Catégorie: japon

Bande Dessinée: page 2 !!

Discussion avec le boulanger

Ce dimanche matin je vais faire quelques courses; je passe à la supérette de la ville voisine y acheter du pain. Il y a là un bon boulanger, un personnage sympathique.

On se dit toujours bonjour, il a étudié en France.

Il me pose alors la question: 世界はどうなるとおもいますか。Que va t il advenir du monde ?

Ma réponse est immédiate: さらに悪化する。Ça va aller de mal en pis. 特に環境の破壊 En particulier la destruction de l’environnement. Je pense aussi a la disparition annoncée du monde sauvage. Les éléphants. Les lions. Les hippopotames. Et les peuples natifs.

Il est très surpris de ma réponse….Il dit:

なにをすればいいですか。Qu’est ce qu’il faudrait faire ?

J’hésite .. Je réponds qu’il faut planter des arbres ...

Et la bourse alors ? 株はどうなる demande t il encore … Vendez  tout ai je envie de répondre mais je me retiens !

Il glisse deux cannelés (cadeau) dans mon sac et on se dit au revoir …

Sur la route du retour ça me tarabuste … j’arrête la cassette des sonates de Haydn par Gould et je me dis que ma réponse de planter des arbres c’est bien, mais j’aurais dû aussi dire qu’il faut aimer. Donner de l’amour. Ce que le boulanger fait déjà, en faisant du bon pain et de bons desserts … Il est sur la voie, le boulanger … L’amour, c’est la seule chose que l’on a vraiment et que l’on peut donner. Everything is love.

De retour au village je vais voir S. Je récupère un énorme tronc de cryptomère pour bourrer le ventre de Calcifer notre poêle à bois. S. est affairé et débroussaille le versant de la montagne. Ici, de nombreux arbres se sont brisés ou effondrés suite au dernier typhon. Il y a beaucoup de bois à récupérer. La route pour accéder à cet endroit est très abrupte. La vue sur la vallée est magnifique.

On fait une pause. J’ai amené du bon café tout chaud.

Je raconte à S. la conversation avec le boulanger. Il est entièrement d’accord, le monde part en couille.

S. dit, en rejetant une bouffée de tabac, et zieutant nos camions arrêtés sur la pente qui descend: il faut faire marche arrière. バックせなあかんなぁ。

En contemplant la vue magnifique qui s’étale à nos pieds on se dit que nous tous qui vivons dans notre petite vallée, on a fait marche arrière et c’est pour ça qu’on y est très bien.

Ça nous fait bien rigoler.

Bon c’est pas tout mais il faut charger le petit camion !

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Quel beau projet ! (My hero)

Une belle rencontre faite la semaine dernière.

Je faisais un grand tour en vélo. J’avais remarqué cette belle ferme avec son toit de chaume (recouvert de tôles comme il est d’usage). J’étais un peu inquiet, il y avait des travaux, on démolissait une maison attenante.

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J’étais inquiet que cette belle ferme soit elle aussi détruite. Ici on ne pense pas que les maisons durent, et on les rase facilement pour éviter les travaux d’entretien ou même de payer des taxes. Et personne ne s’intéresse à ces fermes.

Avec chacune de ces belles fermes s’en va un vestige des temps passés et une beauté d’architecture, à chaque perte le village perd de son caractère et de son authenticité.

Je m’approche pour en avoir le cœur net. Car les travaux semblent prendre plus de temps que de normale. Il y a un gars qui s’affaire … Il m’appelle, du haut de son échelle ‘hey wakame tamago‘ …

Ah ben, on se connait! C’est monsieur T. Nous avions rencontré son père, un autre personnage hors du commun…! Il est charpentier! Je lui demande ‘qu’est ce que tu trafiques …

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Il a en effet viré une maison des seventies qui était juste à côté de la ferme ….. mais la ferme, il va la restaurer.

Il va la restaurer pour y vivre avec sa famille.

A part la toiture, cette maison ressemble en tous points à la nôtre. Du point de la conception c’est tout à fait pareil. L’entrée, le doma. A droite la pièce où vivait la vache, et la cuisine. A gauche un espace avec quatre grandes pièces de tatami et le tokonoma (où se trouvait sans doute le butsudan). Dans les seventies ils ont dû ajouter une salle de bains … Etonnant que les plans de nos maisons soient tout à fait identiques. Notre maison a peut être 80 ans. Cette ferme de mister T. a plus de 150 ans et date d’avant de l’ère Meiji.

Il a retiré les planchers. On voit les foyers qui ont été arrangés dans l’après guerre, c’était lorsque l’on s’affairait à la sériciculture, l’élevage des vers à soie.

Tout cela me donne la pèche. C’est extraordinaire que T. le jeune charpentier se lance dans un si beau projet. Je suis content de constater qu’il y a des gens qui apprécient les vieilles bicoques … je me sens moins seul!

Ce projet de monsieur T. je vais le suivre à la loupe, et j’écrirai moults articles pour en présenter les évolutions et les partager sur ce blog.

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remarquables charpentes.

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au centre de chaque pièce on voit les anciens foyers utilisés lors de l’élevage des vers à soie.

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le tokonoma

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le vélo a peut être 150 ans aussi …

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Typhon: destruction d’un sanctuaire shintô

Un typhon est passé il y a dix jours. Le vent a soufflé très fort. A certains endroits de la vallée il y a eu des dégâts. Des toitures endommagées. Pas mal d’arbres couchés.

Plus au sud, à 10km, un arbre s’est écroulé sur un sanctuaire shintô (jinja 神社). Shintô cette religion animiste unique au Japon, qui célèbre les déités de la nature. Dans sa chute l’arbre a détruit une bonne partie de ce jinja. Des parties du bâtiments ainsi ont été écrasées comme des mouches mais la petite construction qui abrite la déité a été épargnée, . On en aperçoit bien le petit toit, resté intact, comme par miracle. Je crois que cet élément se nomme justement le hondono 本殿.

Je ne connaissais pas ce sanctuaire. Il est situé à quelques kilomètres au sud de l’entrée de notre vallée, dans un endroit magnifique, comme c’est souvent le cas pour les jinjas. Dans une belle forêt. Il faut quitter un hameau et franchir une petite rivière sur un pont de métal, vert, pour y parvenir.

Des arbres majestueux entourent ce sanctuaire. Dès que l’on pénètre ce lieu on est ailleurs; il y a définitivement quelque chose de spécial, c’est palpable.

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Mais c’est en réalité ce même sentiment qui nous gagne lorsque l’on entre en forêt; le fait de marcher sur la terre molle et vivante des bois, se baigner dans cette lumière soudainement verticale qui s’égoutte sur nous, nettoyée par le tamis des feuilles, vouloir respirer profondément, se mettre aux aguets, dans l’espoir de voir ou d’entendre des animaux; et être aux pieds de ces géants qui nous connectent à la fois à la terre, et au ciel.

Le sanctuaire shintô, le jinja, ainsi placé au pied des arbres, nous rappelle directement au caractère sacré de la forêt. Il y a une interdépendance. Le jinja est sacré car il est dans la forêt. La forêt est sacrée car elle abrite un jinja. Dans le hondono du jinja la déité est symbolisée par un miroir; où la silhouette des arbres et le silence feutré de la forêt se reflètent.

Cette fois-ci cependant avec le typhon et l’arbre qui a cédé sous l’insistance du vent, la forêt a porté un coup fatal au sanctuaire.

Les habitants du hameau tenteront sans doute de le réparer. Affaire à suivre.

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Grenouille dans les kakis et … sangliers !

Rencontres visuelles

On a été déjeuner à Hacienda; resto de la ville voisine. Délicieux curry Thaï; salade fraiche du jardin. Café succulent. Un cannelé pour le dessert.

Un grand potager est adjacent au resto. . Les arbres à kakis y sont chargés de fruits. C’est la saison.

Nous achetons aussi quelques kakis et voila cette toute petite grenouille si mignonne; perdue dans les fruits.

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Plus tard on va faire des courses et sur le parking il y a un keitora, ces petits camions blancs que l’on trouve partout à la campagne ici au Japon, joliment décoré de sangliers.

 

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Mais on a du fromage!

Notre formidable voisine

On sonne à la porte, c’est notre voisine. Elle a un seau plein de légumes; elle nous les donne. (problème de surproduction)

Aubergines; poivrons, châtaignes. mmm on va bien se régaler avec ces bons légumes. Magnifiques…

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Cette voisine est très drôle. Je m’entends bien avec elle.

J’étais allé réparer la tombe de ses ancêtres cet été.

En plus d’être une excellente jardinière, elle a un sens de la plaisanterie très poussé. On blague beaucoup tous les deux.

Dans la bande dessinée sur laquelle je suis en train de travailler, ‘Histoires Naturelles’ qui retrace notre vie au village, je la présente d’ailleurs…. La voila:

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Un coin que j’aime beaucoup

Un coin que j’aime beaucoup dans notre petite vallée.

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Ces trois vielles maisons, inhabitées je crois, avec leur toit pentu, autrefois toit de chaume, recouvert de tôles. Elles sont rudement bien placées, avec la montagne dans le dos mais un peu surélevées… Chaque fois que je passe la en camion ou en vélo je me dis que c’est un coin très chouette.

4 heures du mat’

Aujourd’hui je commence à quatre heures du matin avec une réunion tél. Je sors de la maison fais quelques pas dans le jardin en veillant à ne pas déranger de vipère et vais retrouver mon petit bureau.

Il fait encore nuit. La caméra de mon ipod capte et amplifie les prémices du jour.

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A propos depuis quelque temps je me remets à la lecture. Depuis l’année dernière ou trois ans. J’ai ajouté une page au blog où je présente certains de mes livres favoris …

 

 

 

Avec les cryptomères (et Claudel)

Samedi. Hier. On part à 5 heures du matin. Destination, une petite vallée à 30 km au nord de chez nous.

La vallée est presque inhabitée. Recouverte de forêts de cryptomères plantés là il y a 40 ans, comme un peu partout dans la région.

L’endroit est très plaisant. Une magnifique rivière, ses belles pierres arrondies.

Autrefois, avant que les cryptomères ne se dressent sur leurs trente mètres de hauteur, c’étaient des rizières. En témoignent les anciens murs de pierre qui mettent les terrains à niveau. On exploitait alors le moindre terrain pour faire pousser du riz.

Mon copain S. a été engagé pour couper les cryptomères d’un grand terrain. Un investisseur de la ville y fera installer des panneaux solaires. C’est le boom du solaire ici au Japon et les panneaux solaires fleurissent un peu partout, jusqu’en des endroits à priori préservés. Quand on voit les déastres de l’énergie nucléaire, on ne peut être que pour le solaire. Mais j’ai des réserves lorsque l’on détruit des forêts et que l’on remplace des arbres par des panneaux. Toujours cette course pour la laideur.

Aujourd’hui j’accompagne S. Je chargerai mon camion des plus grosses branches de cryptomères. Le cryptomère est un bois léger, il brûle très vite. Mais c’est différent pour ses branches. Les branches sont beaucoup plus denses que le tronc et peuvent bien s’entendre avec un poêle a bois.

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Toutes les branches font un gros tas sur une partie dégagée du terrain. Le travail consiste à dégager les plus grosses branches, les couper et les charger dans le camion. Un parfum étonnant de réglisses m’accompagne tandis que je m’affaire.

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S. coupe d’autres arbres. Toujours impressionnant d’observer la chute de ces colosses au pied d’argile.

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Le passage sur les cryptomères, dans Connaissance de l’Est de Claudel, me revient à l’esprit.

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Avant de rentrer, S. charge son camion.

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