Tagué: vivre à la campagne au japon
Minou et la couleuvre
Ce soir Minou débusque une couleuvre qui sommeillait sous les pierres dans le jardin. C’est là que l’on peut trouver plein de grenouilles et l’on comprend pourquoi la couleuvre a choisi cet endroit.
La couleuvre se sauve vers la rivière et Minou la suit.
S’ensuit une confrontation silencieuse entre les deux.
Pas de bagarre chez nous donc je descends dans la rivière pour séparer les deux protagonistes.
Le dialogue de vendredi
Côté travail, cette semaine a été un peu lourde avec pas mal de déconvenues et peu de sommeil. Pas vraiment productif. C’est vendredi en fin d’après midi et je vais voir S., de l’autre côté du hameau. (de l’autre côté de la montagne). S. est charpentier, a commencé à travailler à l’âge de 14 ans et a construit 100 maisons. Je dois lui payer une facture pour la fenêtre et le bois de la cabane dans l’atelier. J’ai avec moi aussi un maxi pack de 24 canettes de bière.
Je le trouve avec ses chats et ses chèvres devant la terrasse de sa si belle maison.
S’engage alors un beau dialogue qui me réjouit et pulvérise toute la fatigue de la semaine. Malheureusement ma traduction perd la truculence savoureuse du dialecte local. (le dialecte du banshu).
S -> notre ami
H -> épouse de S
WT -> Wakame Tamago
Ca commence bien:
S: Dis, tu tombes bien: on a besoin de ton aide; il y a O., qui habite au fond de la vallée, celui qui fait des épouvantails, hé bien il y a un Argentin qui va venir lui rendre visite et le prendre en photo ..; comme il n’a jamais vu d’étranger il voudrait te voir pour te poser des questions… C’est où ce l’Argentine d’ailleurs ?
La femme de S s’appelle H.
H: Buenos Aires !!!
WT: Euh, c’est en dessous du Brésil. Ah dis donc une grosse question c’est où l’Argentin va pouvoir dormir et si il y a quelqu’un du village qui pourrait le loger chez lui.
H amène des bières et des cacahouètes.
S: C’est très difficile ça. Tu vois, tu dois construire une tree house dans ta montagne !!! Je la construirai. Il faut le faire tant que j’ai la pèche.
WT: Ah dis donc ce serait fantastique ça. Mais n’y a t il pas trop de sangsues dans la montagne pendant l’été ? Les gens auraient peur. Moi aussi d’ailleurs.
S: Mais non, c’est rien ça. Tu vois des gens viendraient du monde entier visiter le village !
WT: C’est sûr que cela devrait intéresser un certain public, en plus, un tree house. Ca pourrait même devenir un business.
S: Ah non …. Un projet comme ça, ça doit pas être pour gagner des sous mais pour s’amuser… Tu te ferais plein d’amis.
WT: Good point.
S: Pour gagner de l’argent il faut compter sur son travail principal, rien d’autre. Entre nous ..; nous les hommes … on n’a pas besoin de beaucoup pour vivre. Il nous faut juste assez d’argent pour payer l’alcool et le tabac.
H amène un sashimi de tête de poulpe. C’est délicieux ! Et une deuxième bière. H voyant ma réluctance devant la deuxième canette de bière devient taquine.
H: Comme tu rentres à la maison en camion, tu veux que j’appelle le policier qui habite dans la vallée et que je lui demande de t’accompagner ?
WT: Question logement pour les voyageurs et visiteurs, le mieux quand même ce serait une maison japonaise, ancienne, dans le village … une maison authentique, comme la maison de 1000 ans … Je suis sûr qu’on y dormirait très bien !
S: Ah oui ça alors !! Nous les Japonais nous nous sommes trompés. Les maisons anciennes étaient fraiches l’été, chaudes l’hiver… Aujourd’hui dans les nouvelles maisons le gens sont obligés de mettre la clim’ ou le chauffage en permanence.
WT: Ah oui. Nous on n’a pas installé la clim’…
S: Exact ! Tu peux te le permettre dans une maison ancienne. Et puis les nouvelles maisons sont entièrement hermétiques. Si bien qu’on est obligé de mettre des ventilateurs partout pour aérer ! Ca n’a aucun sens !
Maintenant on parle un peu poulpe. Tête de poulpe.
WT: Dis, c’est délicieux la tête de poulpe ! J’avais envie de poulpe depuis pas mal de temps.
S: J’adore ! On les achète chez un poissonnier de la ville voisine.
WT: En général on n’y trouve que les tentacules dans les supérettes …
S: Peu de gens aiment la tête … Moi j’aime la tête de poulpe .. la chair est tendre … et ce poissonnier vend une tête 50 Yens. (40 centimes d’euro).
H: Tiens tu vas emporter une tête avec toi, pour le diner. Avec du gingembre et de la sauce de soja.
(….)
S travaille en ce moment à démolir une maison dans une ville voisine.
WT: Comment avance le chantier de démolition ?
S: Ca peut aller
H: Par contre j’ai failli marcher sur un clou l’autre jour sur le chantier
WT: C’est dangereux ça !
S: Ah oui ! Quand j’étais apprenti, je me suis frappé les plantes de pied avec un marteau, on y a ajouté de l’huile et mis le feu. Pour éviter les futures blessures.
Ces propos me surprennent tant que je décroche un peu je l’avoue.
Pause cigarette.
WT: A propos de voyageur. Un lecteur français de ce blog est en train de voyager au Japon. Il m’a contacté sur Facebook. Il apprécie les outils japonais et m’a demandé le nom en Japonais du cordeau à tracer. Tu te souviens, j’avais photographié le tien.
S: Ah oui. Celui qu’il a acheté, il y a une grue et une tortue dessus ?
WT: Non mais il est en forme de baleine.
S: Le mien est en plastique tu sais. C’est que je ne prends pas soin de mes outils.
(….)
WT: Les scolopendres sont tardifs cette année, je n’en ai pas encore vu
H: Il y en avait un ici hier soir je l’ai écrasé avec ma pantoufle.
WT: Leurs morsures sont très douloureuses. Il parait qu’il faut verser de l’eau chaude sur les morsures, cela arrête la douleur.
S: Le thé tue les scolopendres. Si tu en verses dessus il va crever. Les tanins dans le thé vert tuent les scolopendres.
WT: N’empêche que les scolopendres ne sont pas si méchants que ça.
S: C’est sûr. Celui qui vit ici on est obligé de devenir l’ami des insectes.
(pause cigarette)
S: D’ailleurs il n’y a aucun danger dans la nature ici. Personne dans le village n’est mort à cause d’une vipère. Le seul danger ce sont les frelons asiatiques mais c’est tout. Rien à voir avec l’homme en qui on ne saurait faire confiance.
D’ailleurs moi quand je travaille seul dans les bois ou les montagnes, à couper des arbres, la vue d’un animal sauvage ne me surprend jamais, que ce soit un serpent ou n’importe quoi d’autre … un peu comme si je les sentais venir … mais si je vois un homme; je suis tout de suite sur mes gardes.
Pousses de bambou
Comme chaque année c’est la saison des pousses de bambou. J’apprends à vraiment apprécier ce mets délicieux. On dirait, la viande de la montagne. C’est un véritable régal. Tant pour la finesse du goût que la texture.
A chaque espèce de bambou sa saison pour en consommer les pousses. Là c’est la fin de la première saison de pousses de bambou. Il faut que je me renseigne sur le nom de l’espèce.
On les fait bouillir avec du son de riz pour en retirer l’amertume. Comme on peut voir; la pousse de bambou a une taille conséquente.
On les fait refroidir et ensuite on retire les feuilles extérieures. On peut penser au principe de l’artichaut. Les feuilles proches du coeur; blanches, translucides évoquent le goût de l’asperge.
Mais c’est vraiment le coeur du bambou qui intéresse le gourmet.
Il y a plusieurs façons de préparer les pousses de bambou; mais on peut les déguster telles quelles, ou avec un peu de sauce de soja et de wasabi.
Tout celà sous le regard bienveillant du chien tcha tcha.
A la campagne on peut en trouver vraiment partout. Il suffit d’aller dans un coin de montagne où ça pousse …
D’ailleurs dans la supérette pas loin d’ici, ils les offrent aux clients.
‘Pousses de bambou … servez vous … jusqu’à deux par personne …. (on les a récoltés à 16 heures)‘
Cadeau d’un voisin
On est toujours touché par les cadeaux que nous font les habitants du village. Ils passent et déposent des légumes, devant l’entrée de la maison. Certains entrent même chez nous pour poser les cadeaux directement dans le doma.
Cette fois-ci nous sommes surpris un beau matin de découvrir des bûches posées dans notre jardin.
Plus tard dans la journée on comprendra que Monsieur Y a touché un bon stock de bois de chauffage et qu’il nous a offert ces belles bûches.
« Rinpochou » ou chef de quartier de village
Bon, depuis, les singes sont partis.
Parlons un peu de l’organisation des villages japonais.
Le village est organisé en sous districts géographiques qui comptent jusqu’à quarante, cinquante foyers. On appelle le chef de district jichikaichou. 自治会長
Plus bas dans la hiérarchie, c’est le rinpo. 隣保 Notre rinpou compte quatorze foyers. Peut-être qu’on traduirait ça comme chef de quartier. Chaque année un chef de rinpo est désigné et on l’appelle le rinpochou. Cette année c’était notre tour. C’est d’avril à mars donc nous avons bientôt fini.
La fonction du rinpochou n’est en rien honorifique. Plusieurs tâches incombent en effet au rinpochou. Mais les détails varient d’un rinpo à l’autre et l’explication qui suit ne s’applique donc pas à tous les rinpos du Japon. Mais c’est pour vous donner une idée.
Collecte mensuelle d’argent. On va visiter chaque foyer pour collecter les contributions mensuelles à différents budgets.
Le budget du jichikai qui finance les activités de celui-ci. celà paie les frais de fonctionnement et alimente un fond pour financer des travaux ou des réparations dans le village.
Le budget du hanami. Chacun cotise 300 Yens par mois soit 3 Euros, pour la réunion annuelle du village sous les cerisiers en fleurs. Grande fête largement arrosée.
Le budget de voyage, pour ceux qui le souhaitent, c’est une cotisation mensuelle pour financer un voyage que les habitants du rinpo feront ensemble; une fois tous les cinq ans.
Le budget de la soirée annuelle. Pour ceux qui le souhaitent encore, pour un grand diner, une fois par an, dans une auberge de la région.
Ensuite, il y a distribution de certains courriers,
la lettre mensuelle de la municipalité,
la lettre mensuelle de l’école (oui, l’école fait une lettre mensuelle, préfacée par le directeur de l’école et composée d’articles écrits par les élèves, et cette lettre est distribuée à TOUS les habitants du village). On voit vraiment l’inclusion de l’école et des enfants dans la vie du village.
Il y a aussi les magasines mensuels des différents organismes agricoles.
Le rinpochou est aussi un relais d’information.
Dans le cas d’un décès dans un autre rinpo du village; le rinpochou est tenu d’informer tous les foyers de son groupe.
Si il y a décès dans le rinpo même alors le rinpochou est investi de la mission importante de représenter les habitants du rinpo aux obsèques. Il s’agit d’accueillir tous les visiteurs lors des cérémonies et de recevoir, compter; garder les centaines d’enveloppes apportées par les visiteurs. Chaque enveloppe contient de l’argent liquide et le rinpocho sera seul à garder ce précieux magot lorsque tout le monde sera parti; pendant la crémation du défunt, pour le remettre ensuite officiellement à la famille endeuillée, en mains propres.
Cette année alors que nous étions rinpochou il y a eu un décès dans notre rinpo et nous avons en effet tenu ce rôle.
On voit donc que le rôle de rinpochou est important, et qu’il faut l’accomplir sérieusement si l’on veut préserver la confiance de ses voisins.
Voilà aussi ce qui peut expliquer qu’il peut être difficile de s’établir dans un village au Japon. Car lors des moments difficiles comme lors d’obsèques, tous les habitants doivent pouvoir se faire entièrement confiance et compter sur les autres. On peut donc comprendre qu’il puisse y avoir une méfiance ou des réserves envers un inconnu qui viendrait s’installer.
Le rinpo, c’est comme un grande famille. Avec beaucoup d’occasions de rire et de passer des moments agréables, mais aussi éventuellement lors d’évènements graves et importants.
Trouvez le macaque
En Septembre une personne qui vit dans un autre coin de la vallée avait signalé la présence d’une famille de singes macaques.
Pas sûr s’il qu’agisse des mêmes primates, mais toujours est-il que nous avons aperçu des macaques dans le hameau la semaine dernière à plusieurs reprises. Pas sûr non plus s’il s’agisse d’un macaque solitaire ou d’une famille.
Nous les avons aperçus en face de la maison: la photo ci-dessus laisse deviner la silhouette d’un macaque dans un arbre.
Des singes avaient été signalés dans le village il y a plusieurs années, leur apparition est donc rare.
Une farouche voisine a posé un piège dans son jardin avec l’espoir d’en choper un mais elle m’a ensuite montré comment les habiles bêtes parviennent à dévorer les appâts sans déclencher aucun mécanisme.
Une autre voisine a laissé dans son champ des pommes de terre qu’elle s’apprêtait à planter pour les retrouver, une heure plus tard, délicatement vidées de leur chair.
Les voisins nous mettent en garde car malins comme ils sont les singes ouvrent les portes et fenêtres des maisons et s’y introduisent sans vergogne.
Ils savent que des victuailles se cachent derrière les portes des frigos qu’ils ouvrent avec dextérité et malice.
Une autre histoire est plus mystérieuse: un voisin dit qu’il faut faire attention aux nourrissons, car les singes emporteraient avec eux (?) jusque dans les forêts les bébés des hommes. Peut-être est-ce plutôt une légende.
Bon allez, devinette: trouvez le macaque sur la photo ci-dessous.
Réponse ….
Un crâne de chevreuil et rêveries
Ce matin je vais faire un petit tour, histoire de faire une pause dans mon travail sur ordinateur. Je marche au pied de notre petite montagne … aperçois une forme blanche.
Après vérification en effet c’est bel et bien le crâne d’un chevreuil. C’est juste au bord de la route, mais dissimulé dans la végétation.
Il est très beau et serait un magnifique ajout au pare-choc de notre camion.
Quelques réflexions s’invitent. Attention, ça va délirer sec.
Ces os blanchis par la pluie et le temps sont l’empreinte minéralisée des animaux sauvages. Ils vivent autour de nous dans le même espace, mais pas dans les mêmes zones horaires. Je suis diurne. mais les chevreuils sont plutot actifs la nuit. C’est au crépuscule qu’ils s’approchent du village et pénètrent les potagers, alors que tout le village est devant sa TV, son ordinateur ou sa playstation. On peut donc penser à des mondes parallèles qui se superposent, et rarement se croisent.
Les ossements sont une sorte d’empreinte permanente qui est indépendante du temps. C’est comme si l’animal, une fois mort, devenait visible dans notre monde à nous (dans notre zone horarire).
Une autre réflexion, c’est que je ne trouve presque jamais de squelettes entiers. Par quels phénomenes les os disparaissent et se séparent les uns des autres. Il y a-t-il une force magique en action ?
Troisième réflexion, c’est que si j’avais une tonne de temps, si j’étais au chômage, je prendrais la peine de ramasser tous les cadavres d’animaux que nous trouvons souvent aux bords des routes pour leur offrir une sépulture chrétienne digne de ce nom dans la montagne. Je sais que la religion chrétienne est homo-centrique et qu’elle ne s’interesse que très peu à la chose animale. C’est là une grave lacune et j’y remédierais ainsi à ma facon.
Ces sujets sont -au moins pour moi- tout à fait passionnants et si j’en ai la force je les développerai dans un futur projet de bande dessinée. Intitulée Histoires Naturelles.
Faire feu de tout bois
Aujourd’hui, je reviens d’un long business trip et l’heure passée cet après-midi dans la montagne me permet de me ressourcer et d’oublier la fatigue du long et pénible voyage en avion.
C’est incroyable, vraiment, cette énergie que nous donne la nature. Je descends du bois d’arbres coupés le mois dernier et le charge sur le petit camion keitora. C’est le transfert de fatigue. Le travail physique transforme la fatigue du voyage en une fatigue positive et je me sens très bien.
Notez cet arbre recouvert d’épines, karasuzansho.
カラスザンショウ(烏山椒)、Zanthoxylum ailanthoides.
En tout cas, si l’on veut espérer pouvoir s’en sortir, il faut savoir faire feu de tout bois.
Au sujet de bois, ma femme trouve dans la montagne le bois d’un chevreuil. Elle a le don de trouver des os et squelettes. L’année dernière elle avait découvert le crâne d’un chevreuil.
Minou dans la montagne
Cela a commencé il y a quelques semaines, Minou le chat s’est mise à suivre ma femme A., lorsqu’elle sortait de la maison. Minou la suivait jusqu’à de plus en plus loin dans le village, et Minou et ma femme ont pris ainsi l’habitude de se promener ensemble. Je dis bien ensemble car je ne saurais dire si c’est ma femme qui promène Minou ou si c’est Minou qui promène ma femme.
Extension du domaine de la bûche – Suite et fin
Après les gros travaux, temps des finitions avec l’ajout d’une gouttière pour mieux protéger des éléments le bois qui sera placé à l’arrière de l’abri bois et de récolter l’eau de pluie vers une petite citerne, à installer ultérieurement. Ce sera pratique pour le jardin.
Un peu de déco aussi pour faire joli. Rien de mieux qu’un fer à cheval pour faire dans l’authentique.
Et puis, un abri bois se doit d’etre plein !
Voila, maintenant c’est vraiment fini !! (si, manque encore l’escalier à chat pour permettre à Minou de grimper sur le toit de l’abri).
































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