous avons planté un noyer dans notre jardin. Du côté de la rivière. Il a bien profité. 4e ou 5e année. Cette année, il va donner ses deux premières noix.


On a aussi fait un petit nichoir pour les zoizos. Peut être un peu trop bas quand même. Je réessaierai avec l’échelle, de le fixer un peu plus haut.
C’est la saison où je m’occupe des arbres …

Je vais ramasser au bord des routes les feuilles mortes tombées. pour les déposer ensuite aux pieds des quelques arbres dans notre jardin. Mine de rien on a pas mal d’arbres sur une surface modeste, kaki, yuzu, amandier, noisetier, noyer, pommier, pécher, grenadier, figuier, olivier.
Les feuilles mortes je vais en chercher partout dans le village, je les étale aussi dans le potager, histoire de bien préparer la terre pour le printemps… On le voit, au printemps, comment la terre est belle après avoir été laissée sous un gros paquet de feuilles mortes, c’est à en pleurer de joie.
En parlant du kaki, il nous offre des kakis à foison, que nous mangeons le matin au petit déjeuner.

On adore les arbres. On devrait s’occuper plus des arbres !
Pour finir, un petit cadeau avec une chanson de la géniale Shiina Ringo 椎名林檎
Continuer et entretenir
Si wordpress avait une fonction pour rechercher des mots clefs dans les commentaires des lecteurs je pourrais retrouver le commentaire où Pierre disait l’importance d’entretenir les choses, car tout y prend son sens.
Ici encore Pierre nailed it.
La semaine dernière. Je vais voir mon ami S. Je veux le consulter, j’ai reçu des papiers à remplir, pour m’inscrire au festival de la montagne, où en novembre, je ferai un stand de crêpes.
Bon il est pas à son atelier; mais on m’indique qu’il est sur un chantier dans le sanctuaire shintô de son hameau.
Très bien. Je vais voir.

En effet S. y est avec son épouse. Il installe une grille pour empêcher des chauve souris de nicher à l’intérieur du sanctuaire.
Peut-on laisser les chauve souris tranquilles, peut être qu’on se trompe et que le vrai dieu à honorer, c’est la chauve souris elle même ?
On se dit avec l’épouse de S., mais, dieu ou pas dieu, ça fait caca partout.

C’est l’occasion de visiter le sanctuaire et de m’aventurer jusqu’à l’intérieur. Construction en bois récente, il a été refait dans les années 80.



L’emplacement du sanctuaire est particulier. Ces choses là ne sont jamais choisies au hasard. Au pied d’un énorme roc. Au bord de la rivière, là ou celle ci fait un crochet. Et puis il y a des arbres superbes, paratonnerres naturels.
Au fond du sanctuaire je fais une découverte inattendue, un obus de 75mm.

Intéressant. Pourquoi donc laisser un obus dans le sanctuaire … je me demande si il est chargé… mais on peut imaginer de multiples raisons, comme un hommage à tous ceux du village tombés autrefois sur les champs de bataille.
Il est important d’entretenir les sanctuaires shintô, car c’est la continuité et l’ancrage des communautés dans l’espace et le temps. Et là on revient au propos de Pierre.
Chaque hameau a son sanctuaire. Le nôtre, je l’ai photographié à de multiples reprises. Eh bien il a été endommagé cet été par la chute d’une grosse branche. Des charpentiers y sont à le réparer. C’est sur le chemin de mes promenades.



La récolte du riz
Il fait encore chaud mais ce n’est plus la chaleur ultra humide dans laquelle nous avons cuit, dans l’étuve comme des gyouzas, ces deux derniers mois.
Dans le village, on a commencé à récolter le riz. C’est beau de voir les gars qui s’activent dans leur champs, le riz et le paysan ont bien travaillé. Il y a un résultat.


Je me balade dans le village, et vois un gars qui vient de récolter le riz de sa rizière, il charge son camion, sa moissonneuse a rempli déjà une belle douzaine de sacs.

Autrefois, m’explique-t-il, après la récolte du riz, on plantait du blé. On produisait ainsi deux récoltes chaque année, c’est ce que l’on nomme le nimousaku. 二毛作 Le blé est désormais importé, les prix sont très bas. On fait encore du riz, pour continuer la tradition et parce que le prix du riz est fortement protégé par des taxes à l’importation.

On voit bien comment l’importation du bois, du blé, a tout foutu en l’air dans les campagnes japonaises, et donc, les gens sont partis vivre en ville. Pour pouvoir vivre de la récolte du riz il faut disposer de sacrées surfaces. Dans notre vallée montagneuses, ce sont des retraités ou bien des salariés qui font du riz; c’est un passe temps plutôt qu’un business.
C’est dommage de ne pas faire deux récoltes, car maintenant, une fois le riz récolté, la terre est laissée toute nue exposée aux éléments pour de très longs mois. Bonjour l’érosion et l’appauvrissement des sols. Et puis les vers de terre, ils ont pas contents c’est sûr … Si on pensait plus du point de vue des vers de terre on ferait moins de conneries.
La promenade continue.
Au détour d’un chemin je vois un très beau keitora. (keitora; ou ‘camion léger’, indissociable des campagnes japonaises, fiable, maniable, serviable, ici on ne peut pas vivre sans ….) Il est neuf! C’est un Honda. Les keitora Honda sont réputés; le moteur est monté à l’arrière. Ce qui permet de les charger à fond, bien au delà des 350kg max réglementaires.

Tiens un gars arrive c’est le propriétaire de ce magnifique bolide. On discute … voilà dans le village, on discute avec tout le monde et il y a toujours un sujet de conversation à portée de la main.
Je demande si je peux le prendre en photo avec son nouveau camion…

Il dit: il va me durer vingt ans !
Cell ne m’étonne pas, le mien a 18 ans et fonctionne à merveille.
C’est un zoo ! (cacadours)
Samedi. Je suis à mon bureau; je lis quelques mails .. mais quelque chose attire soudain mon attention. Je remarque en effet quelque chose qui bouge sur la route en face, à vingt mètres.
C’est un animal qui se balade mais il est partiellement dissimulé par une barrière. De quoi s’agit-il ?
La couleur du poil: poivre et sel, me dit que ça n’est pas un ours. Ca n’est pas un blaireau non plus. C’est plus grand. C’est grand comme deux chiens.
Par contre le derrière écarlate indique que c’est un singe … qui se balade à côté de la maison …
je sors; le bruit avertit le singe qui lève la tête, me jette un regard surpris et part dare dare se planquer dans notre montagne.
On entend au même moment le cri d’alerte strident que se lancent souvent les chevreuils, ça fuse de tous les coins des montagnes qui entourent notre hameau. Sans aucun doute, les chevreuils ont découvert la présence du macaque et s’en informent.
Tout en émoi je m’élance du bureau et vais en parler avec une voisine qui range sa débroussaileuse.
Elle résume la situation;
C’est plus un village ici, c’est un zoo !
A propos d’ours, un ours a été repéré à deux reprises le mois dernier, dans un coin reculé de notre vallée. A cinq kilomètres de chez nous. C’est rarissime.
D’ailleurs lors d’une promenade …. j’ai fait cette découverte … un caca qui sans aucun doute … est un caca d’ours.

Construction d’un garage
Le bureau de la coopérative forestière, dans le village, a commandé à mon ami S., charpentier, la construction d’un garage. Il s’agit de protéger des intempéries leur nouveau camion ainsi que d’autres équipements forestiers.
S. construit le garage avec des arbres (cryptomères) coupés dans notre vallée.

Il s’agit de faire un garage qui expose la beauté du bois de la localité: Pour cela utiliser les troncs tels quels, en rondins, permet de mettre en valeur les belles courbes et toute la beauté du matériau.

S., il fait les choses à l’ancienne. Les pièces de bois sont travaillées à la main.
Voilà quelque chose de très intéressant, et à chacune de mes visites à l’atelier de S., je prends des photos pour documenter l’avancée du projet.
A son atelier j’y vais très souvent.
Les lundis matins vers 7 heures, j’apporte le café et nous faisons le point sur la semaine qui commence et ce mouvement du monde qu’on ne peut plus arrêter.
Sinon de temps en temps je vais le voir en fin d’après midi. Son frigo dans l’atelier est toujours plein de bibine…
Les villageois s’étonnent d’ailleurs que je sois toujours fourré dans l’atelier de S. C’est pour écouter la bonne parole, réponds-je à chaque fois.
Ce projet de garage est conséquent. Les poutres dans la longueur du bâtiment font neuf mètres.
Le jour de la construction ou munéagé 棟上げ approche. L’assemblage de toutes les pièces de bois prendra en fait deux jours.
S. se fait aider des bûcherons de la coopérative.

Je prends des journées de congé pour me libérer du boulot et assister aux travaux et photographier tout celà. En deux jours; pas moins de 800 photos.

Car voir tout le monde travailler, dans la bonne humeur mais avec aussi une excellente coordination est un vrai spectacle. Les gars sont des pros.
Je ne me sens pas trop gêné de m’incruster comme ça pendant les travaux, personne ne m’a demandé de venir; mais personne ne me demande de partir … On m’offre même le café !
Pour moi ce sont deux journées merveilleuses. Ah les artistes ! Des hommes qui savent travailler et qui savent vivre !

Et T. le charpentier reconverti en bûcheron, quand il grimpe sur une poutre et qu’il tappe avec son maillet comme un malade, quelle classe.
Parce que pour qu’une pièce de bois entre dans l’autre, il faut tapper, il faut tapper.

Je me dis que pour les bûcherons, c’est un projet intéressant, de construire un bâtiment avec le bois qu’ils ont eux-même extrait des montagnes.


Ce garage; une fois assemblé, a un style du tonnerre.


S. a exploité avec goût les différentes courbes des troncs des rondins; et cela apporte au tout une dynamique qui ne laisse pas indifférent. Il y a un côté transcendant dans ce garage.
Des 882 photos je fais une sélection. Une bonne quarantaine.
J’en imprime un photo book que je vais offrir plus tard à S. et au big boss de la coopérative forestière.




L’idée du photo book c’est bien sûr remercier de m’avoir accueilli sur le chantier mais aussi passer le message; qu’un tel projet, et avec de tels gens, c’est beau. Et que ça vaut bien un petit livre.
En bonne compagnie
C’était un week end récent, on a passé beaucoup de temps avec les gens du village et c’était formidable.
Samedi le matin rendez vous au fond de la vallée dans un petit hameau, où ne vivent plus qu’une dizaine de personnes …

Il s’agit de la préparation d’une future fête aux flambeaux. Ça a lieu chaque année, en juillet. et ce samedi on se retrouve pour préparer les flambeaux.
D’ailleurs à écrire cet article je me rends compte que le mois dernier on s’était retrouvés pour aller en montagne chercher des troncs de pin.
On commence par affûter les haches courtes; ‘yoki’.

D’autres s’affairent autour d’un fendeur de bûches.

Il faut emplir les flambeaux de faisceaux de bois (du pin car celà brûle très bien).

D’autres fendent du bois.

Les habitants de ce hameau sont âgés. Le plus jeune a 70 ans. Mais ils ont tous une bonne pêche.
Entre ces montagnes de sagesse je barbote comme un petit poisson rouge.
Ils sont bien contents qu’avec quelques autres du village en bas nous venions donner un coup de main.
La préparation des flambeaux est super rapide, et bouclée en une petite heure. Commence ensuite un gros barbecul, avec de la viande de sanglier et de chevreuil, chassés récemment, et les légumes des potagers.
Le hameau est formé par un petit groupe de maisons; la plupart sont vides, malheureusement. Mais c’est vraiment un endroit magnifique, sur 360 degrés des montagnes couvertes de forêt nous surplombent.


On passe un excellent moment.
On s’installe dans un petit hangar; là où ils gardent du bois et dépècent les chevreuils.



Les blagues et les bons propos fusent de toute part. Les gens ont de la répartie. Quelle bonne humeur. Depuis pas mal de bière a coulé sous les ponts et je ne me souviens plus beaucoup des sujets de conversation….

Comment on prépare le chevreuil est évoqué…. On parle aussi de la dépopulation… Et des initiatives en cours pour mieux faire connaitre le village et, éventuellement, attirer de nouveaux habitants. J’ai pas mal oublié.
Un voisin qui ne boit pas nous ramène gentiment chez nous plus tard.
Samedi matin au jardin
Première fois que j’arrive à faire des carottes !!! Youpi !!!


Mais c’est aussi la saison des amours

Cette mante est plus grande que celle observée la semaine passée.



Road kill (3)
Encore un road kill. Ce matin vers six heures. C’est un anaguma. Quel bel animal. Je l’ai vu du camion, là étalé sur la route. Des corbeaux le picorent.
Je fais demi tour, pour prendre à la maison un seau et une pelle.


Et je vais déposer la dépouille dans notre montagne, là elle sera mieux que sur l’asphalte à se faire ratatiner par les voitures qui passent.
Retour sur terre. Retour dans la terre.
Il fait humide, il a plu, c’est un temps propice aux sangsues, surtout dans la montagne ! justement j’en vois deux énormes (4 cm), apparement elles m’ont repéré, elles bougent assez rapidement, acrrochées à une souche.
La montagne; je ne m’y attarde pas. Je laisse la dépouille de l’anaguma… Désolé pas vraiment le temps de faire un trou avec les sangsues … mais même là il est beaucoup mieux que sur la route.

Flash back (2)
Les travaux de la maison il y a sept ans c’était un peu spécial:
Nous vivions toujours à Tokyo et n’étions pas sur place pour pouvoir superviser.
Et comme nous n’étions pas du coin, nous ne connaissions personne sur place.
Et quand à moi je n’y connaissais rien; je n’avais aucune idée, de comment c’est fait une maison japonaise ancienne.
Etant donnés toutes ces difficultés le résultat était pas mal.
Depuis, j’ai fait la connaissance de S, charpentier du village et nous sommes devenus amis. Depuis aussi, j’ai pu observer plusieurs chantiers et j’ai pu apprendre beaucoup de choses sur le sujet.
Les travaux nous les avons faits avec un budget minimum. Tout ce qui pouvait être réutilisé a été réutilisé.




Mais bon à la fin le plus important c’est d’apprendre…

Ensuite transformé en débarras plus chiottes donnant sur l’extérieur; désormais changé en salle de bains plus chiottes.




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