Catégorie: japon
Penser à Madame M
En Octobre 2012, nous étions à peine arrivés au village, j’écrivais un portrait de notre voisine, Madame M, l’un des premiers articles de ce blog .
Madame M nous a quittés il y a deux ans maintenant.
La page 11 de ma nouvelle BD lui est consacrée.

Voici une version allégée de l’article de 2012.
Sa maison est juste à côté de la notre. Elle doit avoir 88 ans ?
Elle vit seule depuis j’imagine plusieurs années.
Son corps est très fin. Son visage bien sûr très ridé. Elle est courbée. Elle doit être toute légère. Comme un moineau. On la dirait faite en papier.
Pour se déplacer elle s’aide d’une canne. Pour les distances plus longues elle s’appuie sur un petit caddie qu’elle pousse.
Elle vit quasiment en autarcie. On la voit parfois 800 mètres en aval jusqu’à une superette, ou elle achète des petites choses. Pour tout le reste elle se nourrit de la production de son jardin.
Chaque jours elle traverse le village pour travailler sur ses deux jardins; un potager et un verger parsemé de chataigners. Le potager a une surface impressionante et je crois qu’il aurait facilement raison de mon dos et de ma patience.
Mais elle travaille dur, et ne laisse aucun espace inexploité, le potager est recouvert de plants de haricots, de patates douces et là ou il n’y a pas de légumes des fleurs draguent les abeilles.
Je la vois le soir l’été à son retour des jardins, elle rentre chez elle; pliée en deux au dessus de son caddie, son tshirt trempé de sueur.
Son jardin est situé en hauteur par rapport à la rivière qui irrigue le village. Si bien qu’elle doit transporter l’eau dans des seaux l’été lorsqu’il fait chaud.
Je la vois aussi sur le chemin du jardin transporter un débroussailleur à essence. L’engin est lourd, elle le pose à moitié sur le caddie qu’elle pousse, et je me demande bien comment elle peut parvenir à s’en servir dans le jardin.
Vous voyez, toute la détermination et la force qu’elle deploie dans son quotidien. J’avoue, moi qui ai la moitié de son âge, ne pas avoir cette même énergie.
Ma boite de vitesse est toujours en première, elle, est en cinquième.
Mais comme toujours et partout les efforts payent. Madame M. arbore un sourire qui éblouit. Son sourire, c’est comme un rayon de soleil, le champ d’un oiseau ou le rire d’un enfant.
Minou devant la maison

Promenade à Tottori
On n’est pas loin de Tottori et de la mer du Japon qui borde cette préfecture. Nous sommes allés y faire un tour il y a quelques mois, pendant les vacances de fin d’année.
Découvert par hasard cette jolie ville, Kurayoshi.
Pour les amateurs de BD, Quartier Lointoin de Taniguchi Jiro se situe dans cette ville et ce quartier même que nous avons visité…

Chapeau… pour se garer là; de plus la rue est étroite.

Un bar … super …

La notice scotchée sur la porte confirme que le tout est sur le point de s’écrouler.

Le chat est vrai.

Le temps dans ce quartier s’est arrêté. Depuis quelque temps; C’est la fin des choses.


Une maison simple et belle.

On aime bien.

Un karaoké. On doit bien s’y amuser.


Il faudrait des fortunes pour entretenir ces vieilles battisses.


Dans un magasin de porcelaines.

Un fabricant de saké.

Une maison que j’aime beaucoup
Faisant écho à cet autre article.
J’aime beaucoup cette maison la. Située au fond de notre vallée. Je vais le faire! Un jour je le ferai! le tour du village avec mon appareil photo et un trépied pour photographier et recenser toutes les maisons du village. Les anciennes et les nouvelles. Toutes. Ce serait un bon projet.

J’aime beaucoup cette maison parce que différents styles d’y retrouvent. On voit la partie la plus ancienne; avec ce toit imposant et très pentu (à l’origine; toit en chaume, qui nécessite une plus grande inclinaison) et puis, à une époque, ce toit a été raccourci et on y a ajouté une autre construction, avec un premier étage; période de prospérité.
Reconstruction du sanctuaire détruit
Il y a quelques mois déjà, un énorme cryptomère a détruit dans sa chute un sanctuaire shinto dans le village. La photo est assez impressionnante.

Depuis, tout a été dégagé; et les travaux de (re)construction ont bien avancé.
Je suis allé y faire un tour et le charpentier et un maçon y était affairés. Très sympa le charpentier, on a pu faire connaissance; et il m’a fait visiter le chantier.

Intéressant de noter que la nouvelle construction est différente. On ne fait pas à l’identique. D’ailleurs plus ouvragé et recherché qu’avant.


Cet élément entre les deux poutres, s’appelle; m’explique le charpentier, kaérumata ou les cuisses de la grenouille. 蟇股

Non seulement le charpentier est très sympathique mais il a aussi un beau camion.

Pour la construction il a choisi du cyprès hinoki ヒノキ 檜. Le plafond est fait avec du sugi cryptomère すぎ 杉.

Le charpentier est également bien organisé avec ce système pour réchauffer les canettes de café. Quand j’étais étudiant en Pologne j’utilisais un truc similaire pour chauffer des boites d’épinard.
Je suis vraiment content de savoir que ce sanctuaire est reconstruit, et ce dans les règles de l’art.
Mais ce qui me réjouit aussi, c’est qu’autour du sanctuaire; là où se dressaient les cryptomères qui se sont écroulés; ils ont planté des arbres. Des érables du Japon.
Bande Dessinée – Nouvelle Page 2 – Mars 2011
Il y a donc sept ans en mars 2011 ce tremblement de terre et la catastrof nucléaire qui frappaient le Japon. Article à ce sujet.
Ce sont des moments que nous n’oublierons jamais.
Au début je ne voulais pas évoquer ces événements dans ma nouvelle bande dessinée; souhaitant vraiment me focaliser sur notre vie actuelle à la campagne. Mais après réflexion il est clair que ne pas parler de mars 2011 et de ce qui a suivi laisse un point d’interrogation dans notre histoire: comment avons nous décidé de changer de vie, et comment avons nous pu passer à l’acte?
J’ai donc refait la page 2 de la Bande Dessinée il y a quelque temps. Et comme mars 2011 c’était il y a sept ans cette semaine, la voici.

La maison du civet
L’opération civet de chevreuil a été un franc succès. J’en ai donné aux voisins et au chef du hameau.
Le lecteur (la lectrice?) jroulez avait demandé quelle maison nous avions présentée à nos amis… La voici !

Opération Charbon de bois
Dans sa base secrète (秘密基地), dissimulée des regards, dans une vallée inhabitée, mon ami S. s’est remis à faire du charbon de bois. Je ne sais pas si j’ai déjà fait un article sur cette base. Je crois pas. Ah si! Le voila. En 2013 peu après notre arrivée.
Il a construit deux fours à charbon de bois dans sa base. Il en parlait depuis 4 ans au moins, d’allumer les fours et d’y refaire du charbon de bois mais c’est finalement cet hiver qu’il s’est décidé à s’y remettre.
C’est vraiment pour le fun qu’il fait ça, S.
Il aime à continuer les gestes d’autrefois.
Autrefois: beaucoup dans la vallée étaient charbonniers.
Je suis allé prendre quelques photos.
Toute cette opération tient du domaine du magique. Il faut bien observer et avoir une intuition développée pour réussir à faire du charbon de bois.
vocabulaire
炭焼き sumiyaki charbon de bois
窯 kama four
Première étape, préparation du four en l’emplissant de bois. Cette fois S. utilise des branches de cryptomère.

Ensuite on commence à chauffer le four.


Cela prend plusieurs heures et des litres de bière.
Le four bien chauffé, on ferme la gueule du four.

S. a fait lui même ces fours à charbon de bois.
Des ouvertures au sommet permettent de réguler les entrants en oxygène.
De la on peut observer ce qui se passe à l’intérieur.

A l’intérieur on dirait un petit volcan.

Je ne me souviens plus exactement. On attend deux à trois jours. La gueule du four refermée.
Puis le moment venu, on ouvre et on retire le charbon de bois. On voit cette fois ci ça a un peu merdé, beaucoup de bois s’est entièrement consumé.

Il fait une chaleur d’enfer. On sort le charbon de bois incandescent du four.
On le recouvre ensuite de sable pour stopper la combustion.

Cet article a été lu et approuvé par Kiri chan le chaton.

Des nouvelles du sanctuaire détruit
Dans un article récent on voit un sanctuaire shintô qui a été détruit en partie par la chute d’un arbre gigantesque, lui même mis à terre par un typhon de grande puissance. La théorie des dominos.
On peut constater sur les photos récentes que tout a été dégagé. Les petits édifices qui avaient été endommagés ont été démontés. Et les poutres qui peuvent être brûlées ont été alignées, apprêtées pour un bûcher futur.
Nous sommes constamment impressionnés par la capacité des Japonais de ranger et tout remettre en ordre après les multiples catastrophes qui dans une procession ininterrompue viennent frapper l’archipel. On peut voir comment au prix d’efforts considérables les régions du nord dévastées par le raz de marée de 2011 ont été nettoyées des millions de tonnes de gravas. Idem pour la centrale nucléaire de Fukushima détruite (par contre; ranger les atomes et les remettre dans leur boite -de Pandore- est chose impossible), où l’on voit dans les reportages comment tout a été rangé, nettoyé, aligné, étiqueté.
Ainsi préserve t on peut être l’illusion que l’homme est aux commandes ? Il faudra que je pose la question à Minou notre chat.



L’espace vide, rectangulaire, où étaient les édifices avant le typhon, a été purifié. Il est délimité par ces cordelettes ponctuées des bandes de papier blanc (shidé, 紙垂). Je me demande quand les travaux de reconstruction vont commencer. Incessamment sous peu ?

Photo après le typhon

Photo après le dégagement de l’arbre

Des endroits merveilleux
Des endroits merveilleux il y en a bien une bonne poignée, dans notre petit village où personne ne vient jamais.
D’ailleurs pour le faire visiter et mieux connaitre je devrais peut être acheter une vieille maison, la retapper et en faire une guest house ? Vous viendriez nous voir ?
Au fond de la vallée, il y a un petit hameau. Plus que vingt personnes y vivent. Il est à moitié déserté. Mais c’est un très bel endroit et ma bicyclette m’y conduit presque chaque jour. Avec le pilotage automatique.
A l’entrée de ce hameau que les montagnes couronnent, un sanctuaire shintô. (jinja).
C’est un endroit magnifique. Merveilleux. On monte un escalier de pierre, un écriteau informe de la présence des vipères.



Une fois en haut on arrive au pied d’un cryptomère gigantesque. C’est un géant, en effet. Il n’y en a pas beaucoup comme lui. Son écorce est molle, douce et chaude. On pense à la peau d’un éléphant ou encore d’un vénérable vieillard. C’est assez incroyable. On passerait des heures à observer et caresser l’écorce.



Et puis il y a le sanctuaire. C’est un miracle qu’il tienne encore debout. Dans dix ou vingt ans; faute de population pour l’entretenir ou le réparer ce sera sans doute une ruine.
Ce sanctuaire fait l’intersection entre l’homme et la nature, le profane et le sacré.

Chose peu courante pour un sanctuaire de si petit calibre, son entrée protégée par deux gardiens de bois silencieux.


C’est peut être aussi celà qui nous touche car les gens qui ont construit tout cela nous les connaissons presque à moins que ce ne fussent leurs parents ou leurs grand parents.



Bref. Un beau moment d’émotion.
Welcome to Deep Japan.
Et puis d’autres arbres .. certains, fatigués, se sont couchés.




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